HOSPITALIERS DE 5AIKT- ANTOINE
Peu de temps après l’érection de la première chartreuse, il se forma aussi, dans le voisinage de Grenoble, une association qui d’abord n’était rier» moins qu’un ordre monastique, mais un simple établissement de bienfaisance.
Le fils de Gaston, gentilhomme du Viennois, était attaqué d’une dangereuse maladie, peu rare à cette époque, et que suivait d’ordinaire la perle de la vie ou du moins du membre souffrant. On l’appelait feu sacré, feu de Suint -Antoine, ou feu d’enfer.
La seconde dénomination lui était venue de ce qu’au xi P siècle beaucoup de personnes,
1 Leur opinion parait peu fondée : il est plus probable que le fen de Saint- Antoine est, comme la lèpre, une maladie qui a disparu à peu près
attaquées de cette maladie, se rendaient à une chapelle deSaint-Didier-dc-la-Mothe, où l’on conservait les reliques de saint Antoine; en y invoquant son entremise, et par l’efficacité de ses reliques, elles y avaient trouvé une complète guérison. Le bienfait de cette intervention était proclamé avec d'autant plus de reconnaissance que , sans un secours surnaturel , le membre malade devenait noir et sec, comme s’il avait été brûlé ; quelquefois aussi le mal se résolvait en une putréfaction qui faisait tomber la partie offensée; des médecins modernes le confondent avec l’érysipèle ‘. Gaston, dé-
du milieu de nous pour faire place h d’autres; car les maladies du corps ont leur temps comme celles de l’esprit.
cliiré par l'inquiétude, promit à saint Antoine que s'il daignait rendre la santé à son fils, il se dévouerait lui et le nouvel objet de sa bienfaisante intervention, avec tous leurs biens, au soulagement des malades attaqués du feu sacré, et qu’ils élèveraient dans ce but un hùpital auprès de l'église. Saint Antoine apparut en songe à Gaston, lui promit d'accomplir ses vœux, cl lui indiqua même quel costume il convenait qu’il adoptât à l’avenir. Le malade guérit , et tous deux , pleins de gratitude , fondèrent , en 109:3 , leur admirable institut, sous le nom de confrérie hospitalière de Saint-Antoine; la même année, le pape Urbain II l’approuva dans le concile de Clermont. Gaston présida, en qualité de grand maître, à l’œuvre des frères hospitaliers. Leur costume était semblable à celui des ecclésiastiques séculiers; seulement, d’après l’ordre qu’en avait donné saint Antoine, le manteau et la soutane étaient marqués d’un Tau bleu qu’ils portaient en émail, à la manière des chevaliers.
De telles confréries n’avaient rien d’extraordinaire à cette époque ; celle-ci n'aurait même pas trouvé place dans l’histoire des ordres religieux , puisqu’elle ne se composait que de laïques, si le pape Honorius III ne leur avait permis, en 1218, de prononcer les trois vœux de religion. Une nouvelle modification survint en 1297, car le pape Bonifacc VIII transforma la confrérie en une congrégation de chanoines réguliers , sous la règle de Saint-Augustin. Comme le
feu sacré était une maladie très -fréquente aux xi° et xii® siècles, l’ordre se répandit singulièrement dans cet intervalle, accueilli qu'il était en tous lieux, à cause des soins touchants de ses membres pour la guérison des infirmités, et à cause de leur généreuse hospitalité, en France, en Italie, en Allemagne, il acquit à la fois une juste considération et de grandes richesses. Les papes et les princes lui témoignaient à l’cnvi leur bienveillance en l'ornant de prérogatives importantes , de privilèges flatteurs. L’abbaye chef-lieu fut, jusqu’au xvir siècle, un lieu de pèlerinage célèbre et fréquenté. Cependant toutes ces circonstances , en apparence si favorables, étaient plutôt contraires, car , à dater de cette époque , l’ordre s’astreignit moins à la rigueur de l’état monastique. On consacra moins de soins aux malades ; le temps de les servir fut usurpé par les jouissances de la vie; les riches revenus destinés à leur soulagement , détournés de cet objet, ne faisaient qu’accroître le bienêtre des chanoines. Pour être juste, néanmoins , il faut convenir que, pendant les guerres de religion du xvr siècle, l’ordre essuya en France toutes les fureurs des hérétiques, qui lui enlevèrent une grande partie de ses biens. Une réforme, entreprise en 1630, mais qui ne fut pas reçue dans toutes les maisons de l’ordre, n’cmpécha pas qu’on le réunit en 1771 à celui de Malte, et qu’il ne succombât ensuite sous le terrible niveau de la sécularisation.