‹ Histoire des œuvres de Stendhal: IntrodChapitre 32 sur 74 · ÉTUDE SUR LA GENÈSE · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR LA GENÈSE

R. Colomb, 1855. — Appendice inédit à la notice biographique. — « Sous ce titre : Vie de Henri Brulard, Beyle a laissé trois gros volumes reliés et un cahier, le to\it in-folio.

11 commença à écrire sa vie à Tâge de cinquante ans (de 1832 à 1836) étant consul de Friance à Civita Vecchia, mais habitant Rome les trois quarts de Tannée. La lecture du manuscrit est si difficile, les digressions sont si multipliées, l'ordre des temps est tellement bouleversé, il y a si peu d'enchaînement dans les faits, que je n'ai pas pu me bien rendre compte du plan de l'auteur, si plan il avait.

Tout indique que ce travail avait procuré beaucoup de plaisir à Beyle et qu'il lui supposait une certaine valeur; rien ne le prouve mieux que les précautions minutieuses prises par lui pour en assurer la publication.

Malgré tout mon désir de satisfaire scrupuleusement à ses moindres volontés, il est resté convenu entre M. Crozet (légataire des manuscrits de Beyle) et moi, que nous étions dans l'impossibilité de satisfaire à celles concernant ce fatras.

Seulement, j'ai intercalé dans ma notice les passages qui pouvaient offrir de Tintérêt au public, et je place ici ceux que j'éprouve un plaisir particulier à conserver. »

Édition originale . — Stendhal (Henri Beyle) . Vie de Henri Brulard. Autobiographie publiée par Casimir Stryienski. Paris. G. Charpentier et Cie éditeurs, 11, rue de Grenelle, 1890, 1vol. in-12. Préface de Casimir Stryienski, datée de Paris, 10 avril 1890, pp. VIII-XIV. Œuvre :

pp. XXXIII, 300. Fac-similé du manuscrit, pp. 41-163-293. Table des matières: pp. 301-302. Table analytiq^ue : pp. 303-327. Faux-litre :

Recto ; Vie de Henri Bru/ard, Verso ; Bibliothèque Charpentier à 3,50 le vol. Journal de Stendhal, 1 vol. Lamiel, 1 vol. Quantin 1889. C. Stryienski : ï Enfance de Henri Beyle, i broch. Gratier, Grenoble, 1889. Henry Beyle. Etude biographique et littéraire d'après des documents inédits (en préparation). Imprimerie G. Morand, 47, riXe Bannier, Orléans.

ÉTUDES ET CRITIQUES

C. Stryienski. Pr^/ace. «Dans ces confessions, Beyle n'est plus le jeune homme du yoarna/, qui s'initie, si je puis dire et qui prouve combien est profonde la magnifique phrase de Balzac dans les Illusions per^ dues : « On ne peut être grand homme à bon marché. « Le talent est une créature'morale sujette à des mala- « dies. » Il est ici en pleine possession de lui-même et écrit peut-être son chef-d*œuvre.

... Pour qui saura lire sans idées étroites et san^ préventions personnelles, cette œuvre capitale sera vraiment une révélation. Nous y trouvons le Beyle que nous connaissons, mais combien de choses sont expliquées dans ces Mémoires, et avec quel charme, quel esprit, quelle émotion, quelle sincérité, une sincérité qui souvent est du courage. Ce grand inquiet de la vie, si sensible, si vibrant, si rare de cœur, nous apparaît dans ces pages écrites comme on parle — la plume dévorant le papier -r- dans toute la plénitude de son développement. . . Je ne sais rien de plus profondément noble que cette défense posthume, et par un hasard

singulier, il se trouve qu'aujourd'hui ces pages arrivent à leur heure, et disent, au bon moment, tout ce qu'elles ont à dine... Ces premières années, fort peu connues, sont intéressantes surtout parce que c'est ici l'auteur de Bouge et Noir, qui nous les raconte en faisant de curieuses digressions, qui devancent l'époque dont il nous donne le récit, c'est l'enfant qui revit, mais c'est l'fiomme qui se montre ; toute une vie psy- ^chologique et littéraire nous est révélée ; ces quelques chapitres sont une sorte d'étude comparée et rétrospective de l'existence intime de Beyle. »

P. BouRGET, 21 août 1890. — Le Figaro. Extraits. — « Je ne me sens pas très impartial ni capable d'un jugement critique du livre posthume de Stendhal que M. Stryienski vient de publier sous ce titre: La Vie de Henri Brulard.

Je ressemble trop, par mon goût passionné pour cet écrivain à M. Stryienski, lui-même... Ce patient labeur de bénédictin du Beylisme a produit... cet Henri Brulard, dont vous raffolerez si vous aimez Stendhal, que vous détesterez si vous ne l'aimez point, car c'est du Stenilhal exaspéré* — j'entends d'ici les ennemis de votre cher romancier, dire : exaspérant .. A coup sûr, pour ceux que domine, comme lui, la manie de chercher les causes, cette confession est capitale. Elle permet de déterminer avec une rare exactitude la formation d'un certain nombre des idées et des façons de sentir propres à Beyle. On peut même dire, après avoir lu H. Brulard, et en admettant la sincérité d'ailleurs évidente de ce récit, que depuis sa dix-huitième année, il n'a rien acquis, sinon plus d^ampleur de ses tendances premières.

Mais elles sont toutes là dans les aveux de cette

enfance malheureuse, et que domine un fait assez significatif, la mort de sa mère et la mésintelligence irrémédiable avec son, père. . .

... Quand ce livre n'aurait pour lui que de raconter la genèse de cette personnalité originale et imprévue qui fut Stendhal, écrite de la plume qu'on sait, nous devrions une reconnaissance profonde au dévot et scrupuleux Beyliste qui l'a recueilli, car c'est un document très précieux pour la psychologie littéraire et la formation de cette force mystérieuse qui est le talent... Cet inquiet étale aussi d'un bout à l'autre de ses mémoires inachevés la noble vertu qui fut la sienne et celle de tout notre âge, un besoin invincible de vérité. C'est par là, pjar ce courageux regard jeté sur soimême, par cette absence d'illusion orgueilleuse ou lâche, que ce grand négateur de Beyle a empreint cette œuvre d'une involontaire signification morale.

Il aura eu le mépris de l'hypocrisie et du mensonge yis-à-vis de sa conscience plus qu'aucun autre. Il reste haut et fier par cette belle sincérité même dans ses pires minutes, celles où la crainte du préjugé l'entraîne au cynisme.

... Voilà ce filet de sensibilité souffrante qui court sous toutes les ironies de Beyle et qui nous le rend si cher, à nous ses fidèles. On trouvera d'un bout à l'autre du Bralardy cette palpitation d'un cœur passionné et qui ne veut pas se montrer, comme dans la Chartreuse, comme dans Le Rouge et le Noir. Ceux qui ne l'ont pas senti dans ces deux livres ne le sentiront pas ici. Mais écrivons-nous pour ceux qui ne nous aiment pas et à quov^bon ? »

AuG. Filon, 20 septembre 1890. — Revue Bleue pp. 376-378. Extraits :

«... La Vie de H. Brulard est un livre utile ou malsain, agréable ou haïssable, suivant qu'on le lit pour y chercher l'écrivain et sa méthode littéraire ou le psychologue et ses analyses intimes, Stendhal lui-même ou les figures qui ont entouré son enfance et les miettes d'histoire qu'il sème sur sa route. Le livre s'ouvre par une sorte de panorama romain contemplé du haut du Janicule...

C'est une belle page admirablement sentie et rendue. . Suit un chapitre qui présente un gâchis 'indescriptible et où Stendhal a jeté pêle-mêle les souvenirs de toutes les époques de sa vie .. Ignorant et fat, il Tétait assurément. Mais cette ignorance avait des vues surprenantes, cette fatuité était corrigée par beaucoup de sincérités

Par dessus tout il était sensuel, sensuel avec une spontanéité, une ardeur, une émotion, une rage qui singeaient la passion....

... Lorsqu'il se cherchait, il ne se trouvait pas, et au lieu de son moi, ne découvrait qu'une succession et parfois un conflit de sensations.

C'est la raison de son succès posthume parmi nous. Ceux qui l'avouent pour maître font leur confession. Quant à lui, il s'appliquait à traduire ses sensations le plus fidèlement possible sans s'arrêter aux idées reçues et aux bienséances littéraires ou morales. 11 eut été le plus vrai des hommes s'il n'en eût été le plus vaniteux... Enfin, dépouillez-le de toutes ces alfectations et de toutes ces grimaces, que reste -t-il ? Un écrivain naturel et irrégulier... qui n'eût jamais songé à composer la Vie de Henri Brulard, si un certain Jean-Jacques n'avait pas écrit les Confessions,:;^

A. Chuquet, 1902. — Stendhal-Beyle. Vie de Henri

Brulardy p.449.— « La Vie de Henri Brulard contient beaucoup d*inexactitudes. Stendhal exagère la contrainte qui pesa sur lui pendant sa première éducation et, avec une implacable rancune^ il accuse encore ses parents et ses maîtres de Tavoir tyrannisé.

II. n'a que des souvenirs effacés el ne se rappelle même pas la physionomie de son père. 11 se répète et avoue qu'à diverses reprises il s'égare et se laisse emporter. Mais il retrace avec esprit la genèse de son talent. Il fait passer devant nous les personnages dont il subit l'influence : un père avare et bigot, une tante acariâtre, un grand-père voltairien, un oncle qui fut le bourreau des cœurs. 11 peint, incomplètement à vrai dire, l'intérieur d'une famille bourgeoise sous la Révolution. 11 raconte avec émotion, les funérailles de sa mère et la mort du bon domestique Lambert, Il rend, non sans charme, quelques impressions de son enfance, ses triomphes à Pécole centrale, ses amours d'adolescent pour M'^" Kably et Victorine Bigillion, son départ pour celte Italie qui * fut sa terre de promission et d'élection. »

PiEBRE Avril, 1903. — Minerva, !•' mars 1903. — Article sur l'abbé Raillanne, précepteur de Stendhal.

SOUVENIRS D'ÉQOTISME

GENÈSE ET COMPOSITION

« Pour employer mes loisirs dans cette terre étrangère, j'ai envie d'écrire un petit mémoire de ce qui m'est arrivé pendant mon dernier voyage à Paris, du 21 juin 1821 au ... novembre 1830, c'est un espace de neuf ans et demi ... J'avoue que le courage d'écrire me manquerait si je n'avais l'idée qu'un jour ces feuilles paraîtront imprimées et seront lues par quelque âme que j'aime, par un être tel que Madame Roland ou M. Gros, le géomètre... Mais les yeux qui liront ceci s'ouvrent à peine à la lumière, je suppose que mes futurs lecteurs ont dix ou douze ans...» (Stendhal, Mero {Bome)20 juin 1832. Vie de Henri Brulçird, ch. 1^^ pp. 1-2).

En note sur la première page du manuscrit :

« A n'imprimer que dix ans au moins après « mon départ par délicatesse pour les person- « nés nommées. Cependant les deux tiers sont « mortes dès aujourd'hui. »

EDITIONS

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