DE L'AMOUR
GENÈSE ET COMPOSITION
Stendhal nous dit qu'il a commencé ce livre un soir à Milan, dans un salon, après les bals masqués du carnaval de 1820. La convcrrsation était tellement animée et intéressante, qu'il écrivit au crayon, sur un programoie, ce qu'il entendait. Le lendemain et par la suriCj il fit de même, griffonnant sur des chiffons de papier ce qui lui semblait digne d'être publié. C'était au temps de sa passion pour Métilde(l), et, ainsi qu'il s'exprima, dans les ititcrv ailes lucides.
Il faut remarquer que le manuscritrff? PAmoar^ annoncé dès le mois de mars 1820, fut adressé au mois d'octobre suivant à MaresLCj qui devait le communiquer à Lingay, et au mois de novembre, Beyle envoyait à son ami, une longue réflexion sur Helvétius, en le priant
(1) Sur la passion de Stendhal pour Métilde, voir de rAmoitr^ p. 29, 51, 75 à 81, 98, édition Michel Lcvy, iTi-L2, lH:>i cl Vie de Henri Brulart, p'assim.
d'ajouter cette pensée à la fin de r Amour, avec 73 pensées qu'il avait déjà. (A. Chuquet.)
Beyle quitta Milan au printemps de 1821, et mit en ordre à Paris les notes qu'il avait prises. Au moment de l'imprimer, un scrupule se glissa dans son esprit et bouleversa toutes ses idées : il se figura que chacun mettrait leur nom ;\ côté de ses personnages ; les livrer à la publicité était une trahison. Dès lors, n'écoutant plus que les conseils de sa probité, il retrancha tout ce qur pouvait ressembler à un abus de confiance, sans se préoccuper des chances de fliiccès que ce sacrifice pourrait lui enlever. (CoT.oMn, notice biographique.)
Ces notes, ainsi recueillies, puis classées et recopuVos, formèrent le traité de f Amour, qui parut en 1822. Son succès fut mince, il n'eut, en vingt ans, qu'une centaine de lecteurs, et de 1S22 à 1833, que dix-sept acheteurs. « Il est sacré, disait le libraire Mongie, car personne n'y touche ! » (A. Chuquet.)
-,. Au reste, à cette époque, Beyle faisait des livres que personne ne lisait. Ses amis lui disaioiïi qu'ils étaient mauvais, et parfois il le croyait lui-même. J'eus pourtant toutes les peines du monde à me procurer un exemplaire de son livre sur V Amour, il était introuvable. Quand j'en eus un, le seul qui existât, et que je lui en parlai, il prétendit que toute l'édition avait été mise à bord d'un vaisseau pour servir
de lest, le libraire se trouvant trop heureux de se débarrasser ainsi d'un ouvrage qui, depuis cinq ans, encombrait ses magasins, sans qu*il en vendît un seul exemplaire. Il disait cela paiement, en ajoutant comme une plaisanterie ; « Que voulez-vous? on est trop bête à présent « en France pour me comprendre. » (M°"' Ance- LOT, Les Salons de Parh^ 2® édition, Jules Tardieu, 1858, p. G9.)
Dans son intéressant ouvrage Stendhal et ses amis, M. Henri Cordier a inséré, page tOl, la reproduction d'une page autographe de Sleadhal extraite des manuscrits de V Amour,
Au milieu de réflexions en italien, en anglnîs et en français, le titre de l'ouvrage se détache en lettres magistrales : Love^ avec cette critique de l'auteur, écrite en travers ^e la page : « Préface de Love abandonnée comme pesante et pédante. »
Dans un espace laissé en blanc par Beyle, on lit, de l'écriture de R. Colomb : « Cette page « contenant divers fragments de la main de feu « M. Henri Beyle (Stendhal) est ofterte par son « exécuteur testamentaire à M. Charles Maury ». Paris, le 20 novembre 1855. — R. Colomb.
« Malgré la froideur du public pour ce livre, Beyle le considéra toujours comme son œuvre principale. On le voit s'en occuper jusqu'à sa mort avec une afi'ection toute particulière.
«Ainsi j'ai trouvé parmi ses papiers plusieurs
morceaux imprimés dans Pédition Michel Lévy.
(CoLOMH, appendice inédit à la notice biograpkiqtie.)
La troisième préface de cette édition fut terminée le 15 mars 1842, Beyle est mort le 23 du mt^me mois ; c'est donc très probablement son dernier écrit. (Colomb.)
ÉDITIONS
Edition originale. — De T Amour, par l'auteur de V Histoire de la Peinture en Italie , des Vies (le Ilaydny Mozart et Métastase. Epigraphe :
That you should be made a fool of by a yoiing woman, why, it is niany an honest man's case. {The Pirate, tome III, pagre 77).
Paris. Librairie universelle de P. Mongie rainé, 1822, 2 vol. in-12, 232-330 pp. Imprimerie de Fain, place de TOdéon.
Deuxième édition. — De T Amour, par StenmiAL, auteur de le Rouge et le Noir, de VHis' loire de la Peinture en Italie, des Vies de Ifftijdn, Mozalt (sic) et Métastase, etc., etc. M^^uie épigraphe. Paris, Bohaire, éditeur, acquéreur du fonds de Mongie, 1833, 2 vol. in-12.
Troisième édition. — De V Amour, par de Sthnihjal (Henry Beyle). Seule édition complète, aupiientée de Préfaces et de Fragments entièrcjiieut inédits,
Paris, Michel Lévy frères, libraires-éditeurs, rue Vivienne, 2 bis, 1853, 1 vol. in-12, 371 p.
Cette édition a été réimprimée :
En 1857, Michel Lévy frères, 1 vol. in-12, vu 1868, Calmann Lévy, 1 vol. in-12, en 1887, Galmann Lévy, 1 vol., 1 franc.
Édition illustrée. — Physiologie de PA monr par de Stendhal, 1 vol. in-4'', illustré )>ar Bertall ; — Barba, éditeur, s. d. (1850), 6i pages — 25 vignettes.
Éditions incomplètes. — De VAmonr^ par Stendhal, avec une étude sur Stendhal, pur P. Limayrac, 1 vol. in-i2, 1853. Didier, pp. 1 1-351.
Cette édition est incomplète. M. P, Limayrac, ainsi qu'il l'annonce dans son Étude l^réface, engage l'éditeur à supprimer plusieurs fragments, notamment le chapitre des Fiascos.
— Stendhal. Physiologie de V Amour. — Nouvelle édition, avec notice non signée. Bibliothèque choisie des chefs-d'œuvre français et étrangers. XXI,E.Dentu, éditeur, Palais-RoyaL Librairie de la Société des Gens de lettres.
Galerie-d'Orléans, 15 à 19.
Traduction allemande. — Physiologie der Liebe, von Stendhal. Berlin, 1888. Alfred Fried Berlag, in-12, pp. 277. Deutsche original, Uebersetzung von Bernhard St-Denis.
ÉTUDES ET CRITIQUES
VicTon Jac^ltemont. — Lettre à Henri Beyle, 28 mai 1825, Correspondance inédite, 2° édition, 1877,
Journal de Paris, — Samedi 28 septembre J822,
article sig^né B. L.
U. GoLOMR. — Notice biographique et appendice inédit, BussiÙRE* — Revue des Deux^Mondes, J5 janvier 1843.
p. 279, Alhenœum Français. — Revue critique des ouvrages
récents y par Emile Ghasles, S. 22 octobre 1853. liATiSBO^yE.— Impressions littéraires, 1855, p. 131-142. CituyLET (A.), — Stendhal-Beyle. Pion, 1902, p. 353. 7'he JVeio Monthly Magazine, — Of Love, Vol.
Après une lecture de l'Amour de Stendhal. — Revue
blanche^ 1"*^ septembre 1895, p. 195. Extrait du
Journal d'une femme.
Besci, — Anlologia, Novembre, 1824-XVI, p. 81.