CHAPITRE Vil
Que de grandes Sectes de Philosophes Payens n'ont point cru qu'il y eust rien de surnaturel dans les Oracles.
25 Si au milieu de la Grèce même où tout retentissoit d'Oracles, nous avions soutenu que ce n'estoient que
6 quen'auroit fait 1728 — 15 tous ses Démons 1687 — 16 puisqu'il mêle de gayeté de cœur 1687.
des impostures, nous n'aurions étonné personne par la hardiesse de ce Paradoxe, et nous n'aurions point eu besoin de prendre des mesures pour le débiter secrettement. La Philosophie s'estoit partagée sur le fait des 5 Oracles, les Platoniciens et les Stoïciens tenoient leur party ; mais les Ciniques, les Peripateticiens, et les Epicuriens s'estoient hautement déclarez contre eux '. Ce qu'il y avoit de miraculeux dans les Oracles ne l'estoit donc pas tant que la moitié des Sçavans de la 10 Grèce ne fussent encore en liberté de n'en rien croire, et cela malgré le préjugé commun à tous les Grecs, ce qui mérite d'estre conté pour quelque chose.
7 s'en moquoient hautement 1687 — 9 ne l'étoit pas tant 1687.
I. Van Dale, 207. « Omnes Epicurei, et Academici, et Peripatetici, et Cynici ridebant Oracula. »
On se souvient que c'est ici que commence la Seconde partie de la Réponse à l'Histoire des Oracles. Elle est très faible, comme on pourra s'en convaincre, puisque nous la citons à peu près intégralement pour ce qui concerne les chap. VIII, IX, X et xi de Fontenelle. Et elle laisse à peu près intactes toutes les questions qui y sont soulevées.
« Il n'y a que quelques Cyniques » qui se sont moqués des oracles, affirme Baltus {Réponse, 134), « et quand ils auroient été de vostre sentiment, comme Œnoniaùs l'un d'entre eux paroit en avoir esté, leur autorité ne seroit pas d'un fort grand poids et ne vous feroit pas assurément beaucoup d'honneur ». Au surplus, de ce que les philosophes n'ont pas cru au surnaturel dans les oracles, il ne s'ensuit pas qu'ils aient cru « qu'ils n'estoient que des fourberies et des impostures des hommes ». En effet, « n'ont-ils pas pu attribuer ce qui s'y voyoit d'extraordinaire, à quelques causes naturelles, ainsi qu'Aristote semble l'avoir fait, en attribuant l'enthousiasme des Sibj'lles et de tous ceux qui passent pour inspirez, à leur tempérament mélancholique, ou à la vertu des exhalaisons de certains endroits de la terre ? Eusebe de qui vous avez tiré ce que vous dites icy, dit-il que ces Philosophes ont crû que les Oracles n'estoient que des fourberies ? Point du tout. Il dit seulement qu'ils les ont rejette comme inutiles, menteurs et pernicieux... Vous n'avez donc pas droit de produire ces Philosophes comme s'ils eussent esté de vostre sentiment ; et les Peripateticiens beaucoup moins que les deux autres : Car Ciceron, dans ses livres de la Divination, compte les Peripateticiens entre les Philosophes, qui ont soutenu toutes les espèces de divinations. » 152-133.
Eusèbe * nous dit que six cens personnes d'entre les
Payens avoient écrit contre les Oracles ', mais je croy
qu'un certain Oenomaus dont il nous parle, et dont il
nous a conservé quelques Fragmens, est un de ceux dont
5 les Ouvrages méritent le plus d'estre regretez.
Il y a plaisir à voir dans ces Fragmens qui nous restent, cet Oenomaus plein de la liberté Cinique, argumenter sur chaque Oracle contre le Dieu qui l'a rendu, et le prendre luy-mesme à partie. Voicy, par exemple, 10 comment il traite le Dieu de Delphes, sur ce qu'il avoit répondu à Crésus.
Crésus en passant le Fleuve Halis renversera un grand Empire.
En effet Crésus en passant le Fleuve Halis attaqua 15 Cirus, qui comme tout le monde sçait, vint fondre sur luy, et le dépouilla de tous ses Estats ^
Tu festois vanté dans un autre Oracle rendu à Crésus, dit
*L. 4. de la Prép.Evan.