CHAPITRE VIII
Que d'autres que des Philosophes ont aussi asseï souvent fait peu de cas des Oracles ' .
Les Histoires sont pleines d'Oracles, ou méprisez par 5 ceux qui les recevoient, ou modifiez à leur fantaisie*. Pactias Lidien, et Sujet des Perses, s'estant réfugié à Cumes, Ville Grecque, les Perses ne manquèrent pas d'envoyer demander qu'on le leur livrast. Les Cuméens firent aussitost consulter l'Oracle des Branchides, pour
10 sçavoir comment ils en dévoient user. L'Oracle répondit qu'ils livrassent Pactias. Aristodicus, un des premiers de Cumes, qui n'estoit pas de cet avis, obtint par son crédit qu'on envoyast une seconde fois vers l'Oracle, et mesme il se fit mettre du nombre des Députez. L'Oracle
15 ne luy fit que la réponse qu'il avoit déjà faite. Aristodicus peu satisfait, s'avisa en se promenant autour du
* Hérodote, l. i.
I. « Vous dites encore que d'autres que les philosophes ont fait peu de cas des Oracles... Vous en rapportez un exemple ou deux : mais qu'en pouvez-vous conclure ? que les Oracles n'estoient que des fourberies ? Cette conséquence n'est pas juste. N'y a-t-il pas des incrédules et des impies parmy les Chrétiens qui se mocquent des miracles ? Peut-on conclure de là, que les miracles ne sont que des fourberies ? D'ailleurs ces Payens, Philosophes ou autres, ne pouvoient-ils pas croire, comme quelques-uns en effet l'ont crû, ainsi que vous le reconnoissez vous-même, que les Oracles estoient rendus par des démons ou des génies menteurs et malfaisans, et les mépriser par conséquent beaucoup ? Les Chrétiens l'ont toujours crû ainsi, et les ont méprisé beaucoup par cette raison. On a donc pu mépriser les Oracles, sans croire pour cela, qu'ils n'estoient que des fourberies des Prêtres des idoles. » haXxus, Réponse, 137.
Temple, d'en faire sortir de petits oiseaux, qui y faisoient leurs nids. Aussitost il sortit du Sanctuaire une voix qui lui crioit : Détestable Mortel, qui te donne la hardiesse de chasser dHcy ceux qui sont sous ma protection ? Et 5 quoy ! Grand Dieu, répondit bien vite Aristodicus, vous nous ordonne^ bien de chasser Pactias qui est sous la nostre ? Oûy, je vous l'ordonne, reprit le Dieu, afin que vous qui estes des Impies, vous périssiez plûtost, et que vous ne veniei plus importuner les Oracles sur vos affaires ' .
10 II paroist bien que le Dieu estoit poussé à bout, puis qu'il avoit recours aux injures, mais il paroist bien aussi qu'Aristodicus ne croyoit pas trop que ce fust un Dieu qui rendist ces Oracles, puis qu'il cherchoit à l'atraper par la comparaison des oiseaux ; et après qu'il l'eut
15 atrapé en effet, apparemment il le crut moins Dieu que jamais. Les Cuméens eux-mesmes n'en dévoient estre guère persuadez, puis qu'ils croyoient qu'une seconde Députation pouvoit le faire dédire, ou que du moins il penseroit moins à ce qu'il devoit répondre. Je remarque
20 icy en passant, que puis qu'Aristodicus tendoit un piège à ce Dieu, il faloit qu'il eust préveu qu'on ne luy laisseroit pas chasser les oiseaux d'un asile si Saint sans en rien dire, et que par conséquent les Prestres estoient extrêmement jaloux de l'honneur de leurs Temples.
25 * Ceux d'Egine ^ ravageoient les costes de l'Attique, et les Athéniens se preparoient à une Expédition contre
* Hérodote, 1. 5 .
II il paroit bien aussi 1718.