‹ Histoire des oraclesChapitre 60 sur 112 · Van Dale · texte numérisé non relu

Van Dale

2. Pour la première fois, Bahus (Réponse, 250-258) fait ici des concessions. — Dans cette foule d'oracles, il y en a eu évidemment « plusieurs de faux et qui n'estoient que l'effet de l'imposture de quelques fourbes qui ont cherché à se faire une réputation, à amasser de

paroistre trop fins, un temps a esté qu'on les a découvertes de toutes parts aux yeux de toute la terre ; ce fut quand la Religion Chrestienne triompha hautement du Paganisme sous les Empereurs Chrestiens. 5 Theodoret dit que Thophile, Evesque d'Alexandrie, fit voir à ceux de cette Ville les Statues creuses où les Prestres entroient par des chemins cachez pour y rendre des Oracles '.

Lors que par l'ordre de Constantin on abatit le Temple

10 d'Esculape à Eges en Cilicie, on en chassa, dit Eusebe

dans la Vie de cet Empereur, non pas un Dieu ny un

Démon, mais le Fourbe qui avoit si long-tetnps imposé à la

crédulité des peuples. A cela il ajoute en gênerai que

l'argent ou à établir leurs opinions en contrefaisant des miracles... II y a eu dans tous les siècles des imposteurs... Il y en a eu dans le Christianisme même ». Mais — et le P. Baltus s'empresse de revenir à sa thèse — « mais ces fourbes ont esté découverts presque aussitôt, parce qu'il n'est pas possible que l'imposture se soutienne longtemps. Il est rare qu'elle passe ceux qui en ont esté les premiers inventeurs », comme le prouvent les exemples du faux prophète Alexandre et de Théotecnus. En effet « tel est le sort des fourberies; quelque bien concertées qu'elles puissent estre, elles se démentent bientost par quelque endroit, et sont incontinent découvertes. Comme les hommes sont naturellement incrédules et qu'ils ne croyent pas aisément, ainsi qu'on l'a remarqué avant moy (Gregor. Nyss. in vita S. Macrinae sub finem), ce qui est au delà de ce qu'ils voyent ou de ce qu'ils peuvent faire eux-mêmes, tout ce qui est merveilleux et extraordinaire leur paroit suspect. Ils y soupçonnent toujours de la fraude et de l'imposture, et pour peu qu'il y en ait, il n'est pas possible qu'elle leur échappe, à moins qu'elle ne soit l'effet de quelque Puissance supérieure, qui les surpasse de beaucoup en subtilité et en malice. Il n'arrive même que trop souvent, par cet éloignement qu'ils ont de croire tout ce qui paroit extraordinaire, qu'ils supposent de la fourberie où ils n'ont pas la moindre raison d'en soupçonner. Que si la vérité, et souvent une vérité toute divine, a tant de peine de se faire reconnoitre, comment une fourberie purement humaine pourroit-elle se soutenir long-temps? Comment pourroit-elle subsister des siècles entiers, et tromper non pas quelques ignorans, mais les plus sçavans hommes et les nations entières les plus éclairées et les plus habiles? » 255-235. Comment surtout un Fontenelle s'y laisse-t-il attraper, un Fontenelle, ennemi déclaré « de tout ce qui tient du Merveilleux » ? I. Van Dale, 305.

dans les Simulacres des Dieux abatus, on n'y trouvoit rien moins que des Dieux ou des Démons, non pas mesme quelques malheureux Spectres obscurs et ténébreux, mais seulement du foin et de la paille, ou des 5 ordures, ou des os de morts '. C'est de luy que nous apprenons l'Histoire de ce Theotecnus qui consacra dans la \'ille d'Antioche une Statue de Jupiter Dieu de l'Amitié, à laquelle il fit sans doute rendre des Oracles, puis qu'Eusebe dit que ce Dieu avoit des Prophètes.

10 Theotecnus se mit par là en si grand crédit, que Maximin le fit Gouverneur de toute la Province. Mais Licinius estant venu à Antioche, et se doutant de l'imposture, il fit mettre à la Question les Prestres et les Prophètes de ce nouveau Jupiter. Ils avouèrent tout, et furent punis

15 du dernier Supplice, eux et leurs associez, et avant eux tous, Theotecnus leur Maistre ^. Le mesme Eusebe nous

1. Van Dale, 112. — « Ce fourbe dont Eusebe parle en cet endroit, n'est autre qu'Esculape lui-même, c'est-à-dire le démon qui sous le nom de cette fausse divinité, séduisoit le peuple par ses Oracles. Ce qui vous a trompé, c'est le mot de démon, qu'Eusebe prend en cet endroit, dans le .lens que les Payens lui donnoient, c'est-à-dire pour un Génie ou une divinité inférieure. » (Baltus, Héponse,24j). Il n'y avait qu'à lire Eusebe, continue-t-il ; et il le cite (De Cita Constantini, \. III. chap. Lvi). Mais le texte d'Eusèbe, trop long à reproduire ici, n'est pas lui-même bien probant; et l'erreur de Fontenelle ne tirerait d'ailleurs pas à conséquence.

2. Cette histoire de Theotecnus a fourni au P. Baltus un des passages les plus curieux assurément de sa Réponse. — Si les prêtres païens se sont rendus coupables, après l'avènement du christianisme, de tant de fourberies, c'est que « la pluspart des Oracles ayant cessé alors, parce que les démons en avoient esté chassez par le pouvoir de Jesus- Christ et par la foy des Chrétiens, quelques Payens pour affermir leur religion qui tomboit en ruine, n'estant plus soutenue de ces prétendues merveilles des Oracles, qui en faisoient le plus ferme appui, tachèrent de réparer ce deffaut, en y suppléant par des artifices et des fourberies. Il leur estoit fort fâcheux de ne plus voir parmy eux comme autrefois, des gens inspirez, des songes prophétiques, des apparitions de leurs Dieux, plus de prodiges ny de miracles qui autorisassent leur idolâtrie. Ils firent donc en cette occasion ce qu'il estoit fort naturel qu'ils fissent, et ce qui s'est fait depuis plus d'une fois en

assure encore, au 4. liv. de la Prep. Ev. que de son temps les plus fameux Prophètes d'entre les Payens, et leurs Théologiens les plus célèbres, dont quelques-uns mesme estoient Magistrats dans leurs Villes, avoient esté obligez 5 par les tourmens d'expliquer en détail tout l'appareil de la fourberie des Oracles. S'il s'agissoit présentement de ce que les Chrestiens en ont crû, tous ces passages d'Eusebe decideroient, ce me semble, la question. On plaçoit les Démons dans un certain Sisteme gênerai qui

10 servoit pour les Disputes, mais quand on venoit à un point de fait particulier, on ne parloit guère d'eux, au contraire, on leur donnoit nettement l'exclusion.

Je ne croy pas qu'il puisse jamais y avoir de meilleurs témoins contre les Démons que les Prestres Payens ;

15 ainsi, après leurs dépositions, la chose me paroist terminée '. J'ajouteray seulement icy un Chapitre sur les

quelque matière à peu prés semblable. Ne pouvant plus avoir d'Oracles véritables, ils en contrefirent, ils en supposèrent le mieux qu'ils purent. Mais comme de pareilles fourberies ne peuvent pas se soutenir longtemps, ils furent presque aussitost découverts et punis comme ils le méritoient ». 240. — Notre raisonneur ne s'arrête pas en si beau chemin, et de ces prémisses assez singulières, il tire cette conclusion plus singulière encore. « Il y a eu des miracles faux, donc il 3- en a un grand nombre de vrais, parce que les faux supposent les vrais, comme la fausse mcnnoye suppose qu'il y en a une qui est bonne et légitime. On ne contrefait pas la fausseté ; mais la fausseté contrefait la vérité. La fausseté donc de quelques Oracles, les fourberies de quelques imposteurs, qui ont tâché d'en contrefaire, supposent qu'il y en a eu de vrais, c'est à dire qui n'ont pas esté l'effet de l'imposture des Prêtres payens. Ainsi j'ay droit de conclure du fiiux Oracle de Theotecnus, de celuy de l'imposteur Alexandre, et de quelques autres pareils, s'il s'en peut trouver, que ceux de Delphes, de Dodone, de Claros, ont esté vrais, dans le sens que je viens de donner à ce mot. » 242. — Sur Theotecnus, cf. Van Dale, Préface, 16.

I. Sur toutes ces questions, que Baltus n'a même pas examinées, voici cependant sa conclusion. Réponse (258-239) : « C'est ainsi qu'il arrive que pour ne vouloir point admettre un sentiment fort raisonnable^ très-bien prouvé et très-conforme à ce que la foy et l'Ecriture nous enseignent, on s'engage souvent à croire et à soutenir les paradoxes les plus étranges, et les systèmes les plus chimériques et les plus impossibles. D'où vient cela ? C'est que bien des gens n'aiment pas

Sorts, non pas pour en découvrir l'imposture, car cela est compris dans ce que nous avons dit sur les Oracles, et de plus elle se découvre assez d'elle mesme, mais pour ne pas oublier une espèce d'Oracles, tres-fameuse 5 dans l'Antiquité.

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