‹ Histoire des œuvres de H. de BalzacChapitre 190 sur 217 · L($ Pinsciils · texte numérisé non relu

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lui, pour ses amis. Jo dois avoir encore dans mes papier»; le plan d'une librairie — quelque chose comme les bibliothèques à un franc le volumi> — <\u\ devait nous rendre millionnaires, lui et moi. Nous nous en sommes occupés bien lonctemps; M. Surville, son beau-frère, devait ^tre intéressé dans l'enircprise- Une autre fois, il avait eu le projet d'une association dramatique sous la raison Balzac et Ratior. Nous devions alors arriver à la fortune par le théâtre. Bref. Balzac, qui me témoii,Miait beaucoup d'amitié, me répétait souvent qu'il voulait monrichir. Aussi, une fois, lorsqu'à la suite d'une causerie du soir, il avait conçu le plan du conte une Passion ilans le désert, il séuit écrié que, l'idée venant de moi, j«! devais en partager le produit avec lui. Puis, les nécessités l'assiégeant, il n'avait plus été question de rien.

Enfin, un jour,j'arrive chez lui, et je le trouve, feuilletant de vieux portefeuilles. «Mon bon Ratier, me dit-il en me présentant un cahier de papiers enfumes, c'est pour cette fois que je veux vous enrichir. Voici un manuscrit (pie je vous donne. Quand je serai mort, vous le vendrez bien, mon cher, car je laisserai un nom. Prenez-le et gardez-le ''précieusement. Un manuscrit d'un hotnmo célèbre, c'est une fortune.» Tout cela fut dit du plus grand sérieux du monde, et du ton le plus convaincu. Je pris le manuscrit en le remerciant; mais, je l'avoue, sans partager tout à fait la confiance do l'auteur, et en me disant intérieurement: «que le moindre ducaton ferait mieux mon affaire)».— Néanmoins, ces paroles restaient gravées dans ma mémoire, h cause de leur excentricité, et parce qucj'étais persuadé qu'il pensait réellement me faire un beau cadeau. Je lui adressai alors quelques questions sur l'origine de ce manuscrit. Il me raconta que c'était le résultat d'une gageure. Gomme ilSc trouvait: à la campagne dans une maison amie, la conversation était venue à tombersurleplusou moins de facilite des auteurs. Balzac avança qu'il se faisait fort de composer un roman eu un jour. Le pari fut accepté, et le téméraire, enfermé à clef dans un appartement, en tôto à této avec une table, une plume, un encrier et un cahier de papier. Au bout de douze heures, il sortit de sa prison, présentant victorieusement à ses adversaires le manuscrit qu'il me donnait.

Cela parut fort extraordinaire alors, la puissance de la vapeur n'était pas aussi bien connue qu'elle l'est aujourd'hui, et l'on n'avait pas encore vu Alexandre Dumas mener de front cinq ou six romans h la fois, et servir k ses lecteurs de ciiaque jour une demi-douzaine de feuilletons dilTérents.

Ouant à la conclusion du petit roman de Balzac, il me l'a dite en un mou Au moment où sou poëto arrive au premier relais, en proie à toutes les inquiétudes, à toutes les émotions décrites, la portière s'ouvre, le conducteur entre dans la voiture, prend dans ses bras la compagne du poëte... C'est un mannequin, une de CCS grandes poupées que les peintres emploient dans leurs ateliers. Un peintre do Metz l'envoyait à un de «es amis dans une ville voisine. Ce mannequin est barbouillé de couleurs, il sent la térébenthine. Ainsi s'expliquent le silenccl'imnjobilité, les senteurs étranges, le sang et toutes les autres sui>positions du poCtc. Son imagination atout bàii sur ce fragile fondement. En quelques heures, il a vécu toutû une vie d'c^pérauces, d'illusions et d'angoisses.

Voilà tout ce que je me rappelle au sujet de ce manuscrit *. Mon panier m'avernt que j'aurais pu et dû dire tout cela plus brièvement. Mais je me suis, sans m'en apercevoir, laissé entraîner au courant de mes souvenirs.

H. DR DALZAC A MILAN 3.

Madame la comtesse Jeanne Patelani de Milan, qui épousa en premières noci.s le comte Pierre Guidoboni-Visconti et en secondes noces M. Pierre-Antoine Costantin, étant décédée en 1830, laissa trois enfants survivants; du premier lit, le comte Emile et sa sœur la comtesse Maximilla, mariée au baron François de Galvagna, autrefois conseiller d'État, préfet du département de l'Adriatique dans le royaume d'Italie ; du second lit, M.Laurent Costantin : entre lesquels naquit un différend pour la succession au bien dotal de leur commune mère.

M. le comte Emile, domicilié à Paris, donna en février 1837, à M. Honoré de Balzac, une procuration enregistrée le 0 du même mois, chez le notaire Outrebon, en la ville de Paris, afin de traiter et d'aplanir le différend. M. de Balzac, s'étant rendu à cet effet à Milan dans les derniers jours de février, conféra avec M. Costantin, frère utérin du comte Emile, et y passa une transaction sous seing privé, en date de Milan, 12 mars 1837, dans laquelle M. de Balzac stipula également au nom de l'héritier de la prédécédée, sœur du comte Emile, la baronne Maximilla de Gaivagna, promettant de rato et se réservant l'approbation et la ratification en règle.

L'héritier légitime de la susdite baronne était son fils le baron Emile, encore mineur et sous la tutelle et l'administration de son père, le baron François de Calvagna pour lors conseiller intime de Sa Majesté l'empereur d'Autriche, et président à la cour des comptes de la Vénétie à Venise, où M. de Balzac se transporta pour procéder à la ratification de la réserve faite dans la transaction. 11 arriva à Venise le 14 mars, ainsi qu'il résulte d'un billet de sa main; apiès quelques conférences, il s'accorda pleinement avec Son Excellence le baron de Galvagna, et ils formulèrent la ratification définitive de la convention passée à Milan, le 12 mars 1837, par un nouvel acte en date de Venise le 18 mar>« 18:17.

Pendant le séjour d'une semaine que M. de Balzac fit h Venise du 14 au 20, avant son retour à Milan et à Paris, lequel s'effectua vers le 15 mai, ainsi que l'annonce le comte Visconti dans sa correspondance, le soussigné baron de Galvagna eut le plaisir de le voir presque chaque jour et de le compter quelquefois au nombre de ses convives : jouissant ainsi de sa conversation érudite, et, entre autres, de la communication intéressante de quelques passages de ses célèbres

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