‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 12 sur 113 · PAR SAINT BENOIT D’ANIANE · texte numérisé non relu

PAR SAINT BENOIT D’ANIANE

Cependant les disciples de saint Benoît n’étaient pas restés dans l'inaction; saint Placide, fils du patrice Tertullus, qui l’avait mis sous la conduite de ce patriarche, vint en Sicile, en 841, et saint Maur, en France, en 843 ; il y fonda, avec le secours des pieuses libéralités du roi Théodebert, la célèbre abbaye de Glanfeuil, en Anjou *. Leurs efforts n’obtenaient pas en tous lieux d’aussi

) heureux résultats ; il était réservé au pape saint Grégoire le Grand de répandre l’ordre des Bénédictins dans les diverses provinces de l’Église d’Occident. La Vie de saint Benoit, tracée par ce pontife, ouvrage qui, en raison des vertus du héros, a dû nécessairement ressembler à un panégyrique, témoigne d’une manière trop éclatante de la profonde vénération du pape envers saint Benoit et sa règle, pour que l’on puisse s’étonner qu’il ait employé son influence à faire adopter successivement cette règle dans les monastères d’Italie. L’apôlre saint Augus-

* Elle porta ensuite le nom de Saint- Maur fur- Loire.

tinr, qu’il envoya, avec quarante BénédicÀ

tins, pour convertir les Anglo-Saxons, Fini troduisiten Angleterre, d’où elle se répandit en Irlande. Cet exemple fut cfFicace. Des cloîtres, qui avaient suivi jusqu’alors les règlements de Cassicn , changèrent spontanément et avec plaisir leur première observance contre la règle de saint Benoit, d’autant plus qu’elle avait emprunté à celle-là ses principes fondamentaux. Les disciples de saint Coiomban, de leur côté, se soumirent d'autant plus volontiers à la douce observance des Bénédictins, que celle de leur fondateur était devenue plus dure avec le temps.

Du vt° au ix® siècle, l’ordre de Saint- Benoit fleurit avec un éclai toujours crois-l sant. Les Lombards, il est vrai , renversèrent, en 880, le monastère du mont Gassin; mais il se releva , en 720, du milieu de ses débris, plus magnifique qu’aulrefois. Fière de la gloire d’avoir été le berceau de l’ordre, la mère en quelque sorte de tous les monastères de Bénédictins, cette communauté décora ses abbés des titres honorifiques les

plus pompeux, les appelant : abbés de tous les abbés, patriarches de la sainte religion. La richesse et la haute considération incessamment acquises à l’abbaye de Fleury , fondée sous le règne de Clovis II , vers l'an 640 1 , mais surtout l’inestimable privilège de posséder le corps de saint Benoit , ne contribuèrent pas peu à rendre sa règle universelle en France. Une égale célébrité s’attacha, dans ce royaume, aux monastères de Saint-Denis , de la Chaise-Dieu, de Lérins ,

1 L’église de ccttc ancienne abbaye peut compter parmi les anciens monuments qui ont échappé au marteau de la révolution. Les Normands incendièrent deux fois l’abbaye au ix« siècle; mais Carloman fit rebâtir l’église Sainte-Marie à peu près dans l'état où on la voit aujourd'hui. Elle avait jadis deux grandes portes, l'une sous la tour Saint-Michel, l'autre au nord; celle-ci, présentement condamnée, fixa l'attention de dnm Mabillon, qui en attribuait la construction aux vm° et ix* siècles, et ce fut sur son invitation que les religieux la couvrirent de la toiture qui subsiste encore. Une particularité très-remarquable est l’incrustation en métal des yeux des figures dont le portail et le porche 6ont ornés ; le principal bas-relief du portail représente la translation des reliques de saint Benoit et de sainte Scholastique , un des monuments des fastes bénédictins. Le péristyle de la tour Saint-Michel se distingue par le style colossal et la forme bizarre des figures; les voûtes du porche, formées de doubles archivoltes, sont soutenues par seize piliers flanqués chacun de quatre colonnes ; leurs chapiteaux , d’une grande dimension, sont ornés de bas-reliefs. Au premier étage de la tour était l’oratoire des abbés; les religieux en condamnèrent les fenêtres et en enlevèrent les stalles lors du concordat de François I", qui leur imposa des abbés commendataircs. F raneois I«r, étant venu à Fleury, ordonna la démolition de la tour Saint-Michel, qui commandait la Loire. En 1002 et 1000, le monastère fut la proie des flammes ; une partie des voûtes du chevet et de la croisée de l’église Saintc-Maric fut reconstruite en 1107. En 1490,

de Saint-Victor, de Corbie , etc. En Allemagne , les monastères de Bénédictins les plus anciens et les plus fameux étaient ceux de Wissembourg (d’abord sous l’observance de saint Colomban), de Reichnau, dePrümm, de Saint-Emincran ; et, outre mer, ceux de Benchor et de Saint-Aiban.

Cette rapide propagation de la règle de saint Benoit ne tenait pas seulement à la douceur de ses préceptes et à l’appui que lui prêtaient les souverains pontifes depuis

on refit aussi plusieurs piliers. Le chancelier Duprat , qui s’était fait donner cette abbaye, fit venir d'Italie les belles mosaïques qui ornent le sanctuaire , et décora l’autel d’une arcade de pierre d’Apremont, remplacée par des décorations eu stuc que le cardinal de Richelieu fit exécuter. Le centre de la croix latine, formé d’un grand pendentif, est surmonté d’un clocher construit par Jacques Hébert , à la place de celui qui avait été détruit par la foudre en 1515. Dans la croix ainsi qu’autour du chevet, se trouvent des chapelles, entre autres celles de Saint-Benoit, de la Sainte-Vierge et de Sainte- Anne ; cellc-ci est la plus grande de toutes depuis la destruction de celle de Saint- Michel , qui communiquait avec les bâtiments du monastère. A l’extrémité des basses nefs étaient les entrées des églises souterraines , qui furent fermées en 1635. C’est au milieu du chœur et devant l'aigle qu’est enterré Philippe I«t. Ce prince avait choisi l’église de Saint- Benoît pour sa sépulture; son tombeau contribua encore à la protection particulière que les rois de France accordaient au monastère. Ce tombeau fut enlevé de Téglise en 1793 , mais du moins les cendres de Philippe ont été respectées, et les restes de ce monument gisent encore à demi brisés sous le porche de l’église. Depuis le rétablissement du culte, l’église de l’abbaye sert d’église paroissiale , l'acquéreur l’ayant abandonnée aux habitants, qui lui ont cédé la petite église du lieu , laquelle a été démolie. Quant à l’abbaye, elle a été entièrement détruite, et on ne voit plus que des ruines là où existaient autrefois des écoles célèbres.

saint Grégoire le Grand ; diverses circonstances y concoururent. C’ctaient des Bénédictins qui s’avancaient, comme apôtres de la foi, sur tous les points où le christianisme n’avait pas encore pénétré. En vrais missionnaires , ils apportaient à ces peuples grossiers, avec la nouvelle doctrine, des mœurs plus douces. Or , par une circonstance très-à-propos, leur règle faisait une obligation du travail mauucl, cl l'on ne put voir sans émulation que, dans des endroits incultes, il se formât, comme par un coup de baguette magique, un terrain admirablement préparé, et qu’à la place de huttes misérables, il s'élevât des habitations sûres et solides. Des villes entières, telles qu’Eichstadt, Friziar, Fuldc, ont dû leur origine à la fondation de monastères. L’Allemagne, qui, plus que tout autre pays, recueillit les heureux fruits de cette activité , lit alors des pas de géant dans l’art de l’agriculture et dans tous ceux qui préparent la civilisation. Ces bienfaits doivent d’autant plus être appréciés, qu’on pouvait généralement moins comprendre encore, à celle époque, que c’est parce moyen qu’on inculque aux peuples un christianisme éminemment empreint du caractère de son céleste fondateur. Dominé par un zèle infatigable et brûlant , qui ne le quitta pointsous les glaces dcl’àgc, c’est par ce moyen aussi que saint Winfricd (6.80-733), connu sous le nom de Bonifacc, qu’il prit en religion, a été l’apôtre de l’Allemagne. Les premiers efforts des religieux irlandais pour convertir les païens furent bientôt éclipsés par les siens. Il semblait qu’un esprit, qui ne lui permettait aucun repos, l’animât à parcourir la Frise, laThuringe, la Hesse et la Bavière ; partout s’élevaient, sur ses pas, dej> églises et des monastères. et du nombre des derniers l’abbaye de Fulde, pendant si longtemps pépinière de grands hommes qui alliaient le savoir à la piété.

Si l'on transportait, avec le christianisme, chez les peuples païens, le germe bientôt développé des établissements monastiques, d’un autre côté, il s’opérait dans l’intérieur des monastères un changement qui devait accroître la profonde estime qui les environnait, et favoriser par conséquent leur multiplication. La règle de saint Benoit autorisait la lecture d’écrits édifiants; mais bientôt on étendit si loin cette permission , qu’en dépit de la désapprobation formelle de quelques docteurs de l’Église, on s’adonna aux exercices scientifiques , et que les auteurs même du paganisme rencontrèrent çà et là dans les cloîtres et des amis et des admirateurs. Cassiodorc (138-562), contemporain de saint Benoit, ne donna pas inutilement un éclatant exemple de ce zèle pour les lettres. Grâce à l’ardeur des moines, des manuscrits, bientôt multipliés au point de former des bibliothèques, reçurent en dépôt une grande partie de l’ancienne littérature classique, qui eût été, sans cela, infailliblement perdue pour nous. Le travail de la transcription n’était pas toujours une œuvre mécanique, et les rayons lumineux de la vieille littérature classique devaient éclairer les esprits, susciter de nouvelles idées. C’est ainsi que les cloîtres devinrent les seuls asiles , les vrais ateliers du savoir. Joignez à cela que les enfants, présentés au monastère dans l’âge le plus tendre , réclamaient les bienfaits de l’éducation, et qu’il fallut, pour les leur assurer, organiser un système d’instruction qui aboutit insensiblement à des écoles claustrales, où se pressèrent aussi ceux-là mêmes qui ne prétendaient pas se vouer à l’état religieux. Lesécoles des moines prirent une consistance, acquirent une importance progressive, surtout depuis que Charlemagne , qui devina avec un sens supérieur la plupart des besoins de son temps, en fit le constant objet de ses soins. Le vénérable Bède (673-753), que Lcland appelle

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» ia gloire, le plus bel ornement de la nation anglaise, l’homme le plus digne qui fut jamais de jouir d’une réputation immortelle, »

avait déjà, par l’influence de son exemple, réveillé les études en Angleterre ; Alcuin (7315-801), sous Charlemagne, fonda une foule d’établissements scientifiques, entre autres la célèbre école du monastère de Tours, et au ix" siècle , Raban Maur (836), moine de Fulde, marcha glorieusement sur scs traces en Allemagne.

On ne s’étonnera point, d’aprèseela, qu’un écrivain anglican ail rendu, de nos jours, un hommage de conviction à l’ordre de Saint- Benoît; malgré les injustes et partiales restrictions dont il accompagne scs éloges, ceuxci n’en forment pas moins une réponse péremptoire à la foule de méchants écrivains qui ont distillé le venin de leur plume sur l'état monastique.

« Il n’y a jamais eu sur la terre une classe d’hommes à laquelle le monde ait dû plus de reconnaissance qu’au célèbre ordre des moines bénédictins : trop souvent les historiens, en énumérant les maux qu’ils occasionnèrent, omettent de faire mention du bien qu’ils produisirent. Ce qu’il y a de moins éclairé dans la classe des lecteurs a nécessairement entendu parler du grand thaumaturge saint Dunstan, tandis que nos compatriotes les plus instruits se ressouviennent à peine des noms de ces hommes admirables qui, sortis de l’Angleterre, devinrent les apôtres du Nord. Les tics de Tinian et de Juan Fernandez ne sont point, dans l’Océan , de plus beaux sites que ne le furent, du temps de notre hcptarchie, Malmesbury , Lindisfarnc et Jarow. Une communauté d’hommes pieux , s’adonnant à la littérature et aux arts utiles, ainsi qu’à l’étude de la religion, ressemble alors en quelque sorte à une oasis placée au milieu des déserts. On dirait des étoiles, qui, par une nuit obscure, nous éclairent d'une lumière

douce et brillante. S’il exista jamais un homme que l’on pût appeler vénérable, ce fut, sans contredit, Bède, au nom duquel aussi on ne manque jamais d’ajouter celte épithète, et qui passa toute sa vie à instruire les générations qu’il vit s’élever, et à préparer pour la postéritédes monuments littéraires. Dans ces temps de désolation , l’Église seule offrait un asile contre les maux auxquels étaient exposés tous les pays. Au milieu des guerres continuelles, l’Église seule jouissait d’une douce paix; des hommes qui, tout en se haïssant mutuellement , honoraient et craignaient le môme Dieu, la considéraient comme un royaume sacré.

Quoique des ambitieux et des mondains abusassent de son nom vénérable, quoique trop souvent les artifices du méchant et les erreurs du fanatique la déshonorassent, elle offrait toujours un refuge aux hommes dont la jeunesse avait été plus sage , ou qui , arrivés à un certain âge, ont compris le néant de l’existence, etsc sentent fatigués de la société de leurs semblables. I/homme sage , l’homme timide, et l'homme mondain y trouvaient également un asile sûr et calme au milieu des orages qui bouleversaient le monde *. »

C’est dans ces asiles, dans ces foyers de la science, qu’on choisissait, fréquemment et de préférence, les serviteurs de l'Église, les dignitaires de tout rang, cl même les évêques ; aussi devint-il d’usage, beaucoup plus qu'auparavant, que les moines se fissent promouvoir aux ordres sacrés. Bientôt, d’après cet usage , il n’y eut guère de moines q u’on ne dut considérer comme des membres véritables du clergé.

De cette manière s’accrut , et leur puissance et la vénération des peuples , attestée par les expressions mêmes avec lesquelles on désignait l'état monastique. On le nommait

1 Quartcrly Revicw (déc. 1811).

de préférence religion , et ceux qui l'embrassaient religieux; on regardait l’admission à cet état comme un second baptême, comme une renaissance spirituelle.

De tous cillés on rivalisait pieusement à enrichir les cloîtres des biens de la vie, aies relever aux yeux des fidèles par des privilèges de tout genre : celui qui n'avait point ou la volonté ou le pouvoir de se faire moine lui-mcmc, croyait au moins s’assurer, par ce moyen, une partie des bénédictions attachées à l'état monastique. Le travail manuel des Bénédictins , leur façon de vivre si simple, leur avaient permis de réunir et d’épargner des sommes assez considérables ; mais leur richesse s’augmenta singulièrement par l’effet de cette bienfaisance universelle. C’est aussi de ce point que date la décadence de la régularité claustrale. Les dons des laïques accoutumèrent les moines à la magniüccnceetau luxe, et l’on ne trouva plus, dans les superbes habitations bâties à leur usage, la pauvreté et la vie misérable dont on leur avait fait un devoir dans le principe. On chercha à se dédommager de l’isolement du monde par tant de jouissances, qui n’étaient pas expressément proscrites par la règle, que, les idées mondaines prenant insensiblement le dessus, on perdit de vue l’austérité de l’état monastique; le relâchement et l’oubli des mœurs souillèrent la chaste enceinte des cloitres. On pourrait se demander comment les richesses prodigieuses de certains monastères s'accordaient avec le vœu de 'pauvreté que prononçait chaque moine lors de sa profession ; mais il est juste d’établir à cet égard une distinction. Le moine n’avait pas le droit d’appeler sien quoi que ce fût, pas même la plume et le papier qui lui servaient à écrire, pas même le froc qui était son vêtement : mais il était permis au monastère d’acquérir des biens dans l’intérêt de la charité chrétienne, et même dans l’intérêt politique de l’utilité

générale. Les abus que uousavons indiqués n’étaient , au reste, que des abus partiels ; beaucoup de mouastèresdemeuraient fidèles à la rigueur de l’observance primitive, pendant que plusieurs, égarés par la séduction de l’exemple, trempaient, hélas! dans la corruption du siècle.

Il faut joindre à celui-là un autre ordre de considérations. Tous les monastères, sans exception', avaient été soumis d’abord à la surveillance de l’évêque sur le territoire duquel ils se trouvaient situés; ils avaient constamment eu à s’applaudir de sa protection. La conscience qu’ils acquirent de leur pouvoir et de leur importance fit penser à plusicursqu’ils pouvaient se passer de cet appui, et bientôt exprimer le désir de s’affranchir insensiblement d’une surveillance incommode. Toutefois les évêques ne furent pas exempts de tort dans ces conjonctures. Connaissant les riches revenus des monastères, ils s'immiscèrent dans leur administration économique, et portèrent quelquefois atteinte aux droits des moines en réclamant pour eux-mèmes, ou pour leurs parents, la dignité d’abbé. Les plaintes des religieux éclatèrent de plus en plus contre les évêques, jusqu’à ce qu'il arrivât à certains monastères de s’affranchir tout à fait de leur influence, pour se soumettre, sans intermédiaire, à la protection du pape, (assortes de monastères s’appelèrent exempts ( mo nasteria exempta). Les exemptions devinrent toujours plus fréquentes, par la double raison que les souverains pontifes devaient aimer à rattacher, d’une manière plus étroite, au saint-siège les moines qui étaient scs plus fidèles serviteurs, et que ceux-ci mettaient un grand prix à ne plus avoir de fâcheux surveillants. Les meilleurs critiques ont fait justice des déclamations auxquelles les exemptions ont donné lieu. Ils ne se sont pas dissimulé leurs inconvénients; mais ils reconnaissent en même temps qu’à une

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époque comme celle où elles prirent naissance, il était utile, pour le maintien de l'unité comme pour la répression d’un grand nombre d'abus, que le pape exerçât sur certains territoires une juridiction immédiate. Cela l’y rendait en quelque sorte présent, et accoutumait à obtempérer avec plus de respect à la voix du pasteur suprême.

Si la première tentativede réforme échoua, il n’en faut pas moins tenir compte de la ferme volonté de son auteur. Saint Benoît d’Aniane (T-îO-821), né en Languedoc, renonça à tous les avantages que lui conférait une illustre naissance, pour rivaliser, par son abnégation cl la rigueur de ses pénitences, avec les premiers fondateurs de la vie religieuse. La règle de saint Benoît lui parut écrite pour des novices et pour des hommes faibles ; il crut devoir se frayer un chemin particulier ; et, vers la fin de 780, il bâtit, avec quelques disciples, le monastère d’Aniane. Le bruit de la rigueur qu’on y observait détermina de pieux solitaires à

venir s’y enfermer ; bientôt même le monastère se remplit, et saint Benoit fut à même , au moyen de ses disciples , d'en réformer d'autres. Quand Louis le Débonnaire monta sur le trône, il l’établit inspecteur de toutes les abbayes de son royaume, avec la mission spéciale d’y introduire une réforme salutaire. Le fruit de celte commission que saint Benoit devait remplir, sa Concorda des règles monnstiques , comprend le texte de la règle de saint Benoit avec celui des règles des autres patriarches de la vie religieuse; le but de l’auteur était de montrer l’uniformité de ces grands hommes dans les exercices qu’ils prescrivent. Ce qu’il exigea des cloîtres soumis à sa réforme fut moins rigoureux qu’on n’aurait pu s’y attendre d’après scs premières actions : de là, peutêtre , il résulta que les statuts, arrêtés en 817 par le concile d’Aix-la-Chapelle pour le rétablissement de la discipline , en partie n’obtinrent pas une pleine exécution, et en partie furent tout à fait mis en oubli après la mort du réformateur.

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