CISTERCIENS
Tous les ordres que nous avons énumérés jusqu’ici s’étaient insensiblement séparés , tant des anciens Bénédictins non réformés, que de la congrégation de Cluni , au moyen des constitutions particulières qu’ils ajoutaient à la règle primitive, et , en modifiant ainsi leur organisation, ils avaient acquis l’indépendance, mais il n'était encore arrivé à aucun d’éclipser Cluni et scs monastères. Au contraire, pendant que ces ordres tentaient , par des voies diverses , de rendre à la discipline monastique sa pureté première, quoique la congrégation de Cluni eût secoué les plus fortes entraves qui lui avaient été imposées dans le principe, et qu’elle eût donné accès dans ses cloîtres à des mœurs plus relâchées, elle n’avait presque rien perdu pourtant delà considération extraordinaire qui l’entourait.
En cfTel, quels que fussent les désordres intérieurs et les dépenses qu’ils pouvaient entraîner, les fervents chrétiens des x c et xi" siècles avaient si libéralement doté la congrégation de Cluni, qu’elle trouvait toujours dans ses immenses ressources pécuniaires de quoi se rendre utile au peuple,
et que celui-ci, profitant de scs bienfaits, la payait en reconnaissance et en vénération. Nous conviendrons ici , bien que nous ayons justifié plus haut les exemptions, que leur grand nombre favorisa le relâchement des abbés et des" moines. Le droit de correction une fois été h l’épiscopat, ils purent se livrer aux plaisirs du monde, à la chasse, au jeu, aux délices de la table, aux plus fâcheux excès, avec d’autant moins d’inquiétude qu’il était impossible au pape d’en être instruit exactement. D’ailleurs, par cela même que les moines des différents États de la chrétienté s’étaient prodigieusement multipliés , et qu’ils formaient un corps de milice qui pouvait être, dans une foule de cas, fort ntile à la religion, le pape usait de ménagements en les rappelant au devoir ; et, comme il ne leur faisait guère entendre qu’une voix paternelle, l’autorité de ses remontrances était quelquefois méconnue.
Cette conduite du souverain pontife, que les protestants ont taxée de faiblesse impardonnable, nous semble marquée au coin de la prudence. En laissant de côté ces raisons, il en est une autre qui justifie la con-
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sidération accordée à la congrégation de Clani : c’est le soin avec lequel on se vouait aux études dans la plupart de ses monastères. Les adversaires de l'état religieux , toujours si prompts à blâmer les abus . sont forcés de convenir que les études ont plutôt gagné que perdu à ce que les moines, au lieu d'être rigoureusement renfermés dans leurs cloîtres, se répandissentdanslcmondc:
car leurs précieuses connaissances , exportées enfin hors des monastères , devinrent d'une utilité plus générale; l'arbre de vie, étendant ses racines, se multiplia par ses rejetons , et s'orna de fruits que toutes les classes de la société furent appelées à cueillir. Que d’obligations la jurisprudence et la médecine *n’ont-clles pas au zèle propagateur des moines ! En France, en Allemagne, ces respectables religieux s’épuisaient en efforts bienfaisants pour civdiscr le peuple.
La congrégation de Cluni était encore dans sa fleur, quand l’ordre des Cisterciens, nouvel honneur de l'état monastique , s’éleva comme un cèdre majestueux.
Saint Robert (1024-1110), fils d’un gentilhomme de la Champagne, se retira d’abord chez les Bénédictins de l’abbaye de Moutier-la-Cellc , où il devint l’exemple et l’admiration de la communauté. Élu abbé de Saint-Michel de Tonnerre, il vit scs intentions de réforme tellement traversées par ses religieux, qu'abandonnant ces esprits rebelles , il se joignit à de pieux anachorètes dans le désert de Colan, voisin de Tonnerre; de cette solitude, trop malsaine, ils se transportèrent dans la forêt de Molesme. D’abord saint Robert n’eut qu’à se féliciter de l’austérité et de la pauvreté des solitaires; mais, bientôt, les secours que leur prodigua la piété des fidèles introduisirent le relâchement ; ils abandonnèrent le travail des mains, reçurent des oblations fréquentes, et changèrent leur costume, contre la volonté expresse de leur abbé.
Saint Robert, qui avait déjà quitté Molesmc une première fois , mais y était revenu , en partit encore pour aller, avec vingt religieux, fonder dans la forêt de Cltcaux (Ciatercium, peut-être à cause des citernes qui s’y trouvaient) une colonie de moines. A l’extérieur misérable de la communauté, à la vue des cellules de bois des solitaires, on n’eùt guère soupçonné la grandeur future de Clteaux. Il ne fut pas donné au fondateur de la préparer autrement qu’en lui offrant l’exemple de ses propres mortifications , et eu bâtissant son premier abri; car il retourna l’année suivante à Molcsme, d’après le désir qu’en exprimèrent les moines repentants, et il en reprit la conduite jusqu’à sa mort.
Sous saint Albéric, qui succéda, en 1099, à saint Robert dans le gouvernement de Citeaux , cette abbaye se consolida en recevant des statuts particuliers. Telle était encore à cette époque la confiance qu’inspirait la règle de saint Benoit, que ces statuts n’avaient pas d’autre objet que l’observation de cette règle sans exception ni adoucissements. C’est pour s’y conformer strictement qu'on élevait les monastères loin des villes et des villages , dans la tranquille solitude des forêts ou déserts; qu'on excluait le luxe des habits, la recherche et la délicatesse des mets à l’usage des religieux ; que les églises et les objets nécessaires à leur service indiquaient un esprit de pauvreté et d'indigence volontaires. Toutefois , ces statuts n’interdisaient pas au monastère la propriété du territoire sur lequel il était situé , et cette possession était autorisée par la règle de saint Benoît; saint Albéric ne renonça point à user de cette autorisation, probablement parce qu'il pensa qu’à cette époque l’existence d’un monastère ne pouvait se maintenir s'il ne reposait pas sur un sol qui lui appartint. Des frères-lais furent admis dans sa communauté, mais avec l’as-
surance expresse qu’on les traiterait d’une manière douce et bienveillante. Citeaux ne se proposait, nous le répétons , qu’une plus étroite observance de la règle de saint Benoit; mais il fut permis de croire qu’il aspirait à former un ordre indépendant de celui des anciens Bénédictins , lorsque saint Albéric, par dévotion pour la sainte Vierge, que son institut adopta depuis lors pour patronne, substitua à l'habit de couleur brune un vêtement de couleur blanche.
Saint Étienne (1134), qui prit , en 1109, la conduite de l’abbaye , chercha à surpasser encore son prédécesseur dans la stricte observation du vœu de pauvreté. On supprima dans l’église les croix d'or et d’argent, et on leur en substitua d’autres qui étaient de bois peint. On bannit l'usage des chandeliers , et il fut arrêté qu'il n’y en aurait plus qu’un , lequel serait de fer. 11 fut encore décidé qu’on ne se servirait point de calice d’or, mais seulement d’argent doré.
Les chasubles, les étoles, les manipules et autres ornements devaient être d'étoffes communes; il ne devait y entrer ni soie , ni or , ni argent. Ce n’est pas qu’on ignorât que les richesses et les embellissements des églises ont pour objet l’honneur de Dieu ; au contraire, on ne les condamnait pas dans les églises cathédrales des évêques , qui se proposent par là d’exciter la dévotion de tout un peuple , généralement peu appliqué aux choses spirituelles. Mais, pensait-on:
« nous autres religieux , que prétendonsnous faire par ce luxe et ces magnificences? serait-ce de donner des sentiments de douleur et de componction aux pénitents, ou du plaisir et de la satisfaction aux spectateurs? Qu’ est-ce que toutes ces superfluités ont de commun avec des personnes qui ont fait vœu de pauvreté, avec des religieux, avec des hommes spirituels *? » La vie et
1 Saint Bernard, Apol., c. 11, n° 51.
les actions des moines étaient encore plus empreintes du cachet de la pauvreté que les objets extérieurs. Mais l’austérité même de la règle, qu’on accusait d’être excessive, faillit porter un coup mortel au nouvel institut. Les moines qui avaient fait profession restaient, il est vrai, dans le monastère; mais le découragement, que provoquait dans l’esprit des étrangers uue vie si rigoureuse , faisait que personne ne se présentait à l'abbaye pour y être reçu. Cependant , le ciel exauçant les vœux de saint Étienne, un événement inattendu vint rendre à l’ordre une nouvelle vie. Saint Bernard se présenta en 1113, avec trente compagnons, au monastère, sollicitant humblement la grâce d’y être admis et de revêtir l'habit blanc de Citeaux. On peut, à raison de ce fait, le considérer comme le second fondateur de l’ordre des Cisterciens : on doit , dans tous les cas, le regarder comme le moine le plus doué de génie et le plus influent de l’époque.
Bernard (1091-1133) naquit au château de Fontaines , près de Dijon : ses parents sortaient l’un et l’autre d’une des premières maisons de leur province. L'éducation que lui donna sa pieuse mère lui Ht de bonne heure préférer l'isolement de la vie religieuse et les austérités du cloître, sans que la vivacité de son génie en fût altérée. Ce n'est pas sa faute s’il est né dans un siècle que l’on nomme siècle de brigandage , d’ignorance et de superstition , où la plupart des opinions, en matière de sciences humaines, étaient erronées; des hommes, tels qu'Abailard, n’en surent point éviter les écueils; mais , au milieu de tant de chances de mauvais succès , d’obstacles moraux et matériels, saint Bernard, supérieur au danger, fournit une carrière éclatante et glorieuse. Le secret de la réputation acquise à saint Bernard est dans ce tact admirable, ou plutôt dans ces célestes inspirations qui
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lui faisaient remplir, dans l’intérieur du cloître, les pratiques du moine le plus humble et le plus parfait , et qui le faisaient intervenir, au dehors, avec force et autorité, dans les affaires de l’État et de l’Église. On remarque en lui , comme en la plupart des fondateurs d’ordres religieux , une activité qui n’est autre qu’un continuel désir du mieux, et qui l’excitait incessamment à de nouvelles entreprises : mais chacun de ses pas était déterminé par une réflexion , aussi mûre et profonde que souvent elle était hardie. Est-il surprenant, dès lors, que saint Bernard, que la grâce éclairait de ses lumières , vit presque toutes ses tentatives couronnées de succès? Ccst ainsi qu’il apporta , dans Citeaux , le bonheur et d’abondantes bénédictions, lorsque, se prosternant à la porte, il demanda à être admis ainsi que ses compagnons dans la communauté. On sait qu’il mortifla son corps, très-faible naturellement, par une sorte de martyre qu’il était ingénieux à varier; l’épuisant dans les jeûnes et dans les veilles , il lui demandait presque l'impossible. Lui seul, cependant, absorbé dans ses exercices contemplatifs, ne semblait pas s’apercevoir que cette enveloppe corporelle menaçait de se détacher de la vie. Un zèle aussi extraordinaire, que tout le monde, à cette époque où commençaient les croisades, savait dignement apprécier , non-seulement éveilla dans le monastère une active émulation, mais y attira, du voisinage et même de lieux éloignés, un si grand nombre de nouveaux religieux , que saint Étienne se vit bientôt contraint de fonder de nouveaux monastères. Le plus célèbre est celui de Clairtaux {Clara- Callis), où saint Bernard alla, dès 1115, s’établir en qualité d'abbé.
Là, scs anciennes pratiques de pénitence prirent un tel caractère de rigueur, il ne soutint son corps que par des aliments d’une nature si repoussante, que des critiques, ne
pouvant, en présence des faits, voir dans saint Bernard ou un homme privé de sens, ou un fanatique imbécile , ont imaginé que sa conduite était le résultat d'un adroit calcul, et que, mettant à profit la superstition du peuple, il cherchait à s’assurer, par ces moyens, un crédit désormais inébranlable. Le récit des miracles qu’opéra saint Bernard (miracles attestés pourtant d'une façon authentique) n'est , dans cette opinion, qu’un nouveau piège pour surprendre la crédulité. Bolingbroke et Moritz Doëring expliquent ainsi les prodiges de la grâce; mais il suflit, pour détruire leur audacieuse accusation, de rappeler que toutes les actions de saint Bernard portaient l’empreinte de l'humilité, de la componction, de la charité et du recueillement, ce qu'il faut admettre à moins de s'inscrire en faux contre le témoignage des contemporains, de nier l’éloignement de Bernard pour les honneurs et les dignités , de méconnaître toute sa conduite , et de fermer les yeux sur scs écrits. On aura beau dire que saint Bernard a parlé le langage des hypocrites ; ou ne peut , comme lui , exprimer des sentiments héroïques d’humilité, d'amour pour Dieu et de crainte de ses jugements, si l'on n'a point une âme consommée dans la pratique de ces vertus. Cette vérité était si constante du temps de saint Bernard , que les religieux se pressaient à l'envi dans l'abbaye de Clairvaux, et que, lorsqu'on fondait un nouveau cloître, même au loin , ou qu'on en réformait un ancien , pn demandait avec instance des disciples de saint Bernard qui se fussent voués, à Clairvaux et sous ses yeux, à la sainteté de l’état monastique. De cette manière, la réputation de saint Bernard pénétra dans tous les pays, justement célébrée par ses admirateurs; et l’ordre des Cisterciens, par une conséquence naturelle, se répandit avec une célérité incroyable.
Il n’cn était que plus necessaire, qu’aux statuts anciens et défectueux , dressés à l’usage d’un seul monastère, succédassent des règlements plus précis, quiunissent, comme par un lien commun, les différentes filles de Clteaux et leurs filiations en un même tout. Dans ce but, saint Étienne, avec le concours des autres abbés, et certainement sous l’influence particulière de saint Bernard, qui était déjà fàmc de l’ordre, dressa la Carte de charité, qui prescrivait l’exacte observation delà règle de saint Benoit, sans glose et sans dispense. Celte Carte est surtout digne d'attention , parce qu’elle réfléchit évidemment le projet d'établir un lien étroit entre les monastères, et de leur donner l’organisation la plus durable possible.
La puissance presque monarchique que l’abbé de Cluni exerçait sur les monastères de sa congrégation, avait concentré une trop grande portion de pouvoir entre les mains d’un seul, et engagé les autres abbés en différents lieux à se soustraire à l'influence de la communauté-mère : il en était déjà résulté, à cette époque, des divisions intestines. Instruit par cette expérience, on prit une autre voie à Clteaux ; l’on y restreignit le pouvoir de l’abbé au moyen d’une organisation plus aristocratique : c’est dans des chapitres généraux, régulièrement tenus chaque année, et où se rassemblaient tous les abbés , que l'éloignement de leur monastère n’empêchait pas d’y venir, que les affaires les plus importantes de l’ordre étaient proposées et résolues. L’abbaye de Clteaux fut soumise elle-même à la visite., dont on faisait un devoir général. En effet, chaque abbé devait visiter tous les ans les maisons de sa dépendance, et les abbés des quatre filles de Clteaux (La Ferlé, Pontigny, Clairvaux et Morimond ) devaient aussi , tous les ans et en personne , visiter le monastère chef d’ordre. 11 n’est pas douteux que le plan de celte organisation ne soit
surtout l’ouvrage de saint Bernard , non point , comme l’ont dit ses détracteurs , parce que son ambition eût souffert de voir toute la puissance concentrée dans Clteaux, mais parce qu'il est réellement marqué au coin de son génie. Le pape Caiixte H ne tarda pas à confirmer cette Carte de chanté ; mais nous devons ajouter que saint Étienne obtint auparavant une importante concession de l’ordinaire, c'est-à-dire des évêques. Il leur promit, en effet, que jamais une abbaye ni un monastère ne serait élevé sans leur agrément dans leur diocèse, cl il obtint de leur part, en retour, qu’ils renonçassent volontairement à leur droit de surveillance.
Ainsi les évêques conservaient au moins une ombre de leur ancienne influence , et pourtant les monastères gagnaient dans le fait une position complètement indépendante.
L'étoile de Cluni pâlit de plus en plus, à mesure que l’astre de Clteaux redoubla de vivacité cl d’éclat. Si les riches monastères de la congrégation de Cluni voyaient sans regret la pieuse libéralité de l’époque prendre le nouvel institut pour objet presque exclusif, néanmoins ils ne demeuraient pas indifférents à la vue de leurs propres moines échangeant, par masses entières, leur costume noir contre l’habit blanc de Ctlcaux, à la vue de leurs cloîtres dépeuplés pendant que les nouveaux se trouvaient remplis. La jalousie s'allumant tout à coup, se transforma en sentiments de haine, éclata en une amère polémique; mais le combat était trop inégal, puisque saint Bernard entra dans la lice comme champion de Clteaux.
Quoique la congrégation de Cluni fût alors beaucoup déchue de la régularité et de la ferveur qui l’avaient rendue si célèbre pendant deux cents ans ; bien que, d'ailleurs, les Clunistcs fissent des austérités de Clteaux le sujet de vives déclamations, saint Bernard , en justifiant scs moines, rendit
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pourtant hommage à scs adversaires, et convint que lotir congrégation était l’ouvrage des saints, malgré les mitigations admises par ménagement pour les faibles.
Mais aussi, « pour qu’on ne s’imaginât pas qu’il approuvait les abus essentiels qui s 'étaient glissés dans quelques monastères, il les reprend de la manière la plus forte.
On voit, dit-il, chez certains moines , plusieurs ^ices autorisés et prendre même le nom de la vertu ; la profusion s’appelle libéralité; la démangeaison de parler, politesse; le rire immodéré, gaieté nécessaire; la superfluité et l’affectation dans les vêtements et le train sont décorés du titre spécieux de savoir-vivre. Il combat, avec les armes de la raillerie, l’excès et la délicatesse de ces moines dans le boire et dans le manger, leur amour pour la parure, la somptuosité de leurs bâtiments, la richesse de leurs ameublements. Comment, dit-il , passer toutes ces choses à des hommes qui font profession de n’être plus du monde , qui ont renoncé pour Jésus -Christ aux plaisirs et aux biens de cette vie, qui ont foulé aux pieds tout ce qui éblouit les yeux des mondains, qui ont fui tout ce qui flatte les sens ou peut porter à la vanité ! Il se plaint de ce que quelques abbés , qui devaient être pour leurs moines des modèles de recueillement , d'humilité et de pénitence, leur inspiraient au contraire le goût des vanités mondaines, par la magnificence de leurs équipages , par la continuité de leur dissipation , par la délicatesse de leur table, par leur commerce avec les étrangers.
Excuser, continue-t-il, de pareils désordres, ou les voir sans élever la voix, ce serait les autoriser çt les encourager ’. » Quand on lit l 'Apologie de saint Bernard, quand on y trouve un blâme aussi sanglant des abus de
1 Alban Butler, Vies des Saints, t. VIII, p. 290.
l’état monastique, on s’étonne de l’acharnement des incrédules contre la vie religieuse: avaient-ils besoin d’ajouter à l’improbation d’un Père de l’Église ? n’ont-ils pas d’ailleurs indignement trahi la vérité, en présentant comme générale une corruption que saint Bernard ne reproche qu’à quelques monastères ? Pierre le Vénérable , abbé de Cluni, eut la sagesse de prêter les mains à une réconciliation avec l’ordre de Citeaux.
Mais un soldat de Jésus -Christ, tel que saint Bernard, ne pouvait s’endormir sur scs lauriers dans une molle oisiveté; tant que la vérité et l’honneur du sanctuaire de Dieu réclamaient ailleurs sa présence, il ne pouvait continuer, à l’omhre du cloître, ses exercices contemplatifs. Il lui fallait bien intervenir, en quelque sorte comme arbitre , dans les affaires de l’Église et de l’État, puisque les princes lui soumettaient leurs différends, et que les évêques lui demandaient de décider les points les plus importants. Plus d’une fois, son patronage fut utile aux papes , si cette expression peut se concilier avec le respect dû par un simple religieux au souverain pontificat. Innocent II dut à scs efforts multipliés d’être reconnu en France , en Angleterre et en Espagne ; et Eugène III, disciple de saint Bernard, et qui occupa le saint-siège en lllïî, ne chercha pas vainement près de lui de l’appui et du secours contre ses ennemis. Saint Bernard ne resta point étranger aux modifications introduites, en 1127, dans l’ordre du Temple. Dans les querelles soutenues avec les grands, il remplit, à l’égard des rois, le rôle de médiateur, ou plutôt de juge, comme nous le disions plus haut.
Quand il avait accompli quelque grande entreprise, ou quand il avait un plan à méditer, il se retirait dans sa chère Jérusalem (c'est ainsi qu'il nommait Clairvaux); personne alors n’aurait reconnu dans cet hum-
ble moine la puissance souveraine (le l’cpoque, le héros de l’opinion publique.
Plus un homme est grand, plus l’envie cherche à le rabaisser en lui trouvant des cùtés vulnérables. On a dit que saint Bernard avait une science médiocre , qu’il entasse pêle-mêle l’Écriture sainte, les canons et les conciles, qu’il est fécond en allégories; les ouvrages qui nous restent de ce Père prouvent sa science , et quant aux allégories, il ne les emploie jamais dans les écrits qui concernent le dogme : ce n’est point làdessus qu'il fonde la croyance catholique , lorsqu’il la défend contre les hérétiques.
Les plus célèbres qu’il eut «à combattre sont Abailard et Gilbert de la Porée, évêque de Poitiers, à l'égard desquels on lui reproche de s’être exprimé trop durement, et de s'être livré à une impétuosité de colère indigne de lui. Mais d’abord saint Bernard avait écrità Abailard pour l’engager à se rétracter et à corriger scs livres; il n’écrivit à Borne et aux évêques de France, que quand la conduite du novateur eut annoncé son obstination ; lorsqu’enfin Pierre le Vénérable l’eut converti , saint Bernard ne chercha point à troubler son repos. Certains critiques, aux yeux de qui les Pères de l’Église ont toujours tort et les hérétiques toujours raison , disent qu’il n'entendait rien aux subtilités de la dialectique de son adversaire ; mais Abailard se comprenait-il luimême ? Il aurait pu, certainement, prendre saint Bernard pour maître sans se dégrader.
La justification de ce Père serait bien plus facile encore à l’égard de Gilbert de la Poréc. En désespoir de cause, on accuse saint Bernard d’avoir faussement prophétisé le succès de la seconde croisade, et l’on ajoute que les reproches publics qu’il reçut à cette occasion , répandirent une ombre épaisse sur le reste de sa vie , et remplirent son cœur d’amertume. Mais saint Bernard répondit qu’il avait espéré que la miséricorde
divine bénirait une entreprise formée pour la gloire du Seigneur , et que les croisés devaient s’en prendre à leurs crimes de tous les malheurs dont ils se plaignaient f . S’ils avaient , en effet , mieux suivi dans leur conduite les avis du saint abbé, la croisade aurait eu une issue plus heureuse.
On daigne convenir , cependant , mais seulement pour les cas où l’intérêt personnel ou bien le préjugé de la superstition n’obscurcissait point son esprit, que saint Bernard a donné des preuves éclatantes de prévoyance et de réflexion. Ainsi il s’est élevé au-dessus de la manière devoir, aussi fausse que générale, de son temps, en plaidant, avec la chaleur de la charité chrétienne et le succès le plus heureux, en faveur des Juifs qu'une sanglante persécution menaçait en Allemagne. 11 a fait preuve d’indépendance , en se prononçant , malgré son dévouement au saint-siège, malgré l’intérêt qu’y avaient les cloîtres , dans le sens des évêques contre les papes, relativement aux exemptions de la juridiction épiscopale. S’il est permis, enfin, pour faire pencher la balance vers une opinion que les philosophes modernes et les protestants se sont plu à contester, d'invoquer le témoignage d'individus qui, par le contraste de leurs doctrines religieuses, semblent être sur une ligne ennemie, nous dirons que Luther et Calvin, impartiaux dans leur jugement, n’ont pu refuser à saint Bernard le titre de grand homme et d’homme pieux, tout en lui refusant celui de saint. Bernard mourut à Clairvaux en 1135.
Nous avons dù le suivre, bien qu’avec rapidité, dans la carrière qu’il a parcourue au milieu du monde, parce que l'influence qu’il y acquit n’a pas manqué de réagir , d’une manière remarquable , sur l’ordre auquel il appartenait. En admettant que la
1 L. 2. de Consid. et Ep. 288.
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vie apostolique se trouva renouvelée à Clleaux et dans scs colonies, ce fait, d’ailleurs incontestable, ne suffirait pas seul pour expliquer les encouragements incroyables et la vénération universelle qui entouraient l'ordre; mais il y avait, dans le nom de saint Bernard, une sorte de talisman, à l'influence duquel la multitude ne pouvait pas résister; saint Bernard était toujours nommé simultanément avec Cllcaux, et telle fut la relation intime de ces deux dénominations, que les Cisterciens, particulièrement en France, s'appelèrent de préférence Bernardini.
La rapidité avec laquelle cet ordre se répandit est réellement extraordinaire: après la France, c’est en Allemagne qu'il prit les développements les plus considérables. A peine s’était-il écoulé cinquante ans depuis son premier établissement à Ctteaux , que l’ordre comptait déjà cinq cents abbayes ; et même , dans un chapitre général , tenu en 1151 , l’on jugea nécessaire de mettre des limites à l'érection de nouveaux cloîtres, parce qu’on craignait qu’avec la propagation outre mesure de l’ordre à l’extérieur , le lien intérieur d'union ne se relâchât.
Vaine mesure ! L’âge d’or de Clteaux commençait à briller, et le zèle des pieux chrétiens ne se laissa point dissuader d'établir de nouveaux monastères. Un siècle s’était à peine encore écoulé, que la chrétienté se glorifiait de près de deux mille cloîtres de Cisterciens. Avec leurs abbayes, ils augmentaient aussi leur influence. En 1145, Alphonse de Portugal voulut que tout son royaume relevât de l’ordre de Clteaux : et non-seulement des ordres entiers de chevalerie, tels que ceux de Calatrava, d’Alcantara, de Montesa, en Espagne, d’Avis et du Christ, en Portugal, empruntèrent sa règle, mais ils se soumirent à lui en meme temps.
On a cherché à s’expliquer par plusieurs raisons une faveur si universelle et si con-
stanlc. principale, sans contredit, est l’observation scrupuleuse de la règle qui entretint longtemps la discipline dans les cloîtres. L’on remarquait avec plaisir que les moines ne voulaient pas même, en se déchargeant sur des laïques laborieux du soin de leurs propres affaires, se ménager des jours exempts de sollicitude domestique , et qu’ils sc rendaient au contraire «
utiles par leurs occupations, l’un comme économe, l’autre comme copiste, etc. D’ailleurs, s'ils n'ambitionnaient point en général de s’acquérir, par l’éclat d'études scientifiques, la reconnaissance et l'admiration, plusieurs moines s'en rendaient dignes individuellement : un passage de la vie de saint Bernard 1 semble même démentir ce que cette observation présente de trop restreint. L'ordre de Ctteaux était exempt de cette dissipation qui est la suite ordinaire des disputes scolastiques. On trouve cependant dans un monastère de cet ordre , au diocèse de Bazos, une fondation faite en 1128, pour que l'on instruisit les enfants.
De toutes parts on reçut dans le même ordre des hommes savants, auxquels on permit de se perfectionner dans les sciences qu’ils avaient étudiées, et de se rendre par là utiles à l’Église. Saint Albéric, saint Étienne et saint Bernard, qui en furent les premiers fondateurs, étaient fort recommandables par leur savoir. Conrad , fils de Henri , duc de Bavière , qui prit l’habit à Clairvaux en 1126, avait étudié les lettres avec beaucoup de succès à Cologne , avant sa retraite. Henri , fils de Louis le Gros , qui sc mit au nombre des disciples de saint Bernard, et qui depuis occupa successivement les sièges de Beauvais et de Reims , était très-lettré. Enfin, plusieurs docteurs , célèbres dans l’Église , embrassèrent le
1 Alhan Butler, Vies des Saints, tom. VIII , p. 290.
même institut. La révision de la Bible, faite par saint Étienne et ses religieux , prouve au moins qu'il y avait dans son abbaye quelques personnes qui entendaient les langues orientales. Saint Bernard forma de bonnes bibliothèques dans tous ses monastères. Le travail des mains usité dans ce temps-là parmi les moines de Cftcaux et de saint Benoit, consistait non -seulement à bêcher la terre , mais encore à copier des livres ; l’on voyait même , avant la révolution , à Clairvaux , plusieurs manuscrits très-bien enluminés , qui étaient du temps de saint Bernard. Ainsi la régularité de l'ordre , les services rendus par lui à la science, voilà les mobiles de la faveur dont il était investi : nous y joindrons son intervention active pour la conversion des hérétiques albigeois, bien qu'elle fût de nature à être appréciée par l’Église plutôt que par les bienfaiteurs naturels des monastères, les princes et les grands du royaume , qui , en qualité de laïques, s’intéressaient moins à des discussions dogmatiques qu'ils n'étaient guère capables de comprendre. D’après cette triple raison , on conçoit le zèle infatigable avec lequel on fondait partout des monastères de Cisterciens, et la persévérante libéralité avec laquelle ils étaient dotés. L’influence du nom de saint Bernard n’aurait pas suffi , sans ces trois éléments de succès , pour ménager à l’ordre de si vastes destinées.
Qu’on ne croie point, avec les protestants, qu'il en fut îles progrès des Cisterciens comme d’une affaire démode et de mœurs, et que, la piété ayant pris son cours au profit des monastères, l’habitude s’étant introduite de les établir avec grandeur, Clteaux, qui était l’ordre le plus récent, dut fixer par ce moyen les caprices de la mode, jusqu’à ce que l'apparition d’un nouvel institut détournât de lui l’intérêt général pour le captiver à son tour. S’il fallait répondre à une
explication si puérile, on se bornerait à signaler l’importance d’uhe fondation monastique.
Cet âge d’or de l’ordre de Clteaux disparut devant les divisions intérieures qui troublèrent les cloîtres, et devant l'institution des ordres mendiants. Les conséquences, fâcheuses pour Clteaux, de cette institution étaient encore voilées à scs yeux , quand le pape Clément IV mit fin aux discordes intestines par une bulle, nommée Clémentine, (\\i\ interprétait et modifiait sa Carte de charité en ce qui regardait la police et le gouvernement de l’ordre, et la juridiction des supérieurs, sans faire toutefois aucun changement dans les observances. Cette constitution fut reçue unanimement dans l’ordre. Les ordonnances du chapitre général, tenu en 1289, sont une preuve remarquable du scrupuleavec lequel l'ancienne obéissance à toutes les pratiques s’était conservée ; car on défendit dans ce chapitre, sous des peines très-sèvères , de jamais faire aucune mention de l'usage de la viande, et de jamais se soustraire , au moyen de privilèges, aux observances établies.
Mais , à dater de cette époque, la discipline des Cisterciens tomba dans une prompte décadence. Le pape Benoit XII, qui avait été religieux de cet ordre , voulut, par une constitution de l’an 1334 , appelée Bénédictine , arracher cette discipline à l’indifférence qui avait prévalu, pour la ranimer en rappelant la rigueur primitive : il ordonnait, par exemple, que quiconque, abbé ou simple religieux, aurait, au mépris de l'interdiction , mangé de la viande, jeûnerait trois jours au pain et à l’eau, et recevrait la discipline chacun de ces jours-là dans le chapitre. Malheureusement, l’esprit de désordre s’était introduit dans les cloîtres, et il ne s'en laissa point chasser par les menaces de la bulle pontificale.
JUSQU’A L’ÉTABLISSEMENT DES ORDRES MENDIANTS
11 serait superflu de décrire avec plus de détail la manière dont s’opéra cette fâcheuse décadence. Les monastères de tous les lieux et de toutes les époques ne se ressemblent jamais plus que quand ils sont sur le chemin du relâchement ; aussi les phases de corruption que nous avons indiquées ailleurs se reproduisirent -elles exactement pour Ctteaux. La vie mondaine des abbés , leur goût pour la magnificence et le luxe , donnaient aux moines un dangereux exemple, qui ne larda point à être suivi ; chaque concession accordée au désordre en faisait désirer une nouvelle. Avait- on obtenu un jour la permission de faire usage de la viande , le lendemain on aspirait à voir se relâcher le lien étroit et sévère de la clôture. Un siècle avait servi à conserver des sommes considérables, à les augmenter par une stricte économie ; maintenant, les moines, dans un esprit de vertige , les dissipaient en vaines superfluités. On voit , par des articles de réforme, dressés en 1493, que, se dérobant avec leurs richesses à leurs retraites comme à une prison, ils menaient au dehors une vie semée de plaisirs , et qu’on fut contraint de statuer, entre autres : « Que les portes des monastères en seraient exactement fermées aux heures marquées , pour empêcher les sorties et les entrées à des heures peu convenables à la régularité et au bon exemple. Que les religieux ne marcheraient plus dans le pays qu’avec leurs habits réguliers , ou au moins avec un manteau et un chaperon dessus ; qu'ils ne fréquenteraient plus les fêtes publiques, les spectacles et les cabarets, et ne porteraient plus d’armes offensives, et, s’il en était besoin pour se défendre des chiens, que ce seraient des armes qui ressentissent la gravité religieuse *. » Les laïques avaient d’au-
1 Hélyot , Histoire tics ordres monastiques , tom. V, pag. 361.
tant moins à se plaindre de ces désordres , qu’ils partageaient d’ailleurs , s’ils ne les surpassaient pas , que , par ce moyen , les trésors des monastères , patrimoine de la charité chrétienne , rentraient insensiblement dans le monde d’où les fidèles les avaient fait sortir ; le commerce y gagnait en activité : il n’y avait de trompé que les intentions des donateurs, et le légitime espoir des pauvres.
Cependant , des plaintes s’élevaient de différents côtés contre cette confusion. Les meilleurs d’entre le peuple ne voyaient qu’avec un sentiment pénible se perdre, au milieu du dérèglement et de la débauche , un institut dont leurs pieux ancêtres avaient favorisé le développement pour un tout autre but; et les princes trouvaient , dans ces abus scandaleux, un prétexte plausible pour satisfaire leur avarice en s'emparant des biens des monastères. Aussi , quand on commença à révoquer en doute les heureuses conséquences d’une réforme, y eutil des voix qui réclamèrent la suppression entière de l’ordre. On n’en vint pas là néanmoins ; seulement , des tentatives de réforme , qui approchaient presque de cette extrémité, attestèrent le désir qu’on en avait conçu. Au reste, ces efforts n’étaient pas de nature à opérer une réforme radicale ; ce qui le prouve, c’est que , pour leur ménager un résultat, on aima mieux adoucir la règle que faire triompher sa sévérité.
Ainsi , malgré sa disposition expresse , on permit, dès le xiv° siècle, la propriété aux religieux, et, dans le xv° , on accorda aux abbés plein pouvoir de dispenser à leur gré de l’abstinence de la viande.
Le relâchement presque général des Cisterciens n’était pas l’unique cause de décadence de l’ordre ; il périssait par sa grandeur et même par son étendue. Elles ne pouvaient, en effet, que lui être préjudiciables, car il était régi d’après des principes
purement aristocratiques, et l’extrême éloignement de beaucoup de monastères empêchait que ces principes ne leur fussent appliqués. C'est ce qui fit qu'il se forma successivement des congrégations, à mesure que des monastères isolés tendirent à un retour vers la règle primitive. Toutefois ces congrégations ne se placèrent jamais dans une complète indépendance de Cttcaux; elles continuaient, au contraire, à se faire représenter au chapitre général de l’ordre.
De ce que nous avons dit jusqu'à présent, il résulte que l'institut des Cisterciens ne put, en définitive, échapper à la destinée commune , mais que , sa force prolongeant sa jeunesse, il brava plus longtemps que beaucoup d’autres les atteintes de la corruption. Le secret de cette durée est dans l'esprit qui animait l’ordre, c’est-à-dire dans sa fidélité à observer sa règle , et dans son organisation si admirablement combinée par saint Étienne.
L’ordre de Citeaux a également produit des religieuses ; mais nous n'avons rien de particulier à dire à leur égard , si ce n’est que les historiens ne sont pas d’accord sur leur origine. Les uns attribuent à sainte Humbelinc (1092-1141), sœur de saint Bernard , la gloire d’avoir été leur institutrice ; les autres prétendent qu’elles ont été fondées par ce saint docteur, et qu’elles ont plus de raison que les religieux même de l’appeler leur père et de porter son noru.
Lnc des plus célèbres maisons de Cisterciennes est celle de Trcbnilz , en Silésie ; plus de quarante princesses de Pologne s’y sont retirées pour y faire profession.
A l’encontre de l’opinion que nous venons d’émettre, louchant l’origine des religieuses de l’ordre de Citeaux, le P. llélyot affirme que sainte Humbeline , quoique sœur de saint Bernard, n’était point Bernardine, mais Bénédictine; que les Bernardines ne furent instituées ni par elle, ni par son frère ; enfin , que saint Étienne , troisième abbé de Cttcaux, fut le véritable fondateur des Bernardines, et cela, l’an 1120 , dans l’abbaye de Tari, qui était par conséquent la plus ancienne maison de filles de cet ordre, et en meme temps la principale, puisque l’abbesse de Tart avait droit de visite dans les autres monastères. Le P. llélyot réfute les opinions contraires à la sienne, en s'appuyant sur des faits , dans son t. V, p. 373, ch. 33, intitulé : De l'origine des religieuses de Citeaux , appelées en France Bernardines , et p. 468 , ch. 48, intitulé : Des religieuses Bernardines réformées de l’abbaye de Notre-Dame de Tart. La fondation de Tart- sur -Ouche est bien de 1120, et le transport de Tàrt à Dijon eut lieu en 1623.
Les religieuses abandonnèrent ainsi leur abbaye pour se retirer à Dijon, à cause des ravages qu’y faisaient continuellement des partisans francs-coratois , dont la province appartenait alors à l'Espagne, puissance qui , depuis le xiii® siècle, tentait d’envahir les provinces françaises limitrophes de ses Étals.
Les Bernardines de Port-Royal de Paris , établies rue de la Bombe, et qui étaient séparées de celles dePort-Royal-des-Champs, pour des raisons que l’on ne sait que trop , habitent actuellement rue de l’Arbalète , n° 23, près le Jardin du Roi.