CORRESPONDANCE INÉDITE
GExNÈSE ET COMPOSITION
Colomb, 1854. — Lorsque Tidée de cette publication m'est venue, j'étais loin de penser que ce recueil fût aussi volumineux ; mais il y a eu parmi quelques-uns des correspondants de mon ami comme une affectueuse émulation, pour réunir tout ce qu'on pouvait avoir conservé de lui- Des personnes dont je n'avais pas même l'honneur d'être connu, se sont empressées de mettre à ma disposition toutes les lettres qu'elles possédaient. Afin de justifier pleinement leur confiance, je me suis imposé un long travail et l'ai poursuivi à l'exclusion de tout collaborateur: < cette correspondance a été en entier copiée de ma main. » Je le dis ici pour que ces personnes sachent bien que les lettres qu'elles m'avaient confiées ne sont sorties de mes mains que pour rentrer dans les leurs. Il est une observation que je ne dois pas omettre. Parmi ces lettres, plusieurs, peut-être, ne sont jamais parvenues à leur destination ; ayant trouvé les lettres ou leur brouillon dans les papiers de Beyle, j'ai cru pouvoir les joindre aux autres.
On âoki penser que certaines des lettres qui m'avaient été confiées, ne pouvaient pas être publiées, soit par î^ manque d'intérêt, soit par des considérations de diverses natures. Je n'ai donc imprimé que celles qui méritaient de l'être; mais si je ne publie pas tout, Je ne publie rien au moins qui n'ait appartenu à celle correspondance.
On me dit que parmi les lettres adressées à M... à LondreS) il en est qui, traduites en anglais ont paru dans The New Monthly Magazine^ et qu*ensuile, traduites en français, -elles ont été reproduites par une Bévue de Paris. En admettant le fait, un tel mode de publication n'a pu être que vicieux et incomplet, et certainement très peu de personnes en ont profité. Ayant retrouvé ^autographe d'un certain nombre de ces lettres, je n'ai pas hésité à les placer dans la collection.
Beyle, on le sait, avait l'habitude poussée jusqu'à la manie, de défigurer tous les noms propres dans sa correspondance ; j'ai reproduit ces noms tels qu*il les a écrits, d'autres avec l'initiale seulement, afin de ne blesser aucune convenance.
En publiant ce recueil je dois déclarer que je ne me rends garant d^aucune assertion, caution d'aucune insinuation ou accusation.
J'ai désiré seulement servir la mémoire de mon ami, et offrir une lecture agréable, souvent
attachante et quelquefois instructive ; ce sera au public à décider si j'ai atteint ce double but... » (R, Colomb. Notice biographique^ 1854, pp. CIII et CIV).
Strjrienski 1888. — « On ne saurait trop louer Romain Colomb, l'exécuteur testamentaire et le premier éditeur de Stendhal, du soin pieux avec lequel il s'est acquitté de sa tâche. La Notice biographique qu'il a publiée en tête de Romans el Nouvelles sera toujours un document précieux, encore que l'on doive s'en servir avec circonspection.
Malheureusement, Colomb a voulu se piquer de bienséance et de littérature, et dans une intention toute louable à ses yeux, il a parfois corrigé les manuscrits de Beyle.
J'en avais eu plusieurs preuves, et particulièrement dans un passage de la Vie de Henri Brulard cité par Colomb» Stendhal écrit : « Un « salon de huit ou dix personnes, dont toutes « les femmes ont eu des amants, où la conver- « sation est gaie, anecdotique, et où l'on prend « du punch léger à minuit et demi, est l'endroit « du monde où je me trouve le mieux... » Colomb a des scrupules et change : dont toutes femmes ont eu des amantsy en dont toutes les femmes sont aimables^ pendant exquis à cette variante de la chanson de Fortunio :
Si vous croyez que je vais dire.
Qui j'ose estimer !.,.
Mais c'est dans la Correspondance inédile surtout que Colomb s'en est donné à cœur joie.
Il a marqué de sa prudhomie et de son amour de la syntaxe presque chacune des épitres de Stendhal, à en juger toutefois d'après les manuscrits originaux de quelques lettres que j*ai sous les yeux. Il serait oiseux de relever toutes les différences ; nous avons fait un choix qui porte sur les corrections, les suppressions et les additions. On aurait pu ajouter à ces trois délits un quatrième tripatouillage, qui consiste à faire une lettre avec deux lettres, et à souder des fragments de dates très différentes ; dans ce cas-là, Colomb n'y va pas par quatre chemins il s'adresse à lui-même le morceau dont une partie était adressée à Dei Fiore.
Nous n'avons pas voulu abuser de la patience des lecteurs, en instruisant tout ce procès : aussi avons-nous extrait du dossier quelques faits d'un intérêt général et souvent d'un comique achevé... » (Casimir Stryienski. — Comment fat éditée la correspondance deBeyle. Bévue Blanche du l«r mars 1898, pp. 362 etsuiv).
Colomb 1854 inédit. — « Peu de jours après la mort de Beyle, le 3 avril 1842, M. Mérimée, désirant faire un article sur lui dans la Bévue des Deux-Mondes, mais ne sachant qu'y mettre, écrivit à Colomb pour le prier de lui donner quelques renseignements biographiques et autres touchant la vie de Beyle.
Colomb qui s'occupait lui-même de semblable travail, refusa poliment, ajoutant qu'il verrait avec beaucoup de plaisir que M. Mérimée voulût bien, laissant de côté la biographie propre, peindre le littérateur et l'homme du monde.
M. Mérimée ne partagea pas cette opinion et ne fit rien. — En 1845, M. Hetzel donna la deuxième édition de la Chartreuse de Parme^ en tête de laquelle se trouvait la notice de Colomb sur Beyle. M. Mérimée reçut un exemplaire de ce roman. En 1853, MM. Michel Lévy traitèrent avec Colomb pour une édition complète des œuvres de Beyle. Il était stipulé dans le traité que la notice biographique et littéraire de Colomb en ferait partie. — Michel Lévy, lié d'affaires avec M. Mérimée, lui demanda une préface, une notice, quelque chose enfin pour joindre à son édition. M. Mérimée, sans y réfléchir, lui promit d'écrire la vie de Beyle. — Le prospectus ci-joint, tiré à 12 ou 15.000 exemplaires, annonça cette grande nouvelle avec une emphase inouïe, aux libraires et aux bibliophiles des deux hémisphères.
On était convenu, à ce qu'il paraît, de ne point mettre dans la nouvelle édition, la notice de Colomb, mais de lui emprunter tout ce qu'on avait à dire, et de s'en tirer avec Colomb par un petit compliment, au moyen duquel on se regarderait comme quitte envers lui. — Informé de ce qui se passait, Colomb s'en expliqua avec
M. Michel Lévy ; il lui déclara nettement que d'après son traité, il devait imprimer sa notice, que la combinaison en question blessait toutes ses convenances, qu'il ne pouvait pas rester étranger à une publication due exclusivement à ses soins, en un mot qu'il n'entendait céder à personne la place qui lui appartenait. Michel Lévy en conféra avec M. Mérimée et on réimprima la notice de Colomb- — Ce point une fois fixé, comment faire une biographie à côté de celle d'un contemporain, connaissant si bien toute la vie de son ami? Le cas était embarrassant.
Cependant si on parvenait à découvrir quelques faits ignorés de Colomb, on pourrait encore espérer une sorte de succès. Un ami intime de Beyle, greffier du tribunal civil de Grenoble, trouvera bien dans ses souvenirs, quelque bonne anecdote peu ou point connue.
M. Mérimée lui écrit sournoisement bien qu'il ne le connût pas personnellement.
Mais qui s'y serait attendu? M. Bigillion, actuellement greffier, est le fils d'un père mort depuis près de quarante ans et c'est ce père qui était ami de Beyle 1
En réponse, le fils donne cette simple explication, déclare qu'il ne sait pas un mot de la vie de Beyle, et envoie à M. Mérimée la notice de Colomb, ajoutant que cette biographie passe pour la plus complète.
Au mois de juin 1853, ainsi qu'on l'a vu,
M. Mérimée promettait à Michel Lévy un travail sur Beyie ; mais voilà que peu de jours après un décret impérial le fait sénateur.
Puis en août de la même année, il part pour l'Espagne et n'en revient qu'à la fin de décembre»
Ce long séjour au-delà des Pyrénées avait pour objet, selon le bruit public, des arrangements matrimoniaux entre M. Mérimée et la comtesse de Montijo, mère de l'Impératrice Eugénie.
Mais les conséquences d'un acte de cette gravité furent entrevues : on s'en effraya et M. Mérimée renonça à devenir le beau-père de Napoléon III.
Au milieu d'un tel brouhaha de distractions et de dignités, la biographie de Beyle fut un peu oubliée.
Cependant les volumes de ses œuvres se succédaient avec assez de régularité ; il en avait paru treize et, le prospectus de l'éditeur à la main, quelques impatients s'étonnaient du retard qu'apportait l'académicien à tenir sa promesse. Michel Lévy vint de nouveau frappera la porte de M» Mérimée le suppliant, mains jointes, de lui donner n'importe quoi.
Il répondit, en mars 1855, à ce cri de détresse, par les vingt-quatre pages, placées en tète du premier volume de lettres de Beyle et ayant pour titre : Notes et souvenirs.
— nd —
Celle composiLi DU, iinnoncéc depuis dix-huil moi3,comDic devant embrasser la vie de Beyle, et devenir un précieux ornemenl pour Fédition de ses œuvres, rappelle assez bien, comme on en peut juger, raeeoucliemeiit de la inonlagne ; ici la souris esl pelite, é tique, et d*une pauvre flgure Jj'auteur esl réduit à une telle indigence qu'il s'esl trouvé dans la dure nécessite de recourir à sa brochure 11. B, (l)j de septembre 1850, a laquelle il a fait une vingtaine d'emprunts, souvent de mauvais goût ; de telle sorte que ses souvenirs de 1855 n'en sont guère que la paraphrase et assez ordinairement le mot à mol.
Somme toute, on voit un écrivaiuj s*escriraant péniblement pour une lAehe ingrate et déphnsaute. Le souvenir du pompeux prospectus rappelle tout de suite à la mémoire La Fontaine disant ;
Cest promettre beaucoup, inais qu'en sort-il souvent? Du vent-
Pour qu'on puisse juger les j\otes et So«renirs^ je place cette composition à la suite An prospectus des édilenrs. s> {\\. Colomb, PûpUcuiarilàA an sujet de la notice sur Henri Beyhp^r R* C. Manuscrit Inéditj collection de M, Casi-
(l) Cette bi'oi:tiur<?, tirée à vm^'-t-cinq exemplaires seulenimt, fut donnée à quelques f^mh^ et ne portait pas le nom de Tau^ teuî".
mir Stryienski, don de M. Auguste Cordier.) Au cours de cette intéressante narration, M.Colomb s'est désigné par l'initiale C. que nous n'avons pas cru devoir maintenir. Malgré le titre de ce récit, nous l'avons placé ici, estimant qu'il se rattache autant, sinon davantage, aux Notes el Souvenirs^ de Mérimée, (placés en tête du premier volume de la Correspondance inédile) dont il fixe l'exacte genèse. (A. P.),
Exciraits du prospectus de 1855, répandu par Michel Lévy frères, cité dans la notice inédite de Colomb.
Œuvres complètes
inédites et posthumes
DE Stendhal
(Henry Beyle)
Précédées d'un essai sur sa vie et ses ouvrages par
M. Prosper Mérimée
de rAcadémie Française Format grand in-18 anglais
Nous sommes heureux d'annoncer enfin, après bien des recherches, et sous les auspices des plus intimes et des plus chers amis de l'auteur, une édition des œuvres complètes d'un des plus beaux esprits de ce siècle, M. de Stendhal pour garder à M. Beyle le nom littéraire que lui-même avait choisi.
Parmi les écrivains de ce temps-ci, il en est peu qui aient occupé au même degré l'attention publique et qui l'aient tenue plus en éveil... M. Beyle réunissait en lui tous les contrastes ; il doutait de Tamour et il était à genoux devant Rossini... (!?)
Ecrivain plein d'art et de recherche, il a tous les mérites du style, il en a tous les défauts ; aujourd'hui Tacite, demain Crébillon flls.... Parmi les romans de M. de Stendhal, il en est plusieurs dont la trace est restée vive, et dont l'empreinte est ineffaçable.
Le Rouge et le Noir est un formidable roman dans son genre.... En véritable disciple de Voltaire, M. de Stendhal touchait la plaie et la faisait saigner avec sa main sans pitié... Que dirons-nous de La Chartreuse de Parme qui n'ait été dit cent fois mieux que nous ne saurions faire ? Un pareil livre est une épopée.... Voilà un livre, cette Chartreuse de Parme !...
Notre édition sauve aussi, dans deux volumes publiés sous ce titre : Correspondance de M. de Stendhal, une suite de lettres à ses amis des deux sexes, et même une suite de lettres plus tendres qui montreront ce bel esprit sous un jour tout nouveau. M. Prosper Mérimée s'est chargé d'écrire, pour notre édition, la vie de M. de Stendhal, dont il est resté l'ami fidèle et l'admirateur dévoué. Cette notice sera pour
notre livre un précieux ornement et d'un prix inestimable.
Enfin la louange de notre écrivain se retrouvera surabondamment dans les dix-huit volumes que nous annonçons et qui seront tout à fait clignes, nous l'espérons du moins, par les soins de tout genre qui lui seront donnés, de représenter dans l'avenir, les œuvres de ce charmant penseur, de ce rare esprit, de ce merveilleux écrivain.
Conditions de la souscription.
Les Couvres complètes de Stendhal, y compris les œuvres inédites, formeront dix-huit volumes, grand in-18. Un volume paraît tous les mois. On peut acheter chaque volume séparément. Prix du volume, 3 francs. »
R. Colomb (inédit). — Désignation des principaux emprunts faits par M. Mérimée, à son opuscule H. B. pour ses Notes et Souvenirs.
H.B. Notes et
— Souvenirs
Page
— Impiété, etc., . .
Page
— Méchant et ennu-
yeux
VIÎ
— Promenade à Laon
en 1836 ....