‹ Histoire des œuvres de Stendhal: IntrodChapitre 15 sur 74 · I. — Les Contemporains de Stendhal · texte numérisé non relu

I. — Les Contemporains de Stendhal

Jules Janin. — Les Débats, 26 décembre 1830. Variélés. — J. J. Le Rouge et le Noir, Chronique de J 829 (sic).

Conclusion ; Si le dernier roman de M. de Stendhal est, avec de si graves invraisemblances et si peu morales, un ouvrage remarquable, vif, colère, plein d'intérêt et d'émotion, s'il mérite d'être lu, même dans le grand oubli de la littérature contemporaine, M. de Stendhal est autrement digne d'être étudié. M. de Stendhal est un de ces écrivains à plusieurs noms, à triple visage, toujours sérieux, dont on ne saurait trop se méfier. C'est un observateur à froid, un railleur cruel, un sceptique méchant, qui est heureux de ne croire à rien, parce qu'en ne croyant pas, il a le droit de ne rien croire, parce qu'en ne croyant pas, il a le droit de ne rien respecter et de flétrir tout ce qu'il touche. »

Voir l'article nécrologique sur Stendhal, composé par Beyle lui-même en 1837. {Journal de Stendhal^ publié par C. Stryienski et F. de Nion, appendice VIII, p. 470). L'article débute ainsi :

« II. pleut à verse. Je me souviens que Jules Janin

^ me disait : « Ah ! quel bel article nous ferions sur <t vous si vous étiez mort ! »... ! ?... (A. P.).

(iazette de France. — N<> du 16 février 1831. Article sans signature. (N'émanerait-il pas de M. A. de Pontmar-

Extrait : « M. de Stendhal n'est pas un sot quoiqu'il fasse de sots livres, et les hommes qui chantent ses louanges ne sont pas plus dupes que les autres....

Cette honteuse production ne sert qu'à constater par une preuve^ ajoutée à vingt autres, qu'il est plus que temps que M. de Stendhal change encore une fois de nom et pour toujours de manière et de style ». (Voir Correspondance de Stendhal, 1855, tome 11. Lettre CLXXI, p. 127.)

Revue de Paris, i 83i . — Article sur les chroniques italiennes (Genci, duchesse de Paliano) signé T. de la Genovais (?)

4c Le Rouge et le Noir a préparé les voies à beaucoup d'autres qui ont eu plus de vogue encore. Ces derniers sont menacés d'un prochain oubli. Le jour où ifs ne seront plus, vous verrez reparaître leur aïeul, comme sous l'encre moderne d'un manuscrit pjilimpseste le texte ancien, quand elle est effacée. »

GiBTUE. — Entretiens de Gœthe et d Eckermann, ISIil, p. 275. Pensées sur la littérature, les mœurs et les arts traduites par Joseph Châles, 1 vol. Hetzel. <s Je considère /?OH(/ee^ A^oiV comme le meilleur ouvrage de Stendhal. « Je ne nie pas qu'il ait traité d'une ni^iiuère un peu aventureuse quelques-uns de ses caractères de femmes ; mais ils témoignent tous d'un grand esprit d'observation, d'une pénétration profonde^ en sorte qu'on est disposé à pardonner à l'auteur ses invraisemblances de détail. »

Mérimée, 1831 . — Lettre à Stendhal, 1831. Collection Auguste Cordier. — Extraits publiés par C. Stryienski Bévue de Paris, du 15 juillet 1898, pp. 413-414. — « Il y a dans le caractère de Julien des^ traits atroces dont tout le monde sent la vérité, mais qui font horreur. Le but de l'art n'est pas de montrer ce côté de la nature humaine... Vous quiètes susceptible d'amour..., vous êtes impardonnable d'avoir mis en lumière les vilenies cachées de cette belle illusion... Pourquoi avez-vjus choisi un caractère qui a l'air impossible ? Pourquoi ayant choisi ce caractère impossible en apparence, l'avez-vousorné de détails de votre invention?... Je m'imaginais avoir con[ipris le caractère de votre Julien, et il n'y a pas une seule de ses actions qui n'ait contredit le caractère que je lui supposais. »

BussiÈRE. — Revue des Deux-Mondes, 15 janvier 1843, p. 291. Extraits :« ... Le caractère de Julien est donc faux, contradictoire, impossible, incompréhensible en certaines parties... Quoi qu'il en soit, le Rouge et le Noir a été lu et nous serions presque tenté d'en conclure qu'il n'a pas été compris.

Ce livre s'est sauvé par le charme et la nouveauté des détails, enfin par la beauté réelle des deux caractères de femmes, beauté touchante chez l'une, énergique et fîère chez l'autre... Malgré tout, il s'est rencontré dans ce roman assez de bonnes choses, pour que des écrivains qui ont trouvé du plaisir à ravaler M. de Stendhal après sa mort, aient trouvé de l'avantage à le piller de son vivant... »

Babou. — Revue Nouvelle, 1°'' novembre 1846 et

Sensations dUin Juré, 1875, p. 117. — Extraits :

'^''... Beyle se reprend à la vie pour la maudire. 11 écrit

Rouge et Noir, il invente le type effrayant de Julien,

et cette seule création justifierait le reproche de méchanceté qu'on a fait à Beyle... L'inspiration diabolique anime en effet cette singulière création de Julien... Deux femmes adorables, Tune au cœur simple et irréfléchi comme celui d'une jeune fille, l'autre, échauffant ses sentiments au feu d'une imagination exaltée, aiment tour à tour ce fourbe sublime..., mais ne peuvent arracher à Julien cet empire de soi qui fait la repoussante grandeur de ce caractère .. Ce roman est terrible; on le lit avec une angoisse profonde jusqu'au dénouement... L'effrayante pensée de l'ouvrage est développée avec une effrayante constance. La sécheresse ardente des horizons qui encadrent la scène où se joue cette dramatique partie de Bouge et Noir, ajoute encore à l'effet d'un grand nombre de situations passionnées, écrites avec une simplicité souveraine. Tous les personnages sont vrais. Je ne parle pas de M"® de Rénal et de M"® de la Mole, je craindrais de paraître emphatique dans mon admiration... Bien des événements me semblent inexplicables dans cette puissante conception, mais je les accepte sur la foi du terrible logicien qui tient la plume... >

MoNSELET. — Préface d'Arma/ice, 1853, p. VII.

« La passion de Stendhal, telle du moins qu'il l'a dévoilée dans ses romans, chagrine ou répugne. Il semble que le Julien Sorel de le Rouge et le Noir par exemple, soit une de ces créations où il entre beaucoup du sang et de la vie de l'auteur, c'est la mauvaise jeunesse de Rousseau recommencée. »

Sainte-Beuve. — Causeries du Lundi, 1854, tome IX, p. 328. — Extraits : « ... C'est du moins un roman qui a de l'action. Le premier volume a de l'intérêt, malgré la manière et les invraisemblances. L'auteur

veut peindre les classes et les partis d'avant 1830. Beyle est frappé de cette disposition à faire son chemin qui lui semble désormais Tunique passion sèche de la jeunesse instruite et pauvre...; il la personnifie avec assez de vérité au début dans Julien... Madame de Rénal^ fragile et intéressante victime... Tout cela est bien rendu ou du moins le serait, si Fauteur avait un peu moins d'inquiétude et d'épigramme dans la manière de raconter... Ses personnages ne sont pas des vivants, mais des automates ingénieusement construits. »

Colomb. — Notice biographique, 1854, p. XCL.

« Il n'est pas aisé, je l'avouerai, de se former une opinion bien arrêtée sur le Bouffe et le Noir car à côté de parties excellentes, il s'en trouve d'assez faibles. Quant au caractère des personnages plusieurs sont traités de main de maître A toute force même, celui de Julien peut exister. Quant à Madame de Rénal, c'est une ravissante création, heureux mélange de grâce, de modestie, de simplicité, je ne sais rien de plus intéressant qui inspire une sympathie, plus vive, plus tendre, plus soutenue... »

DeBougy. — Stendhal^ sa vie et son œuvre^ 1868 p. 40. ... « Berthet mourut sur l'échafaud, je l'y ai vu monter défaillant. Le châtiment me paraît bien sévère pour un crime d'amour. Cet événement fît grand bruit dans le département de l'Isère. Beyle s'en empara pour son roman. Berthet, c'est Julien. Inutile, d'ajouter que le romancier a romancisé beaucoup les choses... Roman triste, triste roman ! Le mot est lâché, tant pis ! Voilà mon opinion. Je n'aime pas les fables à femmes adultères et en même temps ... vertueuses... »

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