‹ Histoire des mollusques dans l'antiquitéChapitre 3 sur 8 · AA HISTOIRE DES MOLLUSQUES · texte numérisé non relu

AA HISTOIRE DES MOLLUSQUES

conservateur par excellence. Déjà mentionné dans les Védas, il occupe la première place dans les livres du Brâähmanisme sectaire, les Pourânas et le poème épique du Mahä-Bhärata. On le représente ordinairement sous les traits d'un beau jeune homme au teint bleu foncé, paré comme les anciens rois. Il a, le plus souvent, quatre bras; l’une de ses mains, presque toujours la main gauche, porte le Panchajanya (1) ou Gankha (2), qui n’est autre qu'une grande et belle coquille de Gastéropode, toujours de même forme et de même taille. Comme pendant au Panchajanya, il tient dans ses autres mains le Soudarsana où Vajra-nabhachakra, la foudre, sous la forme d’un disque prêt à être projeté sous l’impulsion de la force centrifuge imprimée par un doigt, puis la massue appelée Gada en sanscrit, ou Kaumodaki, et enfin la fleur du Lotus (3).

Dans la belle collection du Musée Guimet, quatre Vishnou, dont trois en bronze et un quatrième en bois faisant partie d’un fragment de char sacré fort ancien, portent une conque à la main gauche. Elle est de forme turriculée, l'ouverture en avant, la columelle dans la main,le sommet en l'air. L’ouverture est généralement peu profonde; un examen attentif de la coquille nous a démontré qu'elle était sénestre, c’est-àdire quel’enroulement des tours se faisait de gauche à droite, la coquille ayant sa columelle en bas ; dans ces conditions, l’ouverture se trouve nécessairement à gauche. Nous reportant au grand ouvrage de Moor, Æindu Pantheon, nous avons pu nous convaincre que plusieurs des Vishnou qui sont repré-

(1) De Panchajana, démon marin particulièrement nuisible aux cinq (pancha) espèces d’êtres (jana), savoir : dieu, hommes, gandharvas, serpents et mânes non réincorporés.

(2) De sam, avec, et kha, cavité, c’est-à-dire qui a une cavité.

(3) John Dowson, 1879. À classical dictionary of hindu mythology and religion, etc.

sentés ont également en main une coquille sénestre. Le plus souvent, soit dans les figurations, soit dans les originaux, l'ouverture de la conque est assez mal représentée ; un simple trait, parfois, indique sa position; dans les statuettes déjà mieux conservées, ou d’un travail un peu plus fini, l’ouverture est figurée par une sorte de point d'interrogation, dont la boucle supérieure est tournée à gauche. Enfin, dans quelques bons exemplaires, comme ceux de la collection Guimet, ou comme ceux de la planche XIII de Moor, on distingue nettement les caractères de sinistrorsité de la coquille, soit par la position de l’ouverture, soit par la direction des tours de la spire dans leur enroulement. Ce fait de la sinistrorsité dans la conque de Vishnou est des plus singuliers, Nous aurons occasion d’y revenir plus loin.

Mais le Vrshnou idéal n’a pas seul le monopole de la conque; nous la retrouvons également dans quelques-uns de ses avatärs ou incarnations. Ce dieu, éminemment bon, quitte son paradis et descend sur la terre pour combattre quelque calamité menaçant le genre humain, pour accomplir quelques grands progrès civilisateurs, ou ramener dans le chemin du bien ses fidèles égarés. Il revêt alors dix formes différentes ou avatârs : Matsyävatära ou Vishnou incarné en Poisson pour sauver du déluge Varvacyata, le septième Manou et procréateur du genre humain ; Kourmävatära, ou Vishnou incarné en Tortue au sein de la mer de lait, océan de la création ; Varahäâvatära, ou Vishnou incarné en Sanglier pour reconquérir la terre; Nara-Simhävatära, ou Vishnou devenu l'Homme-lion, pour délivrer le monde de la tyrannie de Hiranya-Kacipou, le roi invulnérable des Daityas; sous toutes ces formes si variées, Vishnou est également représenté avec sa Cankha ou conque victorieuse à la main, et cette conque est encore sénestre.

Mais la plus importante, ou tout au moins la plus popu-

laire de toutes les incarnations de Vishnou, est la huitième ou Krishnävatära. Sous cette forme qui représente une manifestation complète de Vishnou, le dieu porte également dans la main gauche la même conque sénestre que nous avons déjà vue à Vishnou ou à ses autres avatärs (1). C’est vers la fin de l’ère antérieure à J.-C. que s’est surtout développée la légende de Krishna, c’est-à-dire à l’époque des luttes du Bouddhisme et du Brâhmanisme. Nous avons pu voir un grand nombre de Krishna portant tous la conque, et cette conque est toujours pareille à celle de Vishnou ou de ses différentes incarnations,

Quelle est donc cette curieuse coquille brâhmanique ? A quelle espèce zoologique faut-il rapporter le Panchajanya ou Çankha? D’après les meilleures représentations, il nous semble qu’elle peut être comparée aux formes du genre Turbinella, et plus particulièrement au T'urbinella rapa de Lamarck (2), qui vit actuellement dans la mer des Indes. Mais ce T'urbinella est normalement dextre, avec son ouverture située à droite, la pointe au sommet de la coquille étant en haut. C’est donc une coquille anormale et certainement des plus rares que le dieu Vishnou ou ses incarnations tiennent dans jeurs mains.

Le Panchajanya a, du reste, lui aussi sa légende. C'est la coquille du démon marin Panchajana. Ce démon vivait au fond de la mer sous la forme d’une conque; comme il avait saisi le fils de Sandipani, qui avait appris à Krishna l’usage des armes, Krishna, pris d’un dévoûment superbe, accourut

(1) Prannath Pandit, Xrisnha cultus, in the Brihat-samhita, Journ. of the Asiatic Soc. of. Bengal, t. XLIV, part. I, p. 31 à 35.

(2) Turbinella rapa, Lamarck. Anim. sans vert., 2e édit., t. IX, p. 377: « T.testa subfusiformi, medio ventricosa, crassa, ponderossissima, mutica, alba; anfractibus superne basim præcedenti obtegentibus; cauda breviuscula ; columella subquadriplicata. »

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au secours de l’enfant, terrassa le démon et conserva sa conque parmi ses attributs (1). Telle serait l’origine de la conque entre les mains du dieu.

Mais à cette légende on peut en opposer une autre qui explique tout aussi bien le même fait; Krishna est parfois représenté sous des formes bien différentes : « Héros persécuté dans son enfance comme Hercule, dieu triomphant couronné de fleurs comme Apollon chez Admète, sauveur promis, attendu comme le Messie, il semble que, pour le peindre, les sages et les poètes indous aient puisé à toutes les traditions anciennes et contemporaines répandues dans le monde (2). » Krishna, gardeur de troupeaux, représenté sous la forme de Govinda ou Gopala, porte encore la conque dans sa main, comme s’il voulait s’en servir pour rappeler à lui ses bêtes égarées. Cette idée de la conque comme symbolisme du pasteur semble ainsi des plus naturelles, puisqu'il suffit de briser le sommet de la coquille pour s’en servir comme d’une trompette, tel le buccinum des Latins ou le xñovë des Grecs (3).

Dans la religion brâhmanique, nous allons encore trouver d’autres dieux armés de la conque. Durgä, Ganeca, Déri, Sourya sont aussi quelquefois représentés avec une coquille à la main. Mais ces divinités appartiennent à une autre secte que celle de Vishnou.

(1) Sur la couverture extérieure de l'édition de la Bhagavadgita de Thomson, on voit au fond de la mer le démon Panchajana sortant de sa coquille, et à la surface des eaux Vishnou qui s’est incarné en poisson pour combattre et tuer Panchajana; c’est la coquille de ce démon dont Vischnou ou Krishna s’est emparé.

(2) Théodore Pavie, Xrichna et sa doctrine, p.33.

(3) Aujourd’hui encore, dans la Corse et dans la Sardaigne les bergers se servent du grand Tritonium nodiferum, comme d’une corne ou d’une trompe. Il suffit de briser la pointe de cette coquille et de souffler un peu fortement par ce sommet. En 1871, aux portes mêmes de Bastia, les conducteurs de trains de remblai du petit chemin de fer servant à l’entreprise du port n’avaient point d'autre instrument pour prévenir de leur passage.

Civa, une des divinités du Brähmanisme, tout à la fois dieu créateur et destructeur, personnifiant l’action de la nature qui détruit ce qu’elle a créé pour engendrer à nouveau, s’unit. à. Päryvati, déesse de la beauté, et à Prithivi, personnification de la terre, qui deviendront bientôt une seule et même forme désignée sous le nom de Kali, la noire, ou plus simplement Dévt, la déesse. Decette union naît Ganeça, dieu de la sagesse, protecteur de la science et destructeur des obstacles de l’intelligence. C’est au sage Ganeça que l’on attribue une collaboration active dans la composition du Mahä-Bharatä (r). C’est lui que l’on invoque au commencementdetous leslivres, ou toutes les fois qu’il s’agit d'accomplir un acte de quelque importance : On ! Ganeça ! Adoration à Ganeca!

Ganeça, dans une de ses mains, tient une coquille, mais celle-ci nous semble différente de celle de Vishnou ou de Krishna. Elle est également sénestre, mais d’un galbe plus allongé, avec une columelle moins acuminée, une ouverture plus haute ; les tours de la spire sont accompagnés de saillies comme épineuses. C’est très probablement une coquille du genre Voluta. Parmi les Ganeça du Musée Guimet, se trouve une petite statuette en argent massif, dans laquelle la coquille est très nettement représentée avec sa forme sénestre et son ornementation particulière. Dans tous les Ganeça que nous avons examinés, la conque est toujours la même avec ses caractères constants.

Quant à Prithivi, mère de Ganecça, elle aussi tient également parfois la conque. Comme divinité, Prithivi est appelée à jouer des rûies bien différents. Il en existe deux exemplaires avec une coquille dextre dans la collection de M. Guimet, sous la personnification de Durgä, « celle qu’il est difficile de flé-

(1) L. de Milloué, 1883. Catalogue du musée Guimet, 1e partie, introduction et p. 50.

chir », rappelant ainsi l’énergie destructive de Çiva, la divinité des terribles Thugs de l’Inde. Enfin, Moor a également représenté Dévi tenant la conque à la main (1).

Mais que veut dire cette conque dans les mains de Ganeça et dans celles de sa mère, surtout lorsque cette coquille est essentiellement d’origine marine, et que Prithivi personnifie la terre? Les explications nous font encore défaut. Il y a là, sans doute, comme à propos de Krishna, quelque légende que nous ne connaissons pas et qui, pourtant, justifie cette sorte de contraste. Nous n’osons pas croire que c’est comme dieu de la sagesse, protecteur des sciences en général que Ganeça est porteur de la conque. Peut-être n’est-ce là qu’une idée purement conventionnelle; peut-être aussi la coquille en question, par cela même qu’elle est des plus rares, devientelle des plus précieuses, et par conséquent plus particulièrement digne de figurer au milieu des attributs sacrés ? Bornons-nous à rappeler les faits, laissant à d’autres plus autorisés que nous en pareille matière, le soin de les interpréter.

Dans le Jaïnisme ou religion Jaïn, nous voyons encore figurer la conque. Cette secte, quoique relativement peu nombreuse, joue dans l’Inde un grand rôle par son importance religieuse, comme par l'influence dont jouissent ceux qui en font partie. Dans les districts de Biharet de Patna, où ses fidèles sont en majorité, ils portent le nom de Cravakas. Malgré les incertitudes qui règnent sur l’origine de cette religion, elle n’en est pas moins fort ancienne, puisque M. de Milloué nous apprend (2) que, parmi les quatre hypothèses relatives à son origine, celle qui lui assigne la date la plus récente la fait encore remonter au deuxième siècle de notre ère, c’est-à-dire au moment de la ruine du Bouddhisme.

(1) Moor, Hindou pantheon.

(2) L. de Milloué, 1883. Catal. du Musée Guimet, 1° partie, introduction, p. XLIHI.

Dans cette secte, le rôle que jouent les Bouddhas chez les Bouddhistes est attribué, chez les Jaïns, aux T?rthankaras Jinas, sages qui ont franchi le monde. Le Tirthankara est un ascète qui a mérité, par sa science et sa piété, de sortir du cercle fatal de la transmigration, et qui a atteint Môksha, le Nirräna des Jaïns. Il y a, dans chaque période mondaine, vingt-quatre Tirthankaras représentés par des symboles ou emblèmes différents. Le vingt-deuxième a nom Mémt et a pour symbole la conque. On attribue à ces Tirthankaras une stature prodigieuse et une longévité non moins fabuleuse décroissant progressivement depuis Vrishabha, représenté par le Taureau, qui mesurait 500 toises et vécut 8,400,000 grandes années, jusqu’à Pärcranätha, figuré par le serpent, qui vécut 100 ans et n’avait plus que la taille ordinaire des hommes.

Nous empruntons encore à un récent travail de M. de Milloué quelques explications sur Mémi, représenté par la conque (1). « Némi, Arishta Némi ou Néminätha était fils du roi Samudrarijaya et de la reine Crr4, de la race d'Harivansa. Ambika est sa Säsana ; il a le teint noir et une conque lui sert d’emblème. Il est né à Sari, dans le Srâvan (2), dans le premier mois de la saison pluvieuse, sous la constellation de Chitra, se fait ascète à l’âge de 300 ans, au lieu de Dvârakà (en Mâgadhi Baravaväe) et meurt sur le mont Girnar après avoir vécu 700 ans de la vie d’ascète, ce qui donnerait à sa carrière une durée totale de 1,000 années (3), pendant lesquelles il ne demeura que 55 jours à l’état d’ascète imparfait.

(1) L. de Milloué, 1884. Essai sur les Jaïns, in Museon, Louvain.

(2) J. Burgess {Papers on Satrunjaya, in Ind. Ant. n1,p. 138), remarque que Stevenson identifie Sari ou Saryapura à Agra, tandis qu’on s'accorde généralement aujourd’hui pour en faire une ville de Kathiäväd.

(3) J. Stevenson, Kalpa Sütra, p. 98. — Colebrooke, Observations on the Jaïns, in As. Rev., 1x.

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D’après une légende citée par M. Burgess (1), sur la foi d’un prêtre Jain, Némi aurait excellé dans tous Îles genres d’exercice et principalement dans ceux qui demandent de la force. Son cousin Krishna, jaloux de sa supériorité (il l’avait vaincu au jeu de la conque), demanda aux Gopis (2) de lui inspirer des pensées amoureuses et de le déterminer à se marier afin de lui faire perdre sa force surnaturelle. »

Nous ignorons malheureusement par quelle coquille Némi était représenté ; nous n'avons trouvé à ce sujet aucun document susceptible de nous éclairer. Les prêtres Jaïns, plus peut-être que tous autres, sont avares de leurs dieux et n’en laissent pas facilement reproduire les images. Quoi qu'ilen soit, il importe toujours de retenir cette singulière parenté entre Némi représenté par la conque et son cousin Krishna qui, lui aussi, a la conque parmi ses attributs.

Parfois aussi, la conque quitte la main des dieux pour devenir amulette entre les mains d’un simple mortel. M. Guimet nous a montré une de ces amulettes en bronze affectant la forme d’une boucle, et représentant la conque de Krishna. Le dessous est orné de boucles en tous sens pouvant recevoir une agrafe ou un cordon. L'ensemble représente la coupe longitudinale passant par le grand axe d’un Gastéropode analogue à quelque grand Triton; les caractères aperturaux, la base de la columelle se distinguent très-nettement ; mais par une singulière idée de l'artiste, et sans doute pour mieux faire ressortir la disposition spirale de la coquille, le milieu de l’amulette représente une volute en continuité de trait avec la base de la columelle, comme si l’on avait rabattu sur ce même plan, passant par le grand axe de Ia

(1) J. Burgess, Papers on Satrunjaya, in Ind. Ant., n1, p. 138-130.

(2) Compagnes de Krishna, nymphes ou simples bergères, initiées par le dieu aux séductions de l'amour. Voir Burnouf: Bhägavata Puräna, et Th. Pavie : Légende de Krishna.

coquille, la projection verticale d’une section transversale ou perpendiculaire au grand axe.

A des éqoques plus modernes, nous retrouvons encore la conque, non-seulement entre les mains des dieux, mais dans celles de leurs prêtres. Au Japon, par exemple, à l’heure de la prière, les prêtres se servent de la conque pour appeler au temple leurs fidèles. La conque ferait également partie de l’orchestre sacré des Japonais. Il existe dans les galeries du Musée Guimet une charmante petite statuette représentant un prêtre bouddhiste de la secte Sin-gon entonnant de la trompe dans une sorte de grand Triton qu’il tient élevé à la hauteur. de ses lèvres. On sait, dureste, que, de touf temps, les peuples se sont ingéniés pour se créer des instruments de musique, dont quelques-uns sont souvent fort singuliers. Au Tibet, par exemple, la trompette religieuse, dit Schlagintweit, est faite avec un fémur humain évidé de sa moëlle, muni à l’une de ses extrémités d’une sorte d’embouchure, et terminé à l’autre par un pavillon. Les fémurs des saints tibétains donnent, paraît-il, des sons beaucoup plus beaux que ceux des simples mortels. Peut-être de même les conques sacrées ou sénestres rendent-elles des sons plus suaves et plus harmonieux que ceux des conques ordinaires.

Quoi qu’il en soit, la conque et les joueurs de conque figuraient dans les fêtes religieuses bouddhiques. Dans Île Dâäthâvança ou histoire de la Dent de Gautama Bouddha, on donne la description d’un char destiné à porter la Dentrelique de Dantapura, dans le royaume de Kalinga, à Pâtaliputta, dans celui de Pändu; ce char est attelé de chevaux « blancs comme l’intérieur de la coquille appeléeconque (1) ».

En outre, dans la description de la procession de la Daladä

(1) Dâthâvança, Histoire de la Dent-Relique de Gâtama Bouddha, poème épique pâli de Dhammakitii, traduit en français d’après la version anglaise de sir Coomâra Swâmy, chap. im, verset 4.

ou Dent-relique, on voit figurer à plusieurs reprises des joueurs de chank, çcankha ou conque, pêchées au large de la côte nord-ouest de Ceylan (1). Dans le ZLalita yistara, au temps de la naissance du Bôdhishattva, ce sont des jeunes filles qui portent au cou la conque sacrée : « suspendues dans l'étendue des cieux et montrant la moitié de leur corps, les filles des Mayas furent aperçues tenant les divers ustensiles du sacrifice. Plusieurs centaines de mille de filles des dieux portant des conques, des tambours suspendus à leur cou, furent aperçues immobiles et attendant (2). » Un pareil instrument devait nécessairement faire partie de l'orchestre sacré des anciens Indous. En effet, dans l’énumération des instruments sacrés qui font entendre au Bôdhisattva, «les sons agréables de leurs accords, les sons variés et retentissants de leur symphonie pendant qu’il veille », le Lalista vistara cite: les conques, les tambours, les timbales, les tambours d’airain, les harpes, les luths, les tambourins, les cimbales et les flûtes. Comme onle voit, dans ce singulier orchestre, la conque tient la tête des instruments et elle représente, avec la flûte, la totalité des instruments 2 4vVents nous avons peine àcroire qu’un pareil assemblage produise, par ses « accords », des sons « variés et bien agréables (3) ». Longtemps aussi la conque servit dans les combats pour ramener auprès des chefs les guerriers dispersés. Les chefs Pindaris et Marathes, nous écrit àce sujet M. Bourquin, s’en sont servis dans les combats jusqu’au commencement de ce siècle. Autrefois, chaque chef donnait à sa conque un nom spécial. Dans le premier chapitre de la Bhâgayadgita, depuis

(1) Mémoire sur l’histoire de la Dent-Relique de Ceylan, par M. Gerson da Cunha, traduit de l’anglais, in Annales du Musée Guimet, t. VIT.

(2) Lalita vistara, ou Développement des jeux, par M. P.-E. Foucaux, in Ann. Musée Guimet, t. VII, p. 74.

(3) Lalita vistara, Loc. cit., p. 148.

le verset 14, on lit: « Alors (Bhihma) son parent, et l’un des anciens chefs des Kurus, sonna plein d’ardeur sa conque sacrée, appelée le Rugissement du Lion. Puis, tout à coup, les conques, les caisses, les cymbales, les tambours, les cornes entremèêlant leurs sons, font entendre une voix tumultueuse. Alors (Krishna) le Tueur de Madhu et (Arjuna) le fils de Pandu, assis sur un noble chariot traîné par des coursiers blancs, sonnent aussi leurs conques célestes. Le seigneur des sens (Krishna) sonne de sa Pänçajanya; l'acquéreur des richesses (Arjuna) sonne de sa Devadatta (Dieu-donnée); Bhima, l’affamé au ventre de loup, sonne sa ‘glorieuse conque la Paundra (de Pundra, démon tué par Bhima); le roi Yudhishthira, fils de Kunti, sa conque Anantavijayam (victoire éternelle); Nakula enfin et Sahadeva sonnent leurs conques Sughosa (voix douce) et Manipushpaka (la fleur des perles). »

La conque guerrière existe également, paraît-il, au Japon. M. Emile Guimet, dans ses Promenades japonaises (1), nous raconte, en effet, que l’on montre, dans le temple de Kamakoura, le casque et la conque marine de Yêyas, Shiôgoun qui transporta à Yédo la cour des lieutenants du Mikado. Ce fut ce même Yêyas qui ordonna la persécution des chrétiens à la fin du XVI°siécle. Mais, dans tous les cas, le symbolisme de la conque est de date bien plus récente au Japon que chez les Indous.

De l’usage que l’on fit de la conque dans le culte, soit comme trompette d’appel du peuple aux sacrifices, soit comme instrument d’invocation ou d'appel aux dieux, vint l’idée d’adoration qu’on lui rendit. Car lIndou voyait dans tous les objets, et particulièrement dans ceux mis en usage pour le sacrifice, l’idée de l’âme universelle (Brahm). Il en

(1) E. Guimet, Promenades japonaises, t. I, p. 103.

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arriva ainsi à adorer la conque, et à l’invoquer comme il le faisait à propos du feu de sacrifice, de l’objet sacrifié, de l'autel, du bois, du beurre sacrificiel, et même de l'acte de sacrifice. La conque fut donc adorée; et parmiiles objets du sacrifice, elle a joui d’un culte plus prolongé, par exemple, que celui de la sonnette, à cause des anciennes associations à la fois guerrières et mythologiques, telles que celles de l’origine du Panchajanya, et des grands services que ces conques-trompettes rendirent dans la guerre civile des Pandavas et des Kaurovas.

Dans le Brahmalkarma ou Rites sacrés des Brâhmanes, traduit du sanscrit par M. A. Bourquin(r), voici comment se faisait cette adoration de la conque sacrée (325): On prend la conque et l’on dit: « À l’ouverture de cette conque est le dieu de la lune (326), sur son côté est Varuna (327), sur son revers Prajäpati (328), et sur sa pointe, le Gange, la Sarasvati, et tous les autres fleuves sacrés des trois mondes dans lesquels on fait des ablutions d’après l’ordre de Väsudeva (329). Dans cette conque se tient le chef des Brahmanes (330). C’est pour-

(1) A. Bourquin, Brahmakarma ou Rites sacrés des Brahmanes, traduit du sanscrit, in Ann. Musée Guimet, t. VII, p. 56.

(325) « Grande coquille marine fortement recourbée en spirale, et à la pointe de laquelle un trou est percé afin de s’en servir comme de trompette dans le culte. »

(326) « C'est-à-dire l'esprit qui vit dans la lune et la dirige, comme Nârâyana est l'esprit et le dieu du soleil. »

(327) « On ne peut rien dire de bien précis relativement aux attributs de la divinité du cinquième monde, ni de Varuna et Indra, les deux divinités suivantes du sixième et septième monde, sinon qu'elles se trouvent toutes trois dans les plus anciens hymnes et qu’elles semblent résider dans les hauteurs les plus élevées {Brahmakarma, p. 13, note 57). »

(328) « Prajâpati, maître des créatures, est un être divin, poète sacré, une espèce de progéniteur du genre humain. »

(329) « Un des noms de Krishna. »

(330) « Brahmendra ou Brahmanaspati, être divin, considéré comme chef des Brahmanes et comme tel, médiateur par excellence entre les dieux et les humains. Il est aussi appelé Brihaspati. »

quoi l’on doit adorer la conque sacrée. Gloire à toi, conque sacrée, bénie parmi tous les dieux, née dans la mer et que Vischnou tint autrefois dans sa main. Nous adorons la conque sacrée et en faisons notre méditation. Qu'elle nous remplisse de joie ! — J’offre (à la conque) tout ce qu’il faut pour l’adoration! des parfums, du riz et des fleurs. » — Ici l’on fait le signe de la conque (331). »

Cette conque sacrée n’existe pas seulement dans l’imagination des auteurs anciens de livres religieux. Quoique certainement des plus rares, par suite de sa forme anormalement sénestre, on la rencontre néanmoins quelquefois dans les mers. De tous temps, elle a été recherchée par les pêcheurs avec le plus grand soin, et aujourd’hui encore, outre sa valeur vénale toujours très grande, elle constitue une source de bonheur, de félicité et de prospérité pour l’heureux mortel qui peut la rencontrer.

M. Guimet, au retour de ses voyages, nous a, à ce sujet, rapporté les faits suivants : À une certaine époque, les Hollandais tiraient de Tuticorin des revenus considérables. Outre les toiles qu’on leur apportait de Maduré, et qu’ils échangeaient à Tuticorin avec le cuir du Japon et les épices des Moluques, ils obtenaient encore un grand profit de la pêche des perles et du Xanxus. Une tradition Brähmanique conte que l’un des compagnons de Râma, dans son expédition à Ceylan, poursuivi en mer par un Rakshasa, ogre ou démon, fut obligé de se cacher dans un de ces derniers coquillages ayant ses volutes enroulées de gauche à droite. Au moment de la pêche, en janvier, des milliers d’indigènes restés fidèles au Brâhmanisme arrivaient à Tuticorin pour voir s'ils allaient enfin pêcher le Xanxus ayant ses volutes enroulées de gauche à droite.

(331) « Je n’ai pu découvrir la manière de faire ce signe. »

Nous trouvons encore cette idée de la conque sénestre dans un vers sanscrit dont l’auteur est inconnu, mais qui est cité dans le Séhitya-Darpana, traité de rhétorique du XV° siècle, et dont voici la traduction telle qu’elle nous est donnée par M. Regnaud, professeur à la Faculté de Lyon: « Hélas! j'ai réduit en poussière un coquillage dont Îles circonvolutions étaient dirigées de gauche à droite (daksinâvartta), dans la seule intention de faire disparaître une gerçure qu’un grain de sable avait produite dans ce vase d'argile (1). »

C'est donc, comme on le voit, toujours cette même coquille sénestre vivant anormalement au sein d’une colonie de coquilles dextres qu’il s’agit de trouver ; c'est toujours la coquille rare, la conque sacrée. Elle existe pourtant; nous avons pu nous en assurer. M. G. Nevill, directeur du musée de Calcutta, nous écrit que chaque année on envoie des quantités considérables de T'urbinella pyrum et T. rapa pêchés sur les côtes de Ceylan, à Dacca et au Bengale par Calcutta. A ;Dacca, il existe toute une grande industrie qui a pour objet la fabrication, avec ces coquilles, de bangles ou bracelets, de pendeloques, de fétiches de toutes sortes, etc. ; de temps en temps on trouve dans le nombre une coquille sénestre; c’est la conque sacrée qui doit porter bonheur à son heureux propriétaire. En 1882, une pareille coquille a été vendue aux enchères, à Calcutta, au prix de 450 rupees, soit près de 1,000 fr. de notre monnaie ; c’est beaucoup, sans doute, pour une seule coquille, mais c’est certes bien peu, si elle doit être la source.de tant de félicités pour celui qui la possède...

Il importe de faire observer que le genre Turbinella n'est point le seul qui présente de pareilles anomalies. La plupart des espèces normalement dextres peuvent avoir des mons-

(1) Le traducteur anglais du Séhitya-Darpana ajoute en note : « Such a conch-sell is believed to ensure prosperity to the house in which it remains. »

tres sénestres. Dans tous les traités de conchyliologie, on cite des listes composées de coquilles inversement enroulées. Certaines espèces même sont tantôt dextres, tantôt sénestres. Pour fixer les idées, nous dirons que la proportion de coquilles sénestres par rapport aux coquilles dextres chez l’Helix pomatia (1), vulgairement connu sous le nom d’escargot de Bourgogne, est de un sur vingt mille environ, dans la partie centrale du bassin du Rhône, c’est-à-dire là où il est le plus abondamment répandu, et là aussi où on lui fait la chasse la plus active pour l’envoyer sur nos marchés.

Cette idée de la coquille marine sacrée n'appartient pas exclusivement au peuple Indou. Elle aurait eu dans l’antiquité une bien plus grande extension. Il nous a paru intéressant de rapprocher des faits que nous venons de signaler un passage d'Elien, où 1l rapporte une légende tout à fait analogue à celle du Panchajanya ou du Xanxus, mais relative à un tout autre pays: « Les Strombes ont un roi, auquel ils obéissent avec la plus grande docilité. Ce roi ne se distingue pas seulement par sa grandeur, mais aussi par sa beauté. S'il lui paraît avantageux de plonger, il le fait avant tous; si, au contraire, il veut émerger, il commence avant tous les autres ; de même aussi, s’il s’agit de se mettre en route, c’est lui qui ouvre la marche, et les autres le suivent. Le pêcheur assez heureux pour capter ce roi réussira dans tout ce qu'il entreprendra, et même celui qui assisterait à la prise de ce roi s’en va tout joyeux persuadé de sa bonne fortune. A Byzance, on récompense celui qui a fait une telle capture; tous les autres pécheurs lui donnent un drachme attique (2). »

Il est bien évident que la conque, ou Strombe de Byzance,

(1) Helix pomatia, Linné, 1758. Systema naturæ, édit. X, I, p. 771.

(2) Claudius Ælianus, De natura animalium, de Stromboi. — Elien, écrivain du IIIe siècle, vivait à Rome sous Héliogabale et Alexandre Sévère.

n'appartient pas à la même espèce que celle de la mer des Indes. Mais il est certainement très curieux de retrouver cette même légende, basée sur la pêche d’une coquille sacrée, source de prospérité pour celui qui doit la posséder, chez des peuples aussi différents. Il est probable qu’il faut admettre que l’idée première de cette légende a eu son berceau dans l’Inde à une époque très reculée, et qu’elle est parvenue en Occident, jusqu’à Constantinople, à la suite des grandes expéditions en Orient de Darius ou d'Alexandre.

Admirateur de tout ce qui touche au merveilleux, homme a toujours aimé à rechercher ces bizarreries de la nature qu’il ne pouvait, la plupart du temps, interpréter ni comprendre. Souvent même, trouvant que le monde qu’il connaissait n’était pas assez prodigue de ces monstres fantastiques, c’est dans son imagination qu’il les a enfantés, et Dieu sait combien l’histoire des anciens est féconde en incroyables légendes ! aussi avec quelle ardeur il devait s’attacher aux monstres réels, palpables, visibles aux yeux de tous, puisqu'il pouvait alors donner un semblant de vérité à sa propre fiction! La conque sénestre des Indous doit donc prendre rang à côté de ces singularités naturelles connues sous le nom de Trèfle à quatre feuilles, d’Ibis noir, de Merle ou d'Éléphant blanc, et tant d’autres analogues. Ce ne sont pas de simples mythes, comme on serait tenté de le croire, mais bien de véritables cas tératologiques recherchés, fêtés ou même adorés, non point parce qu’ils sont beaux, mais simplement parce qu'ils sont rares.

Len

Re FAR

MALACOLOGIE SCIENTIFIQUE

Sous le nom de Malacologie scientifique, nous comprenons la totalité des documents qui nous ont été transmis depuis l'antiquité par les écrits des historiens, savants, philosophes ou poètes. Ce sont des documents positifs, véritables interprètes de la pensée de leurs auteurs, et qui nous mettent à même de pouvoir apprécier, avec quelque certitude, les connaissances scientifiques d’une époque aussi reculée.

Bien peu de peuples nous ont laissé des écrits remontant aux siècles antérieurs à notre ère, et traitant de l’histoire naturelle. A part les Grecs et les Latins, les autres nations étaient beaucoup moins avancées dans l’étude des choses de la nature. Cependant, en fouillant l’histoire des Egyptiens ou celle des Hébreux, en remontant même aux sources du langage chez des nations plus primitives encore, on trouve quelques traces de leurs connaissances plutôt pratiques que véritablement scientifiques au sujet des Mollusques. Cesticeique nous avons essayé de faire dans ce chapitre. Après avoir MmOontré qu’il existait une sorte d'unité générale dans le langage malacologique des peuples primitifs de la grande famille indoeuropéenne, nous avons cherché à nous rendre compte du rôle que ces animaux avaient pu jouer dans l’ancienne civili-

sation Egyptienne, puis chez les Hébreux, avant d'arriver à traduire les pages plus complètes et réellement scientifiques des auteurs Grecs et Latins.

Mais en dehors de ces peuples lettrés, et pour rester dans les limites du cadre que nous nous sommes tracé, limites ne dépassant pas les premiers siècles de notre ère, nous ne voyons aucunes sources où nous puissions puiser de nouveaux documents; l’on cite souvent, et à juste titre, les connaissances scientifiques des Arabes, et il serait intéressant de retracer les progrès qu’ils ont pu faire faire aux études scientifiques, mais leurs auteurs les plus anciens, du moins ceux qui nous sont connus, se montrent encore à une époque rela- : tivement trop récente. Quant à ce qui concerne la malacologie scientifique de la Gaule ou de la France, ou des autres pays de l’Europe centrale et septentrionale, nous savons, hélas ! que ce fut en quelque sorte lettre morte durant de bien longs siècles. Nous devons donc nous en tenir à ces étroites limites, mais du moins aurons-nous la consolation d'y trouver une réelle abondance de précieux renseignements.

Malacologie indo-européenne.

Si les Grecs et les Latins nous ont laissé dans leurs écrits des indications suffisamment précises pour pouvoir reconstituer l’histoire de leurs connaissances malacologiques, il n’en est pas de même de la plupart des autres peuples de l'antiquité. Les Indous et les Egyptiens, par quelques coutumes connues, ou par des représentations plus ou moins complètes,

nous ont bien faiblement éclairés, il est vrai, Sur certains usages qu'ils faisaient des coquilles. Mais, que pouvons nous dire de la Malacologie chezles autres peuples? Ils connaissaient les Mollusques, c’est là un fait incontestable; presque partout, dans l’intérieur des continents, ou sur les rivages maritimes, on rencontrait, alors comme aujourd’hui, une faune des plus variées. Siles Mollusques terrestres étaient d’un faible usage, il est bien certain que la plupart des peuples nomades ont dû introduire, à toutes les époques, dans l’intérieur des terres: ces belles coquilles de la faune marine, aux couleurs si chatoyantes. Presque tous les anciens peuples utilisaient donc les Mollusques, et cela de différentes manières. Mais vouloir prétendre rétablir les connaissantes malacologiques de tel ou tel peuple encore à son berceau, nous paraît presque impossible avec l’état actuel de nos connaissances.

Il est pourtant un fait bien remarquable que nous ne pouvOns passer sous silence. C’est une sorte d’unité de langage chez tous les peuples indo-européens, pour exprimer par un vocable analogue une même forme malacologique. Il est un principe qu’il faut bien évidemment admettre, à savoir qu'aux premières époques historiques ou à la fin de la période préhistorique, les innombrables espèces de Mollusques que nous parvenons, non sans peine, à classer aujourd’hui, n'avaient qu’un nombre de dénominations fort restreint. Nous verrons que chez les Grecs, par exemple, au temps d’Aristote, le dictionnaire des expressions malacologiques était réduit à un très-petit nombre de mots, chacun de ces mots s'appliquant parfois à un nombre considérable de nos genres actuels. Chez les peuples encore moins avancés dans la civilisation, chez ceux surtout qui n’éprouvaient point le besoin d'écrire pour enseigner, ces mots, résumant à eux seulstoute la

nomenclature malacologique, étaient sans doute moins nombreux.

Déjà, M. Adolphe Pictet, dans son bel ouvrage sur Les or1gines Indo-européennes ou les Aryas primitifs (1) avaient été frappé par cette unité linguistique; et l’on sait à quelles curieuses conclusions il est arrivé par une logique incontestable, en comparant les principales expressions du langage des peuples indo-européens. La Malacologie était donc connue des Aryas primitifs, c’est-à-dire du peuple d’où sont issues les principales variétés de la grande famille indo-européenne. Nous allons emprunter, à M. Pictet quelques-unes de ses cu-

rieuses remarques.

CoQuILLES TERRESTRES. — Ce groupe comprend les Mollusques terrestres, que nous désignons simplement et d’une manière générale par les mots de coquille, d’escargot, de colimacon, c’est-à-dire tout Mollusque vivant à terre et pouvant se renfermer dans une coque ou coquille d’un galbe plus ou moins arrondi. « Sanscrit, kôcastha, escargot, chrysalide, et en général tout animal qui habite unecoque, ceque le nom même signifie. Le mot kôca, moins correctement kôsha, de kuc, amplecti, désigne toute enveloppe plus ou moins solide, coque, cocon, noyau, gousse, œuf, calice, gaîne, boîte, caisse, etc. Cf. Persan, kükü, œuf; kôkalah, gousse du coton, kôshah, ventre; Grec. xéxnos, noyau ; xouxobov, cocon; Latin, cochlea, coquille (2); Illyrien, kuka, id.; Russe, kukla, cocon; Cymrique, cocwy, œuf, cocos, coquillages; Irlandais, cochal, coichme, coquille, etc., etc. À ce groupe étendu se lie le nom Grec de l’escargot xéydès, xoyNlas, Latin cochlea, ou le y dérive

(1) Adolphe Pictet, Les origines indo-européennes, ou les Aryas primitifs, essai de paléontologie linguistique Paris, 1859, 2 vol., in-40.

(2) Le terme générique de cochlea a été fort souvent employé par les précurseurs de Linné. C’est une expression que l’on trouve trés-fréquemment dans Colonna (1616), Rumphius (1705), Scheuchzer (1718), Gualtieri (1742), Klein (1753), D’Argenville (1757), Martini (1773), etc.

de x, comme le montre le synonyme pluriel ra wa (Arist., IV, p. 188, édit. Camus).» Ajoutons que les Chinois se servaient du mot ÆX10-ka-la pour désigner certaines coquilles. C’est encore le scaragol, caragolo des Catalans, des habitants du nord-est de l'Espagne et des îles Baléares, le caracol des Espagnols et des Portugais, d’où nous avons fait en Français le mot escargot et plus anciennement escharbot, escargoite ou eschargoite. On peut également le rapprocher de l’Arabe Karkara, tourner, par allusion à la forme hélicoidale de la coquille.

Une autre version fait remonter notre même mot escargot au Sanscrit karka, karkina, où au Grec xapulves Crabe, Ecrevisse, employé pour désigner ce dernier Crustacé dans le signe du Zodiaque. En Persan on trouve kark, et karcany, corps dur. Ce serait, non plus la forme même, le galbe arrondi de la coquille qui aurait servi d’étymologie, mais sa manière d'être, dure, solide, formée d’une sorte de carapace pour protéger l'animal. C’est en se basant sur une pareille donnée qu’Aristote a classé ses Mollusques.

Hérices. — Ce mot d’Hélice,employé communément aujourd’hui pour désigner une grande famille des Gastéropodes terrestres, estégalement d’origine bien ancienne, et se retrouve chez différents peuples. Les Chinois disent haï-louss; les anciens auteurs Arabes, halzume, halzun; les Syriens, halzunbarri; c’est le céshos, césehirns, et même ocedrnc des anciens Grecs. Pline et plusieurs auteurs Latins après lui ont fait Helix (1) ; lIrlandais, serlide, seilmide, et par analogie seile,

(1) Le genre Helix créé par Linné (1758, Syst. nat., édit. X, p. 768), avait été employé par Pline {Hist. nat., lib. XXXII, cap. 53, 4) dans un sens général : cochleæ, quarum generis pentadactyli, item helices, ad his, actinophora dicuntur quibus cantant. Il est probable que le mot latin helix est dérivé directement du grec ‘kë, expression qui implique l’idée de la

sileadh, bave, salive. C’est de cette même origine que les Anglais ont fait leur suails, les Polonais s/zmack, les Flamands sleckecs, les Allemands schneg, schnecke, etc.

Limaces. — Les limaces et toute la famille des Limacidæ ont une origine commune à laquelle se rattache l’idée de limon, d’humus, de boue, de bave, de tout liquide visqueux et gluant. Les Grecs ont dit Acux%, les Latins /1max d’où limare, les Français /imas, limace, les Russes s/imakû, les Polonais slimak, les Bohémiens slimak, les Illyriens s/rnavaz, les Italiens lumaca, lumacha, limaca ; etc. « Les noms classiques, dit M. Adolphe Pictet, dérivent de la même racine que le grec xzywv, lieu humide, limus, boue, etc., savoir le sanscrit /?, dans le sens de liquidum fieri, d'où l[?, laya, liquéfaction, lina, fondu, liquéfié, etc. Cf. Persan lîmah, boue. Les langues Slaves l’ont conservée sous la double forme lit: et sliti (Russe et Illyrien), verser, fondre, d’où le Russe et Polonais s/ina, salive. Cf. ancien Allemand /?", glutten, et slim, viscus, etc. Le sens qui en résulte pour le nom de Mollusque est clair par lui-même, et répond à celui de l'Hébreu, shablul, escargot, de shäbal, fluxit. (1) »

ConquEe. — Sous le nom de Conque on entend généralement aujourd’hui toute grande valve d’un Lamellibranche. Ce même mot a été pris également dans le sens d’un Gastéropode turbiné analogue au genre Tritonium (2); il pouvait servir de trompe ; telle la conque de Neptume ou des Tritons. « Au sanscrit, dit M. Adolphe Pictet, cankha, cankhaka, con-

spirale ou d’une chose enroulée. Du mot helix on a dérivé un grand nombre de termes génériques, sous-génériques, spécifiques et autres.

(1) Nous aurons occasion de revenir plus loin sur cette étymologie à propos de la Malacologie chez les Hébreux.

(2) Tritonia, Cuvier, 1798. T'abl. élémen., p. 387 ; et Ann. du Museum, T, p'asot(edGérm,1p. 212); 160 1d ND p.454

que, correspond, non-seulementle Persan sank, mais le Grec xôyyn, concha. Ce mot désigne les grandes coquilles appelées Tritons, qui servaient, dans l'Inde, de vases pour les libations et de trompette de guerre. » Aujourd’hui encore les prêtres de Bouddha appellent les fidèles au temple à l’aide de la conque. En Corse et en Sardaigne, les bergers en font également usage pour garder leur troupeaux. « Le Grec xéyycs, xéyyn, a pris aussi le sens impropre de coquille bivalve, mais dans l’origine il n’a dû signifier quele Triton. Je crois, en effet, que çankha dérive de la même racine que câkhä, branche, corne, etque primitivement les conques étaient appelées des cornes, à cause de leur ressemblance de forme. Le Beloutchi shanhä corne, .a conservé la nasale du nom de la conque, tandis que le Persan shäch, shäkah, Kourdistan shiäk, Ossète skha, se rattachent à cäkha. On dit en Persan shäâch zadan, pour sonner de la trompette ou de la corne, et shdka désigne aussi un verre à boire, une coupe, comme cankha, un vase à libations. On sait que partout les cornes ont servi, dans l’origine, de coupes et de trompettes, aussi bien que les grandes coquilles. La réunion de ces divers sens, en Sanscrit et en Persan, témoigne de l’identité des noms de la corne et de la conque. »

D’après une note qu’a bien voulu nous communiquer le savant sanscritiste M. le pasteur Bourquin, l’étymologie de çankha où shankha, terme générique Sanscrit pour désigner la conque serait plus simple et plus rationnelle en la faisant dériver de sam avec, et kha cavité, c’est-à-dire qui a une cavité. Et en effet la conque, comme du reste la corne possédent également une cavité. C’est dans cette cavité de la conque qu’est logé lanimal; c’est dans elle qu’ira se réfugier le dieu Krishna après avoir vaincu le démon Panchajana qui l’habitait.

Pour M. l'abbé Guinand, l’éminent doyen de la Faculté de théologie de Lyon, les termes Français conque, coquille,

coquillage, viennent des mots latin concha, conchilium et des mots grecs xéyyn, xoyyÿAn, xéuxos ; mais ces derniers mots sont bien certainement étrangers à la langue grecque; ils dérivent des idiomes sémitiques. Les Phéniciens tiraient la Pourpre d’un coquillage; ce fait est reconnu dès la plus haute antiquité. Les Grecs, en lui empruntant cette belle couleur, lui ont également emprunté son nom. En effet, la Bible nomme la Pourpre fhekéleth ; la première et la dernière syllabe th ne sont que des flexions, des lettres serviles et accidentelles ; le radical est la syllabe ké/ dont la racine Hébraïque est kalah, kar; dans les significations dérivées, l’'Hébreu redouble volontiers la syllabe mère: ainsi de galah, ou galal, il a fait galgal, d'où est venu le mont Golgotha pour Golgoltha mentionné dans les livres saints (calvaire, lieu de la tête). De même en grec kolkol est devenu xeyy5kn, en substituant un yau premier À pour obéir aux lois euphoniques de la langue. Les Latins comme les Hébreux, comme les Grecs, emploient fréquemment le même procédé. Ainsi ils ont créé marmor, murmur, susurrus, et même le mot purpura.

Cette correspondance manifeste entre les langues Japhétique et Sémitique n’a rien d’anormal ; l’idée deconque, qu’elle procède de la corne ,comme cela a pu arriver pour les peuples pasteurs, qui ont donné un nom à tout objet de forme analogue remplissant le même but, ou de tout autre origine, est des plus naturelles; avant la dispersion des peuples, il devait nécessairement y avoir une expression commune, unique peut-être, qui s’est à son tour modifiée suivant l’influence des milieux, ou les usages auxquels on la faisait servir.

ConqQuE DE VÉNUS. — Les auteurs sont loin d’être d'accord sur le genre de Mollusque désigné par les anciens sous le nom de Conque de Vénus; les uns font du veneria, conque de Vénus de Pline, un Lamellibranche analogue à nos genres

Tapes ou Venus ; d’autres, et nous nous rangeons à cet avis, veulent y voir le genre Cypræa, ou Porcelaine (1). Plusieurs causes nous semblent militer en faveur de cette dernière hypothèse. Une forme aussi particulière que celle des Mollusques du genre Cypræa ne pouvait échapper aux anciens; ils ont dû bien probablement les désigner sous un vocable particulier. Nous reviendrons du reste plus loin sur cette

interprétation. M. Adolphe Pictet établit à ce propos un singulier rapprochement: le mot Persan #uhrah signifie à la fois la conque de Vénus et le marteau. « Dans cette dernière acception, ajoute M. Adolphe Pictet, il correspond exactement au Sanscrit #usra, pilon, de la racine "us, dividere, frangere. Le coquillage peut avoir recu ce nom, soit par suite de quelque analogie de forme, soit par ce qu’il est divisé par une

fente. »

Buccin. — Il est une expression presque générale, trèssouvent usitée chez les peuples anciens, notamment chez les Sémithiques, et se rapportant à un instrument susceptible de rendre des sons plus ou moins musicaux. C’est notre buccin des Français, buccina, buccinum du Latin et ses dérivés ; c’est le Bouxavn des Grecs de la décadence. L’Arabe de Saadius dit bouka. En Chaldéen le mot bouka s'applique à los de la cuisse ou fémur. On sait que chez les Tibétins, par exemple. on faisait usage de cetos pour s’en servir comme d’une flûte; en Hébreu bougah veut dire dans un sens général dévasté, depopulari, mais s'applique aussi au sens évidé, comme il en advient de l’os évidé de sa moëlle, pour servir de flûte ; tous ces instruments, os,coquilles, trompettes, sont en effet évidés, creux à l’intérieur.

(WAGYpræa;, Einné,/ +740. SyszLnatur.., édit, IL: édit. X, 718, dé Kurps, Cypris, nom de Vénus.

Chez les peuples pasteurs, un des premiers instruments de musique fut la corne, qgueren en Hébreu, improprementtraduit par buccina en Latin. C’est de gueren qu'est venu le xéguë des Grecs, d’où le cerithium et le cerithe, de là aussi le cornu des Latins d’où nous avons fait cor. On remarquera que les Grecs ont écrit xepoëyes, adjectif, qui a des cornes, et xñpuË, xfpuxos chef, héraut, sans doute par suite de ce fait que les chefs, les hérauts Hébreux portaient la corne, {antoura, sur le front comme signe distinctif. Aujourd’hui encore les femmes du Liban portent un pareil ornement sur la tête (1).

MouLes. — De même que nous avons vu précédemment que le mot Sanscrit çankha, cankhaka dérivait de la racine unique câkhä, branche, corne, de même aussi plusieurs appellations différentes ont-elles pu trouver leur souche dans la racine sanscrite #7us, correspondant à l’idée exprimée par les verbes latins dividere, frangere. C’est ainsi que M. Adolphe Pictet croit pouvoir rapporter à la même racine le Grec uôs, génitif puds pour pusos, pÜaË, pour pusaë, ainsi que le latin murex, pour nusex, et musculus, d’où l'ancien Allemand muscula, lAnglo-Saxon nuscel, l'Allemand ruschel, et par contraction le Français #oule. Ces termes divers, malgré lidentité des formes n’ayant aucun rapport avec les noms de la souris pôs, nus, etc., en Grec et en Latin, dont la racine Sanscrite est #7ush traduisible en Latin par furari.

HUITRE. — À propos de l’Huître, laccord des langues européennes est véritablement frappant: en Grec, Gotpecv, éotparov; Latin, osfrea; Anglo-saxon, ostra; Scandinave,ôstra; Allemand, auster; Anglais, oyster ; Irlandais, oësridh, oistre, uisire, eisir ; Russe, ustersü, ustritsa; Polonais, ostrzyga ;

(1) L. Lortet, 1884. La Syrie d'aujourd'hui, p. 83.

Bohême, austrye ; Arménien, osdri ; Kymrique, oestrem ; Cornique, estrem ; Armoricain, etstren, histr, histrem; etc. Quant à l’étymologie, au sens primitif du nom, il donne lieu à plusieurs explications, par suite de l’absence d’un corrélatif dans la langue Sanscrite. Pour l’auteur des origines Indoeuropéennes, « sa racine est sans doute la même que celle du grec boreév en composition ês5, os, noyau, et de ésrpaxev, COquille, terre cuite. Nous sommes donc renvoyé au Sanscrit asthi, asthika, en composition astha, os, noyau de fruit, qui se trouve également dans le Persan ds/ah, Kourdistan asttr, Ossete asteg, Latin os, ossis, Albanais ashti, etc. (Cf. Alban. ashterat coquille, écaille de tortue). L’Arménien osgre indique un suffixe différent qui reparaît dans l’Irlandais easgar, noyau, et le Cymrique as-gwrn, Armoricain as-kourn, os. La racine ne peut-être que as, qui signifie en Sanscrit jacere, jaculari, et l’os ou le noyau paraît avoir été ce que l’on rejette comme inutile à l’alimentation. » Ne serait-ce point là une allusion aux Xjækkenmæddigns ou amas de débris de coquilles d'Huîtres, constituant, comme nous l’avons vu, la plus grande masse de ces débris que l’on rejette après en avoir fait usage pour l'alimentation ? M. Aldophe Pictet examine également l’origine possible du même nom dans le Sanscrit astra, missile, arme de jet ; mais il remarque en outre qu’astra a fort bien pu signifier aussi la pierre que l’on lance, et dès lors 85:psov s’expliquerait par semblable à la pierre, à cause de la dureté de son écaille, comme l’Illyrien kameniza qui signifie à la fois Huître et petite pierre.

Cette courte dissertation de paléontologie linguistique, en dehors de tout l'intérêt que l’on peut y trouver au point de vue de la théorie de l’unité des races primitives ou Aryennes aujourd’hui dispersées dans la grande famille indo-européenne, nous montre, en outre, combien était pauvre, à cette

époque, le langage scientifique en général et plus particulièrement encore le dictionnaire malacologique. Nous voyons, en effet, qu’en remontant à cette origine, c’est-à-dire au-delà de la période historique définie par les auteurs Latins et Grecs connus, quelques mots suffisaient pour désigner la multitude des êtres constituant une des branches les plus populeuses de la zoologie, aux formes si variées, aux habitudes si diverses, utilisés de facons si différentes par les races d’alors. Mais il y a plus encore; cette pauvreté du langage ne s’appliquait pas seulement à une seule famille d'animaux. Le même mot, parfois aussi le même radical pouvaient désigner implicitement des ordres d’idées d’une conception générale analogue, mais bien différents dans leurs applications. C’est ainsi que la branche, la corne, la conque ont une racine primitive analogue, précisément parce que certaines acceptions de leur manière d’être peuvent présenter une analogie générale. De même encore, la limace représente-t-elle à la fois dans son radical primitif non-seulement l’idée de l’animal type de la famille des Limacidæ, mais encore l’idée de limon, de boue, de bave et de mucus.

On comprend dès lors toutes les innombrables difficultés que l’on s’expose à rencontrer lorsqu'on veut interpréter les textes scientifiques anciens. I] ne convient donc pas d’admettre, comme quelques auteurs ont essayé de le faire avec trop de hardiesse, que tel mot ancien correspond exactement à telle ou telle de nos espèces modernes. Plus on remonte loin dans l’histoire des peuples, plus la notion de classification va en s’élargissant jusqu’à ce qu’elle se perde tout à fait. Les termes transmis par les Latins ou les Grecs ne représentent le plus souvent que des groupes, des genres ou des familles ; et si l’on veut essayer de remonter plus loin encore, il faut alors envisager les différentes manières d’être des Mollusques sous les conceptions les plus larges et les plus générales.

Malacologie égyptienne.

L'Egypte ancienne passe à bon droit pour une des nations les plus éclairées de l'antiquité (1). Mais si la littérature, l’histoire et plus particulièrement les arts recurent dans les temps les plus reculés un réel développement chez ces peuples, il n’en est pas de même de l’histoire naturelle en général.

Quelle que soit l’origine des premiers habitants del’Égypte, ‘origine qui est encore sujette à discussion, il n’en est pas moins certain que ces premiers peuples, d’abord nomades, véritables peuples de pasteurs, commencèrent à s'établir de préférence le long du Nil pour y élever plus tard des villes importantes.

Les prêtres furent leurs premiers chefs; et par ce nom de prêtre, il faut évidemment entendre la caste la plus intelligente et la plus lettrée. Lorsque les chefs ou pharaons prirent en main le pouvoir, à la suite de discussions survenues entre les guerriers et les prêtres, ceux-ci n’en conservèrent pas moins une très grande influence sur les masses, précisément parce que leurs connaissances et leur savoir étaient toujours plus grands et plus profonds.

Nous les voyons, en effet, bien longtemps encore, jouer

(1) D’après la tradition, la plus ancienne bibliothèque serait celle créée à Memphis, 2,000 ans avant J.-C., par le roi Osymandius, qui régnait alors en Egypte. Elle renfermait une collection de manuscrits écrits en caractères Samaritains {ancien Hébreu) qui avaient remplacé en partie les caractères hiéroglyphiques. Diodore de Sicile rapporte que cette bibliotheque était fermée par une porte sur laquelle on lisait: Remèdes de l'âme.

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