‹ Histoire des œuvres de Stendhal: IntrodChapitre 29 sur 74 · JOURNAL DE STENDHAL · texte numérisé non relu

JOURNAL DE STENDHAL

GENÈSE ET COMPOSITION

Les manuscrits de Beyle que possède la bibliothèque de Grenoble se composent de soixantedix volumes ou liasses. On y trouve beaucoup de travaux déjà publiés.... Nous avons dépouillé cette vaste collection, et nous n'avons pu rassembler les pages de ce journal inédit qu'après de longues recherches et de longues hésitations : les cahiers sont reliés sans ordre de dates, certains feuillets détachés sont placés tout à fait au hasard — le journal est ainsi éparpillé dans plus de vingt volumes. On dirait des papiers accumulés depuis de nombreuses années, et dont on a voulu respecter le désordre vivant.

Le travail de classement aclipvé, il fallait déchiffrer les différentes écritures de Beyle.

Les premiers cahiers d'Italie et de Paris sont presque calligraphiés, mais, dès 1806, Beyle laisse courir sa plume, sans effacer jamais, comme il dit au début de son journal, et l'on a

déjà quelque peine à lire les manuscrits, de cette époque; quelques années plus tard, Técriture se transforme encore et devient presque illisible.

On sait que sur la fin de sa vie, Beyle écrivait si mal, que ses amis s'en plaignaient amèrement et qu'il avait pris le parti de dicter ses lettres ; la fameuse épître à Balzac, dont il existe trois hrouiUons fort curieux à la Bibliothèque de Gronohlej fut recopiée par un secrétaire.

Poussés par le désir d'accomplir notre tâche jusqu'au bout, nous avons fait de notre mieux, vï trois ou quatre fois seulement, nous avons dû signaler un mot illisible. Nous avions à cœur de ne pas laisser dormir plus longtemps dans les profondeurs d'une bibliothèque ces cahiers qui seront si précieux aux futurs biographes de l'auteur de La Chartreuse de Parme... Si le texte, malgré tout, reste obscur parfois, il faudra s'en prendre moins à l'éditeur qu'à l'auteur lui-même. Bcyle aimait à s'entourer de mystères dans les actions les plus indifférentes....

11 éiaîL de notre devoirde reproduire certains J^assages môme obscurs, les retrancher eût été dénaturer le caractère du livre et ne pas donner une idée complète de sa physionomie originale et SI personnelle.

Les t^eules corrections que nous nous soyons permises sont des corrections matérielles...

Pluî?ieurs des cahiers de Beyle ont été perdus, il le dit lui-même ; le journal de 1807 et

de 1808 et celui de Russie (1812) n'ont jamais été retrouvés. A part ces lacunes, notre publication reproduit tous les manuscrits relatifs à VHistoire de ma vie. Nous n'avons retranché que quelques passages peu importants dans lesquels Beyle se déshabille avec trop de sansgène ; Ton verra, du reste, que nous avons été suffisamment scrupuleux à cet égard toutes les fois que l'expression sauvait les apparences.

Nos cahiers prouveront, même après ces suppressions que Beyle a suivi presque à la lettre son précepte : Nul la dies sine linea. Il l'a si bien suivi qu'il éprouve le besoin de s'excuser un jour. Il écrit en 1832 : « Avez-vous jamais « vu, lecteur bénévole, un ver à soie qui a « mangé assez de feuilles de mûrier ? La cornac paraison n'est pas noble, mais elle est si « juste. Cette laide bête ne veut plus manger, « elle a besoin de grimper et de faire sa prison « le soir. Tel, l'animal nommé écrivain. Pour « qui goûte de la profonde occupation d'écrire, « lire n'est plus qu'un plaisir secondaire. Tant « de fois je croyais être à deux heures, je regar- « dais ma pendule, il était six heures et demie. « Voilà ma seule excuse pour avoir noirci tant « de papier, » Les lecteurs de ce journal ne s'en plaindront pas, nous l'espérons, et Beyle sera pardonné, parce qu'il a beaucoup aimé et beaucoup écrit. (G. Stryienski, avant-propos du « Journal ».)

ÉDITION

Edition originale, 1 voK in-iS, — OEuvrc posthume- Journal de Stendhal (Henri Beyle) publié par Casimir Stryiënski et François de NiON. Paris. G, Charpentier et Cie, éditcurSj 11^ rue de Grenelle, 1838> 1 vol, in-VZ orné d*im portrait de Stendhal en photogravure et précédé d*un avant-propos de M. G. Stryicnski dafo de Grenoble, 22 avril 1888 (p. I-V) et d'une préface de M. F, de Niouj datée du 7 mai 188S {p. Vl'XXXV).Joarnal : 37 cahiers (p. 1-44!) et huit appendices : Appendice L — Philosophie /ïO£/tT(?//e, Projetd ouvrage qui occupa beaucoup Beyle en 1804 et 1805 (p. 451-452).

Appendice II: Lelellier^ comédie de Stendhal scène de raccornmodemenl, acte 1^% sc^^c V (p, 453-57).

Appendice III; Ebauche de l'article que Beyle écrivit pour détendre M*'° Ducbesnois (p. 45^)-

Appendice IV: Lettre sur les débuts de Mélanie à Marseille (p. 459-460).

Appendice V: Séjour à Marseille. Lettre de Pauline Beyle à Henri Beyle. Lettre d'Henri Beyle à Martial Darn (pp, 461-462).

Appendice VI : Lettre sur l'abbaye de Molk.

{pp. 46:^64).

Appendice VII: Le Majorai de 5^ron (pp. 464- 466).

Appendice VIII: Articles nécrologiques écrits par Beyle sur lui-même (pp. 466-475).

Table des Matières: (pp. 477-478).

Table analytique : (pp. 479-488).

Paris-Imprimerie G. RougèreetCie, rue Cassette 1.

Faux -titre : Recto: œuvpp posthume de Stendhal.

Faux-titre: verso: Tirage spécial: 25 exemplaires numérotés sur papier de Holande, au prix de 7 francs.

ÉTUDES ET CRITIQUES

G. Stryienski, 22 avril 1888. — Avant-propos du 4S. Journal 1^ , — Beyle, dans ses cahiers parle plutôt qu'il n'écrit, ony trouve toute la saveur d'une conversationintime et sans prétention.

C'est une qualité trop rare — et trop chère à Beyle — pour que nous ayons osé changer quoi que ce soit au texte, comme l'a fait son biographe.

F. DE NioN, 5 mai 1888. — Préface du « Journal » p. VI et VII. « A la fin d'un « Lundi » consacré à Stendhal, après avoir un peu hésité, semble-t-il, et comme tâtonné devant le portrait si difficile et si complexe de Fauteur du Journal, Sainte-Beuve écrit: « Pour juger € au net de cet esprit assez compliqué, et ne rien exa- « gérer dans aucun sens, j'en reviendrai toujours de € préférence à ceux qui Pont connu dans ses bonnes € années et à ses origines, à ce qu'en diront M. Méri-

€ mée, M. Ampère, à ce que m'en dirait Jacquemont « s'il vivait^ ceux en un un mot qui l'ont beaucoup « vu et goûté sous sa forme première. » Ces origines qui manquaient au critique du Moniteur , cette forme première dont il démêlait vaguement le contour sôus le masque impassible dont toute sa vie^ Beyle s'ingénia à plaquer son visage, nous avons aujourd'hui la rare fortune de pouvoir les présenter à ce public choisi, the happ fewj qu'il aimait etpour lequel seulement il consentait à écrire. Ce ne sont ni Mérimée, ni Ampère — ils n'ont connu l'homme que vieilli et déjà piédestalisé — quinous fourniront des documents sur l'évolution initiale de cet esprit si mobile et si persistant à la fois, ce sera même, aux heures de la vingtième année, dans l'éblouissement de la vie qui commence, Beyle s'expliquant, se commentant, s'analysant, s'épiloguant.. se faussant, en des pages d'une intimité absolue, bien éloignée des préoccupations vaniteuses et des visions typographiques du plus tard qui souvent un peu bouffon a toute cette littérature personnelle comme l'appelle M. Ferdinand Brunetière... »

J. Tellier, 19 juin 1888. — Parti National.,, « Je fais mieux que pardonner aux éditeurs de Stendhal, je les remercie de toute mon âme, car le journal qu'ils nous ont révélé est entre les plus divertissants qu'il m'ait été jamais donné de lire... Le voici donc « en déshabillé » cet homme fort que vénèrent les plus distingués d'entre nos jeunes contemporains!... Jamais d'être ingénu (d'une ingénuité déplaisante et sans grâce) sous une apparence de scepticisme et de rouerie. Jamais de plus dépourvu de sagesse, de plus tourmenté de futilité, de plus dépendant de tous, de mieux faitpour exciter le mépris et la pitié d'un stoï-

cien ou d'un boudhiste, ou tout uniment du premier honnête homme venu. »

P. GiNisTY, 21 juin 1888. — Le Gil Blas,,. « Les dessous de la pensée de Stendhal qu'il faut parfois méditer un moment pour en dégager la profondeur et l'imprévu correspondent singulièrement à nos préoccupations psychologiques modernes. Nul écrivain, né depuis plus de cent ans, n'est moins démodé que ce créateur du roman d'analyse. On devra une vive gratitude à MM. Stryienski et de Nion qui ont dégagé de la vaste collection de la Bibliothèque de Grenoble, un journal intime que tient Stendhal, de 1801 à 18l4,qui donne les documents les plus intéressants^ dans la liberté d'allure de ces notes, absolument dégagées de toute préoccupation de travail destiné à l'impression, sur l'évolution initiale « de cet esprit si mobile et si persistant à la fois ». Il se montre, dans ces pages écrites pour lui seul, avec sa sensibilité raffinée d'artiste, son continuel souci d'analyse, son scepticisme raisonné, l'obsession de recherches et de commentaires sur le mobile de chacun de ses actes, avec sa souveraine distinction d'àme surtout non pas qu'il n'y ait souvent quelque affectation visible dans l'attitude qu'il prend dès ses dix-huit ans, mais alors même, il s'observe encore, et comme il possède plus que personne la faculté de se dédoubler, il ne fait pas faute de se railler lui-même... Ce Journal de Beyle est la vraie préface à mettre en tête de son œuvre. Il s'y dépèce et s'y dissèque inflexiblement, fibre à fibre. »

P. d'Armon, 22 juin 1888. — Le Voltaire, Conclusion : « Il est impossible de résumer en un article si bref, l'enseignement qui se dégage du Journal de Stendhal. Nous devons nous contenter de remercier

les éditeurs, d'avoir rendu par celte publication,, un service éminent à l'histoire des idées de notre temps. Stendhal est un précurseur ; il était utile de connaître la genèse de son esprit. »

Y..., 22 juin 1888. — La Liberté. — A travers champs . — « Je viens de lire le Journal de Stendhal, c'est-à-dire le recueil de ses pensées intimes ; il faut avouer que c'est une intimité bien parée , Stendhal mettait des rubans à son bonnet de nuit... Ces cahiers sont certes fort curieux ; ils montrent Beyle tel que les lettrés libres, let non prévenus, croyaient bien le connaître. Une grande et active inquiétude d'esprit le conduit san« cesse. On ne lui voit nulle ouverture de cœur... Ce n'est point la force d'âme qui manquait à Beyle, c'est — ou c'était du moins à cette époque, — le don de la constance dans l'esprit,

La chute de l'Empire et de sa fortune administrative, le remit en présence de la littérature, c'est-à-dire de sa véritable aptitude. Dès lors, il vécut ordinairement en Italie, écrivant sans cesse, et c'est là qu'il fit sa vraie carrière. »

MoNTjRGUEiL, Parisy 23 juin 1888. — La Jeunesse d^un sceptique, « C'est bien la jeunesse d'un sceptique dont Stendhal prend la peine de nous tracer, d'après lui-même, le curieux tableau. C'est bien le sous-titre qu'il faut épingler en tête de ce journal si discrètement présenté, mais à ne considérer que l'amant..., on pourrait encore en ajouter un autre : Un monsieur qui se regarde aimer. Le Journal de Stendhal s'arrête en 1814. 11 a senti que l'analyse était funeste à la poésie. « Je n'écris plus les souvenirs charmants, je me suis aperçu que cela les gâtait. » Mais ces confessions de dix ans suffisent à le montrer, ce qu'il fut en amour:

Un poltron qui ne sifflait si haut sur un ton d'impertinence, que pour marquer la timidité dont souffrait son incurable orgueil. »

Gh. Maurhas. 11 juillet 1888. — L'Observateur Français, — « Eh bien, ce Beyle était sans idéal et n'a jamais senti le besoin d'en trouver un... Beyle ne sort pas de lui-même, et cependant il s'y trouve parfaitement à l'aise... Il n'a nullement besoin qu'on lui fasse des compliments, son « Journal ^^ est plein de ceux qu'il s'adresse et qu'il reçoit sans faire de façons. Par malheur si Stendhal n'est pas médiocre, il n'a pas absolument atteint les objectifs qu'il se proposait... si par la netteté 4u style et le fouillé de la psychologie, Stendhal a dressé deux figures inoubliables, Fabrice del Dongo et Julien Sorel, il n'a pas atteint ce « mieux possible » qu'il ambitionnait ; il n'a pas « tiré l'échelle après lui ». Or que sont ces résultats, après les déclarations emphatiques, les€ Stendhal s'enva-t-en guerre» du Journal ?Il y a disproportion entre le tapage et l'audace des paroles et la taille de l'homme.... L'insupportable philistin !... On se prend la tête à deux mains. Seigneur Dieu ! Et cet homme était un psychologue ? Que diable aurions-nous fait, nés à la même époque, nous qui ne le sommes pas ?

Et comment faire, après une telle lecture, pour se rappeler que ce fat en trois lettres est aussi l'auteur du plus exquis traité de Goquinologie comparée qui ait été écrit sur cette planète : La Chartreuse de Parme ?

Henri deLapommeraye, 23 juillet 1888. — Feuilleton dramatique du Journal « Paris ». — ... « Dans cette œuvre posthume de Stendhal il y a des idées fort curieuses sur le théâtre, sur ses chefs-d'œuvre et ses maîtres... Stendhal saisit d'ailleurs le plus souvent à

merveille la force des œuvres que nous appelons classiques, et dont lui le romantisme le séduit... sur Molière, Stendhal adesjugementstrès fermes et très ingénieux... La scène en vers de Letellier est sans poésie et sans valeur. . .

Stendhal a eu une heureuse inspiration en restant critique psychologue et romancier.. »

G 25 juillet 1888. — Le Radical. Hommes et

choses, — « Je n'ai^ pas encore lu le Journal de Stendhal mais j'ai lu deux articles qui me font bien amèrement regretter ma lenteur. Non pas du tout que ces articles soient élogieux. Deux éreintements mes amis, deux superbes éreintements, tout nourris d'antipathies religieuses et littéraires. L'un de M. le pasteur Golani, dans la République Française, l'autre de M. le professeur Gaucher dans la Revue Bleue.

....Mais que ces deux éreintements viennent donc à propos pour rappeler le charme subtil du délicieux auteur et tous les mérites rares qui devaient lui valoir de telles haines !..

Il me semble que ce livre vient à propos rappeler à ceux qui entendent la critique littéraire autrement que le professeur Gaucher un champ d'explorations scientifiques qui a jusqu'à présent été un peu négligé. »

Gasimir Stryienski. — Préface de Lamiel. Bellerive, 10 septembre 1888, pp. XIV et suiv... « Ges documents viendront s'ajouter aux notes intimes du Jour^ nal de Stendhal^ et compléteront les renseignements dont nous avions besoin pour mieux connaître les dessous de l'écrivain.

Et, grâce aux cahiers de jeunesse qui nous montrent le progrès et la marche de cet « esprit supérieur (1) on

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