‹ Histoire des œuvres de H. de BalzacChapitre 170 sur 217 · ONE CONFIDENCE · texte numérisé non relu

ONE CONFIDENCE

Cotait lors do la dernière session. Certain président do c^rtiinr» rour, comme qui dirait M' Duplex, par supposition, ce jour-K\ satisfait do lui comme chaque jour, supplia sa femme de venir être témoin de ses succès. Car, si es talents du président n'ont point encore percé au Palais, sa femme, sa honno et son portier l'avaient jusque-là cru sur parole.

lAiiïairc promettait d<îs détails curieux; le président devait être sublime; sa femme jugea convenable de briller du reflet de la sublimité conjugale, et elle vint h l'audience.

Une toilette élégante, une figure jolie furent bientôt remarquées au barreau; aussi un jeune avocat se chargea-t-il d'abréger l'attente de la séance, en liant conversation avec la dame.

D'abord ce furont des lieux communs, vulgaires comme la pluie et le beau temps, puis on vint à parler du procès qui allait commencer.

— La cause sera pleine d'intérêt? demanda la jeune femme.

— Elle en com|)orte tous les éléments, reprit l'avocat; mais, avec un président comme celui qui siège, il y a peu de développements à espérer.

— Comment, monsieur?

— Oui, madame, avec lui, le droit de la défense est singulièrement limité. H passe parmi ses collègues pour un médiocre magistrat : on va mémo jusqu'à dire que son cousin le caporal Ag... lui est supérieur; ainsi, madame, jugoz par comparaison...

Et le front de la jolie dame de se rembrunir, et ses lèvres de se contracter. Heureusement, le cri rauque de l'huissier annonçant la cour vint mettre un terme au colloque. L'avnrat regagna son banc après de graciojisos salutations h la connd(;nte de ses opinions particulières, oi celle-ci, les prenant naturellomont pour do pures calomnies, prêta une attention fort intéressée.

D'après les nouvelles habitudes de la presse relativement à la liberté, et de la liberté relativemont à la presse, un journaliste, malade de trop do franchiso, t>in\t appelé à remlre compte d'un article.

D'abord parle le substitut aussi longuement qu'il vont, aussi passablement qu'il peut ; puis l'avocat commence lu défense.

Mais ici cnncurronre entre le président et l'avocat.

— Je parlerai.

— Vous no parlerez pas...

— J'on ai le droit.

— Et moi aussi...

L'aiïairc s'engage : le président fait beaucoup d'inintelligible bruit, il s'embrouille, balbutie, et ne trouve rien de mieux à dire, si ce n'est que, dans tous les mois possibles, le 18 est quatre jours après le 14; il fait de très-jolis efforts pour le prouver, et, admirez la puissance du talent, il y parvient...

Enfin, cette séance d'arithmétique judiciaire se termine, et de tous les divers groupes formés par l'auditoire surgissent de désagréables commentaires sur la scène improvisée par le président. Cependant, une seule opinion vient encore faire douter madame Duplex de tout ce qu'elle a vu et entendu, par de louangeuses observations et des remarques passablement honorables. Elle s'approche du cercle impartial pour se consoler aux sons de la voix amie...

C'était celle de son époux !

27 octobre 1831.

MANliinE CHINOISE DE SE MOQUER D t S PEDCEPTEURS.

Ceci se passait en Chine, fort peu de temps après l'invasion des Tartares. J'appelle Tartares une nuée de brigands qui, leur chef en tête et le nez camus, enjambèrent un beau jour la grande muraille (oh! oui, c'était un bien beau jour!), et s'abattirent sur l'empire de Confucius, pour le déchiqueter entre eux. Comme ces animaux étaient fort affamés, les ressources ordinaires furent loin de suffire. On créa de nouveaux impôts, on en créa sur tout. Le Chinois ne put faire un pas, dire un mot, boire de l'eau même sans payer quelque droit. Il paya pour avoir une tête, des yeux et des poumons; autrement dit, il fut soumis à une redevance pour chaque porte et pour chaque fenêtre. L'air respirable devint alors d'un prix exorbitant. Un centime de plus, et les riches seuls eussent pu s'en passer la fantaisie; c'eût été du luxe. Mais déjà l'homme du peuple, dont le travail suffisait à peine au manger, au logement et à la couverture, l'ouvrier chargé d'une nombreuse famille, ne pouvait y atteindre ; il ne pouvait suffire à faire respirer sa femme et ses enfants. Il avait du riz gris, c'était possible, et de l'eau, et de la paille ; mais ce n'était pas assez : il lui fallait du soleil, il lui fallait de Tair, et l'air et le soleil étaient si fort renchéris, qu'il se voyait dans la nécessité de s'en passer.

Que fit alors le Chinois? Le Chinois est industrieux : il nous a devancés de bien loin dans la civilisation; il connaissait la poudre, que nous nous assommions encore; il savait imprimer, que nous ne savions pas lire. Que fit-il donc? Une révolution? Hélas! non; ce sont de ces choses qu'on ne fait pas tous les jours. II s'ingénia, sans sortir de l'ordre légal. La loi demandait tant par fenêtre : il boucha ses fenêtres. — La loi faisait commerce de tabac; on ne fuma plus qu'une pipe par famille; la fumée se repassait de bouche en bouche. — La loi exigeait tant par porte; le Chinois boucha ses portes et ne sortit plus que par la cheminée. — La loi enfin percevait tant par tête d'homme, comme auparavant par tête d'animal ; le Chinois se fit enterrer tout vif. Une famille nécessiteuse, composée de huit indivi-

dus, je suppose, se réduisait à un, à deux, à trois, à quatre, selon ses facultés; les autres s'enfouissaient sous des meubles, sous dos cuviers, dans des tonnoaux; ou bien se faisaient incruster dans le mur, pour s'immobiliser et échapper ainsi à la capitation. Quand les agents du fisc se présentaient pour faire le recensement, ils étaient obligés de changer toutes leurs additions et de les réduire à zéro presque, et, d'ailleurs, il leur fallait entrer par la cheminée. Ils furent vexés.

De cette manière-là, le Chinois ne paya plus d'impôts, mais n'en resta pas moins respectueux pour l'ordre légal, bon citoyen et bon Chinois.

Et qu'arriva-t-il de cette impossibilité de percevoir des impots?

Je ne sais pas. J'en suis là de mes recherches; quand je l'aurai trouvé, je vous en ferai part. En attendant, convenons d'une chose, c'est que, nous autres, nous sommes bien plus heureux que les Chinois. On ne voit pas encore de pareilles choses en France. — Croyez-vous?

8 décembre 1831.

QUELQDES ARTIOLKS D K I, A LISTE CIVILE.

Il est des gens qui semblent faire métier de dépopulariser les trônes populaires. Il faut avoir du temps à perdre. C'est ainsi que, pendant longtemps, on a essayé d'insinuer parmi les contribuables que dix-huit millions étaient le taux indispensable du gouvernement au meilleur marché possible; tandis qu'il est aujourd'hui certain, d'après la demande de ce gouvernement lui-môme, que nous en serons quittes pour seulement la bagatelle de 17 millions 090,853 francs.

Dans ce revenu de la royauté bourgeoise, on remarque les articles suivants :

Service médical : 80,000 francs. — Voilà qui dément toutes les apparences et toutes les protestations de constitution solide. Une pareille acquisition de remèdes annonce un avenir bien malade.

Blanchissage : 100,000 francs. — C'est-à-dire près de 500 francs par jour. Ici l'on s'éloigne considérablement du système adopté par Napoléon, lequel ne consacrait à cet usage que 45,000 francs par an, et prétiMidait qu'on lavât son linge sale en farhillc.

Chauffage : 250,000 francs. — Sans savoir précisément de quel bois se chauiïe le roi citoyen, on peut supposer qu'il entre beaucoup de fagots dans co compte-là.

Cuisine : 780,000 francs. — Dans 780,000 francs, que do dîners à vingt-deux

SOttSi

Cave : 120,000 francs. — Tout doit so trouver dans cette cavc-là : eau à boire et bons pots-dc-vin.

Palais de la couronne : 4,450,000 francs. — On no peut que se réjouir de voir une pareille somme consacrée à l'encouragement des beaux-arUs, à l'activité des fabritiuos, à l'acquisition dos produits commerciaux. Cependant, à considérer l'économie (jui pn'sido à ce genre i\c déprusiN, il paraîtrait malheureusement que le fossé des Tuileries on a enfoui uuc grande partie.

Écuries : 900,000 francs. — Les écuries royales sont composées de trois cents chevaux. On n'a pas pu trouver de coursiers qui voulussent s'atteler au char du juste milieu à moins de mille écus d'avoine. Beaucoup de fonctionnaires publics n'en consomment pas tant.

Menus plaisirs : 4,208,000 francs. — Nous sommes fort heureux que la nouvelle cour n'exige point de grosses joies, car, à en juger seulement par les plaisirs menus, Dieu sait ce qu'il en eût coûte! Cependant, avec près de cinq millions, il y a de quoi réjouir tant de monde, que nous espérons que la nouvelle cour daignera bien amuser un peu le peuple à ses dépens.

8 décembro 1831.

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