‹ Histoire des oraclesChapitre 24 sur 112 · Van Dale, Préface, 17. « Cœterum cum sexcenti · texte numérisé non relu

Van Dale, Préface, 17. « Cœterum cum sexcenti

« Vous pouviez en prenant ainsi les choses à la lettre, en compter dixmille; puisque Eusebe se sert du mot grec jxupiojv, qui en signiffie tout autant, et que le Traducteur latin que vous avez seul consulté, a rendu élégamment par le mol sexcenti. Il est surprenant que vous n'ayez pas fait attention que le mot latin jr.ï««// en cet endroit, ainsi que le mot grec [xooLot, accentué comme il l'est, signiffie d'une manière indéterminée une infinité ou un grand nombre ; et que c'est là une figure fort ordinaire, par laquelle on prend un nombre déterminé fort grand, pour un autre qui ne 1 est pas, et qui est beaucoup moindre. Vous me direz peut-estre que vous prenez le mot de six cens dans le même sens; mais je n'ay point encore vu d'exemples de cet usage dans nos auteurs, et s'il yen a, vous me ferez plaisirde m'en instruire. » Bahus, i?^;/). 136. — Fontenelle ne fit jamais la correction, — et il est curieux que Bayle soit tombe dans la même erreur {Nouv. Rép. Lettres, fév. 1687).

2. Van Dale, 584-400. Entre les deux citations d'Œnomaus, il y a intercalée (?88-394), une citation d'Hérodote, que Fontenelle a laissée.

plus, il a pratique de larges coupures dans les passages d'Œnomaus. Enfin, il a eu raison de transporter ici les deux citations, que \ an Dale avait faites pour prouver la fourberie des oracles.

Oenomaûs à Apollon, que tu sçavois h nombre des grains de sable, tu t'estois bien fait valoir sur ce que tu voyais de Delphes cette Tortue que Crésus faisoit cuire en Lidie, dans le viesme moment. Voila de belles connoissances pour en estre si 5 fier. Quand on te vient consulter sur le succès qu'aura la Guerre de Crésus et de Cirus, tu demeures court. Car si tu lis dans l'avenir ce qui en arrivera, pourquoy te sers-tu de façons de parler qu'on ne peut entendre ? Ne sçais-tu point qu'on ne les entendra pas ? Si tu le sçais, tu te plais donc à te

10 jouer de nous, si tu ne le sçais point, apprens de nous qu'il faut parler plus clairement, et qu'on ne t'entend point, fe te diray mesme que si tu as voulu te servir d'équivoques, le mot Grec par lequel tu exprimes que Crésus renversera un grand Empire, n'est pas bien choisi, et qu'il ne peut signifier que la

1 5 victoire de Crésus sur Cirus. S'il faut nécessairement que les choses arrivent, pourquoy nous amuser avec tes ambiguUeTj ?

I. Il y avait donc des oracles fort clairs, remarque tout aussitôt Baltus [Réponse, 225 sqq.), « et c'estoit particulièrement ceux par lesquels ils prédisoient dans un païs ce qu'ils avoient vu dans un autre. La facilité qu'ils ont à se transporter presque en un moment en differens lieux, faisoit qu'ils débitoient souvent de pareils Oracles, qui se vérifioient exactement, et qui surprenoient par là étrangement les Payens. Tels estoient ceux par exemple, par lesquels ils prédisoient en Egypte, le temps auquel le Nil devoit inonder les campagnes, après avoir vu en Ethiopie les pluies abondantes qui y estoient tombées. Tel fût encore celuy qu'ils rendirent à Crœsus... Je serois fort curieux d'apprendre comment vous pouvez les expliquer selon vostre système. Dites-moy s'il vous plait, par quelle adresse les Prêtres de Delphes ont pu sçavoir que dans le même temps que les Envoyez de Crœsus consultoient l'Oracle, ce Prince faisoit cuire à Sardes une tortue avec un agneau ? Je fais reflexion à toutes les fourberies que vous leur prêtez. Je pense à tous les instrumens et à toutes les machines dont vous remplissez leurs cavernes, mais je n'y trouve que les trompettes du Chevalier Morland qui puissent vous estre icy de quelque usage. Comme vous supposez que les Prêtres des idoles avoient des espions dans toutes les provinces, qui les avertissoient de tout ce qui s'y passoit : il ne faut plus après cela, que leur donner à chacun une de ces trompettes des plus longues, par le moj-en de laquelle ceux de Lj-die ayent pu se faire entendre dans un moment, de Sardes jusques à Delphes. » Et ce sont précisément ces sortes d'oracles qu'on peut produire à Fontenelle, quand il dit « qu'il falloit qu'Eusèbe

Que fais-tu à Delphes, malheureux, occupé comme tu es, à mus chanter des Prophéties inutiles ? Pourquoy tous ces Sacrifices que nous te faisons ? Quelle fureur nous possède?

Mais Oenomaus est encore de plus mauvaise humeur, 5 sur cet Oracle que rendit Apollon aux Athéniens, lors que Xerxes fondit sur la Grèce avec toutes les forces de l'Asie. La Pithie leur donna pour réponse, que Minerve, protectrice d'Athènes, tâchoit en vain par toutes sortes de moyens d'appaiser la colère de Jupiter ; que

10 cependant Jupiter en faveur de sa Fille, vouloit bien souffrir que les Athéniens se sauvassent dans des murailles de bois, et que Salamine verroit la perte de beaucoup d'Enfans chers à leurs Mères, soit quand Cerés seroit dispersée, soit quand elle seroit ramassée.

15 Sur cela Oenomaus perd entièrement le respect pour le Dieu de Delphes. Ce Combat du Père et de la Fille, dit-il, sied bien à des Dieux, il est beau qu'il y ait dans le Ciel des inclinations et des interests si contraires, fupiter est couroucé contre Athènes, il a fait venir contre elle toutes les forces de

20 l'Asie ; mais s'il n'a pas pu la ruiner autrement, s'il n'avoit plus de foudres, s'il a esté réduit à emprunter des forces étrangères, comment a-t-il eu le pouvoir défaire venir contre cette Ville toutes les forces de l'Asie ? Après cela cependant il permet qu'on se sauve dans des murailles de bois; sur qui

25 donc tombera sa colère? Sur des pierres ? Beau Devin, tu ne sçais point à qui seront ces Enfans dont Salamine verra la perte, s'ils seront Grecs ou Perses; il faut bien qu'ils soient de

apportât n'y pût jamais être imputé ». Cf. Fontenelle, chap. ix. —

L'auteur des Remarques ayant écrit : « Si le fait est vray, il n'y a rienàdire », « Il est certain », réplique Baltus {Suite, 525) ; d'ailleurs on a d'autres exemples, « tout pareils », de ces prédictions, par les oracles, « dans un lieu de ce qu'ils avoient vu dans un autre », et « Cicéron, Valère Maxime, Denys d'Halycarnasse, Strabon, Florus, etc., rapportent les mêmes exemples ».

Vune ou de Vautre Armée ; mais ne sçais-tu point du moins qiion verra que tu ne le sçais point ? Tu caches le temps de la Bataille sous ces belles expressions poétiques, soit quand Cerés sera dispersée, soit quand elle sera ramassée, tu veux nous 5 éblouir par ce langage pompeux. Mais ne sçait-on pas bien qu'il faut qu'une Bataille navale se donne au temps des Semailles, ou de la Moisson ? Apparemment ce ne sera pas en hiver. Qiioy qu'il arrive, tu te tireras d'affaire par le moyen de ce lupiter que Minerve tâche d'appaiser. Si les Grecs

10 perdent la Bataille, lupiter a esté inexorable ; s'ils la gagnent, lupiter s'est enfin laissé fléchir. Tu dis, Apollon, qu'on fuye dans des murs de bois, tu conseilles, tu ne devines pas. Moy qui ne sçay point deviner,]' en eusse bien dit autant, j'eusse bien jugé que l'effort de la Guerre serait tombé sur Athènes, et

15 que puis que les Athéniens avaient des Vaisseaux, le meilleur pour eux estoit d'abandonner leur Ville, et de se mettre tous sur la Mer.

Telle estoit la vénération que de grandes Sectes de Philosophes avoient pour les Oracles, et pour les

20 Dieux-mêmes qu'on en croyoit auteurs. Il est assez plaisant que toute la Religion Pa5"enne ne fust qu'un Problême de Philosophie'. Les Dieux prennent-ils soin des affaires des hommes ? N'en prennent-ils pas soin ? Cela est essentiel, il s'agit de sçavoir si on les adorera,

25 ou si on les laissera là sans aucun culte ; tous les Peuples ont déjà pris le party d'adorer, on ne voit de tous costez que Temples, que Sacrifices ; cependant une grande Secte de Philosophes soutient publiquement que ces Sacrifices, ces Temples, ces Adorations sont autant

14 l'effet 1742.

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