Van Dale
Il8 HISTOIRE DES ORACLES
n'eust pas esté nécessaire qu'il fust sorty des mains du Gouverneur, si un Démon eust dû y répondre '.
Si les Prestres n'osoient se bazarder à décacheter les Billets 2, ils tâchoient de sçavoir adroitement ce qui 5 amenoit les Gens à l'Oracle 5. D'ordinaire c'estoient des Gens considérables, qui avoient dans la teste quelque dessein ou quelque passion qui n'étoit pas inconnue dans le monde. Les Prestres avoient tant de commerce avec eux à l'occasion des Sacrifices qu'il faloit faire, ou des 10 Délais qu'il faloit observer avant que l'Oracle parlast, qu'il n'éstoit pas trop difficile de tirer de leur bouche, ou
1. « Plutarque qui rapporte cet exemple, et Macrobe, celuy de Trajan, ne pouvoient-ils pas soupçonner la moindre chose ? Mais les uns et les autres estoient sans doute moins fins et moins habiles que vostre Auteur. Ils n'avoient pas eu le loisir d'imaginer une explication aussi heureuse et aussi recherchée que l'est celle que ce sçavant homme vous a fournie. » Baltus, Réponse, 210.
2. Van Dale, 320. « Sin verô... ita essent obsignati codicilli, ut recludere istos non ita commode valerent » etc.
3. Van Dale, 312. « Quoniam verô etiam Oracula potissimum a divitibus, ab iisque ob res maximi momenti adibantur, magnoque ut plurimum famulitio ejusmodi homines erant comitati (ex quihus rarissime contingebat, quin, si non cuncti, saltem praecipui, illarum rerum quae ab Oraculo petenda forent, essent conscii) inde optimam nanciscebantur occasionem expiscandi per obliquas interrogatiunculas, dum detinerentur ibi diutius ; dum sacrificarent ; dum in diversoriis aut soli, aut cum aliis, ludendi aliorumve gratiâ, morarentur ; dum denique per... circumductores per omnia antiquitatis monumenta, aut ad visenda donaria, Templa, cellas, picturas, statuas, atque alia multa, quibus peregrini, (praesertim, si nihil aliud ipsis sit quo temporis taedium terant, aut allas quoque proprio naturae motu talibus delectentur) sese oblectarent. Cujusmodi circumductoribus abundabant ea loca ubi YpTicïTTJpta sive Jovis, sive Apollinis, sive Serapidis, sive aliorum
Deorum erant exstructa atqueadornata Enarratores non incommodé
vertit Xylander, quod hi non solum, obambulando hospitesque circumducendo, ostenderent ea quae spectanda ibi erant ; sed et simul unde haec vel illa donaria, haec vel illa statua, pictura, caeterave ornamenta vénérant, quis illa dedicarat vel consacraverat ; qua de causa, quibusve occasionibus ; quid circa hanc illamve statuam sive prodigii aut miraculi, sive alius generis ostenti aliquid aut portenti, contigerat... Unde et Lucianus... » etc., etc. Toute la suite du développement de Fontenelle est dans Van Dale, 314-320. A son ordinaire, l'écrivain français n'a fait que résumer, clarifier, — et renforcer — , son modèle.
du moins de conjecturer quel estoit le sujet de leur voyage. On leur faisoit recommencer Sacrifices sur Sacrifices, jusqu'à ce qu'on se fust éclaircy. On les mettoit entre les mains de certains menus Officiers du Temple, 5 qui sous prétexte de leur en montrer les Antiquitez, les Statues, les Peintures, les Offrandes, sçavoient l'art de les faire parler sur leurs Affaires. Ces Antiquaires pareils à ceux qui vivent aujourd'huy de ce métier en Italie, se trouvoient dans tous les Temples un peu considérables.
10 Ils sçavoient par cœur tous les miracles qui s'y estoient faits, ils vous faisoient bien valoir la puissance et les mer\'eilles du Dieu, ils vous contoient fort au long l'histoire de chaque Présent qu'on luy avoit consacré. Sur cela Lucien dit assez plaisamment que tous ces gens
15 là ne vivoient et ne subsistoient que de Fables, et que dans la Grèce on eust esté bien fâché d'apprendre des véritez dont il n'eust rien cousté '. Si ceux qui venoient consulter l'Oracle, ne parloient point, leurs Domestiques se taisoient-ils ? Il faut sçavoir que dans une \'ille à
20 Oracle, il n'y avoit presque que des Officiers de l'Oracle. Les uns estoient Prophètes et Prestres, les autres Poètes qui habilloient en Vers les Oracles rendus en Prose, les autres simples Interprètes, les autres petits Sacrificateurs qui immoloient les Victimes, et en examinoient les
2) entrailles, les autres vendeurs de parfums, ou d'encens, ou de bestes pour les Sacrifices, les autres Antiquaires, les autres enfin n'estoient que des Hôteliers que le grand abord des Etrangers enrichissoit. Tous ces gens là estoient dans les interests de l'Oracle et du Dieu ; et si par le
30 moyen des Domestiques des Etrangers, ils découvroient quelque chose qui fust bon a sçavoir, vous ne devez pas douter que les Prestres n'en fussent avertis.