Tome I
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Le célèbre suédois qui dévoila surtout le système sexuel des végétaux déjà entrevu par Sébastien Yaillant, Linné avait des vues plus relevées que celles des simples nomenclateurs auxquels on a voulu l’associer : il apercevait , avec une finesse et une sagacité merveilleuses, les rapports les plus délicats de tous les êtres; il démêlait souvent à la simple inspection de 1 Extérieur les points communs d’organisation interne, les ressemblances les plus secrètes par une sorte d’inspiration; ce qui prouve combien il avait médité sur les lois de la nature. Le caractère de ses écrits est l’ordre, la concision, l’exactitude. Du sein de l’infortune, son génie l’appela à la science de la nature , l’initia dans ses plus profonds mystères. Il débrouilla le premier ce chaos informe que les Naturalistes avaient laissé subsister parmi les productions de la terre ; il montra quelques fragmens de la marche de la nature dans la chaîne de ses ouvrages. Dans son zèle infatigable, il entreprit de décrire tous les êtres connus de son temps , et de les classer suivant une méthode simple qui pût les faire retrouver au besQin. Aulieu d’une description complète, il se contenta -des traits les plus saillans, des caractères les plus essentiels, pour en tracer, suivant les analogies, un tableau raccourci des trois règnes.
Bientôt s’éleva un autre homme doué d’un génie vaste et fécond, d’un esprit sublime, d’une éloquence fière comme la nature. Tel fut Leclerc de Buffon. Plein des hautes pensées qu’elle inspire aux grandes âmes , il est poète : partout il représeute la
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majesté de l’Univers. Son style harmonieux et toujours noble prend un ton de gravité et de force qui domine l’imagination, Tantôt il embrasse dans ses plans l’immensité, et contemple, du regard de l’aigle , les rapports les plus éloignés. On dirait que son génie lutte avec la grandeur de ses modèles. S’il s’élève à la voûte des cieux pour nous peindre la création , son essor sublime et la magnificence de ses pensées imposent le respect, S’il parle de 1 homme, il porte le jour dans les secrets de son existence; il le montre marchant en dominateur sur la terre. S’il contemple les corps organisés, il retrace, avec force, les lois éternelles qui les gouvernent. Dans la description des animaux , tous ses tableaux respirent la chaleur et la vie; ils peignent les mœurs, les actions propres à chaque être. Lame de Buffon semble empreinte dans ses écrits avec cette richesse imposante et variée , cette énergie qui n’est que la conscience de ses propres forces. A sa voix, les sciences naturelles, sont cultivées de toutes parts et prennent un nouvel essor. Ses ouvrages illustreront son nom dans tous les âges, et seront toujours le patrimoine de la gloire littéraire de la France.
Le génie de Buffon est porté à tout généraliser, à tout agrandir ; il néglige les lois particulières pour mieux étudier les masses. Le génie de Linné, au contraire, cherche partout les aperçus les plus délicats , les liaisons spéciales , les rapports secrets les plus profonds. Buffon est peut-être trop éloigné de l’ordre , trop fertile en hypothèses; Linné , quel-
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quefois trop sec, trop sévère dans ses divisions; mais il nous montre les détails admirables et infinis de la nature , comme Buffon , la puissance et la majesté de son empire ; Pline nous retrace ses inépuisables richesses , Aristote nous fait voir la profonde combinaison de ses lois d’organisation. Ces quatre grands Naturalistes sont comme les colonnes fondamentales de l’édifice élevé de notre temps à cette science.
Nous ne croyons pas être démentis des autres nations, en assurant que l’histoire des animaux et des plantes, dans ses méthodes philosophiques, a fait en France, et de nos jours, les plus grands pas vers sa perfection. Celle des minéraux doit davantage au génie des nations du Nord, bien que la cristallographie minérale appartienne presque entièrement à notre Romé de Lisle et à M. Haüy. Linné et Bergmann avaient eu en Suède le mérite d’en apercevoir l’importance. L’histoire des insectes et la description d’une foule de plantes nouvelles ont acquis d’immenses développemens en Allemagne , dans le Nord et en Angleterre; mais quoique Fabricius ait changé la face de l’entomologie, et que Joseph Gærtner ait publié d’admirables travaux sur les semences et les fruits de presque tous les végétaux , l’Europe reconnaît la supériorité de l’école française. Les familles naturelles des plantes par MM. de Jussieu, Desfontaines et les autres Botanistes, sont encore susceptibles de perfeetionnemens , mais fixent désormais les destinées de la Botanique. Les profondes recherches de M. Cuvier
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et de ses élèves dans l’anatomie , les travaux de MM. Lamarck, Latreille, et de plusieurs savans sur toute la série des animaux dits sans vertèbres, ont à-peu-près atteint la vraie tnarehe de la nature. Ce résultat heureux est dû principalement à l’établissement du Muséum d’Histoire naturelle , école peut-être unique dans l’Univers, par la réunion immense des richesses quelle possède en tout genre.
Si les hommes étaient de pures intelligences , il suffirait de leur présenter la vérité toute nue pour les instruire; mais parce qu’ils sont sensibles, lorsque la lumière d’une grande vérité se joint à l’inel- <• fable charme de la beauté, le cœur est ravi enmême-temps que l’esprit s’éclaire. Eettè douce et vive impression est le caractère essentiel des œuvres de la nature ; elles réunissent le vrai , le simple et le beau : sublime harmonie, qui partout annonce la main du Grand- Être ! Plus les travaux de l’homme porteront cette divine empreinte, plus ils brilleront de génie, et seront dignes d’une admiration éternelle.
Et tel est l’enchantement attaché à la nature , qu’elle devient la source des plus tendres, des plus héroïques sentimens , chez les animaux mêmes. Cette lionne , altérée de sang , devenue mère, sera, pour sa naissante famille, la gardienne la plus passionnée et la plus fidèle; cette fauvette, si timide et si volage , se fixera sur sa couvée; elle préférera de périr de faim ou de subir un dur esclavage, plutôt que d’abandonner ses petits à l’oiseleur. On
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a ru l’hirondelle traverser les flammes d’un édifice embrâsé, pour secourir ses enfans ou mourir avec eux. Jusque dans les profondes eaux , les monstres de l’Océan portent des entrailles maternelles, s’exposent à tous les dangers pour sauver les jours de leurs noürriçons. Et vous , mères sensibles , ditesnous , de quelle divine source émanent les inspirations généreuses , lorsque vous voyez» pour la première fois votre nouveau-né vous sourire et étendre ses petits bras vers vous! C’est alors que ses caresses vous payent avec usure de toutes les douleurs de la vie , des pénibles soins de son enfance. Il n’appartient qu’à la nature de tirer ainsi des joies du sein des souffrances, et de faire trouver des sentiinens tendres dans les plus douloureux sacrifices.