Van Dale
2. VanDalefait allusion à ce fait 53, 66; mais il ne l'examine d'un peu près que 257 sqq.
3. Van Dale, 261 ; Plutarque, vu. — Les réflexions qui terminent le paragraphe ont été empruntées par FonteneUe à Plutarque, xxii.
SECONDE DISSERTATION l8l
d'une Lire comme d'une Fluste, il faut qu'il s'accommode à l'Instrument. Si la Pithie donnoit ses Oracles par écrit, dirions-nous qu'ils ne viendroient pas d'Apollon, parce qu'ils ne seroient pas d'une assez belle écriture ? L'ame de 5 la Pithie lors qu'elle se vient joindre à Apollon est comme une jeune Fille à marier qui ne sçait encore rien, et est bien éloignée de scavoir faire des Vers '.
I. Ce chapitre et le suivant sont parmi ceux où Fontenelle a moins suivi Van Dale que les auteurs mêmes dont Van Dale s'était inspiré, et notamment Plutarque : Cur Pyihia carminé Oracula non amplius reddat. — Voici la suite des idées dans le De Oraculis. « Cur autem initio quidem carminé, postea vero solum prosa oratione responderit ApoUo, hae procul dubio fuere rationes ; Qiiod non semper paratas haberent taies Pythias quae versus satis bonos ipsae componere possent, et sic par illa respondere consulentibus ; aut quae accuratè satis atque ita ut oportebat eos proferre possent ; unde et versus manci, atque hiulci, ...ex eo, quod illos non bene efferret ; imô quod et à Sacerdotibus ipsis istos componentibus, ex inscitia legum metricarum, saepius malè ac vitiose compositi fuissent. Unde etiam cum risu ac contemptu à multis excipiebantur : ab Epicuraeis praesertim, Cynicis, Aristotelicis, Peripateticis, aliisque : quibus ali.is multis de causis contemptui Oracula atque irrisui erant. » 257. Citation de Lucien, sur les railleries qu'on faisait des oracles, 257-258. « Sed nec Plutarchus id ullo modo dissimulât : verum è contra causam inquirit unde illud contigerit (ac quideni satis superstitiosè) in Dialogoillo, ci(r Py/Z'w... » Citation de Plutarque : « Secundum haec silentio facto... Dei non esse, quia sunt vitiosa. » (Plutarque, v. Sauf deux ou trois détails insignifiants, la traduction de Van Dale est celle de l'édition Didot, Bihl. Script. Graec. Plut.,\ll, 485-484). 260. « Ridet, ut videmus, non insulsè Boëthus illorum hominum ingenium, qui omnia libentiùs credere volebant, quam non credere vi Daemonum Oraculorum dari responsa : quique potius omnem everti artem metricam passi fuissent, quam quod confiterentur etiam pessimos versus esse malos vel metricis legibus contrarios : imo potiùs confugissent ad illud ignorantiae et superstitionis asylon, haec captum nostrum superare. Cujusmodi homines Cicero quoque salsè admodum et acutè ridet. Sed antequam ad ipsum deveniam, paucula adhuc citabo ex Plutarcho. « Nos autem Boëthoe(pour Boëthe), quod Pythici versus Homericis sunt détériores... desierit versibus uti. » (Plutarque, vu). Post quae, paucis interjectis, collocutores sese accingunt ad caussas (sic) hujusce immutationis indagandas. Quas non abs re risisse Ciceronem dixeram. Sed eum ipsum jam audiamus loquentem, lib. 2. de Divinatione : Sed quod capiit est cur ISTO MODO... <]uae sunt non credenda, non credere. » 262. Causas ergo istius mutationis, à Plutarcho aliisque ante eum jam Ciceronis aetati aequalibus, vel et eam antecedentibus datas, irridet cum aliis Cicero. » Et nous aussi, nous nous moquons de ces explications.
l82 HISTOIRE DES ORACLES
Mais pourquoy donc les anciennes Pithies parloientelles toutes en Vers ? n'estoient-ce point alors des âmes Vierges qui venoient se joindre à Apollon ? A cela Plutarque répond ' premièrement, que les anciennes Pithies 5 parloient quelquefois en Prose, mais de plus que tout le monde anciennement estoit né Poëte. Dés que ces gens là, dit-il, avoient un peu bû, ils faisoient des Vers ; ils n'avoient pas si-tost veu une jolie femme, que c'estoient des Vers sans fin ; ils poussoient des Sons, qui estoient 10 naturellement des Chants. Ainsi rien n'estoit plus agréable que leurs Festins, et leurs galanteries. Maintenant ce Génie poétique s'est retiré des hommes, il y a encore des amours aussi ardents qu'autrefois, et mesme aussi grands parleurs, mais ce ne sont que des amours de
14 des amours en Prose, 1687.
« Sed inde non sequitur, Diabolum non fuisse causam Oraculorum, item et mutationis ejus de qua jam loquimur. Itane etiam Diabolus tam malus Poëta fuit ? ac cum alias vi sua fatidica implere Pythiarum atque antistitum pectora posset: non potuit eas tam bene docere Poëticam, ut nullum periculum esset ne propterea et ipse et ejus antistites ab Epicuraeis... risui et ludibrio haberetur ? Aut cur in hac re minus potestatis habuit Diabolus antè Pyrrhi tempera : quod tum posset versibus ipse respondere : postea vero id per sacerdotes Poëtas, Prophetas suos id facere coactus fuerit : Etenim ut ante illa tempera non magis veridicus fuit quam pestea sed aeque mendax, sic etiam obscurus et ambiguus. Certe haec ratio quam Cicere nebis dat, mihi bona admodum videtur : Vis scilicet ista evanuit, postquam honines minus credttli esse coeperunt. Postquam et magis perspicaces redditi videre coeperunt, totam rem, à Sacerdotibus, inveiitam fallaciis aut ad quaestum, aut ad superstitionem,auterrorem : uti idem Cicere de sortibus lequitur. »
Ces raisons que Van Dale ne donne pas (« collocutores sese accingunt ad causas hujusce immutationis indagandas »), Fontenelle les a demandées directement à Plutarque, et c'est le résumé de quelques chapitres du dialogue grec (xviii, sxii, xxiii, xxv-xxviii) qui fait la matière du chapitre de Fontenelle, comme nous le marquons en note, jusqu'à : « Si les Romains nuisirent beaucoup aux oracles... »
I. Tout ce développement est le résumé de Plutarque (xxiii : « riowTOV {i£v... Ta TrXetaxa zàzEivat xaxaXoYâoïiv àiTZi<^%i'^^o^'zo--), mais un résumé plein d' « agréments ».
Prose. Toute la Compagnie de Socrate et de Platon, qui parloit tant d'amour, n'a jamais sçù faire de Vers. Je trouve tout cela trop faux et trop joly pour y répondre sérieusement.
5 Plutarque rapporte une autre raison ■ qui n'est pas tout à fait si fausse. C'est qu'anciennement il ne s'écrivoit rien qu'en Vers ny sur la Religion, ny sur la Morale, ny sur la Phisique, ny sur l'Astrologie. Orphée et Hésiode que l'on connoist assez pour des Poètes, estoient aussi des Philo-
10 sophes ; et Parmenide, Xenophane, Empedocle, Eudoxe, Thaïes que l'on connoist assez pour des Philosophes estoient aussi des Poètes. Il est assez surprenant que la Prose n'ait fait que succéder aux Vers, et qu'on ne se soit pas avisé d'écrire d'abord dans le langage le plus
1 5 naturel ; mais il y a toutes les apparences du monde, que comme on n'écrivoit alors que pour donner des préceptes, on voulut les mettre dans un discours mesuré, afin de les faire retenir plus aisément. Aussi les Loix, et la Morale estoient-elles en Vers. Sur ce pied là, l'origine de la Poë-
20 sie est bien plus sérieuse que l'on ne croit d'ordinaire, et les Muses sont bien sorties de leur première gravité. Qui croiroit que naturellement le Code dust estre en Vers, et les Contes de la Fontaine en Prose ? Il falloit donc bien, dit Plutarque, que les Oracles fussent autrefois en Vers,
25 puis qu'on y mettoit toutes les choses importantes. Apollon voulut bien en cela s'accommoder à la mode. Quand la Prose commença d'y estre, Apollon parla en Prose.
2 faire des Vers 1742 — 8 astronomie 1687. (Voici le texte de Plutarque : « 0'jf5 'céaipoXoY'.av àooJoTÉpav è~otT)aav ot rspl 'AptcjTap- ■/ov... »)
I. Plutarque, xviti, avec quelques emprunts à xxvii (les vers aidant à faire retenir les préceptes).
Je croy bien que dans les commencemens on rendit les Oracles en Vers, et afin qu'ils fussent plus aisez à retenir, et pour suivre l'usage qui avoit condamné la Prose, à ne servir qu'aux discours ordinaires. Mais les Vers 5 furent chassez de l'Histoire et de la Philosophie qu'ils embarrassoient sans nécessité, à peu prés sous le Règne de Cyrus ; Thaïes qui vivoit en ce temps là, fut des derniers Philosophes Poètes, et Apollon ne cessa déparier en Vers que peu de temps avant Pirrhus, comme nous l'appre-
10 nons de Ciceron, c'est à dire quelque 230. ans après Cyrus. Il paroist par là qu'on retint les Vers à Delphes le plus long-temps qu'on put ; parce qu'on avoit reconnu qu'ils convenoient à la dignité des Oracles, mais qu'enfin on fut obligé de se réduire à la simple
15 Prose.
Plutarque se moque quand il dit que les Oracles se rendirent en Prose, parce qu'on y demanda plus de clarté, et qu'on se desabusa du galimatias misterieux des Vers '. Soit que les Dieux mesmes parlassent, soit que ce ne
20 fussent que les Prêtres, je voudrois bien sçavoir si l'on pouvoit obliger les uns ou les autres à parler plus clairement.
Il prétend avec plus d'apparence que les Vers prophétiques se décrièrent par l'usage qu'en faisoient de certains
25 Charlatans, que le menu peuple consultoit, le plus souvent dans les Carrefours^. Les Prestres des Temples ne voulurent avoir rien de commun avec eux, parce qu'ils étoient des Charlatans plus nobles, et plus sérieux, ce qui fait une grande différence dans ce mestier là.
I reudoit 1742.