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CHAPITRE Yl

CHANOINES. - COIOENDES. — CLÜNI.

Malgré tous les vices que saint Benoit d’Aniane s’était vainement cflbrcé de faire disparaître, les monastères conservaient encore «le la considération , par cette raison surtout qu'étant l'unique foyer scientifique d’où jaillit la lumière, ils s’étaient rendus nécessaires à tous ceux qui voulaient se distinguer dans les arts ou dans les sciences, cl

parce que la corruption morale où étaient plongés certains religieux échappait aux ycuxdu peuple. Toutccqu’invcntait ou composait alors l’esprit humain, tout ce qu’exécutait ou assemblait la main de l’artiste, pouvaitétreen partie revendiqué, quant A l’honneur d’en avoir enseigné les principes, par les monastères et par les écoles claustrales.

CHAXOIXES.

La considération , toujours si fortement enracinée dans l’esprit du peuple, dont jouissait l’éta t monastique, mais surtout les beaux exemples qu’ils voyaient encore briller dans les cloîtres, éveillant chez les ecclésiastiques séculiers une vertueuse émulation, ils conçurent à leur tour l’idée de se réformer. Les moines étaient devenus clercs, sans avoir rien perdu; les clercs voulurent devenir moines dans l’espérance d’y gagner beaucoup en austérité et en talents. On observera que cet événement remarquable semble, jusqu’à un certain point, contredire ce que

nous avons dit, plus haut, du relâchement des cloîtres, ou du moins ne le confirme qu’autant qu’on envisage ce relâchement comme une exception sur la multitude des monastères, dont la plupart gardaient encore de la décence et de la régularité; il serait difficile, sans cela , d’expliquer pourquoi dans les bas siècles toutes les institutions pieuses ont pris un air cl un ton monastiques. Au reste, l’excès même du désordre doit nécessairement ramener les hommes à la vertu. «Voilà ce qui déplaît aux ennemis «le la religion , » fait remarquer Ber-

gier ‘.a A quoi sert, disent-ils, d’établir des instituts, des règles, des réformes qui décherront par le penchant invincible delà nature, et qui auront le même sort que toutes celles qui ont précédé? C’est comme si on demandait à quoi sert de rendre la santé à un malade qui, tôt ou tard, retombera dans une autre infirmité par la destinée inévitable de la nature. C’est justement parce que l’humanité tend naturellement au désordre et au vice, qu’il ne faut pas se lasser de la soutenir et de la relever après ses chutes.

Quand un établissement utile, une réforme salutaire ne durerait que pendant un siècle, c'est autant de gagné sur la faiblesse de la nature au profit de la vertu.»

Déjà saint Augustin, du temps qu’il était évêque d'IIippone, avait engagé les clercs qui appartenaient à son Église , à mener avec lui une vie ascétique dans une demeure commune ; mais quoi qu’en disent les chanoines augustins, il est certain que, peu de temps au moins après sa mort, ce lien se dénoua tout à fait. Saint Chrodegang (766), évêque de Metz, vit avec d'autant plus de douleur les passions sans frein auxquelles s’abandonnaient plusieurs ecclésiastiques séculiers, que leurs excès, devenant publics, causaient au peuple un affligeant scandale.

C’est ce qui lui fit proposer au clergé de sa cathédrale de se vouer, dans une habitation commune, à une vie que sa régularité et des pratiques de dévotion rendraient canonique. Cette réforme était fondée sur la con-

1 Dictionnaire théologique, v° Chanoine.

2 Alban Butler, Vies des Saints, t. III, p. 40.

3 Par exemple, en Italie, dans les Pays-Bas

et en Bohème , il y eut trois congrégations de

chanoines réguliers, qui portaient le nom de Croiaier». La première, à qui Alexandre III donna la règle de saint Augustin, l’an 11 CO, fut supprimée, en 1 G5G, par Alexandre VII. La seconde, fondée en 1211, par Théodore de Celles, était déjà supprimée avant notre première re-

naissance qu'avait saint Chrodegang des grandes dispositions qu'exige une fonction aussi sublime que celle de faire l’ofiice des anges, enchantant les louangesdu Seigneur, et d’être établis médiateurs entre le ciel et la terre *. L’événement surpassa ses espérances. 11 rencontra même de la part des prêtres moins de résistance qu’il ne s’y était attendu, et il eut à se féliciter de ce que la vénération du peuple pour le clergé fut réveillée par cette mesure.

Saint Chrodegang leur ayant donné une règle, dont les trente-quatre articles étaient la plupart empruntés à celle de saint Benoit, et cette règle leur servant de canon, ils se nommèrent chanoines ( canonici), et leur habitation commune s'appela cloître; c'est qu’en effet, dans le dessein de mener une vie édifiante, ils observaient un régime trèsapprochant de celui des moines. Leurs observances étaient presque les mêmes que celles des Bénédictins , si ce n’est que les fonctions de leur office ne les obligeaient pas à une clôture aussi rigoureuse, et qu’il leur était permis d’être individuellement propriétaires. L’exemple de saint Chrodegang fut bientôt suivi, non -seulement dans le reste de la France, mais en Italie, en Allemagne et dans les autres pays : les chanoines s’y soumirent à une vie commune. Mais beaucoup d’évêques, apportant des modifications divcrscsà la règle, il ne s’écoula pas un grand laps de temps avant qu'on ne pùt distinguer plus de cent cinquante sortes de chanoines 1 2 3 * 5 .

volution. La troisième fut instituée à Prague, l’an 1234, par Agnès , fille du roi Primislaw.

C’est à l'Italie qu'appartiennent les chanoines réguliers de Saint -Sauveur et de Lalran , institués, l’an 1408, par le B. Étienne, religieux de l’ordre de Saint-Augustin.

En France, l’on vit éclore les congrégations de Saint-Rnf , à Avignon ; de Saint-Laurent , en Dauphiné; de Saint-Yves , h Beauvais ; de Saint-Nicolas d’Arras , en Artois; de Murbach,

Pour nous, qui ne les considérons que comme des rejetons de l'état monastique, nous nous bornerons «à faire observer que l’espérance des évêques qui avaient compté rendre leur

clergé plus dépendant, se trouva quelquefois trompée; car l'esprit d’opposition se fit jour aussi dans certaines assemblées capitulaires.

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