Van Dale, 188-189 e
}. Van Dale, 188-192, cite Tertullien, Minucius Félix, Origène, etc., parmi les disciples de Porphyre sur ce point particulier.
peu du leur. Us y ajoutèrent*, par exemple, que les
Démons déroboient dans les écrits des Prophètes quelque
connoissance de l'avenir, et puis s'en faisoient honneur
dans leurs Oracles '.
5 Ce Sistême des Chrestiens avoit cela de commode,
qu'il découvroit aux Payens, par leurs propres principes,
i l'origine de leur faux Culte, et la source de l'Erreur où
1 ils avoient toujours esté. Ils estoient persuadez qu'il y
avoit quelque chose de surnaturel dans leurs Oracles, et
lo les Chrétiens qui avoient à disputer contre eux, ne songeoient point à leur oster cette pensée. Les Démons dont on convenoit de part et d'autre, servoient à expliquer tout ce surnaturel. On reconnoissoit cette espèce de miracle ordinaire qui s'estoit fait dans la Religion des
15 Payens ; mais on leur en faisoit perdre tout l'avantage par les Auteurs ausquels on l'attribuoit, et cette voye estoit bien plus courte et plus aisée que celle de contester le miracle mesme par une longue suite de recherches et de raisonnemens ^.
* Tertullien dans V Apologétique.
1 un peu du leur, par exemple, que les Démons 1687.
1. Van Dale, 188-192. « Ita et hinc sumentes quosdam temporum Sortes, aemulantur Divinationdi... » Tertullien, Apolog., XXII, cité par Van Dale, 191.
2. « Mais pour revenir à ce que vous dites. Estoit-il plus difEcile à vostre avis, d'attribuer tout ce que les Oracles avoient de surprenant aux fourberies des Prêtres des idoles, qu'aux démons ? Falloit-il entrer pour cela dans une discussion de faits plus longue et plus difficile ? C'est ce qui ne paroit pas. Au contraire ce dernier moyen estoit sans doute beaucoup plus aisé et plus propre à tourner le paganisme en ridicule. Les Pères ne l'ont pas ignoré, comme vous l'avez remarqué dans Origene et dans Eusébe... Pourquoy donc ne se sont-ils pas attachez à ce moyen si aisé, si propre à confondre les idolâtres et qui leur estoit si parfaitement connu? Pourquoy l'ont-ils abandonné? Si ce n'est parce qu'ils l'ont jugé faux, insoutenable et éloigné de l'apparence même de la
\'oila comment s'établit dans les premiers Siècles de l'Eglise, l'opinion qu'on y prit sur les Oracles des
vérité. Ils estoient convaincus à n'en pouvoir douter, par un trèsgrand nombre de raisons, d'expériences et d'autoritez évidentes, que la plus-part des Oracles des Payens estoient véritablement des impostures et des illusions des démons. Et pour le prouver aux idolâtres, ils n'ont point appréhendé d'entrer dans une discussion aussi difficile que l'est celle des bons et des mauvais Esprits et des marques par lesquelles on peut les distinguer : Discussion dis-je très-longue et très-difficile, dont ils se seroient épargné la peine, s'ils avoient crû que les Oracles ne fussent que des fourberies des Prêtres des idoles. » Baltus, Réponse, 57. — « Que si on veut entrer dans le détail de l'une et de l'autre de ces deux manières dont on peut expliquer les Oracles : N'est-ce pas une chose incomparablement plus longue et plus difficile, d'examiner la nature des démons, leurs proprietez, leur pouvoir, leurs connoissances, leurs operations et les marques par lesquelles on peut les distinguer ? Ose-t-on comparer les niaiseries que l'on vient de rapporter de Mr. Van-Dale, à toutes ces questions importantes de Philosophie et de Théologie, dans lesquelles ceux qui ont attribué les oracles aux démons et qui ont voulu les expliquer en détail, ont esté obligez d'entrer. » Car enfin, « si ce système (de Van Dale) pouvoit une fois prévaloir, quelle réforme ne verrions-nous pas dans la Philosophie et dans la Théologie ? combien de questions retranchées? combien de difficultés applanies ?... ». Suite, 67-68. — « J'ajoute que si pour justifier vos expressions outrées sur ce sujet, vous m'opposez ce que quelques Auteurs célèbres ont avancé touchant le Platonisme des Pères, qui ont vécu avant le Concile de Nicée, j'ay à vous répondre : I. Qu'il s'en faut bien qu'ils ayent porté les choses aussi loin que vous. II. Qu'ils n'ont point apporté de preuves de ce qu'ils ont dit. III. Que ce n'est point là du tout ce qui a esté le plus approuvé dans leurs livres, ou ce qui mérite le plus de l'estre. IV. Enfin que pour vérifier votre proposition, il faut que par un Parallèle exact, vous montriez la conformité des sentimens des Anciens Chrétiens avec ceux de Platon, dans la plus-part des points de leur doctrine, et que vous produisiez les endroits de leurs ouvrages où ils ont fait profession de suivre ce Philosophe, comme je vous ay indiqué quelques-uns de ceux où ils le rejettent absolument, et où ils combattent fortement ses erreurs. Or c'est ce que je ne crois pas que vous ny Mr. Van Dale puissiez jamais faire. » i?t^/>. , 86-87. ^^ peut même aller beaucoup plus loin. « Sans m'arrcter à vous faire remarquer la contradiction qui se trouve entre ce que vous dites ici, et ce que vous avez dit jusqu'à présent, je vous accorde volontiers tout ce que vous avancez sur ce sujet. Qu'est-ce que cela fait à nostre question ? Est-ce de Platon que les premiers Chrétiens ont appris l'existence des démons, leur malice, et le désir qu'ils ont de perdre les hommes ? Ne reconnoissez-vous pas que l'Ecriture enseigne tout cela fort exactement ? Avez-vous espéré qu'en vous mocquant des fables que Platon, Hésiode et Plutarque racontent de leurs démons, vous renverseriez ce que l'Ecriture et la Foy nous apprennent touchant ces malins Esprits ? C'est ce que je ne sçaurais me persuader ». 87. « Reconnoissez donc Mr. que cette raison, ainsi que les deux autres précédentes, que vous avez supposé aux Anciens Chrétiens, et
Payens. Je pourrois aux trois raisons que j'ay apportées en ajouter une quatrième, aussi bonne peut-estre que
pour lesquelles vous prétendez qu'ils ont crû, que les Oracles des Payens estoient rendus par les démons, ne sont que des chimères, auxquelles ils n'ont jamais pensé et que vous n'avez imaginé, qu'afin de combattre leur sentiment avec plus de facilité ». 87. Et, avec force citations des Pères de l'Eglise, d'Easèbe, d'Origène, de Porphyre, Jamblique, Eunapius, etc., etc., il continue à réfuter Fontanelle. « Y avoit-il quelque superstition dans toute l'idolâtrie, où l'opération du malin Esprit fût plus manifeste que dans les Oracles ? Dans la magie, direzvous. Et doutez-vous qu'il n'y eust de la magie dans la manière dont les Oracles se rendoient et dont ils avoientesté établis ? Les Anciens Chrétiens n'en doutoient pas ». Viennent alors les témoignages de Porphyre, Jamblique, Eunapius. A les lire, « vous reconnoitrez avec les Anciens Chrétiens, que les Oracles estoient toujours accompagnez de magie. Puis donc que vous avoiiez que les démons sont les auteurs de la magie, vous devez par conséquent avouer aussi, qu'ils estoient les véritables auteurs des Oracles ». 90. — Dans sa Suite, Baltus n'a pas pu s'empêcher de revenir à ce platonisme des Pères « si souvent produit, mais jamais prouvé », et il a résumé ainsi (128-130) ses raisons. « Il n'y a rien dont ils aient été plus éloignez que du Platonisme, I. Parce qu'ils l'ont toujours considéré comme faisant partie du Paganisme, dont on ne peut douter qu'ils n'ayent eu une extrême horreur. IL Parce qu'ils n'ont jamais eu de plus grands ni de plus dangereux ennemis à combattre que les Platoniciens, et ceux qui se prévaloient des sentiments de Platon, et de la haute estime où il estoit, pour s'opposer avec plus d'avantage au Christianisme. III. Parce qu'uniquement et inviolablement attachez à l'Ecriture Sainte et à la Tradition, ils n'avoient garde d'aller puiser dans un Philosophe Payen leurs sentimens en matière de Foy ou de Religion. IV. Parce que cette même Ecriture leur apprenoit que toute la Philosophie et toute la sagesse profane n'esto>t que folie et égarement ; et qu'ils ont toujours parlé en ce sens autant et plus de celle de Platon, que de celle de tous les autres Philosophes. V. Parce qu'ils sçavoient que la Philosophie Platonicienne avoit esté la source de la pluspart des hérésies qui s'estoient élevées, et contre lesquelles ils combattoient sans cesse, en reprochant aux hérétiques leur Platonisme, comme la chose la plus capable d'en donner de l'horreur. VI. Parce qu'ils estoient convaincus que la Philosophie de Platon estoit remplie des erreurs les plus grossières, qu'ils s'appliquoient continuellement à faire connoître et à réfuter, afin de ruiner le Paganisme en l'attaquant par ce qu'il avoit de plus fort et de plus éblouissant. VIL Parce qu'ils estoient persuadez, que dans ce que Platon avoit dit de plus raisonnable, il yavoit des erreurs meslées qui dévoient le faire absolument rejetter. VIII. Parce qu'ils ne doutoient point que ce Philosophe n'eust tiré de l'Ecriture sainte ces sortes de sentimens plus raisonnables, qu'il avoit corrompus ensuite, soit par ignorance, soit par malice : et que par conséquent ils auroient eu grand tort d'aller puiser dans un ruisseau bourbeux, ayant chez eux la source infiniment pure des Ecritures Saintes. » Il espère d'ailleurs développer plus fortement quelque jour toutes ces raisons. En attendant, il lui sera sans doute permis de donner à son adversaire une bonne
5 toutes les autres, c'est que dans le Sistême des Oracles rendus par les Démons, il y a du Merveilleux ', et si l'on a un peu étudié l'esprit humain, on sçait quelle force le Merveilleux a sur luy. Mais je ne pretens pas ni'étendre sur cette reflexion ; ceux qui y entreront, m'en croiront 10 bien, sans que je me mette en peine de la prouver, et ceux qui n'y entreront pas, ne m'en croiroient pas peutestre après toutes mes preuves.
Examinons présentement l'une après l'autre, les raisons qu'on a eues de croire les Oracles surnaturels.