Van Dale, 93, et Pline le Jeune, Epist., VIII
lôô HISTOIRE DES ORACLES
Sorts marquent la présence et le pouvoir de la Divinité. Il y a à Ventonr plusieurs petites Chapelles dont quelques-unes ont des Fontaines et des Sources, car Clitomne est comme le Père de plusieurs autres petits Fleuves qui viennent se joindre à 5 luy. Il a un Pont qui fait la séparation de la partie Sacrée de ses eaux d'avec la Profane. Au dessus de ce Pont on ne peut qu'aller en Bateau, au-dessous il est permis de se baigner. Je ne croy point connoistre d'autre Fleuve que celuy là, qui rende des Oracles ; ce n'estoit guère leur coutume.
10 Mais dans Rome mesme il y avoit des Oracles. Esculape n'en rendoit-il pas dans son Temple de l'Isle du Tibre ' ? On a trouvé à Rome un morceau d'une Table de Marbre, où sont en Grec les Histoires de trois miracles d'Esculape. En voicy la plus considérable, traduite mot
i) à mot sur l'Inscription. En ce mesme temps il rendit un Oracle à un Aveugle nommé Caïus ; il luy dit qu'il allast au saint Autel, qu'il s'y mist à genoux, et y adorast, qu'ensuite il allast du costé droit au costé gauche, qu'il mist les cinq doigts sur V Autel, et enfin qu'il poriast
20 sa main sur ses yeux. Après tout cela l'Aveugle vit, le
5 il y a un Pont 1687 — 14 le plus considérable, traduit 1687.
I. Van Dale, 100. — Sur ces remèdes d'Esculape, il y a dans Baltus (Suite, 389-415) une longue discussion, qui jette un jour singulier sur les idées qu'on se faisait alors de la médecine et de l'hvgiène. » Comme Tertullien le remarque, c'estoit des remèdes inouïs, extraordinaires, et qui selon toutes les apparences, dévoient plustost nuire que faire du bien. C'estoit d'ordinaire comme le témoigne l'Empereur Marc Antonin, d'aller à cheval, de se baigner dans l'eau froide, ou de marcher nuds pieds. Voilà, comme l'on voit, d'excellens remèdes, et fort propres à estre conseillez à toutes sortes de malades. » Vient alors une liste curieuse de prescriptions d'Esculape et de Sérapis. Un aveugle doit « prier Vespasien de lui cracher au visage » ; un autre, perclus de la main, « luy demander en grâce de vouloir bien marcher dessus ><;un autre, qui crachait le sang, « fut tiré d'affaire en buvant du sang de taureau, quoy qu'il ait toujours passé pour un poison fort dangereux » ; un phtisique fut g^éri « après avoir mangé de la chair d'Asne », etc.
Peuple en fut témoin, et marqua la joye qu'il avoit de voir arriver de si grandes merveilles sous nostre empereur Antonin. Les deux autres guerisons sont moins surprenantes, ce n'estoit qu'une pleurésie, et une perte de sang, deses- 5 perées l'une et l'autre à la vérité, mais le Dieu avoit ordonné à ses Malades des Pommes de Pin avec du Miel, et du Vin avec de certaines cendres, qui sont des choses que les Incrédules peuvent prendre pour de vrais Remèdes.
10 Ces Inscriptions pour estre Greques, n'en ont pas esté moins faites à Rome '. La forme des Lettres et rOrtographe ne paroissent pas estre de la main d'un Sculpteur Grec. De plus quoy qu'il soit vray que les Romains faisoient leurs Inscriptions en Latin, ils ne
1 5 laissoient pas d'en faire quelques unes en Grec, principalement lors qu'il y avoit pour cela quelque raison particulière. Or il est assez vraysemblable qu'on ne se servist que de la Langue Greque dans le Temple d'Esculape, parce que c'estoit un Dieu Grec, et qu'on avoit
20 fait venir de Grèce pendant cette grande Peste dont tout le monde sçait l'Histoire.
Cela mesme nous fait voir que cet Oracle d'Esculape n'étoit pas d'Institution Romaine, et je croy qu'on trouveroit aussi à la pluspart des Oracles d'Italie une origine
25 Greque, si l'on vouloit se donner la peine de la chercher.
Quoy qu'il en soit, le petit nombre d'Oracles qui
estoient en Italie, et mesme à Rome, ne fait qu'une
exception tres-peu considérable à ce que nous avons
avancé ^. Esculape ne se méloit que de la Médecine, et