‹ Histoire des oraclesChapitre 86 sur 112 · Van Dale · texte numérisé non relu

Van Dale

3. Van Dale, 157-170. — Fontenelle résume la citation de Prudence (4? vers ; Van Dale, p. 159-160) et prend au même endroit ce qu'il dit de l'objet de la cérémonie, et de sa durée de validité.

lyO HISTOIRE DES ORACLES

On amenoit sur ce couvercle un Taureau couronné de fleurs, et ayant les cornes et le front orné de petites lames d'or. On l'égorgeoit avec un couteau sacré ; son sang couloit par ces trous dans la fosse, et celuy qui y 5 estoit, le recevoit avec beaucoup de respect ; il y presentoit son front, ses joues, ses bras, ses espaules, enfin toutes les parties de son corps, et tâchoit à n'en laisser pas tomber une goutte ailleurs que sur luy. Ensuite il sortoit de là hideux à voir, tout souillé de ce sang, ses

10 cheveux, sa barbe, ses habits tout dégoutans, mais aussi il estoit purgé de tous ses crimes, et régénéré pour l'Eternité ; car ilparoist positivement par les Inscriptions, que ce Sacrifice estoit pour ceux qui le recevoient, une Régénération mistiqueet éternelle.

15 II faloit le renouveller tous les vingt ans, autrement il perdoit cette force qui s'étendoit dans tous les Siècles à venir.

Les femmes recevoient cette régénération aussi bien que les hommes. On y associoit qui l'on vouloit, et ce

20 qui est encore plus remarquable, des Villes entières la recevoient par Députez.

Quelquefois on faisoit ce Sacrifice pour le salut des Empereurs. Des Provinces faisoient leur cour d'envoyer un homme se barbouiller en leur nom de sang de Tau-

25 reau, pour obtenir à l'Empereur une longue et heureuse vie. Tout cela est clair par les Inscriptions.

Nous voicy enfin sous Theodose et ses Fils, à la ruine entière du Paganisme.

Theodose commença par l'Egypte où il fit fermer

30 tous les Temples. Ensuite il alla jusqu'à faire abattre celuy de Serapis le plus fameux de toute l'Egj'pte '.

I. Van Dale, 129, 135, 145, 112. — On peut même voir, à ce dernier endroit, unicurieux calcul chronologique.

Selon Strabon, il n'y avoit rien de plus gay dans toute la Religion Payenne que les Pèlerinages qui se faisoient à Scrapis '. Vers le temps de certaines Fêtes, dit-il, on ne sçauroit croire la multitude de gens qui descendent sur un 5 Canal d'Alexandrie à Canope, où est ce Temple. Jour et nuit, ce ne sont que Bateaux pleins d'hommes et de femmes qui chantent et qui dansent avec toute la liberté imaginable. A Canope il y a sur le Canal une infinité d'Hostelleries qui servent à retirer ces Voyageurs, et à

10 favoriser leurs Divertissemens.

Aussi le Sophiste Eunapius, Paj'en, paroist avoir grand regret au Temple de Serapis, et nous en décrit la fin malheureuse avec assez de bile. Il dit que des gens qui n'avoient jamais entendu parler de la Guerre, se trou-

1 5 verent pourtant fort vaillans contre les pierres de ce Temple, et principalement contre les riches Offrandes dont il estoit plein, que dans ces lieux Saints on y plaça des Moines ^, gens infâmes, et inutiles, qui pourveu qu'ils eussent un habit noir et mal propre, prenoient une

20 autorité tirannique sur l'esprit des Peuples, et que ces Moines au lieu des Dieux que l'on voyoit par les lumières de la raison, donnoient à adorer des Testes de Brigands punis pour leurs crimes, qu'on avait salées afin de les conserver. C'est ainsi que cet Impie traite les Moines et

23 les Reliques ; il faloit que la licence fust encore bien' grande du temps qu'on écrivoit de pareilles choses sur la Religion des Empereurs. Ruffin ne manque pas de nous

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