‹ Histoire des œuvres de Stendhal: IntrodChapitre 17 sur 74 · M. Garo. (A. P · texte numérisé non relu

M. Garo. (A. P

M™« de Rénal ne serait point complète. Et comparez à ce caractère d'amoureuse de province peint d'une touche si délicate et si vraie, le caractère altier, intraitable et complexe de M"» de la Mole. C'est ici, il faut bien le dire, que Julien nous a tous intéressés et passionnés. Nous lui aurions voulu plus d'hypocrisie encore pour mater et dompter cette insolente patricienne qui ne s'émeut que lorsqu'il lui est bien prouvé qu'elle peut et doit s'émouvoir.

L'étude est ici tracée de main de maître.

Le lent et sûr travail, par lequel, sur les conseils du prince Korsasoff, Julien tente de conquérir Tamour de M athilde et y parvient, est une des parties les plus fortes et les plus fouillées du livre. C'est un chef-d'œuvre de duplicité masculine... Tout cela nous réjouit comme jolie passe d'armes. Mais est-ce l'amour, bon Dieu? r

... Oii Stendhal excelle, c'est dans la peinture des types accessoires qu'il groupe avec infiniment d'art, quoi qu'on en ait dit, autour des personnages principaux. Là chaque coup de crayon est lin, juste et net.

... Connaissez -vous une physionomie plus plaisante que celle de ce chevalier de Beauvoisis ?

... Et ce sombre abbé Pirard, le plus laid et le plus honnête prêtre de la création, quel profil fort et inoubliable ! Que dirai-jé de l'abbé Chas-Bernard? Celui là par exemple, m'a toujours mis de belle humeur.

L'épisode est vraiment des plus drôles.

... Un des personnages épisodiques les plus attachants est la maréchale de Fervacques. Je ne sais pas de figure plus vraie et mieux dessinée. Elle est de tous les

temps. La peinture de son caractère est d'un fini achevé.

C'est un passage d'un vif attrait... Je n'en finirais pas si j'essayais de toucher à chacun des personnages . 11 n'en est pas un qui ne soit marqué d'un trait juste. C'eiiL dans ces coups de crayon que triomphe Stendhal,^. On a souvent fait à Stendhal deux gros reproches : !e manque de méthode et le manque de style. Excusez du peu. Le manque de méthode est assez justifié, surtout, je l'avoue, en ce qui concerne le Bouge (if le Nûlr. Mais comment s'en plaindre. Si Stendhal avait observé Jes lois de la composition et s'était hâté, Rcl evenfiim dans chacune des parties de son œuvre, que de merveilleux tableaux n'aurions-no'us pas perdus ?.„ Quant" au manque de style, la chose est plus sérieuse et beaucoup moins fondée.

De tout temps, on l'a adressé à Stendhal ce reproche. Il faudrait d'abord s'entendre sur ce qu'on appelle le sLyle et savoir si le nombre et l'harmonie d'un période, travail de marqueterie qui faisait passer de nuits blanches à Rousseau, constituent réellement le style, ou si c'est simplement là le style cher au cœur de M. Caro. Il n'est pas niable que la forme de Stendhal est aride, dénuée d'artifice. Même certaines répétitions de mots ont le don d'agacer les nerfs. Mais estce là le manque de style à proprement parler ? A côté de ces négligences^ que de situations résumées par une phrase courte, nerveuse, débordante de sens en dix îiTOts. Il y a peut-être bien de l'art dans cette affectation de sécheresse,.. Je sais bien que la superbe édition de M. Conquet ne fera pas revenir les détracteurs de Beyle sur leur haine invétérée, mais elle procurera aux passionnés du Rouge et le Noir une bien vive et bien

douce jouissance. Il faut louer grandement l'éditeur d'avoir entouré d'un cadre aussi magnifique la maîtresse œuvre d'un homme que Taine n'a pas hésité à appeler «le plus grand psychologue du xix« siècle.»

Quoi qu'il en soit, le Rouge et le Noir battu en brèche avec une inconcevable violence par les hommes mêmes de la génération de Stendhal, a crânement fait son chemin dans le monde et est aujourd'hui hors de conteste.

Il n'étaitguère aimé, à ce que je crois bien, ce Beyle. Très fat, très plein de lui, grand diseur de sophismes, timide au fond comme son Sorel lui-même, Stendhal ne s'était point fait de coterie. Aussi la plupart de ceux qui Pont connu ont- ils vu d'un fort mauvais œil, cette gloire posthume, juste et noble revanche du mépris des contemporains. »

De Vogué, 1886. — De la litlérature réaliste, à propos du roman russe. Revue des Deux-Mondes^ 15 mai 1886, p. 298. — Extrait: ... « Je crois bien qu'il a versé tout le contenu de son âme dans celle de Julien Sorel; c'est une âme méchante très inférieure à la moyenne...

Il m'est plus difficile de goûter Rouge et Noir, livre haineux etiriste ; il a exercé une influence désastreuse sur le développement de l'école qui l'a réclamé et pourtant il ne rentre pas dans la grande vérité humaine, car cette ténacité dans la poursuite du mal sent l'exception et l'artifice comme l'invention dessatans romantiques. »

Albert Dethez, 11 novembre 1888. — Le Siècle, chronique. Les Jeunes, «... Chose singulière, c'est peut-être le roman le plus moderne, offrant tout le charme de l'actualité, quoiqu'il date de trois quarts de

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siècle. On le dirait contemporain^ écrit d'hier pour aujourd'hui... Stendhal avait^ en observateur profond, le pressentiment, peut-être même l'absolue prescience de l'avenir, quand il écrivit ce livre qui porte en soustitre, non sans intention assurément, ces mots : Chroniifue du XIX* siècle. N'est-ce pas dire : Le personnage que je vous présente ne réussit pas pour cette fois, mais palience ! mon jeune paysan ambitieux est un type point destiné à disparaître du jour au lendemain. D'il litres générations de Sorel viendront et celles-là prendront leur revanche. Oui, c'est bien ce que Stendhal a voulu dire ; c'est cette pensée qu'il exprimait lorsquHI écrivait à un ami : « Dans cinquante ans, on me comprendra. »

On était alors en pleine fièvre romantique... C'était la belle et brillante époque des élans généreux.

Comment croire le froid analyste qui prédisait qu'au fond de tous ces beaux rêves, il y avait surtout des appétits individuels impatients de se satisfaire. G*est par Tanalyse étonnante de ces instincts d'égoïsme rapace, décidé à tout pour arriver et se déguisant sous des dehors aimables^ que le personnage de Stendhal se retrouve aussi réel, aussi moderne en 1888 qu'à l'époque où il parut. Où Ton ne voyait qu'une fiction d'écrivain sceptique et pessimiste, on est forcé de reoounaître aujourd'hui un type vrai de la catégorie que Taine appelle « les oiseaux de proie ».

Us sont nombreux dans l'œuvre de Balzac qui les a observés en détail, les a classés suivant leurs variétés diverses, financiers, hommes de lettres, politiciens, . ,

Mais après plus d'un demi-siècle, c'est encore le héros de Stendhal qui se montre à nous sous les allu-

res les plus modernes, comme le prototype parfait dçs violents appétits contemporains, sans frein, sans scrupules, retenus par aucun idéal. »

Faguet. — Stendhal. Revue des Deux-Mondes.

lo»- février 1892, p. 621. — Extraits : « Le Rouge et le Noir est une très grande œuvre comme idée générale et comme portée. Il a un titre très clair : Rouge et Noir c'est-à-dire soldat et prêtre, ambition militaire et ambition ecclésiastique, l'une succédant à l'autre, énergie guerrière et diplomatie intrigante, cette dernière cherchant à réaliser le rêve de domination que la première a conçu. » — Julien Sorel. Caractère magnifique, d'une vérité profonde, admirablement éclairé dans tous ses replis...

... Le détail est plus beau que la conception générale... Certaines scènes, en leur sobriété, en leur dessin net et sec, en leur précision énergique et un peu tendues, sont des merveilles d'analyse psychologique et comme de dissection morale... Il y a du mauvais dans ce chef-d'œuvre, du mauvais et de l'inintelligible... Le dénouement est bien bizarre, et en vérité, un peu plus faux qu'il n'est permis... Le culte de l'énergie a fait dire à Stendhal beaucoup de sottises et cette fois lui en a fait faire une.

... Grande œuvre pourtant que Rouge et Noir très digne d'avoir passé à peu près inaperçue dans sa nouveauté, comme presque toutes les grandes œuvres, et d'avoir sollicité l'attention de la postérité, comme toutes les œuvres, même maladroites, qui reposent sur un grand fonda de vérités universelles...

Le Rouge et le Noir est le roman le plus solide peut-être ; et le plus plein, et le plus dru qui ait été publié depuis Adolphe jusqu'à Madame Rovary .... »

Ed. Rod, 1892. — Les Grands Ecrivains français. Stendhal, Hachette, 1892. IV 110. — Extraits «... Sans être une autobiographie, ce roman renferme pourtant une large part de confession personnelle^ en ce sens que Fauteur et le héros sont bien des êtres de même espèce; en même (emps, Julien Sorel est un type, qui, trop singulier pour être universel, est cependant général malgré ses singularités.

Bouge et Noir, ces deux mots font nettement res sortir l'intention dominante de l'auteur.... la soutane remplace l'épée. Par malheur, si le titre atteint exactement son but, il n'en est pas de même du roman.... Stendhal ne comprenait pas son époque, il voyait, il jugeait la France de la Restauration à travers ses passions de jacobin bonapartiste... En dehors des quatre principales figures du roman (Julien, M"® de Rénal, le Marquis de la Mole et Mathilde) les personnages du second plan ne sont guère que des caricatures. Leurs intrigues semblent inventées par un homme qui ne saurait rien du monde, d'une mesquinerie invraisemblable, à force d'être inutile et d'une roublardise d'enfant : il ne nous a montré qu'un certain nombre d'originaux, choisis dans les grandes classes, mais qui ne représentent qu'eux-mêmes. Stendhal était trop personnel, trop généralement absorbé par Pétude de son Moi, pour faire un roman de mœurs : il n'excelle qu'à se mettre en scène lui, et peut-être les femmes qui l'ont occupé. Le Bouffe et le Noir n'est donc pas un tableau complet de la France de la Restauration ; il n'en est pas moins un document des plus précieux sur l'état d'esprit des jeunes gens pendant cette période ; mais surtout le personnage dont il nous donne la longue monographie demeure une des figures les

plus curieuses qu'aucun romancier ait jamais conçues...

Julien Sorel n'est autre chose qu'un portrait de Stendhal qui s'est représenté en son héros, tel qu'il se connaissait ou croyait se connaître, tel qu'il désirait être, tel qu'il désirait paraître... Son roman est une partie d'échecs bien réglée, oii chaque coup est fatal, sauf le dernier... Il y a certes, une incontestable grandeur dans la conception d'un tel caractère ; le malheur est que derrière chaque acte de Julien Sorel, on devine la main directrice de Stendhal, dont on reconnaît aussi l'esprit dans chacune de ses pensées. On Sait toujours qu'on'lit un livre, et jusqu'au bout on doute de sa vérité . »

Belugou. — La Cocarde, Petits Mardis SiendhalienSy 10 octobre 1894. — « A propos d'Emile Henry, on a évoqué, non sans raison, l'image de son ancêtre Julien Sorel^ le héros de Ronge et Noir, On peut mettre en parallèle le petit discours tenu par le séminariste de 1823 et le factum débité par le jeune anarchiste aux jurés de 1894, la comparaison sera instructive... Ce soritles mêmes sentiments, les mêmes idées et presque les mêmes mots... La comparaison pourrait être poursuivie plus loin ; ces quelques traits suffisent à montrer qu'il y a là plus qu'une rencontre fortuite, l'identité d'une situation qui, aux deux extrémités du siècle, engendre les mêmes haines, les mêmes révoltes. Entre Sorel, fils d'un pauvre charpentier, et Henry, fils de modestes bourgeois, la similitude est étrange ; sur un point cependant ils diffèrent. C'est que le siècle a marché. Tous deux avaient des facultés supérieures à leur condition, tous deux avaient entendu proclamer que la carrière est

ouverte aux talents : Julien l'a cru quelque temps ; Henry ne le croyait pas.

En 1825/ le jeune homme dévoré d'ambition ne jugeait pas impossible de se faire une place en rapport avec ses mérites : le séminaire lui offrait une voie et un débouché. Il se disait : « Voilà ce juge de paix si bonne tête, si honnête homme jusqu'ici^ si vieux^ qui se déshonore par crainte de déplaire à un jeune vicaire de trente ans. Il faut être prêtre. » Quarante ans plus tard, il se fût fait franc-maçon. Mais en 1894, il s'aperçoit que toutes les places sont prises, que la lutte est inutile, de plus son orgueil se révolte à la pensée des hypocrisies ou du cynisme dont l'expérience lui démontre la nécessité pour qui veut arriver^ et dès lors il ne songe plus qu'à troubler le festin dont il ne peut prendre sa part.

C'est la gloire de Stendhal d'avoir remarqué tout cela dans la banalité d'un fait divers.

Un séminariste tire deux coups de pistolet dans une église sur son ancienne maîtresse et on le guillotine. Les contemporains s'indignent du crime aggravé d'un sacrilège et ne voient pas au-delà.

Beyle néglige ces accessoires et pénètre du premier coup la signification profonde de ce menu fait. Son regard perçant démêle dans ce raccourci les germes qui ne se développeront que bien plus tard.

Il en extrait le sens et nous montre Julien Sorel, incarnation vivante des aspirations que la société a surexcitées sans les satisfaire, et des déboires qui en sont la suite fatale ; il prévoit les rancunes qui rlaîtront de cette compression, il les annonce, en décrit les effets, et il semble que nous pouvons aujourd'hui

nous rendre compte de la fidélité de sa peinturp et de la justesse de ses prophéties. »

P. Brun 1901 . — Henry Beyle. Stendhal. Grenoble. Gratier, 1900, p. 58. — Extraits: « Le début du livre est d'une fraîcheur de paysage, d'une vérité d'observation, d'une jeunesse de sensation qui font

concevoir les plus séduisantes espérances D'après

Paul Bourget, Barbey d'Aurevilly admirait profondément le passage oii Julien enchaîné raconte à M"« de la Mole ses entrevues avec M"® de Rénal... J'avouerai que de tout cela je frissonne peu, qu'il y a abus de Pixérécourt et de Pqnson du Terrail, et surtout que le dénouement se complique et se dramatise encore comme i plaisir... Mais où Stendhal se révèle, c'est dans les observations délicates qu'il accumule en petites phrases piquantes et serrées, c'est dans certains traits de certains caractères . C'est surtout dans la peinture de l'âme des deux héroïnes et du héros. Toujours le psychologue... Le caractère de M"*® de Rénal peut paraître outré; il est vrai foncièrement et psychologiquement tracé... Mathilde me plaît moins... Telle quelle^ M''* de la Mole me semble plutôt une expérience d'auteur qu'une créature vivante, et puis elle chute dans le noir mélodrame du célèbre « boulevard du Grime »un contemporain de Stendhal.

Quant à Julien Sorel..., ayant beaucoup de ressemblance avec Jean-Jacques Rousseau enfant, enclin à l'orgueil sacré et à la nécessaire méfiance, Beyle avouait en riant qu'il s'était peint en lui... Ce qu'il a de Stendhal, ce sont ses éclats de passion, ses exploits de volonté, ce sont ses efiPorts pénibles et combinés ; ce sont ses chutes amenées parl'exacerbalion de la sensibilité victorieuse ;• c'est son originalité, sa complexité

de clairvoyance et crillusions, sa sincérilè et sa pose ; c'est sa vivacité didées et d'émotion ; c'est son e!?prîL voilà tout dire.,.

»,p Julien Stendhal, c'est Huy Blaa ou Didier, RoJla ou Octave, Antoiiy ou Chatterton, et le seul fait qu'on puisr^c se livrer à ce rapprochement me paraît l'éloge le plus flatteur à écrire de Tueuvre de Beyle. »

pAHiGtjTj 1901 - — Pnges chat s les des Grands Ecritmlns, SlendhtiL Introduction, p, XXX. Extraits. ..

« Je ne crains pas de dire qu'aucun ouvrage romanti€[ue ne fut plus perscmnel que ce roman réaliste. * LaJsse/.-moi ma vie idéale *, s'écrie k la lin Julien SoreK Ce mot est la clé du livre. Au moment où il le compose, Stendhal approche de ïa cinquantaine. Les désillusions n'ont pas tué en lui l'énergie,., Veris 1830, dans un recul propice d'une quinM^ine d'années^ Stendhal refait sa vie, sa vie en idée*

Le Rouge, c'est l'avenir militaire qui fi*est fermé brusquement. Le iNoir, clest Téglise, C'est encore Tactionj mais insinuante, s;jvammenL conduite, « sans ïiégliger les détails 3»-.< L'art de diriger ou contenir la parole, succède à celui de nianc^uvrer les armées... Peu s^en faut, à présent, que cette existence de lutte, qui est le contraire de la duperie, n'apparaisse à Stendhal comme la plus remplie d'un bonheur âpre et secret» et que le plaisir n'en soit sujiérieur a celui de donner des coups de sabre,,. Julien Sorel est un Stendhal qui se reprend â jouer la partie de Texistence, avec saacience et son expérience de cinquante ans.

Kn cette figure plus embellie qu'idéalisée, Stendhal a déposé son Moi avec une aimable fureur. Toutes les craintes, tous les préjugés, toutes les qualités d'énergie el de sagacité, JuUen les a eii partage,

Il s'agit de voir enfin de quoi ne sont pas capables dans ce « désert d'égoïsme » l'idéologie et la logique, jointes à la vigueur et lancées à travers la France contemporaine. Et c'est grâce à cette conception, qu'étant une seconde épreuve retouchée de Stendhal même, Julien Sorel est aussi le prototype des hommes forts du siècle... Le Hong e et le Noir est un roman réaliste, d'un réalisme exact et minutieux. L'observation apparaît scrupuleuse. Ce réalisme est tout subjectif .. Stendhal ne décrit pas pour décrire. Il fuit l'évocation ou la reconstitution des milieux historiques ou imaginaires. Il choisit scrupuleusement dans la réalité les points de repère caractéristiques des sentiments ou des pensées qu'il exprimée Et ce réalisme, ainsi compris, est déjà considérable La sûreté de l'exécution et du goût en fait un art supérieur... Les femmes qu'il nous offre aux yeux, si elles ne vivent qu'en lui, n'aiment aussi que par lui... Amour de tête ou amour à demi maternel, ce sont amours qu'un homme qui a franchi le premier versant de la vie, peut rêver et peindre, et qu'une femme eût peut-être différemment exprimées.

Mais comme le Moi qui domine ces hommes et ces réalités est, par l'esprit et la' faculté de sentir, un abrégé de son époque, Stendhal en écrivant son roman, à la fois idéal et vrai, a écrit celui de son temps et non seulement la chronique de 1830, mais le premier exemplaire du roman réaliste du xix^ siècle. C'est de quoi racheter l'excès de sa manière et je ne sais quelle uniforoiité dans la façon de vriller l'âme selon les principes idéologiques.

.A. ChUquet. — Stendhal- Bey le. Pion 1902 — XVIII — 394 {Le Rouge et le Noir).

Conclusion : « Pourtant Julien restera. Son dégoût

de la vulgarité, l'inquiétude et l'ardeur de son âme, son désir effréné de parvenir, la tension constante de sa volonté, le déploiement exagéré de son énergie font de lui l'un des représentants de sa génération. C'est un paysan élevé comme un bourgeois et qui réussit à s'introduire dans la grande société. Voilà la valeur et peut-être l'unique valeur du roman.

Stendhal a montré dans cette œuvre l'un des faits les plus importants de son siècle. Gomment un homme, dévoré du besoin de l'action^ tourmenté par une vive et amère conscience de son infériorité de condition, tâche de sortir de la classe où il est né, et par quels efforts un plébéien, envieux et méchant, devient un patricien. Il marque certains sentiments de ses contemporains. Il aimait à dire qu'une ambition déréglée était descendue dans les couches les plus basses, et qu'un garçon cordonnier aspirait à être un Napoléon .

Comme nombre de jeunes gens qui lisaient le Mémorial et admiraient follement l'exilé de Sainte- Hélène, Julien est ambitieux et, au lieu de copier sa destinée, selon l'expression de Stendhal, il l'invente.

Plus de vastes bouleversements à espérer ; plus de guerre, plus de batailles^ plus d'occasions de se signaler par son courage et par un beau sang-froid sous la pluie des boulets.

Il faut, pour arriver, déployer sa vigueur non pas au grand jour et en pleine lumière, mais secrètement, ténébreusement.

Plus d'ardeur martiale, plus de belliqueuse activité ; mais l'intrigue, la cabale, les menées artificieuses, une rampante prudence.

Quelle humiliation ! Quelle façon plate et odieuse de

faire fortune ! Est-il nécessaire de se soumettre à de tels abaissements ? Oui, sous peine de croupir dans un rang inférieur. , — >^

Du temps de l'empereur, dit Beyle, Julien eût été ] un fort honnête homme, aujourd'hui il est un coquin, y

Aussi quelle hairife il nourrit contre ceux dont il accepte le joug, contre ceux qu'il doit ménager, qu'il doit flatter ! Il leur en veut de l'obliger à une vie qui n'est qu'une suite d'hypocrisies, et les femmes qui l'adorent, il les observe et les traite comme des ennemies, les tourmente et les torture, les blesse dans leur orgueil de grandes dames, leur fait payer ses rancunes contre leur caste.

Enfin, il a le mérite d'être le premier type du déclassé, prêt à la révolte et au crime.

Dans son monologue de la prison, grondent des menaces d'insurrection S'il en avait le pouvoir, il anéantirait la société, et l'état où les convoitises brutales et les passions sauvages se donnent librement carrière lui paraît naturel.

Il croit que les salons de Paris sont peuplés d habiles gredins et de fripons qui ont eu le bonheur de n'être pas pris en flagrant délit.

Partout, même chez les plus vertueux, même chez les plus grands, il voit le mensonge, l'hypocrisie, le charlatanisme Pour lui, il n'y a pas de Dieu ni de religion ; pour lui il n'y a ni droit ni loi, il n'y a que la M. force du lion » et le besoin de l'être qui a faim, qui a froid. Telle est la philosophie de Julien Sorel, et, dit Stendhal, elle pouvait être vraie. »

Noiicaa, aperças, citations^ etc.

Bévue des Romans, 1839. — 2 vol. in-8. Firmin Didot frères Recueil tl'^inalyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étran^^ers par Emile G. Vol. I, p. 67.

Nettement 1839. — Histoire de la Littérature française sous le Gouvernement de Juillet. 2 vol. in-8, 1859. Vol. IL * Rouge et Noir : Le moins illisible de ses écrits, au point de vue littéraire, s'entend, car au point de vue moral, aucun ouvrage de ce cynique ne supporte la lecture, >

Chapron 18BL — Les coins de Paris. (Dentu 1881), Citations, p. 159, Le Long des Rués (OUendorf 1882) p, 25:2 sur Caro.

CoRRÉAHD 1885, — Nouvelle Revue du 15 septembre 1 885, p. 235, à propos des lettres de Stendhal à Mounier.

Flal'beht 1816. — « J^ai lu hier soir dans mon lit le premier volume de le Rouge et le Noir de Stendhal ; il me semble que c'est d'un esprit distingué et d'une grande délicatesse. Le style est français, mais est-ce )à le style, le vrai style, ce vieux stylé qu'on ne connaît plus maintenant? » (1) Correspondance : 1^ série, 1887 p, 104. (Lettre à L. Poittevin, 1846.)

Crépet E, 1888, — Nouvelle Revue, 1" novembre 1888, Lamiel, p. 20. Un des chefs-d'œuvre de Stendlialje Bouge et leNoirJui écrit en 1830 et publié en 183 1, la même année que deux des plus beaux

(1) Cf, p. 13S.

romans du siècle : Notre-Dame de Paris et la Peau de chagrin.

Mais ces trois débuts eurent une destinée fort différente : le premier passa presque inaperçu, tandis que les autres atteignirent,du premier coup, à la plus retentissante célébrité : injustice que la postérité commence à réparer. »

De Nion, 1888. — Journal de Stendhal, (Charpentier 1888.) Préface, p. XVII.

Stryienski, 1889-1890. — Stendhal, Lamre^(Quantin 1889.) Stendhal, Vie de Henri Brulard, (Charpentier 1890). Préface, p. VIII.

La Vie Parisienne, Figaro 1889. — Dossier des crimes, 29 décembre 1888. Concours. 9 mars 1889.

ScHOLL. — Paris en caleçon, s. d. p. 348.

H. GoRDiER, 1890. — Stendhal et ses amis, Evreux, Hérissey, 1890, p. 92.

Farges, 1892. — Stendhal diplomate. Pion, 1892, p. 7.

Mélia, 1902, — Stendhal et les femmes (Ghamuel etCie, 1902), p. 199 à 247.

Teste L., 1893. — Le Gaulois du 25 novembre

Paul Adam. — Le Mystère des Foules. (Ollendorf, 1895.) Préface Epitre à Félicien Champsaur sur TEmotion de la pensée, pp. XII-XIV.

Paul et Victor Margueritte. — VKcho de Paris du 18 juin 1897. Les trois fantômes,

Legentil. — Dictionnaire* général de biographie et d'histoire par Dezobry et Bachelet, tome I. Beyle, Le Bouge et le Noir : « Triste et touchante peinture de mœurs. » Signé G. L. (Legentil, professeur au lycée impérial de Gaen.)

^ Petit cataloyney 1855. — Publié à la fin de la Char-

\ ireuse de Parme, petit in-] 2, 1855 : < On rend enfin

aujourd'hui à Stendhal toute la justice qu'il mérite. w Le Rouge et le Noir est, de Tavea de tous, son chef-

d'œuvre. »

I Grande Encyclopédie. — Volume Vf, p. 55Ï*

■ Grand dictionnaire Larousse du XIX* siècle. T.. îS.

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