VIE DE HENRI BRULARD
GENÈSE ET COMPOSITION
C'est en 1832 que Beyle commença son autobiographie sous ce titre : Vie de Henri Brulard^ Henri Brulard, dont les initiales sont ce H. B., qui devait être rendu célèbre par Prosper Mérimée.
Mais il abandonna bientôt son projet, il se remit au travail vers la fin de 1835.
Ces confessions furent écrites à Civita Vecchia où Beyle, consul de France, occupait ses loisirs administratifs et trompait Pennui de son exil en s'étudiant et en s*analysant, — n'est-ce pas là sa passion dominante que nous révèlent tous ses livres si transparents et si personnels?... S'il était besoin de prouver l'authenticité du manuscrit que je publie aujourd hui, je pourrais trouver dans la Correspondance plusieurs passages où il est question de la Vie de Henri Brulard. Celui-ci, par exemple : « Je « m'amuse à écrire les jolis moments de ma « vie, ensuite je ferai probablement comme « avec un plat de cerises, j'écrirai aussi les « mauvais moments, les torts que j'ai eus, et ce
« malheur de déplaire toujours aux personnes « auxquelles je voudrais trop plaire. » {Corr. T* II, p. 149.) Ces mémoires forment trois volumes in-folios et qi^elques cahiers non reliés de la précieuse collection de la bibliothèque de Grenoble. J'ai reproduit presque entièrement le texte, me permettant toutefois de supprimer les redites et de couper quelques longueurs. — Beyle, au cours de son travail, à maintes reprises, demande à son éditeur « si jamais j'en ai un » (ajoute-t-il) de sacrifier telles parties qu'il jugera être sans intérêt. J'ai fort peu profité de cette permission — je suppose que les lecteurs ne s'en plaindront pas. Suivant sa coutume, Stendhal s'entoure de mystère — il croit, comme Jean-Jacques à quelque coterie holbachique — et met des notes étranges en tête de chacun des volumes auxquels il confie le récit de sa vie. Beyle disait qu'il demandait toujours en arrivant dans une ville : « Quelles sont les a douze plus jolies femmes? Quels sont les douze € hommes les plus riches? et surtout quel est € rhomme qui peut me faire pendre ?»
Il a eu constamment cette peur des espions, aussi est-ce à Messieurs de la Police qu'il s'adresse et qu'il explique en les dupant, ce que sera la Vie de Henri Brulard.
!•' Volume : « Ceci est un roman imité du Vicaire de Wakefield. Le héros, Henri Brulard écrit sa vie, à cinquante-deux ans, après la
morl de sa femme, la célèbre Charlotte Corday (?).
2* Volume : « Vie de Henri Brulard écrite par lui-même, roman moral, A MM. de la Police :
rien de politique, le héros du roman finit par se faire prêtre comme Jocelyn. Roman imité du Vicaire de Wakefieldsxirloui pour la pureté des sentiments. »
f^ 3" Volume : « Rien de politique dans ce
p' roman : Le plan est : Un exalté dans tous les
ri' genres, qui dégoûté et éclairé peu à peu, finit
I par se consacrer au culte des hôtels. >
|l •.. Cette autobiographie telle qu'elle nous est
parvenue pourrait être intitulée : Enfance et Jeunesse, La narration commence vers 1788, et se termine en 1800, à peu près au moment où Beyle va écrire son Journal. » (Casimir StrylENSKi, Préface de la Vie de Henri Brulard, passim.) Voir corrections au texte de Stendhal, par L. G. Pélissier, professeur de T Université de Montpellier, Bévue de Philologie Française, t. XI, pp. 147-153 (1897 ?).
EDITIONS
Echo de Paris 1890. — Numéros du 21 février au 20 nturs 1890, avec cette annonce préalable du 13 janvier 1830 ; Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs que nous .
venons d'acquérir le droit de publier un livre inédit de Stendhal d'après le manuscrit découvert à la bibliothèque de Grenoble par M. Casimir Stryienski, l'éditeur du/oar/ia/ eideLamiel deux volumes qui ont vraiment excité la curiosité des lettrés. Le livre que nous allons offrir à nos lecteurs se distingue par cette importance particulière qu'il joint à l'intérêt des aventures et de Fétude psychologique, tout Tattrait puissant de la réalité, car sous ce titre de la Vie de Henri Brulard, c'est sa propre vie, c'est rhistoirc de son enfance que l'auteur raconte avec une entière bonne foi. C'est pour M. Stryienski un succès très significatif que d'avoir l'hospitalité de VÉcho de Paris^ et il est certain qu'après cette publication au jour le jour, dans un journal littéraire et fort à la mode, la Vie de Henri BralardyUnefois éditée en volume, sera accueillie avec plus d'empressement encore que les autres œuvres posthumes de Beyle.
Toutes nos félicitations au patient et érudit professeur.