‹ Histoire des mollusques dans l'antiquitéChapitre 5 sur 8 · O8 HISTOIRE DES MOLLUSQUES · texte numérisé non relu

O8 HISTOIRE DES MOLLUSQUES

Dans le Nouveau Testament, on fait aussi souvent mention des perles, prises sans doute dans le véritable sens, ou dans celui de la nacre ou matière perlière. On a trouvé qu'il était assez singulier que ce mot ne figurât pas dans les écrits des Prophètes. Bochart assure qu’il y a des mots Hébreux dans l’Ancien Testament qui, sans aucun doute, désignent également les perles. Pour lui, le mot bedôlah (1) dans la Genèse représente la perle parce que la terre d'Hevilath, plus qu’aucune autre partie du monde, abondait en perles. Le mot dar, que l’on trouve dans Esther (2), signifierait également la perle, comme en Arabe. Il est fort probable également que le mot peninum de la Vulgate (3), que l’on traduit par rubis, représenterait réellement de la nacre ou des perles. Les mots pinna, pinninos, lithos, rwwres, sont employés, comme l’a fait observer Bochart, pour désigner la coquille perlière ou même au besoin la matière perlière elle-même. Il est donc, comme on le voit, bien difficile de s’en tenir purement à la lettre lorsque l’on veut interpréter les livres saints.

Dans le neuvième verset du Psaume LVIII de la Bible hébraïque, ou LVII® psaume de la Vulgate, on lit:

camon schibeloul thaumes telach sicut Limax liquefactus abeat

« Il passera comme le Limaçon qui se fond. » Ce mot de schtbeloul, schablul où sabbelul a donné lieu à des interprétations différentes. La Vulgate rend ce mot par cera, la cire: sicut cera liquefacta destruentur. La Bible d’Aquilée, dont saint Jérôme s’est peu écarté, traduit cette même expression par courant d'air. Mais Bochart (4), en se basant sur la ver-

(1) Genèse, cap. II, vers. 12.

(Esther, cap. Livers. 0:

(3) Job, cap. XXVIII, vers. 18. — Liber Proverbiorum, cap., VIII vers. 9, etc.

(4) Bochart, Hieroroïcon, édit. cur. Rosenmüller, t. III, p. 557.

sion de Salomon, Aben-Ezra, Kimcki, Pomarius et presque tous les modernes, donnent au mot sabbelul le sens de Limacon. Le Grand Dictionnaire Hébreu des Carmes déchaussés, publié sous les auspices du cardinal Passionei, le Lexicon Hébraïcum, de Buxtorf, l'Épitome thesauri linguæ sanctæ, de Xantès Pagnini, traduisent tous les trois sabbelul par Limax. Bossuet, dans son liber psalmorum (1) traduit ainsi saint Jérôme : Quasi vermis tabefactus pertranseat. Le mot vermis est ici un terme générique qui a évidemment une signification analogue à celle du mot Limax.

Mais, outre les autorités sur lesquelles Bochart s'appuie, et que nous venons de relever, il indique encore Berezith- Rabba, livre fort ancien chez les Hébreux, où sabbelul est expliqué par cochlea, sesilos, limax, termes génériques de même valeur. Bochart cite encore deux passages du Talmud, où se retrouve le mot sabbelul ; dans l’un de ces passages, les docteurs, afin de prouver que même les plus vils animaux que Dieu a créés ont leur utilité, disent en parlant du sabbelul : Dieu a créé le sabbelul pour guérir les tumeurs. Une telle vertu a, durant de longs siècles, été accordée, par les auteurs Grecs, Arabes et Latins, aux Mollusques.

De Ferussac, à qui nous avons emprunté la plupart des documents relatifs au sabbelul, ajoute (2): « Au reste, il nous suffit de dire, sur un semblable sujet, que Bochart, après avoir pesé toutes les opinions contradictoires, rend le mot Hébreu par Limazon. Pour donner à cette interprétation toute la valeur désirable, il donne d’ailleurs une étymologie du mot sabbelul tout à fait plausible. Ce mot vient, selon lui, de jusab-belul, c’est-à-dire, babitat in lul id est, in testa,

opinion appuyée par le Lexicon en trois langues de Munster

(1) Bossuet, Liber psalmorum, t. IX, édit. de l'aigle. (2) De Ferussac, Histoire des Mollusques, t. II, p. ro1.

où l’on trouve /ul, et mesibata pour la coquille, et chomet, chemata, sachel, limaza, pour l'animal qui l’habite. Bochart regarde comme étant le même animal que le sabbelul des Hébreux, le 7biblala des Chaldéens dont il est dit : Reprile, quod humectat viam sua. »

L'idée d’un corps qui fond, qui coule comme la cire ou le limacon revient plusieurs fois dans la Bible. Mais une seule fois le texte Hébreu emploie l'expression sabbelul; dans les autres passages, nous lisons le mot dûüzah, dans les psaumes et dans Michæos ; cette dernière expression est traduite par la plupart des auteurs dans le sens de cera. Il ne convient donc point de donner à ces deux mots hébreux schtbeloul et dônag la même traduction latine cera, comme nous le lisons dans la Vulgate.

Un mot encore, pour terminer cette étude sur la Malacologie Hébraique, au sujet du byssus, terme dont il est souvent question dans la Bible. On sait qu'en histoire naturelle on donne le nom de byssus aux filaments linéaires que sécrètent certains Mollusques comme les Nfyfiles, les Pinna, etc., en dehors de leur coquille, et qui servent à les fixer aux rochers ; ce byssus malacologique est susceptible d’être tissé. C. d'Orbigny affirme que les habitants de la Calabre et de la Sicile en fabriquent des étoffes précieuses d’un brun doré avec des reflets verdâtres. Le byssus biblique serait de toute autre nature. Etait-il de toile ou de coton? La question, malgré de longues et savantes discussions, n'est point encore résolue. Mais quoi qu'il en soit, il paraît généralement admis que ce byssus de la Bible, comme ceux dont parle Hérodote à propos des momies Égyptiennes, était d’origine végétale et non point animale.

En résumé, la plupart des expressions malacologiques introduites dans la Bible latine, notamment dans la Vulgate,

DANS L'ANTIQUITÉ. IOI

sont prises dans un sens exclusivement figuré, et ne représentent point des Mollusques comme on serait porté à le croire. Plusieurs de ces expressions mériteraient en réalité d’être remplacées par d’autres plus véridiques, plus exactes, ne prétant point à une équivoque scientifique ; l’orthodoxie n'aurait certes point à s’en formaliser, et l’interprétation des textes sacrés y gagnerait en clarté. Mais c’est là, nous devons l’avouer, chose de bien peu d'importance, quand on se rapporte aux incroyables difficultés qu'ont dû éprouver dans leur œuvre les premiers traducteurs de ces précieux ouvrages.

Malacologie grecque.

C’est chez le peuple Grec que nous allons trouver, pour la première fois, les véritables éléments de la Malacologie, non point encore à l’état de science spéciale, jouissant comme aujourd’hui d’une sorte d'autonomie dans la zoologie pédagogique, mais faisant partie d’un enseignement général des choses de la nature. La Grèce, ce berceau du génie de l’humanité, comme tant d'auteurs se plaisent à le dire, était, car il faut l'avouer, admirablement placée pour actionner l'étude des sciences naturelles en général et celle des Mollusques en particulier. Située aux portes de l'Orient, là où les richesses animales foisonnent,les Grecs ne pouvaient moins faire que d’avoir connaissance de ces curiosités sans nombre qu’ils avaient dù rapporter de leurs conquêtes au dehors.

Mais, en outre, leur pays, baigné sur les trois quarts de sa

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