‹ Histoire des oraclesChapitre 16 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

5 Seconde Raison des Anciens Chrétiens pour croire les Oracles surnaturels. Convenance de cette opinion avec le Sistème du Christianisme.

Les Démons estant une fois constans par le Ctiristia-

nisme, il a esté assez naturel de leur donner le plus

10 d'employ qu'on pouvoit, et de ne les pas épargner pour les

Oracles, et les autres miracles Payens qui sembloient en

avoir besoin ^. Par là, on se dispensoit d'entrer dans la

1. Van Dale, 29 : « Cur non potiùs è contra vereri debebant, si taie quid annuntiaretur, hoc in ipsorum, non Jesu Christi, damnum cedere debere... ? » Et, 36 : « In testimonium adducitur ipse Diabolus : qui alias mendaciorum Pater ; tamen hic coactus, veritatem confessus sit. »

2. « Si bien Monsieur, que lorsque les Pères de l'Eglise ont soutenu que les Oracles des Payens estoient rendus par les démons, ils ne l'ont fait selon vous, que pour donner de l'employ aux démons, et ne pas les laisser oisifs : inconvénient fâcheux et préjudiciable au Christianisme, auquel par conséquent ils ont dû remédier. Cette raison est sans doute excellente et digne de tous ces grands hommes à qui vous l'attribuez. C'est dommage qu'entre celles qu'Origène, Eusèbe et Theodoret rapportent pour établir leur sentiment, ils ne se soient pas avisé de celle-là. Ils ne l'auroient pas sans doute oubliée. Elle estoit décisive et convaincante. Eh, Mr. ne reconnoissez-vous pas avec eux et avec toute l'Eglise, que les démons travaillent incessamment à tenter les hommes et à leur dresser des pièges ? Ne reconnoissez-vous pas avec eux qu'ils entrent dans tous les effets de la magie? Cela nesufEsoit-ilpaspour les occuper?» Baltus, Réponse, p. 54. — On trouve quelque chose d'analogue dans Van Dale (184) : « An non etiamhabuit ille (Diabolus) quod contra pios machinaretur, vel quo Ethnicos in pravis suis opinionibus ac moribus detinerct, antè ortum Oraculorum ? aut defecere ipsi artes et fraudes

discution des faits qui eust esté longue et difficile ', et tout ce qu'ils avoient de surprenant et d'extraordinaire, on l'attribuoit à ces Démons que l'on avoit en main ^. Il sembloit qu'en leur rapportant ces évenemens, on confir- 5 mast leur existence, et la Religion mesme qui nous la garantit.

De plus, il est certain que vers le temps de la Naissance de Jesus-Christj il est souvent parlé de la cessation des Oracles, même dans les Auteurs Prophanes. Pour- 10 quoy ce temps-là plûtost qu'un autre avoit-il esté destiné à leur anéantissement ? Rien n'étoit plus aisé à expliquer selon le Sistéme de la Religion Chrétienne. Dieu avoit

6 qui nous la révèle 1687.

post Oraculorum defectum, quo minus in aeternam nostram ruinam retia sua perpétue, ac nimio, proh dolor! cum successu tendat ? » — Fontenelle l'y a laissé; et il a eu raison.

1. Ces deux premières phrases ne sauraient être que de l'ironique et du cartésien Fontenelle ; nulle part Van Dale n'a formulé, avec cette spirituelle netteté, les principes d'après lesquels cependant est écrit son De OracuUs. A les mettre ainsi en pleine et vive lumière, l'écrivain français leur donne plus de signification et plus de portée.

2. « Cela veut dire, si je ne me trompe, que les Pères de l'Eglise n'aimoient point les discussions difficiles, et que pour éviter d'y entrer, ils avançoient sans façon bien des fables et des faussetez reconnues pour telles. Ils sçavoient bien que les démons n'estoient pas les auteurs des Oracles, néanmoins pour éviter la difficulté et se tirer au plus vite de l'embarras que leur donnoit ce qu'il y avoit de surprenant et d'extraordinaire dans les Oracles, ils le soutenoient, et ils s'efforçoient d'en persuader tout le monde, quoyque dans le fond ils n'en creussent rien euxmesmes. Voilà une idée bien étrange que vous nous donnez là de ces Saints Pères ; mais assurément ce n'est point celle qu'on en a, lorsque l'on a lu leurs ouvrages et que l'on sait quelque chose de l'histoire de leur vie. Celle-cy nous apprend qu'ils estoient incapables d'avancer et de soutenir de pareilles faussetez contre leur conscience et contre la loy de Dieu qui le deffend : Les soupçonner du contraire c'est leur faire une injure atroce ; Et ceux-là nous font voir clairement, qu'ils n'ont pas appréhendé d'entrer dans une infinité de discussions trés-difîiciles et trés-épineuses, soit en écrivant contre les Payens, soit en réfutant les anciens hérétiques. Il n'y a qu'à ouvrir leurs livres pour en estre convaincu.» Baltus, JR«/)on«, 55-56.

fait son Peuple du Peuple Juif, et avoit abandonné l'Empire du reste de la Terre aux Démons jusqu'à l'arrivée de son Fils ; mais alors il les dépoiiille du pouvoir qu'il leur avoit laissé prendre, il veut que tout fléchisse sous 5 Jesus-Christ, et que rien ne fasse obstacle à l'établissement de son Royaume sur les Nations. Il y a je ne sçay quoy de si heureux dans cette pensée, que je ne m'étonne pas qu'elle ait eu beaucoup de cours ' ; c'est une de ces choses à la vérité desquelles on est bien aise d'aider, et 10 qui persuadent parce qu'on en a envie.

10 parce qu'on y est favorable 1687.

I. L'idée est naturellement éparse et diffuse dans Van Dale, bien loin d'avoir cette forme nette et concise.

« Non seulement il y a quelque chose d'heureux dans cette pensée, mais tout y est solide et vray : à cela près que la manière dont vous l'exprimez n'est pas juste. Quoy Mr. n'est-il pas vray qu'avant la naissance de Jesus-Christ, toute la terre presque estoit plongée dans les ténèbres de l'Idolâtrie et du culte des démons? N'est-il pas encore vray et indubitable que c'est le Sauveur du monde qui a renversé ce culte abominable, et par conséquent les Oracles qui avoient le plus contribué à l'établir par tout? Les Prophètes n'ont-ils pas prédit de luy ce grand événement ? Et ne voyons-nous pas de nos yeux leurs prophéties accomplies ? Comment donc pouvez-vous travailler à en diminuer la gloire en voulant nous persuader, qu'il n'y a eu aucune part, ou qu'il n'a fait que détromper les hommes des fourberies grossières de quelques autres hommes ? » Baltus, Réponse, 59-61.

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