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TA HISTOIRE DES MOLLUSQUES

à la cour des rois un rôle prépondérant. C’est donc dans les enseignements des prêtres égyptiens que nous aurions à puiser nos documents ; malheureusement la plupart des traces qu’ils ont pu laisser sont en partie perdues, et il est parfois impossible de pouvoir, faute de renseignements précis, remonter à des sources authentiques bien anciennes.

A une époque ultérieure, sous le règne intelligent des Ptolémées, une école fameuse fut ouverte à Alexandrie avant l’ère actuelle. Une bibliothèque (1), la plus célèbre de l'antiquité, annexée à un musée où savants et lettrés trouvaient tout à la fois le vivre et le couvert à côté des éléments du travail, avait été instituée par Ptolémée Soter, sous la direction de Démétrius de Phalère. Mais si nous voyons briller dans cette savante école des hommes comme Euclide, Apollonius de Perge, Nicomaque, Eratosthène, Aristarque et tant d’autres illustres philosophes, mathématiciens, astronomes, médecins ou historiens, il faut reconnaître qu’une place bien minime fut réservée à l’étude des sciences naturelles proprement dites.

On sait combien les Grecs ont emprunté aux Égyptiens, leurs prédécesseurs dans la voie de l’enseignement philosophique. Solon, Thalès de Milet, Démocrite, Pythagore, Platon lui-même, allèrent tour à tour vivre en Égypte, étudier aux meilleures sources avant de revenir ensuite en Grèce. Mais, en échange, l'impulsion scientifique donnée à la Grèce, 350 ans avant J.-C., par Aristote, avait fait ressentir ses bienfaits jusqu’en Égypte, en passant par l'Asie-Mineure. Et cependant, si l’on en excepte Théophraste, qui appliqua à la botanique la méthode d’Aristote, ce grand philosophe n’eut

(1) D’après Aulu-Gelle et Ammien Marcellin, elle compta jusqu’à sept cent mille volumes; une partie fut consumée lorsque César se rendit maitre d'Alexandrie ; le reste fut détruit en 641 par les ordres d'Amron lorsque les Arabes, dont il était le chef, s’emparèrent à leur tour de la ville.

pas de successeur, ni même d’imitateurs en Orient, capables de continuer une œuvre aussi bien tracée.

Les naturalistes égyptiens semblent donc faire défaut, ou du moins aucun écrit, aucun enseignement bien remarquable sur cette grande science n’est parvenu jusqu’à nous. Pourtant les Égyptiens n’ignoraient point la plupart des ressources que l’on peut tirer des applications de l’histoire naturelle en général; et à ce point de vue leur pays était peuplé, alors comme aujourd’hui, d’une faune des plus riches et des plus variées. Comme tous les peuples pasteurs, ils avaient dû observer la nature dans ses innombrables manifestations. Bien mieux encore, après avoir puisé chez les animaux un grand nombre de signes hiéroglyphiques de leur écriture, ils avaient été jusqu’à chercher dans ce même ordre d'idée des figurations pour leurs divinités : c'est ainsi qu’Isis était représenté avec une tête de vache, Osiris avec une tête d’épervier, Jupiter Ammon avec celle d’un bélier, etc.; plusieurs animaux même étaient sacrés pour eux: ils adoraient l’Ibis parmi les oiseaux, ou Mnevis, Onaphis et Apis sous la forme du bœuf. Voici, du reste, à quelle occasion les dieux subirent pareilles transformations. Lorsque les Titans se liguèrent pour attaquer Jupiter, dieux et déesses s’enfuirent de l'Olympe et allèrent se cacher en Égypte, ne voyant rien de mieux à faire que de prendre les formes les plus diverses pour n’être point reconnus de leurs ennemis. Mais, paraît-il, les dieux ne trouvèrent point digne de prendre des formes de Mollusques. Ce premier ostracisme malacologique peut être expliqué à son tour.

Plutarque, dans son traité de Jside et Osiride (1), nous

(1) Plutarque, De Jside et Osiride, p. 7 et p.32. — Historien et moraliste grec, Plutarque naquit à Chéronée en Béotie, vers l’an 50 de notre ère. En 66 il suivait, à Delphes, les leçons du philosophe Ammonius, et voyagea longtemps en Egypte et en Asie.

apprend que les prêtres Egyptiens avaient en abomination le sel, et tout ce qui touche à la mer. Ils appelaient le sel écume de Typhon; ni le sel, ni les poissons, ni les Mollusques ne devaient paraître à la table des prêtres; ils poussaient cette aversion jusqu’au point de refuser le salut aux pilotes. Quand ils voulaient exprimer la haine ou le mépris, ils peignaientun poisson. Hérodote (r) dit également que’ tous les poissons en général étaient interdits aux prêtres. Une preuve curieuse de ce fait, nous écrit M. le professeur Lefébure, à qui nous devons de précieux documents sur ce sujet, se rencontre sur la stèle du roi Ethiopien Piankhi de la XXVI° dynastie. Quand ce Pharaon dévot aux dieux de l'Egypte s’empara du pays, un seul des chefs locaux qui étaient en partie Libyens ou Sémites, eut accès dans le palais, parce qu’il ne mangeait pas de poisson; les autres chefs qui faisaient usage de cette chair impure, étaient impurs eux-mêmes et furent exclus (2).

Le poisson était l’hiéroglyphe de la prohibition et de l’abomination (3). En tenant compte de la confusion naturelle si souvent faite en tout temps entre les Poissons et les Mollusques aquatiques, on comprend que, dans de telle conditions, 1l est bien difficile de trouver des documents sur la faune malacologique dans la littérature Egyptienne. Comme les prêtres se détournaient des choses prohibées, à plus forte raison devaient-ils s'abstenir de les représenter ou d’en parler. Peu d'animaux impurs ont échappé à cette sorte de conjuration du silence, excepté lorsqu'on leur prêtait, comme à la Grenouille, au Phagre, à l'Oxyrhynque ou Latus, etc., un rôle mythologique. Les Mollusques ne se sont point, paraît-il, suffisamment prêtés aux jeux innocents de la fable.

(1) Hérodote, Hist., II, cap. 37. — Né à Halicarnasse en Asie-Mineure, dans la dernière moitié du Ve siècle avant J.-C.

(2) Lignes 150 à 152 de la Stéle.

(3) Clément d'Alexandrie, Stromates, VII, 6. — Horapollon, I, 44.

DANS L'ANTIQUITÉ. ay

Dans le huitième livre du Symposiacon, ou Propos de table de Plutarque, on agite cette question : pourquoi les pythagoriciens défendaient-ils de manger du Poisson, et qu’elle pouvait être la source d’un tel préjugé; venait-il de l'Egypte, de la Syrie ou de l’ancienne Grèce ? L'un des convives fait allusion à la doctrine d'Anaximandre (1), suivant laquelle les hommes auraient, dès l’origine, été créés sous la forme de Poissons ; et, devenus plus tard vigoureux et capables de pourvoir à leur existence, auraient été chassés de leur élément primitif, et placés sur la terre. C’est alors, ajoute un autre convive, parce que nos premiers parents ont été poissons, qu'Anaximandre a dû prohiber l'usage de ces animaux comme nourriture.

Mais à quelle cause faut-il attribuer cette exclusion si prononcée pour le sel et pour tout ce qui s’y rattache un peu de près ? c’est là un fait fort curieux, non encore expliqué, etbien contraire à ce que nous voyons cheztous les autres peuples, même les plus primitifs. Il est au moins étrange de voir ce même sel, qui devint chez les Hébreux etles Arabes le symbole de l’amitié, qu'Homère appelait divin, méprisé par les Egyptiens. Salluste affirme que les Numides aussi dédaignaient le sel. « Ef neque salem, neque alia gulæ irritamenta quærebant. » Quant aux Poissons on sait l’usage qu’on en fit de tous temps; ils devinrent même un des emblèmes les plus usités des anciens chrétiens (2). Peut-être faut-il rattacher cette exclusion momentanée à quelque légende aujourd’hui in-

(1) Anaximandre, philosophe Grec, de l’École Ionienne, disciple et ami de Thalès, né à Milet, vécut de 610 à 547 avant J.-C.

(2) Dans les monuments iconographiques des premiers siècles, on voit très-souvent figurer le poisson, soit en images, soit en lettres; sur les tombes, l’ancre en forme de croix est fréquemment associée au poisson ou à l’acrostiche et signifie espérance en Dieu. On sait que le mot grec IXOTS, qui signifie poisson, fournit les initiales des cinq mots: Inaoës Xpuords Oeod Tios Zurép, Jésus-Christ, fils de Dieu, sauveur.

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connue ; peut-être, lors d’une expédition sur les côtes de la Grande mer ou le golfe Héropolite, quelque tempête fit-elle éprouver de trop cruelles déceptions à ces premiers navigateurs. Peut-être aussi, une idée de gastronomie médicale se rattache-t-elle à cette proscription : l'abus d’une alimentation trop salée sous ces climats très-chauds, l’usage immodéré d'un sel impur associé à d’autres composés chimiques, tel serait assez vraisemblablement la cause de cette loi des prêtres Egyptiens (1).

Ces prêtres étaient du reste, comme nous l’apprend Hérodote, fort difficiles et scrupuleux sous le rapport de la pureté et de la propreté; on les a souvent représentés sous la forme d'un homme se lavant sous une vasque d’eau claire ; le mot prêtre lui-même, ouab, signifie pur ; ils apportaient ainsi les plus grands soins hygiéniques dans tous leurs actes; partant, tout ce qui pouvait leur sembler malpropre, ou avait une mauvaise odeur, devait nécessairement être sévèrement proscrit. En dehors des règles hygiéniques dictées par l’expérience, ils obéissaient à cette idée que tout ce qui est impur peut donner naissance ou passage au mauvais esprit. Les Poissons préparés et salés, et par association d’idées les Mollusques, conservant toujours une mauvaise odeur devaient donc être pour eux chose impure. Mais quoi qu’il en soit, il est bien certain que cette prohibition fut momentanée, et que les Hébreux après avoir quitté l'Egypte firent longtemps usage du sel (#70lèhak) tiré surtout de la Mer morte.

Si les Mollusques sont peu souvent cités dans l’ancienne littérature Egyptienne, on remarquera qu’il y avait à cela une

(1) D’après d'anciennes figurations, on sait que les Égyptiens préparaient les poissons en leur faisant subir une sorte de dissection avant de les saler ; l’abus des salaisons, surtout avec du sel mal purifié, a pu donner naissance à des maladies cutanées assez fréquentes dans ces conditions, surtout dans les pays chauds.

autre raison des plus militantes en faveur des Egyptiens. Peuple pasteur errant ou fixe, il habita de préférence la fertile vallée du Nil oùses troupeaux trouvaient une nourriture abondante. Le delta devait être dans le principe malsain, marécageux, et difficile aux déplacements nécessaires. Aussi voyonsnous la plupart des anciennes villes établies dans la vallée, et remonter même assez loin des rivages de la mer. Héliopolis, Babylon, Memphis, Hermopolis, Abydos, Diospolis ou Thèbes, sont des centres déjà fort éloignés de la mer.

Ces peuplades en outre, d’après les récits des historiens, préféraient une nourriture végétale. Hérodote (1) nous apprend que, tout en dédaignant le blé et l’orge, ils tiraient leur. alimentation du Sorgho que quelques-uns nomment Zea, et qu’ils pétrissaient avec leur pied (2). Et quant aux animaux dont ils pouvaient manger la chair, ceux des troupeaux qu’ils gardaient devaient amplement leur suffire. Cependant nous savons que les Egyptiens étaient pêcheurs et chasseurs, et que le peuple trouvant le régime des prêtres par trop rigoureux avait fini par manger bon nombre de Poissons. Dans les tableaux qui figuraient en 1878 dans la galerie de l'Egypte ancienne à l’exposition rétrospective du Trocadéro, le tableau n° 3 représente des scènes de pêche et de chasse, copiées sur le tombeau de Phtah-hotep, habitant de Memphis, enterré dans la nécropole de Sagqarah, à peu près à la même époque que Ti, sous la V° dynastie; on y voit des serviteurs montés sur des barques de roseaux avec des nasses (Kmmos) où le Poisson vient se prendre. Sur le tableau n° 4, extrait du tombeau de Ti, on pêche et on chasse devant lui (3).

(rhElérodote Frs? 11,35

(2) Aujourd’hui encore, on consomme le Sorgho que l’on appelle dourah belady, où dourah du pays, pour le distinguer du dourah étranger, Maïs

ou blé de Turquie. (3) A. Mariette-Bey, La Galerie de l'Égypte ancienne à l'Exposition

Ce sont là sans doute des Poissons d’eau douce, car avec des embarcations aussi légères on ne pouvait évidemment naviguer que sur le Nil ou les marais. Quant aux Mollusques du Nil, il n’en est pas question, et nous l’admettrons sans peine ; outre les diflicultés de les récolter sur des rivages infestés de tous temps par de redoutables reptiles, comme.ces terribles Crocodiles, les Mollusques sont fades et d’un goût peu agréable. Nous comprenons donc qu'en présence de toutes ces raisons, les Mollusques aquatiques n’aient été l’objet d’aucunes recherches, d’aucunes remarques de la part des Egyptiens. Resteraient les Mollusques terrestres, tous d'une petite taille. Mais il est à croire que ces bons Egyptiens, moins gourmands que les Romains, avaient mieux à faire que de s’arrêter à si maigre pâture.

On remarquera, du reste, que certaines espèces de Mollusques, réellement comestibles, perdent de leurs qualités en descendant du nord au sud et en s’éloignant d’occident en orient, à mesure que l’on s’avance dans la Méditerranée. L’'Huître méditerranéenne, par exemple, est déjà bien moins bonne que celle de la Manche ou de l'Océan; en Orient, l'Huître comestible est moins appréciée que celle des côtes d'Italie ou de Corse. Il en est de même de la plupart des autres Mollusques; on comprend donc que les Égyptiens aient moins apprécié les Mollusques que les Grecs, et ceuxci moins encore que les Latins.

Mais si les Mollusques étaient exclus de l’alimentation, il semblerait assez curieux qu’ils ne figurassent point dans le long alphabet hiéroglyphique des Egyptiens, là où la plupart des autres animaux se trouvent représentés avec des sens figurés différents.

Dans les ouvrages de Champollion-Figeac nous ne trouvons

rétrospective du Trocadéro, description sommaire, Paris, 1878, p. 23 et seq.

aucune mention, aucune allusion aux Mollusques. Cependant, après un examen attentif de ces caractères, il en est deux qui plus particulièrement peuvent être rapportés à des Mollusques ; l’un serait la Limace, l’autre le Poulpe. Le signe mn désigné sous le nom de céraste est très souvent figuré; il représente la lettre f qui a persisté dans l'alphabet Copte sous la forme g. On lui donne le nom de Céraste, par suite de la comparaison qui en a été faite avec le Céraste (Cerastea vulgaris) petit Serpent à cornes assez répandu dans l'Égypte et la Lybie; mais le port, l'allure même de l'animal le fait bien mieux ressembler à une simple Limace qu’à un serpent. On remarquera, du reste, que le Serpent, le véritable serpent D est représenté dans l’alphabet hiéroglyphique sous plusieurs formules ; or ce signe, comme nous l’a fait remarquer M. Lefébure est essentiellement différent du précédent. Une preuve évidente qu’il faut exclure pour le signe LM l’idée du serpent, c’est que si l’on consulte la planche intitulée Peinture, plantes et fleurs dans l'Art Egyptien de Prisse d’'Avennes, on voit sur une tige de fleur grimper ce même petit animal, comme le ferait la Limace, et comme il serait impossible au Céraste de le faire,

« La valeur alphabétique de la Zimace, nous écrit M. Lefébure, est sans doute une abréviation du mot hfu, qui désignait les Reptiles en général, Serpent ou Insectes ; un papyrus parle des Insectes (4f#) qui emportent le blé (1) » On peut admettre que, vu leurs faibles connaissances en histoire naturelle, les Egyptiens aient confondu bon nombre d'animaux inférieurs les uns avec les autres, sans y attacher la moindre importance. Du reste, l'interprétation du signe KL a donné déjà lieu à de longues discussions dans lesquelles nous n'avons pas à intervenir (2).

(1) Gooduris, Les papyrus hiératiques, Revue archéologique, 188r.

(2) Vte E. de Rougé, Mémoire sur l'origine Égyptienne de l'alphabet

phénicien, Paris, 1874, p. 21.

M. Lefébure croit que le Poulpe aurait été introduit dans les hiéroglyphes sous les Ptolémées, mais assez rarement. Il faudrait le voir sous le signe D classé sous le n° 3574 parmi les objets inconnus dans le catalogue des signes hiéroglyphiques de l'imprimerie nationale. I] nous avait semblé que le signe £\ qui signifie #a ou wa pouvait également être rapporté à quelque Mollusque céphalopode du genre des Poulpes; nous y trouvions le corps de l’animal, et les indications de ses bras repliés et de ses longs tentacules. Mais M. Lefébure nous a dissuadé de cette idée en nous déclarant que ce signe représentait bien le nœud, ainsi qu’il avait pu s’en assurer de visu par la constatation, sur certains caractères bien conservés, des traces incontestables de la spirale, du toron de la corde servant à confectionner le nœud.

Si nous nous en tenons aux commentaires d'Horapollon sur les hiéroglyphes, le seul monument ancien qui nous soit parvenu sur l'interprétation de quelques hiéroglyphes (1) nous voyons qu’il rapporte également à des Mollusques plusieurs de ses hiéroglyphes : « XCIX° Hiéroglyphe, le Polype. Le Polype retrace l’homme qui use comme il convient des choses utiles et inutiles. En effet ce poisson vorace amasse et entasse des vivres dans les cavités où il fait sa demeure ; et quand il a consommé ceux qui lui sont utiles, il rejette ce qui lui est inutile (2). — C° hiéroglyphe, le Polype etle Crabe. Ces deux Poissons offrent l'emblème de l’homme qui a l’empire sur ceux de sa nation, car le Polype l’a sur les Crabes (3).

(1) Horapollon ou Horus Apollo, Hieroglyphica, ouvrage traduit du grec par Regnier, Paris, 1779, p.249 et seq. — Horapollon, grammairien grec, né à Phœnebytis, près de Panople, en Égypte, enseigna à Alexandrie, puis à Constantinople, sous l’empereur Théodose.

(2) Cette légende se retrouve chez nombre d'auteurs grecs ou latins, mais elle est loin de se vérifier dans la nature.

(3) Le poulpe ou polype, en effet, malgré le peu d'organes défensifs qu’il peut présenter, reste toujours vainqueur dans ses luttes contre les

— CI° hiéroglyphe, des Huïîtres près de donner naissance à d’autres Huîtres. Ces Huîtres sont l’image d’une femme unie à un homme, et qui donne des enfants, dans un âge où elle ne paraît pas encore en état d'en donner. Les Huîtres naissent dans la coquille même qui les a portées, et peu de temps après qu’elles y sont nées, elles s’y accouplent. — CII hiéroglyphe, l'Huître et le petit Cancre. Ces deux poissons désignent le père ou l’homme en général, qui n’a pas soin de lui-même, et qui est soigné par les siens; le petit Cancre se tient collé contre la chair de l’'Huître, qui le fait avec raison appeler gardien de l’Huître (1). — CVII° hiéroglyphe, le Polype qui mange ses fléaux. L'homme qui mange avec intempérance ce qui est à autrui, et qui consomme ensuite le sien, est représenté par le Polype qui venant à manquer d’aliments mange ses propres bras ou fléaux. — CVIII° hiéroglyphe, la Sèche. Ce poisson retrace l’homme qui, cherchant son mal, rencontre son bien ; qui, courant à sa perte, trouve son salut. La Sèche en effet s’avance sans crainte vers le pêcheur ; mais bientôt, voyant qu’il veut la surprendre, elle répand dans l’eau le noir que son sein renferme, qui fait qu'on ne la voit plus et qu’elle s’échappe. »

Les naïives interprétations d'Horapollon n’ont rien en réalité de bien original ; nous les retrouvons toutes dans Aristote, Athénée, Elien, Pline, etc., tantôt exactement conformes tantôt en partie rectifiées. Mais quoi qu’il en soit, il semblerait qu'avant cet auteur, les Egyptiens ont réellement fait usage des Mollusques dans leurs signes hiéroglyphiques.

crustacés si bien armés pour la défense ; il les enlace de ses tentacules au risque de se les déchirer, et fixant ses ventouses aux défauts de la cuirasse, il finit par sucer complètement l’animal.

(1) Il s’agit évidemment ici de la Pinne et du Pinnotère dont nous retrouverons l’histoire dans plusieurs autres auteurs Grecs ou Latins. C’est un fait d'histoire naturelle qui semble avoir singulièrement frappé les anciens, que celui du rôle d’un petit Crabe vivant de compagnie avec un Mollusque dans l’intérieur de sa coquille.

Les coquilles des Mollusques auraient servi à faire des colliers ou des parures chez les anciens Egyptiens. Le Musée du Louvre possède des « colliers formés d’une infinité de petits disques en verre émaillé bleu, qui sont une imitation des colliers composés d’un petit disque naturel qui provient d’un Mollusque du pays. Ces colliers sont encore en usage dans les régions du haut Nil. » (1). Strabon rapporte, en effet, que les Troglodytes hommes et femmes portent des colliers de coquilles enfilées pour conjurer les charmes (2).

A lexposition rétrospective du Trocadéro, en 1878, on a pu voir dans la galerie de l'Egypte, à côté de silex taillés par la main de l’homme, des coquillages percés et destinés à l'usage de colliers, et même des imitations de coquillages en faïence émaillée ; mais si les premiers remontent à l’époque préhistorique, les seconds sont certainement d’une époque historique, déjà fort ancienne. (3)

Il est à remarquer combien peu sont nombreuses les représentations des Mollusques dans les monuments de l’ancienne Egypte. Nous citerons cependant un camée Egyptier figurant un personnage surmonté d’une tête de chat, jonglant avec des boules, et au pied duquel se trouve un gros escargot marchant au devant de lui. C’est une des rares figurations où l’on rencontre un Mollusque terrestre aussi bien représenté; mais malheureusement nous n’avons aucune certitude sur la date de l’antiquité de ce curieux camée. (4).

(1) De Rougé, Notice sommaire des Monuments Égyptiens, P: 79.

(2) Strabon, Liv. XVI, 1v, 17.

(3) Mariette-Bey, La galerie de l'Égypte ancienne à l'Exposition rétrospective du Trocadéro, Paris, 1878, p. 112.

(4) Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines, Paris;1796 1411 p27. cpNIl fie l:

La Malacologie chez les Hébreux.

Les données malacologiques que l’on peut relever chez le peuple Hébreu sont incontestablement fort restreintes. Il en est quelques-unes cependant qu’il importe de ne point passer sous silence, non-seulement à cause de leur authenticité, mais encore à cause de leur grande ancienneté. C’est dans la Bible que nous allons puiser tous ces documents. Mais auparavant, nous devons rappeler en quelques mots à quelles sources premières 1l faut faire remonter ces données, et à quel âge on peut les rapporter.

On sait que vers l’an 1996 avant l’avènement de Jésus- Christ, le patriarche Abraham quitta la Chaldée, en Mésopotamie, pour obéir à l’ordre de Dieu, et se fixa dans le pays de Chanaan. Le pouvoir patriarcal d'Abraham passa à son fils Isaac et ensuite à son petit-fils Jacob surnommé Israël. Jacob eut douze fils, et l’un deux, Joseph, devint tout-puissant àla cour du roi d'Egypte Pharaon. A la suite d’une famine, Jacob vint sefixer avec tous les siens dans la basse Egypte, où la terre de Gessen lui fut concédée. C’est là que naquit Moïse, miraculeusement sauvé des eaux, et adopté par la fille du roi Pharaon. C’est à la cour de ce puissant monarque, et par les soins de ses prêtres, que Moïse fut élevé. Libérateur de sa nation, il fit sortir les fils d'Israël de l'Egypte au nombre de plus de 600,000 et les conduisit à travers la mer Rouge dans le pays de Chanaan, appelé terre promise, vers l’an 1645 environ. Après le passage de la mer Rouge, les Hébreux res-

tèrent durant quarante années dans le désert. C’est à cette époque que Moïse leur sauveur, réfugié sur le mont Sinaï, leur

donna les lois du Décalogue et les sages prescriptions contenues dans le Lévitique.

Moïse, en écrivant ces pages des Livres sacrés, s'était donc nécessairement inspiré des idées admises à l’école des prêtres Egyptiens. Dans sa profonde sagesse, il a pu les modifier, mais il est incontestable que c’est à pareille source qu’il a tout d’abord puisé les éléments des prescriptions qu’il voulait imposer aux Hébreux, dans ces lois qu’il leur dictait. Or, ainsi que nous l'avons déjà vu, une des idées premières et fondamentales des prêtres Egyptiens relatives aux Mollusques repose sur cette singulière donnée de proscrire tout qui touche au sel, aux eaux salées, et par conséquent au sel luimême. Moïse, partant d’un pareil principe, fit également aux Hébreux des prescriptions analogues. Mais plus sage, plus éclectique, il se borna à interdire dans son Lévitique l’usage des Mollusques dans l'alimentation. « Mais tout ce qui remue et qui vit dans les eaux sans avoir des nageoires ni d’écailles vous sera en abomination et en exécration (1) ».

« Quidquid autem pinnulas et squamas non habet eorumquæ in aguis moventur et vivunt, abominabile vos execrandum que erté. »

Il est à prévoir d’après cela que nous n’aurons pas à glaner des documents bien nombreux dans leslivres saints, puisque dès le Pentateuque, on nous annonce que ces malheureux Mollusques nous seront en abomination et en exécration. Mais si ces prescriptions se rapportent surtout aux choses comestibles, comme il en est quelques-unes parmi les Mollusques qui peuvent rendre de réels et précieux services, ceux-là seront épargnés dans ce nouveau massacre des inno-

(1) Leviticus, cap. XI, vers. 10. — Lorsque nous faisons des citations d’après la Bible, il est entendu que nous nous rapportons à l’édition de la Vulgate ; nous avons également fait usage, le plus souvent, dans nos traductions, de la Bible de Lemaistre de Sacy.

cents ; et nous allons voir que si la Malacologie gastronomique peut avoir à se plaindre d’un tel rigorisme , la Malacologie historique peut au contraire trouver, à une époque aussi ancienne, des indications curieuses et intéressantes à recueillir dans les livres saints. Les mots concha, cochlea, margarila, purpura et ses adjectifs divers, murex, buccina, pinna et janthina sont tour à tour, à diverses reprises, cités dans la Bible. La vulgaire limace elle-même fait partie de cette nomenclature.

Ces désignations latines sont celles que l’on trouve dans la plupart des Bibles les plus usuelles et les plus récemment traduites, notamment dans la Vulgate. Maïs, il ne faut pas se le dissimuler, lorsque l’on remonte aux sources premières, aux textes Hébreux eux-mêmes, on se heurte bien souvent à des difficultés de traduction ou même d'interprétation à peu près inextricables. S'il nous fallait passer ici en revue tous les innombrables commentaires qui ont été écrits dans toutes les langues, à toutes les époques, sur un pareil sujet, nous n’en finirions jamais. Le plus complet de ces nombreux écrits, relatif à la Zoologie biblique, c’est incontestablement le grand ouvrage de Bochart (1); malheureusement ce traité est déjà bien ancien, et la science a marché vite depuis deux siècles! Ajoutons que pour prétendre interpréter convenablement ces textes, il faut réunir à la fois des connaissances philologiques générales très-étendues à des données scientifiques et historiques aussi complètes que possible. Sans donc vouloir prétendre jeter une lumière absolument nouvelle dans un pareil débat, nous croyons cependant devoir dire quelques mots sur ce sujet, qui rentre si intimement dans le cadre que nous nous sommes tracé. Pour procéder avec un peu de méthode,

(1) Bochart, Hierozoicon, histoire des animaux mentionnés dans l'Ecriture. Londres, 1663 ; Francfort, 2 vol, in-fol., 1675 ; Leipzig, 3 vol.

in-4°, 1795-96.

nous partirons des textes Latins ou Français les plus généralement admis pour remonter, si c’est nécessaire, aux textes Hébraïques qu'ils doivent représenter.

Concha, cochlea et pinna, expressions plusieurs fois citées dans la Vulgate (1), sont prises exclusivement au figuré. Concha représente l’idée de vases, de bassins, de récipients quelconques, de forme évidée. Ce peut être des coquilles bivalves, des valves creuses de quelque grand Pecten, par exemple, dans lesquelles on peut loger un liquide. C’est cette même idée que nous trouvons dans Horace notamment, lorsqu'il dit dans son Ode à Pompée : « Que ces larges coquilles te versent leurs parfums (2) ».

.….. funde capactbus

Unguenta de conchis ou dans ses Satyres, Concha salis puri, une coquille de sel blanc (3). En remontant, comme nous l’avons fait, à l’étymologie la plus ancienne de ce mot concha, nous avons vu qu’il implique tout à la fois l’idée de corne ou l’idée de coquille ; idée de corne très-logique chez un peuple pasteur vivant loin d’un rivage ; idée de coquille, de conque en forme de corne, queren en Hébreu, pour un peuple qui vit au bord de la mer et qui assimile les Gastéropodes, allongés et creux à leur intérieur, à une des cornes des animaux qui paissent auprès d'eux. Cette corne ou cette conque sert à plusieurs usages ; c’est une trompette chez les uns, comme nous allons

(1) Judices, cap. VI, vers. 38 : Concham rore implevit. — Paralipomenon II, cap. IV, vers. 6: Fecit quoque conchas decem. — Id., vers. 14 : Bases etiam fecit, et conchas.

Regum tertius, cap. VI, vers. 8 : Per cochleam ascendebant. — Ezechiel, cap. XLI, vers. 7 : Ascendens sursum per cochleam.

Evangelium secundus Lucam, cap. IV, vers. 7: Statuit eam super pinnam templi.

(2) Horace, Ode VII, à Pompée.

(3) Horace, Satyre III.

le voir plus loin; c’est un verre à boire pour les autres; enfin c'est un récipient des plus pratique, quelle qu’en soit la forme. La corne ne sert-elle pas encore de poire à poudre chez les peuples chasseurs les plus civilisés ? On peut donc voir dans cette expression de concha une simple idée de récipient, qu'il soit fait d’une corne ou d’une coquille, etavouons que, malgré notre envie de voir partout des Mollusques, comme le peuple Hébreu était plus particulièrement un peuple pasteur, 1l est très probable que le texte Hébraïque doit être rendu par l’expression de vase en corne.

Cochlea a un sens figuré encore plus précis. Partant de l'idée de la spirale des Gastéropodes, les Romains comme les Grecs ont appelé cochlea, royias, les vis, les écrous, les machines spirales à élévation ou vis d’Archimède, les portes particulières employées pour clore les volières ou les loges des taureaux, etc. De là aussi, naturellement, l’idée de l’escalieren spirale dont l’axe représente si bien la columelle des Mollusques, sur laquelle s’enroule la spire dela coquille, ou de l’escalier. C’est le texte même de la Bible, car il implique toujours avec lui l’idée d’ascension.

Per cochlean ascendebant.

Ascendens sursum per cochleam.

Pinna, employé par Saint Luc dans ses évangiles :

Statuit eam super pinnam templi

à propos du temple de Jérusalem, est pris ici dans un sens architectonique et non malacologique; ces deux sens dérivent également, par analogie plus ou moins directe, de l’idée de la plume de l'oiseau. Les Latins, Varro, Virgile, Vitruve, Pline, etc., partant de la même racine ornithologique, ont donné ce nom de pinna à des objets absolument différents.

Le mot buccina, trompe ou trompette, instrument de musique, est répété plus de trente fois dans les livres saints, et toujours dans le même sens. Tantôt c’est l'instrument qui sert

à rappeler les fidèles : « Quand la trompette commencera à sonner, qu’ils montent alors à la montagne (1). » Pendant la servitude des Israélites sous Églon, Aod « sonna de la trompette sur la montagne d’Éphraim et les enfants d'Israël descendirent avec Aod, qui marchait à leur tête (2).» Souvent c'est la trompette guerrière : « En même temps l'esprit du Seigneur remplit Gédéon, qui, sonnant de la trompette, assembla toute la maison d’Abieza afin qu’elle le suivit (3). » Dans le combat entre l’armée de David et celle d’Isboseth, « Joad fit donc sonner la retraite, et toute l’armée s’arrêta et cessa de poursuivre Israël (4) ». On sait le rôle que joua le buccina au siège de Jéricho : « les prêtres prennent les sept trompettes dont on se sert dans l’année du Jubilé et ils marchent devant l’Arche de l’alliance... Vous ferez sept fois le tour de la ville et les prêtres sonneront de la trompette (5) ». Parfois, enfin, la trompette devient un instrument sacré. « Et que le prêtre Sadoc et le prophète Nathan Île sacrent en ce lieu pour être roi d'Israël, et vous sonnerez de la trompette, et vous crierez : Vive le roi Salomon (6). » Lorsque l’on transporta l’Arche sainte de la maison d'Obédédon : « Tout Israël conduisit donc l'Arche de l'alliance du Seigneur avec de grandes acclamations, au son des trompettes, des hautbois, des cymbales, des guitares et des autres instruments de musique (7). »

Chez les Hébreux, comme chez les Indous et comme sans doute chez bien d’autres peuples qui ne nous ont point retracé les premières pages de leur histoire, la trompette a

(r} Exodus, cap. XIX, vers. 3.

(2) Judices, cap. III, vers. 27.

(3) Judices, cap. VI, vers. 34.

(4) Regum secundus, cap. II, vers. 28.

(5) Josué, cap. VI, vers. 4, 6, 8, 9, 13, 16.

(6) Regum tertius, cap. I, vers. 34-30.

(7) Paralipomenon primus, cap. XV, vers, 28.

dû jouer un grand rôle dans toutes les cérémonies religieuses, pacifiques ou guerrières. Mais quelle était cette trompette ? Bien des instruments, quelque primitifs qu’ils soient, peuvent servir à un pareil usage. Si certaines peuplades maritimes se servent encore aujourd’hui du véritable buccina, fait avec une coquille dont la pointe a été brisée, cela ne veut pas dire que tous les peuples habitant plus ou moins loin des rivages océaniques n’ont eu d'autre trompette qu’un coquillage. Tous les voyageurs qui, l'été, se répandent dans les montagnes de l’Oberland, ont entendu les pâtres Suisses tirer des sons assez harmonieux du cor des Alpes, fait d’une écorce d'arbre. Qui sait même si l’idée de souffler dans un tube métallique recourbé, véritable trompette, n’est pas venue à quelques-unes de ces peuplades antiques? Rien dans la Bible ne peut faire supposer que le schôphar ou hhatsôtsroth, que les auteurs ont traduit invariablement par le mot buccina, soit réellement une coquille. Gesonius (1), lui-même, prétend qu’il s’agit d’une simple corne dans laquelle on soufflait, comme aujourd’hui dans ces instruments appelés corne-àbouquin. Le fuba des Latins, le sékmyËé des Grecs était, nous le savons, un instrument à vent en métal, avec une embouchure en forme de cloche ou d’entonnoir suivi d’un long tube droit, tout à fait analogue à notre trompette. Les Hébreux ont très-bien pu se servir de quelque chose d’analogue. Et si les murailles de Jéricho sont tombées au son des trompettes, nous ne pensons pas que nos Mollusques puissent être réellement rendus responsables d’un pareil triomphe.

Lorsque le Seigneur dit à Moïse: « Faites-vous deux trompettes d'argent, battues au marteau, afin que vous puissiez vous en servir pour assembler tout le peuple lorqu’il faudra décamper (2) », il s’agit bien ici d’un instrument rem-

(1) Gesonius Guil., Lexicon manuale Hebraicum et Chaldaicum. (2) Numeri, cap. X, vers. 2.

plissant l’office de trompette, et fait avec toute autre matière qu'un simple coquillage. Aussi les traducteurs ont-ils fait à cette occasion usage du mot fuba, et le fuba bien souvent revient dans la Bible ; mais il semble se rapporter à un sens généralement plus mystique dans ses applications, plus religieux, plus sacerdotal. Cependant, dans ce livre VI de Josué, nous voyons également figurer tantôt le mot fuba, tantôt le le mot buccina. Migne, dans son Scripluræ sacræ cursus completus (1), explique ainsi le mot frompelte, appliqué à la traduction du éuba des nombres : « On se servait aussi principalement de ces {rompettes pour annoncer le commencement de l’année sabbatique et le commencement du Jubilé. Josèphe dit que ces trompettes étaient longues de près d’une coudée, et avaient le tuyau de la grosseur d’une flûte ordinaire; elles n'avaient qu’autant d'ouverture qu’il en fallait pour les emboucher; le bout était semblable à celui d’une trompette. Il n’y en eut d’abord que deux dans le camp; mais ensuite on en fit un plus grand nombre. Dès le temps de Josué il y en avait sept; à la dédicace du temple de Salomon il y avait jusqu’à cent-vingt prêtres qui sonnaient de la trompette. » Il est probable, d’après l’ensemble des textes saints, que le {uba, que l’on pouvait réellement traduire par trompette, était un instrument sacré, religieux, que seuls les prêtres pouvaient posséder, sans doute à cause de sa rareté, vu les difficultés de sa fabrication, tandis que le buccina, que nous traduirons par frompe, était fait avec des cornes, des coquilles, ou tout autre instrument d’un galbe enroulé et turriculé comme les Gastéropodes.

Les mots buccina et tuba, dans la Vulgate, prêtent donc à la confusion. Si nous nous reportons aux textes Hébreux, nous voyons qu’à propos de la prescription faite par le Sei-

(1) Migne, Scripturæ sacræ cursus completus, t. III, p. 1249.

gneur à Moïse dans les Nombres (1), le mot hhatsôtsroth est seul employé (2). Or, il s’agit ici de la érompette d'argent, du tuba. Au contraire, dans le Lévitique (3), lorsque l’on doit au dixième jour du septième mois annoncer la fête des expiations, on fait usage du schôphar (4), de même que dans Josué. A ce mot schôphar est associée l’idée de queren corne (5); il convient donc de le traduire en Français par /rompe. Cette trompe était originairement en corne; mais les Hébreux ont pu connaître, lors de leur séjour en Égypte, l'instrument fait avec la coquille en forme de corne; de même aussi, puisqu'ils savaient manier le métal, ils ont pu en dehors du hhatsôtsroth où fuba, fabriquer des schôphar en métal, de forme arrondie, recourbés en forme de corne. Il s’ensuit donc que le mot buccina de la Vulgate est un terme partiellement impropre, puisqu'il peut aussi bien désigner des frompes en corne, des frompes en coquillage, ou des frompes en métal, toutes formes analogues, d’un galbe recourbé comme la corne et bien différent du Hhatsôtsroth ou véritable fuba, qui est essentiellement droit.

Lorsque le Seigneur dicte ses ordonnances touchant la construction de l’Arche ou du Tabernacle et de toutes ses parties, il dit, en parlant des matériaux que les enfants d’Israël

(1) Numeri, cap. X, vers. 2.

(2) On trouve l’expression hhatsôtsroth dans les textes suivants: Exodus, cap. XIX, vers. 16. — Leviticus, cap. XX, vers. 9. — Josué, cap. VI, vers. 4, 5, 6; cap. VIII, vers. 9; cap. XV, vers. 20. — Dans les deux livres de Samuel ; dans le rer et le 2e livre des Rois, en plusieurs versets; dans les Psaumes, XLVII, LXXXI, XCVIII, CL ; dans les prophètes Jérémie, Ezéchiel ; dans Job, cap. XXXIX, vers. 24, 25; et dans les Chroniques.

(3) Leviticus, cap. XXV, vers. 0.

(4) Exodus, cap. X, vers. 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8,0, 10. — Regum secundus, cap. XI, vers. 14; cap. XII, vers. 14. — Liber psalmorum, cap. XVIII, vers. 6. — Esdras, cap. III, vers. 10. — Nehemie, cap. XII, vers. 35, 41. — Plusieurs passages des Chroniques.

(5) Josué, cap. VI. vers. 5.

doivent mettre en œuvre: Æœc sunt autem qgnœ accipere debelis : aurum, et argentum, et œs, hyacinthum ef purpuram, coccumque bistinctum, et byssum, pilos caprarum, et pelles arietum rubricatas, pelles que janthinas et lignata setim (1), ainsi traduits par Lemaistre de Sacy: Voici les choses que vous devez recevoir (d’eux) : de l'or, de l'argent, de l’airain, de l’hyacinthe, de la pourpre, de l’écarlate teints deux fois, du fin lin, des poils de chèvre, des peaux de mouton teintes en rouge et d’autres teintes en violet, et des bois de sétim (2). Plusieurs termes malacologiques sont à relever dans ce texte : hyacinthum, purpuram et janthinas. Ces expressions, surtout les deux premières, reviennent très-fréquemment dans les différents livres bibliques, puisque, nous reportant au livre des concordances (3), nous voyons que hyacinthus et ses dérivés sont cités cinquante-trois fois, purpura soixante-et-une fois, et janthinus quatorze fois.

Le plus souvent, ces expressions sont accouplées ; hyacinthus et purpura vont presque toujours ensemble. Tantôt pris au propre, tantôt au figuré, 1ls désignent comme chez les Latins la couleur pourpre ou la couleur hyacinthe, l’étoffe teinte de ces couleurs, ou bien la matière tinctoriale ellemême. Nous trouvons également aussi l'expression coccus, qui s'applique également à une couleur analogue ou à des étoffes teintes. Expliquons donc ce qu’il pouvait en être des coquillages qui ont donné lieu chez les Hébreux à ces différentes couleurs.

Dans la Bible hébraïque deS.Cahen, hyacinthum, jacinthe, est représenté par le mot #heklêth, techelith, que Guil. Gesenius traduit par les mêmes expressions Latines et Françaises;

(1) Exodus, cap. XXV, vers. 3,4 et 5.

(2) La Sainte Bible, t. I, p. 105.

(3) Concordantiæ bibliorum sacrorum vulgatæ editionis, 2 vol., Paristis,

c'est ce même mot que la Vulgate explique par véxvros, vaxtyruwvos, hyacinthina; pour Gesenius, le hyacinthe serait tiré de l’'Helix janthina, de Linné (1). On sait, en effet, que l’on peut obtenir de ce Mollusque une couleur violacée un peu rougeâtre. La pourpre, purpura, en Hébreu argaman, serait équivalente au ropgupés des Grecs, où au purpura des Latins; ce serait donc encore une couleur d’un violet plus foncé, plus rougeûtre, également tiré des Mollusques appartenant aux genres Purpura et Murex. Quant au coccus, que Lemaistre de Sacy traduit par rouge, ou écarlate, tolaôth en Hébreu, ce serait, toujours d’après Gesenius, une couleur animale tirée d’un insecte. Mais ce coccus, dans la plupart des textes, est bis tinctus, teint deux fois. Chez les Romains, la pourpre la plus appréciée était également deux fois teinte ; en était-il de même de la pourpre des Hébreux ? Nous l’ignorons ; mais il importe de remarquer que l’expression bis finctus, deux fois teinte, s’applique dans les textes Hébreux, Latins ou Français seulement aux étoffes teintes avec le coccus. Les auteurs ne sont point d'accord sur l’animal qui donnait cette couleur, mais 1lest au moins présumable que c'était un Insecte ; les uns veulent y voir la Cochenille; d’autres, établissant un rapprochement assez naturel entre les Hébreux et les Indous, croient reconnaître le krimi ou le lätsha, ver ou chenille, dont on faisait les couleurs rouges Krimiji et Lakshaja. Quelques auteurs ont traduit par le mot bleu au lieu du mot Myacinthe le texte Hébraïque. Voici la note que donne S. Cahen à ce sujet: « Le Talmud (menahoth, ch. 4, fol. 44)

(1) Helix Janthina, Linné, 1767. Systema naturæ, édit. XII, p. 1246.— Janthina communis, Payraudeau, 1826, Cat. Mol. Corse,p. 120, n° 253.

Le genre Janthina, que l’on trouve dès 1708 dans Bolten, Mus. (2e éd. 1819, p. 53), a été en réalité créé par Lamarck, 1801. Syst. anim. sans vert., p. 89. — Dans la 2e édit. de Lamarck, t. IX, p. 4 et 5, Deshayes a admis trois espèces pour ce genre, dont deux habitent la Méditerranée.

dit que l’on tire cette couleur (bleu) d’un poisson nommé Halzone ; nos docteurs disent que le Halzone (nurex) a la couleur de la mer, a la constitution d’un Poisson; un seul monte tous les 70 ans. Avec son sang on teint en fechelith (bleu). C’est pour cela que son sang est précieux. Maimonides dit que ce poisson a l'œil bleu et le sang noir comme de l’encre, et se trouve dans la mer de sel. Il veut probablement désigner la mer Méditerranée (1). »

Quant aux pellesque janthinos, cet adjectif janfinus, a, un nous paraît peut-être un peu hasardé. Dans la bible de Cahen on lit simplement des peaux de té’haschime, qui représente le mot Hébreu lui-même. Gesenius avoue que l’on ne connaît pas la traduction exacte de ce mot. Maintenant que nous sommes édifié sur les différentes teintes que l’on peut obtenir par letraitement des Mollusques, il nous semble au moins admissible que si l’on veut attribuer à ces différentes colorations plus ou moins violettes une origine malacologique, il faut croire que les Hébreux donnaient des noms différents à chacune de ces couleurs. Les procédés tinctoriaux étaient peu nombreux à cette époque, et la série des couleurs ne devait pas être des plus variées; le violet pâle pouvait donc être l’hyacinthe, la pourpre le violet foncé, et le coccus donnait naissance au véritable rouge ou écarlate. Quant au #6 haschime, il est peut-être plus prudent, du moins jusqu’à plus ample information, de ne pas le traduire par janthinas qui ne représente très-Vraisemblablement qu’un synonyme de Ayacinthum. M. Reuss traduit cette expression par « des peaux de Manati », quoique le Manati soit le nom donné par Rondelet au Lamantin, dans la famille des cétacés ; malheureusement, le genre Manatus est loin de vivre dans les pays visités par les

(1) S. Cahen, La Bible, traduction nouvelle avec l’'Hébreu en regard. Paris, 1832; t 10 p4135:

PSC d *

Hébreux... D’autres auteurs, peut-être moins éloignés de la vérité, ont pensé aux Phoques, Luther au Blaireau, etc. Dans le doute, il est plus sage de s'abstenir.

Les perles sont souvent citées dans la Bible; un pareil fait n’a rien de surprenant. Les plus belles se pêchent encore parfois dans le golfe Persique, nommé "1er du Catif, à cause de la ville de Catif qui se trouve sur ses bords ; on en pêche Également dans l’île de Kis et sur la côte de Bareim, ainsi nommée du nom de cette ville située sur les côtes de l'Arabie. Comme lIdumée et la Palestine ne sont pas éloignées de cette mer, il n’est pas étonnant que ces perles aient été connues de Job et des Hébreux. Quelques auteurs ont cru qu'il y avait confusion entre la perle et les pierres précieuses ou gemmes. Certains textes bibliques sont cependant assez formels à cet égard. On lit dans l’Apocalypse : E4 mulier erat circumdala purpura, el coccino, et inaurata auro, et lapide pretiose, el margaritis… (1)» La véritable perle tirée des Mollusques était donc bien certainement connue des Hébreux.

Mais s'agit-il bien toujours des perles telles que nous les comprenons aujourd'hui ? Chez les Hébreux, nous trouvons au lieu de zargarita les mots bedôlah, perle, chose précieuse ; dans Esther (2), c’est le mot dar ; yagar, également pris dans ce sens, veut dire toute chose précieuse et même, par extension, une chose diflicile à acquérir, une grande dignité, etc. Il est fort probable que les Hébreux ont dü se servir en même temps de la nacre et des perles, choses également belles. provenant de la même origine. Dans l'Ancien Testament (3), nous voyons le mot gebish, qui dans plusieurs passages est traduit par grêle. Quelques auteurs veulent y voir des perles, d’autres des gemmes ou du cristal de roche.

(1) Apocalypsis beati Joannis apostoli, cap. XVII, vers. 4. (2)rEsther, cap ls vers: 6:

(3) Job, cap. XXVIII, vers. 18.

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