COM MENUES
Celte conduite des ecclésiastiques séculiers dut ajouter à la sollicitude et à l’émulation des moines. bientôt un abus, qui menaçaillcs cloîtres en ébranlantleur organisation fondamentale, concentra l’attention universelle. Déjà, dans le cours du viii° siècle, il était arrivé, en France, à quelques seigneurs de s'emparer des monastères à main armée, et de s’approprier une partie de leurs revenus. Les agitations du xi° siècle furent encore plus favorablcsà ce genre de violence ; des princes, pressés parle malheur des circonstances, l'envisagèrent même comme un excellent moyen de récompenser les services de leurs partisans, sans que la reconnaissance qu'ils leur témoigneraient les engageât dans de coûteuses dépenses. Ils confièrent à des laïques de distinction le soin de protéger
en Alsace; de Notre-Sauveur , en Lorraine; de Saint- y ictor, à Paris.
De la congrégation de Saint-Victor sortirent, au xu c siècle, les chanoines réguliers de la Congrégation de Franco ou «le Sainte-Geneviàte. Au xvir siècle, le pieux cardinal de la Rochefoucauld , évêque de Sentis , les soumit à une réforme. L’abbé de Sainte-Geneviève était triennal , et premier supérieur d’une congrégation qui comptait, dans le royaume. 67 abbayes, 38 prieurés conventuels, deux prévôtés et trois hôpitaux ; et, dans les Pays-Bas, trois abbayes, trois prieurés, outre un nombre considérable
les monastères (d’où l’origine des commences) , c’est-à-dire, en termes plus clairs, qu’ils leur permirent d’en administrer et d’en aliéner les biens à leur gré. C’est ainsi que prirent naissance les abbés laïques, les abbés commendataires, lesabbés honoraires (abbacomites). Le monastère de Saint-Denis reconnut, à ce titre, successivement l’empereur Charles le Chauve, Robert , duc de France , et Hugues Capet. Cette «lignite n’était pas héréditaire , il est vrai ; le supérieur laïque ne devait jamais perdre de vue l'avantage du monastère et des moines ; mais il n’en reste pas moins certain que de semblables protecteurs n’étaient guère propres à opposer «les obstacles au relâchement des mœurs dans l’intérieur des cloîtres.
de cures. Dans la procession où l’on portait la châsse de sainte Geneviève , l'abbé était à la droite «le l'archevêque, et donnait, comme lui, des bénédictions dans les rues.
Les chanoines réguliers de Notre-Sauveur furent réformés, en France, par le B. Pierre Fourier , mort en 16o0. Paul V et Grégoire XV approuvèrent cette réforme. L’objet de ces chanoines était de travailler à l'instruction des jeunes gens et des habitants de la campagne; plusieurs possédaient des cures, et ils héritèrent des collèges qu’avaient eus les Jésuites en Lorraine.
JUSQU’A L’ETABLISSEMENT MS ORDRES MENDIANTS
GLlitl.
Depuis que la réforme de saint Benoit d'Anianc avait été paralysée dans scs effets, le besoin d’une amélioration se faisait toujours sentir d’une manière plus vive , et les laïques eux-mêmes réclamaient un changement. Il y aurait de l’injustice à dire que les monastères existants étaient descendus à un tel degré de relâchement, qu’on ne pouvait espérer d’en voir sortir une réforme : quoi qu’il en soit, l’érection d’un monastère nouveau, qui donnerait l’exemple d’une rigoureuse soumission à la discipline de la règle primitive, semblait le meilleur parti à adopter ; car lesautres, se trouvant humiliés d’une comparaison toute à leur désavantage . devaient tendre naturellement à remonter au niveau de ce modèle.
La célèbre abbaye de Cluni , fondée dans ce but en bourgogne, l’an 910, autorisa dès son origine les plus belles espérances.
Bernon, son premier abbé, vit déjà, en 927, à sa mort, sa réforme introduite dans sept monastères ; mais elle n’acquit vraiment de la consistance que sous saint Odon, son successeur. Celui-ci ne se borna point à rétablir l’exacte observance de la règle des Bénédictins, que beaucoup de cloîtres ne connaissaient déjà plus que de nom ; mais il y ajouta quantité de rites et de cérémonies, à dessein sévères et incommodes ; car leur pratique était éminemment propre à confirmer les moines dans le sentiment de l’humilité et de l’obéissance. Ainsi, les frères devaient, dans certains intervalles, observer un silence continuel, et ils ne pouvaient a lors se communiquer leurs pensées qu’au moyen de signes convenus entre eux. En défendant l’usage de la viande, saint Odon prétendait amortir le feu des passions; en rétablissant
la communauté des biens , il obviait à l’inconvénient des richesses excessives. Il u’augmcnlail pas en même temps, outre mesure, les exercices de piété, et n’enchaînait point par là le zèle bienfaisant des moines; aussi cette sage règle de discipline comhla-t-clle de gloire son auteur, et fit parvenir lesClunistes au degré d’éminénee et d’autorité, de dignité et d’opulence dont ils jouirent pendant ce siècle et le suivant. Sous l’abbé Aimard .qui succéda en 912 à saint Odon , un riche gentilhomme se plaça avec sa femme et tout son patrimoine dans la dépendance de l’abbaye , jaloux de participer à ses mérites (donati), exemple qui trouva une foule d’imitateurs et agrandit les richesses des monastères. Saint Mayeul.qui remplaça Aimard en 963, réforma beaucoup de monastères d’Italie ; mais il futéclipsé parla gloire de saint Odilon, son successeur, en 991. Nonseulement ce dernier, en alliant avec prudence la douceur à la sévérité , ménagea à la réforme de Cluni un accès presque général dans les monastères; mais Casimir, fils de Miccslaw , roi de Bologne , qui avait été moine dans son abbaye, ayant été élu roi et ayant obtenu du pape Benoit IX qu’il le relevât de ses vœux, le saint abbé eut la satisfaction de voir ce prince fonder en Bologne plusieurs monastères et les incorporer à la congrégation de Cluni. C’est saint Odilon qui, étendant sa charité jusqu’aux morts qui n’avaient point encore satisfait entièrement à la justice divine, institua dans toutes les maisons de son ordre la Commémoration don fidèles trépassés. On y célébrait cette fête , qui passa depuis dans l’Église universelle , en distribuant des au mènes , en offrant des prières et le sacrifice de la messe pour le
soulagement des Ames détenues en purgatoire. Saint Hugues , sixième abbé à partir de 1049, et qui laissa des statuts pleins de sagesse pour scs moines, vit encore la prospérité de sa congrégation s’accroître ; de toutes parts on se rendait à Cluni, en particulier, comme dans un lieu où régnait l’esprit des anciens moines. On ne remarquera pas sans intérêt la coutume qu'avaient les premiers abbés de se donner des successeurs de leur vivant , eu fixant leur choix sur le plus illustre de leurs disciples; saint Odilon fut coadjuteur de saint Mayeul , comme celui-ci l'avait été d’Aimard, Aimard de saint Odon, et saint Odon du bienheureux llcrnon , premier abbé du monastère.
Une telle série d’abbés , animés d’un zèle égal pour la réforme que le premier avait entreprise, était bien propre à la propager dans les provinces voisines et dans les contrées lointaines. Pourtant, il est naturel que la vie commode et relâchée, qui s’était enracinée dans les cloîtres, n’ait pas fait place, sans difficulté, à la rigueur de l’observance primitive. Plusieurs cloîtres opposèrent la force , en se refusant à admettre la réforme dans leur enceinte. Il s’en trouva où l’ancien type de la vie monastique était tellement effacé , que , dans la triste certitude que les moines ne s’amenderaient pas, on préféra leur permettre d’abandonner tout à fait leur profession. Protégée parles princes et les évêques, appuyée sur l’opinion publique, qui ne regardait comme de véritables Bénédictins que les moines soumis à la réforme de Cluni,
celle-ci se répandit à tel point qu’au xn° siècle, déjà elle comptait en France, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Espagne et en Pologne, deux mille monastères, et qu’elle avait même pénétré en Orient.
À cette réforme se rattache une innovation qu’il importe de remarquer dans une histoire des ordres religieux ; nous voulons parler des congrégations ou associations de monastères '. Si jusqu’alors ils étaient tous restés dans une complète indépendance les uns à l’égard des autres , ceux qui embrassaient la réforme se soumirent à un lien régulier, de telle façon qu’ils accordèrent à l’abbaye, chef-lieu, de Cluni, une certaine influence sur lercstcdcs monastères, et qu’ils acceptèrent ses statuts relatifs à l’observation de la règle. Ce lien et celle dépendance se formèrent insensiblement par celte circonstance que les monastères où il s'agissait d’introduire la réforme recevaient, la plupart du temps, avec la règle de Cluni, quelques moines modèles , et ils se maintinrent au moyen de la réunion synodale des divers abbés , réunion où celui de Cluni avait la préséance. Toutefois, on induirait à tort de cette organisation qu’elle constituait un ordre particulier; car l’abbaye de Cluni et ses dépendances ne sont pas d’un ordre différent de celui des autres Bénédictins ; la seule locution possible est le mot de congrégation qu’on appliqua à Cluni , comme on l’a appliqué à d'autres réformes.
1 Voyez page 21 ce qu’on entend par là.