‹ Histoire des oraclesChapitre 26 sur 112 · I. Ce paragraphe et le suivant jusqu'à: « mais même la · texte numérisé non relu

I. Ce paragraphe et le suivant jusqu'à: « mais même la

tourner entièrement en ridicule » n'appartiennent qu'à Fontenelle.

matières, à quelque prix que ce pust estre. Mais il est sans doute plus étonnant que les Romains, et les plus habiles d'entre les Romains, et ceux qui sçavoient le mieux combien la Religion tiroit à conse- 5 quence pour la politique, ayent osé publier des Ouvrages, où non seulement ils mettoient leur Religion en question, mais mesme la tournoient entièrement en ridicule. Je parle de Ciceron, qui dans ses Livres de la Divination, n'a rien épargné de ce qui estoit le plus

10 Saint à Rome. Après qu'il a fait voir assez vivement à ceux contre qui il dispute, quelle extrême folie c'estoit que de consulter des entrailles d'Animaux, il les réduit à répondre, que les Dieux qui sont tout-puissans, changent ces entrailles dans le moment du Sacrifice, afin de

15 marquer par elles leur volonté, et l'avenir. Cette réponse estoit de Chrisippe, d'Antipater, et de Possidonius, tous grands Philosophes, et Chefs du Party des Stoïciens.

Ah ! que dites-vous ? reprend Ciceron ', il n'y a point de Vieilles si crédules que vous. Croyei-vous que le mesme Veau

20 ait lefoye bien disposé, s'il est choisi pour le Sacrifice par une certaine personne, et mal disposé, s'il est choisi par une autre ? Cette disposition dufoye peut-elle changer en un htstant, pour s'accom?7ioder à la fortune de ceux qui sacrifient F Ne voye\vous pas que c'est le hasard qui fait le choix des Victimes ;

25 L'expérience mesme ne vous l'apprend-elle pas? Car souvent les entrailles d'une Victime sont tout-à-fait funestes, et celles

12 c'étoit de consulter 1728 — 22 disposition de foye 1728.

I. VanDale, 425. — La citation est mieux placée ici que dans le De OracuJis, et Fontenelle se garde bien de morceler, comme a fait Van Dale (205-210 et 417-436), ses preuves du mépris que les anciens ont souvent manifesté des oracles.

de la Victime qu'on immole immédiatement après, sont les plus heureuses du monde. Que deviennent les menaces de ces premières entrailles ? Ou comment les Dieux se sont-ils appaise\ si promptement ? Mais vous dites qu'un jour il ne se trouva 5 point de cœur à un Bœuf que César sacrifiait, et que comme cet animal ne pouvoit pas pourtant vivre sans en avoir un, il faut nécessairement qu'il se soit retiré dans le moment du Sacrifice. Est-il possible que vous aye^asseï d'esprit pour voir qu'un Bœuf n'a pu vivre sans cœur, et que vous n'en aye\ pas asse\

10 pour voir que ce cœur n'a pu en un moment s'envoler je ne sçay où ? Et un peu après il ajoute : Croyei-moy, vous ruine\ toute la Phisique pour défendre l'Art des Aruspices. Car ce îie sera pas le cours ordinaire de la Nature qui fera naistre et mourir toutes choses, et il y aura quelques corps qui vien-

1 5 dront de rien, et retourneront dans le néant. Quel Phisicien a jamais soutenu cette opinion ? Il faut pourtant que les Aruspices la soutiennent.

Je ne donne ce passage de Ciceron que comme un exemple de l'extrême liberté avec laquelle il insultoit à

20 la Religion qu'il suivoit luy-mesme ; en mille autres endroits il ne fait pas plus de grâce aux Poulets sacrez, au vol des Oyseaux, et à tous les miracles, dont les Annales des Pontifes estoient remplies.

Pourquoy ne lui faisoit-on pas son Procès sur son

25 impieté ? Pourquoy tout le Peuple ne le regardoit-il pas avec horreur ? Pourquoy tous les Collèges des Prestres ne s'élevoient-ils pas contre luy ? Il y a lieu de croire que chez les Payens la Religion n'estoit qu'une pratique, dont la spéculation estoit indifférente. Faites comme les

30 autres, et croyez ce qu'il vous plaira. Ce principe est fort extravagant ; mais le peuple qui n'en reconnoissoit pas l'impertinence, s'en contentoit, et les Philosophes

s'y soumettoient aisément, parce qu'il ne les génoit guère.

Aussi voit-on que toute la Religion Payenne ne demandoit que des cérémonies, et nuls sentimens du cœur. 5 Les Dieux sont irritez, tous leurs foudres sont prests à tomber, comment les appaisera-t-on ? Faut-il se repentir des crimes qu'on a commis ? Faut-il rentrer dans les voyes de la justice naturelle qui devroist estre entre tous les hommes ? Point du tout. Il faut seulement prendre

lo un Veau de telle couleur, né en tel temps, l'égorger avec un tel couteau, et cela desarmera tous les Dieux. Encore vous est-il permis de vous moquer en vous-mesmes du Sacrifice, si vous voulez, il n'en ira pas plus mal.

Apparemment il en estoit de mesme des Oracles, y

1 5 croyoit qui vouloit, mais on ne laissoit pas de les consulter. La coutume a sur les hommes une force qui n'a nullement besoin d'estre appuyée de la raison ^

I et les gens d'esprit s'y soumettoieut 1687 — 12 en vous-même

I. Ces trois derniers paragraphes ne renferment que des réflexions qui n'ont pas été inspirées par Van Dale. On retrouvera la dernière dans l'Origine des fables.

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