I. Toutes ces réflexions sont de Fontenelle
de choses inutiles, et que les Dieux loin de s'y plaire, n'en ont aucune connoissance. Il n'y a point de Grec qui n'aille consulter les Oracles sur ses affaires, mais cela n'empesche pas que dans trois grandes Ecoles de 5 Philosophie, on ne traite hautement les Oracles d'impostures '.
Qu'il me soit permis de pousser un peu plus loin cette reflexion, elle pourra servir à faire entendre ce que c'estoit que la Religion chez les Payens. Les Grecs en
10 gênerai avoient extrêmement de l'esprit, mais ils étoient fort légers, curieux, inquiets, incapables de se modérer sur rien ; et pour dire tout ce que j'en pense, ils avoient tant d'esprit, que leur raison en soufroit un peu. Les Romains estoient d'un autre caractère ; Gens solides,
1 5 sérieux, appliquez, qui sçavoient suivre un principe, et prévoir de loin une conséquence. Je ne serois pas surpris que les Grecs, sans songer aux suites, eussent traité étourdiment le pour et le contre de toutes choses, qu'ils eussent fait des Sacrifices, en disputant si les
20 Sacrifices pouvoient toucher les Dieux, et qu'ils eussent consulté les Oracles, sans s'estre assurez que les Oracles ne fussent pas de pures illusions. Apparemment les Philosophes s'interessoient assez peu au gouvernement pour ne se pas soucier de choquer la Religion dans leurs
25 disputes, et peut-estre le Peuple n'avoit pas assez de " oy aux Philosophes pour abandonner la Religion, ny pour y rien changer sur leur parole ; et enfin la passion dominante des Grecs estoit de discourir sur toutes les
21 sans être assurez 1687.