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HISTOIRE DES ANCIENS BÉNÉDICTINS JUSQU’AUX TEMPS MODERNES

i-aiom— •

En nous occupant , comme nous venons de le faire, des derniers rejetons de l’ordre des Bénédictins , nous avons entièrement perdu de vue la souche antique sur laquelle ils prirent naissance : il faut, pourtant, que nous rappelions quel a été le sort de cet arbre majestueux depuis les premiers âges jusqu’aux temps modernes , avant de «lire un dernier adieu à l’ordre de Saint-Benoît.

Les anciens Bénédictins (et sous cette dénomination sont compris ceux qui ne se soumirent à aucune réforme , ou qui se rallièrent à la congrégation dcCluni), indépendamment de leur costume noir qui leur avait fait donner le surnom de Moines noirs , présentaient encore ce caractère particulier, que leurs monastères, conformément à l’esprit de leur antique fondatiqn , n’étaient pas réunis les uns aux autres par un lien étroit, n'étaient pas régis par un mode commun de gouvernement , chaque abbaye s’étant , au contraire , maintenue dans une certaine indépendance. Il est vrai que ces anciens Bénédictins observaient la règle avec assez peu d’exactitude, et que les idées mondaines s’etaient fait jour dans

leurs cellules ; mais , nonobstant cette déviation attestée par l’histoire, c’est avec droit qu'ils se regardaient comme les véritables et légitimes disciples de saint Benoît, puisque les autres congrégations, comme les Cisterciens, les Chartreux, etc., en adoptant successivement des pratiques et un costume différents , semblaient renier leur fdiation et leur parenté.

Nous avons «léjà fait observer que Cltcaux se distingua des anciens Bénédictins et de la congrégation de Cluni, et par l’adoption de la couleur blanche pour l’habit de ses moines , et par l’éclat de sa fidélité à la règle; nous devons ajouter que ceux-ci ne recouvrèrent point leur lustre affaibli , quand, plus tard, les Cisterciens survécurent à leur propre renommée. Alors , en effet, une nouvelle classe de religieux, celle des Ordres mendiants, fixa presque exclusivement sur elle l’attention des peuples; d’ailleurs, les Bénédictins paraissaient avoir renoncé, en quelque sorte, à se concilier la faveur populaire et l’intérêt des fidèles.

Puisant leur confiance dans des grands biens qu'ils possédaient, ils demandaient à

chaque jour de nouveaux plaisirs, el les jouissances temporelles absorbaient la vie religieuse. Après la possession des richesses, ces dangereuses conseillères , c'est l’introduction des frères-lais dans les cloîtres qui fut la principale cause de leur dérèglement; car les moines , qui voyaient en eux des serviteurs , s'habituèrent au rôle commode et brillant de maitres. Cependant, malgré ces désordres, complaisamment grossis par les historiens protestants , il est un point de vue sous lequel les anciens Bénédictins apparaissent comme les bienfaiteurs de la société , à qui ils continuèrent, longtemps encore, à rendre d'éminents services.

Nous voulons parler de leur amour pour la science, qui, loin de s'évanouir brusquement, s’accommodait des formes plus libres d’une vie presque séculière. Les occupations scientifiques étaient une distraction attrayante, à laquelle les moines se livraient avec bonheur dans leurs cellules ; elles éveillaient une utile curiosité, qui pouvait se satisfaire pleinement dans les riches bibliothèques des monastères. Mais , peut-être , doit-on regretter que le fruit de ces efforts ail moins profilé à ceux-là précisément qui en avaient le plus besoin. Il importait, avant tout, de mettre un terme à la profonde ignorance où languissait le peuple; la main de ses religieux bienfaiteurs secoua d’abord sur sa tête le flambeau de la civilisation , dont les étincelles allaient allumer les esprits. Quels que fussent l'ennui cl la fatigue de l'enseignement, les Bénédictins l’entreprenaient avec ardeur. Toutefois , on craignit qu’il n’y eût de l’imprudence à préoccuper le peuple d’études qui pouvaient dénaturer scs habitudes, cl les écoles et les cours , qu’il avait naguère fréquentés , demeurèrent accessibles de préférence au clergé et à la noblesse. Celte limitation du nombre des disciples ralentit le zèle qu’on avait pour les exercices scientifiques. Les

moines, qui s’y livraient avec tant d’amour, n’apprécièrent plus aussi bien toute la dignité de la science; pour beaucoup d’entre eux , l’étude , qui devait être un moyen , devint un but ; c’est-à-dire qu’on l’acceptait comme un remède à l'ennui , au lieu de l'utiliser sérieusement comme un instrument de vérité.

Pour consoler les regards du lecteur , nous lui montrerons ici la naissance d’un # institut devenu fort nombreux en Italie , celui des Olivétains. Saint Bernard Ptolomée (1272-1318), son fondateur , appartenait à l’une des premières maisons de Sienne ; le danger de la vaine gloire lui inspira le projet de quitter tout à fait le monde. Il vendit scs biens, dont il distribua le prix aux pauvres , et se retira dans un désert situé à dix milles de Sienne , et presque inabordable. Quelques personnes s'étant jointes à lui pour partager scs austérités , le pape lui conseilla de choisir le. genre de vie de quelque ordre religieux approuvé dans l’Église. Il adopta la règle de saint Benoît el l’habit blanc. Gui, évêque d’Arczzo, dont il habitait le diocèse, confirma son choix et ses constitutions en 1319. Son institut , appelé Congrégation de la Cierge Marie, du mont Oliret, fut successivement approuvé parles papes Jean XXII, Clément VI et Grégoire XI. La principale maison des Olivétains est celle de Sainte- Françoise , à Rome. Il y a aussi des religieuses de cet institut, qui portent également l'habit blanc, cl qui suivent les mêmes constitutions.

Il fallait que l'indiscipline du reste des Bénédictins fût portée à un point extraordinaire, au commencement du xiv e siècle, puisque les papes se virent contraints de remédier au désordre avec autant de promptitude que d’énergie. Les bulles pontificales appelées l’une Clémentine ( de Clément V , 131 1), et l’autre Bénédictine (de Benoit VII,

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1356) , bulles toutes remplies de dispositions réparatrices , font voir clairement à quels tristes excès on était descendu. Il serait beaucoup trop long d’entrer dans le detail des règlements nouveaux : qu’il nous suffise de faire remarquer qu’on s’attacha principalement à combattre l'arbitraire exercé par certains abbés ou monastères , et à procurer une observation plus exacte de la règle , au moyen de visiteurs et de chapitres provinciaux ; qu'on s’opposa aux progrès de l’ignorance, en établissant des maîtres instruits ; qu’on refréna le luxe, et qu’on mit obstacle à la dissipation des biens des monastères, en promulguant^ cetégard, des lois rigoureuses. La Bénédictine est encore un monument d'autant plus précieux pour l'histoire de l’ordre, qu’on y voit qu’il était partagé en trente-six provinces, dont plusieurs embrassaient un royaume entier, comme l’Angleterre , la Suède, la Sicile, la Pologne; celte indication précise nous donne la mesure de l’étendue dont l’ordre pouvait se glorifier.

Mais c’est cette étendue précisément qui fut le plus puissant obstacle que rencontra la réforme entreprise. Déjà les laïques n’avaient plus la mémo foi qu'auparavant aux terribles effets d’une excommunication pontificale ; ce qui n’était qu’indilférence chez les laïques fut presque résistance de la part d’un ordre à qui son immense étendue donnait une confiance telle, qu’il dédaignait

1 Lanfranc avait uni les monastères des Bénédictins d'Angleterre en une congrégation, qui avait commencé, dès lors, h tenir des assemblées capitulaires, et porté quelque temps le nom de son instituteur. Cette congrégation adopta, en 1335, de nouvelles pratiques, et embrassa un genre de vie plus austère. Elle était connue sous le nom de Moines noirs. Il

n’y a point de corps religieux qui ait fait plus d’honneur à l’Église , et il a bravé toutes les

persécutions.

de se soumettre aux remontrances du souverain pontife. Là où la soumission fut entière , en Angleterre principalement , ce changement dut être bien plutôt attribué à la bonne volonté et à l’heureuse pénétration de quelques abbés, qui se servirent de leur influence pour protéger les améliorations On conçoiL , d’après cela, qu’on ne put jamais parveuir à une réformation générale, et moins encore à un changement uniforme.

Dans le fait, bien que la bulle de UcuoitXII fût la base des réformes introduites plus tard, et successivement, dans les monastères de Sainte-Justine à Padouc, au mont Cassin, en 1409 1 2 , à Molk, dans le diocèse de Passaw, en Autriche, l’an 1418, à llursfeld, en Hanovre, l’an 1461, et dans plusieurs autres lieux ; cependant, on les compliqua chacune de tant de règlements particuliers, de tant d’observances propres à chaque congrégation, qu’il n’y avait entre elles aucune uniformité possible.

Plus qu’aucune autre de ces congrégations, les réformes de Saint -Vanne et de Saint -Hidulphc, en Lorraine, et celle de Saint-Maur, en France, méritent un durable souvenir.

Les abbayes de Saint-Vanne, à Verdun, et de Moyen -Moustier, dédiée à saint Hidulphc, au milieu des montagnes des Vosges, furent conjointement, en 1604, le berceau d’une congrégation de Bénédictins réformés, très-connue en Lorraine et en

• 3 L'église de Sainte- Justine de Padouc fut

fondée dans le v* siècle par le consul üpilius; mais le monastère îles Bénédictins ne lut bâti que dans le ix* siècle. Louis Barbo, noble vénitien, y mit, en 1409, une réforme qui fut adoptée par un grand nombre de monastères d’Italie. La congrégation du mont Cassin s’étant unie, en 1504, h celle de Sainte-Justine, la dernière a quitté son nom pour prendre celui du mont Cassin, qui est le monastère patriarcal de tout l’ordre.

Franche-Comté, parles vcrtusetles lumières de ses membres, et qui emprunta aux deux abbayes d’où elle était sortie le nom de Congrégation Je Saint-Vanne et de Saint- Ilidulphe. Les abbayes de Saint-Michel, de Saint-Hubert en Ardennes, de Senones, de Saint-Avold , etc. , embrassèrent cette réforme, due à Didier de la Cour ( 1330-1623).

Ce religieux était entré à dix-huit ans dans l’abbaye de Saint-Vanne; témoin du relâchement qu'on y avait laissé s’introduire, il repoussait pour lui -même les mitigations autorisées par l’usage, et pratiquait, autant qu’il lui était possible , la règle de saint Henottdanstoutesa sévérité. Devenu prieur en 1398, il se servit de son influence pour réformer la maison ; il reçut des novices , qu’il formait par son exemple à la stricte observance de la règle. L’évèque de Verdun, qui était en même temps abbé de Saint- Vanne , protégea cette réforme, et Clément VIII l’autorisa par un bref exprès.

C’était un édifiant spectacle que présentait alors l’abbaye de Saint-Vanne; à voir lcsjeùnes, les veilles, le silence, le travail manuel elles méditations des religieux, on eut dit les premiers disciples de saint Renoü. D’anciens Bénédictins, des hommes qui s’arrachaient aux plaisirs du monde, des jeunes gens qui leur disaient adieu avant môme de les avoir goûtés, accouraient se ranger auprès de Didier de la Cour. Ses règles étaient suivies en Allemagne et dans les Pays-Bas.

Plusieurs maisons de Bénédictins de France désiraient aussi l’embrasser; mais la Lorraine ne faisant pas alors partie de la France, et d’ailleurs les troubles de la guerre rendant l’union trop difficile , on établit une réforme sur le même plan. Elle commença dans l’abbaye de Saint-Augustin de Limoges, en 1613, et le pape Grégoire XV la confirma en 1627. Cette congrégation , connue sous le nom de Saint-Maur, comprit jusqu’à cent quatre-vingts, tant abbayes

que prieurés ; elle fut divisée en six provinces , et gouvernée par un général particulier qui résidait à Paris dans l’abbaye de Saint -Germain -des -Prés. On compta parmi les principales maisons qui suivaient cette réforme, Saint-Germain-dcs-Prés, Saint- Denis, Fleury ou Saint-Benolt-sur- Loirc, Marmoutier, Vendôme, Saint-Remide-Rheims, Saint -Pierre -de- Cor bie , Fécamp, etc. Il y a toujours eu une union fort étroite entre la congrégation de Saint-Maur et celle de Saint-Vanne, et de Saint-Ilidulphe : leurs constitutions étaient , à peu de chose près , les mêmes.

Mais, si la congrégation de Saint-Maur acquit une si haute célébrité, ce n’est pas seulement parce que, grâces à l’intervention puissante du cardinal de Richelieu, elle ne tarda pas à s’enrichir d’innombrables abbayes , et surtout des plus célèbres : c’est principalement parce que, dans son sein , les exercices de l’esprit et les occupations scientifiques ne cessèrent jamais d’être en honneur. La rigueur de la discipline claustrale vint-elle à s’affaiblir dans cette congrégation , comme elle diminuait dans les autres, au moins on y comprit bientôt la nécessité d’admettre des délais et des adoucissements, en faveur des études qui en captivaient les moines. Les maisons de novices étaient de savantes écoles où les aspirants suivaient un cours régulier, et, par des études profondes et systématiques , se préparaient à la réception des ordres , se rendaient dignes d’exercer le saint ministère. Ces moines étaient secondés d’une manière si admirable, par leur organisation intérieure, dans leurs travaux scientifiques, ils étaient si heureusement favorisés par l’absence de toute inquiétude et par leur indépendance de tout soin extérieur , qu’il en est une foule qui s’illustrèrent bientôt , et qui inscrivirent , en caractères ineffaçables, le nom, désormais célèbre, de Saint-

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Maur sur les tablettes de l’histoire littéraire.

Il ne reste pas ici aux détracteurs de l’étal religieux la ressource d’objecter que des institutions analogues , mais purement séculières, comme nos académies et nos sociétés savantes, auraient pu, en définitive, rendre à la science d’aussi grands services ; car c’est au lien étroit, c’est à l’obéissance passive du cloître, que nous sommes redevables de l’exécution de tant d’ouvrages si vastes et si compliqués. Lorsqu'il s’agissait d’entreprendre un travail scientifique, qui surpassait de beaucoup les forces d'un seul, le général distribuait, pour ainsi dire, les rôles entre les membres (je l’ordre, proportionnant la tâche de chacun à sa capacité et à ses goûts, chargeant celui-ci d’assembler et de disposer les matériaux, et celui-là de les polir et d’en apprécier l’utilité. Ni la vanité, ni le désir des louanges, ni le besoin d’une misérable rétribution , n’animaient les enfants de Saint-Maur à entrer dans la carrière des lettres, car on taisait les noms des plus habiles , et aucun n'avait à s'inquiéter de son entretien ; aussi la plupart travaillaientils, enflammés du pur amour de la science.

Il en est résulté que, relativement au mérite et à l’étendue des ouvrages entrepris, il n’est aucune académie littéraire dont la congrégation de Saint-Maur ne puisse, avec avantage , soutenir le parallèle. Les antiquités et l’histoire lui ont des obligations d’autant plus grandes , que scs membres n'étaient dirigés , dans leurs recherches , que par la noble passion de la vérité. Les

1 Le monastère de Solémc date du xi* siècle, et fut fondc.cn 1010, par Gcotfroy, seigneur de Sablé, au diocèse du Mans. Il fut rebâti, il y a cent deux ans, et, comme toutes les autres constructions monastiques modernes, il n’offre rien «le remarquable sous ce rapport. Sa situation est délicieuse, dans un bourg qui porte son nom, sur un coteau riant, «|ui a pour bordures les eaux bleuâtres de la Sarthc, et en

noms deMabillonet de Montfaucou suffisent pour faire pressentir quelle a été l’illustration de ces moines infatigables.

Puisque tels furent leur sincérité , leur penchant invincible pour ce qui était juste et vrai, leur jugement éclairé et impartial, on n’a pas le droit de conclure, de quelques écrits, que les religieux de Saint-Maur se sont trouvés, en général, insensiblement en opposition avec les prétentions légitimes des papes, et avec les Jésuites, qui envisageaient la science sous un point de vue différent peut-être, mais non moins utile. La vérité est une ; c’est la vérité que déclaraient les papes , et à laquelle les Jésuites se dévouaient aussi bien que les Bénédictins. Mais la révolution française s’est brusquement interposée entre les recherches et les résultats ; elle a emporté la congrégation de Saint-Maur, et le monde savant en a accompagné la chute de scs regrets.

C'est en vain que les vivants débris de cette congrégation ont sollicité, en 18 1 !>, la permission de se réunir; ils ne réclamaient ni les privilèges , ni les richesses qu’ils avaient possédées autrefois ; heureux de faire revivre dans leur petite société l'esprit de leur saint patriarche, heureux d’y observer la règle et leurs constitutions aussi exactement que les circonstances l’auraient permis , ils se soumettaient à la direction des autorités ecclésiastiques et civiles. On n’a point réalisé leurs vœux. Cependant une association de Bénédictins semble revivre en ce moment à Soléme l .

face duquel s’élève, sur l’autre rive, un amphithéâtre hérissé de rochers, couvert d’arbres et offrant l'aspect d’une charmante solitude. Les yeux suivent le cours majestueux de la rivière pendaut une demi-lieue, et s'ariètcnt fixés sur le château de Sablé , bâti sous le règne de Louis le Graud. Solémc n’était point une abbaye, mais seulement un prieuré de l’ordre de saint Benoit , où s'établit aussi la réforme de saint

Quant aux religieuses bénédictines, comme les diverses congrégations qui en ont été établies ne présentent rien de particulier, nous n’avons pas cru devoir détourner les yeux du lecteur d'un tableau d’ensemble, pour les fixer sur des détails dépourvus d’un grand intérêt, même historique. Nous dirons pourtant qu’au xvn° siècle, les reli-

Maur, quand la congrégation de dom Didier de la Cour prit de l'accroissement. Ce prieuré dépendait de i'abbaye de la Couture, de la ville du Mans. Son église, bâtie au xm® ou xiv* siècle, a deux chapelles latérales, riches de statues nombreuses qui attirent l'attention des étrangers et des connaisseurs. Dans la chapelle à droite, qui date de 149G, on voit un groupe représentant la sépulture du Sauveur. Au mérite de l'exécution se joint le bizarre du goût de l’époque. Il suffit pour s'en convaincre de remarquer Nicodcmc en costume oriental , la tète couverte d'un turban, et en même temps Joseph d'Arimathic, costumé comme un riche Français du xv siècle et décoré du collier d’un ordre de chevalerie. Là vous verrez aussi un grand chevalier couché dans une niche, comme on en voit encore çà et là dans les églises des couvents qui ne sont pas rasés ; c’est le tombeau du fondateur.

Dans la chapelle à gauche, plus curieuse encore, on remarque les groupes de la mort et de l'nssomption de Marie Les travaux de cette chapelle ont été exécutes par les soins de dom Jean Bougies, prieur du couvent, et la composition en est due, suivant une tradition, à trois artistes italiens, et, suivant une autre, à Germain Pilou, né aux environs de Sablé. Toutes ces statues et tous ces groupes, exécutés dans Je xv r et le xvi« siècle, sont désignes dans le pays sous le nom de Saints de Solémc. Il y a environ quatre-vingts figures; ce qui rappelle les statues nombreuses de l'église de Notre- Dame de Caiouville, près l'ancienne abbaye de Fouteuelle, et qui ont une réputation proverbiale dans le pays de Caux.

Tous les vieux cloîtres ont cédé au marteau destructeur que l’avidité des acquéreurs a levé aussitôt sur des murs solides comme des

gicuses bénédictines du mont Calvaire durent leur naissance à une réforme qui rétablit l'austérité primitive tic lu règle de saint Benoit , et qui fut d'abord introduite , en 1614, dans le monastère des Bénédictines de Poitiers, par les soins de l'abbesse Antoinette d’Orléans. Elle fut secondée dans cette bonne œuvre par le fameux P. Joseph , ca-

sièclcs, et qui scrablaiént offrir une sorte de résistance, puisqu'il a fallu des années pour les démolir. Encore aujourd'hui on en trouve des pans isolés. Itélas ! ce sont des monuments authentiques de violence et de destruction.

Tandis que les amateurs d’outre- mer, qui ne voyaient pour tout écrit sur ces vieilles masures que ces deux mots : arls cl r ctuslt, achetaient les pierres pour les conserver, en France, où la foi nous aurait dû faire lire dans ces vieux monuments tout ce qu’ils disaient de religieux, de beau, de poétique; en France, il s'est trouvé ce que l'indignation a nommé la bande noire.

Les mots Vandale, Barbare, n’étaient plus nécessaires. Si quelque part il est resté pierre sur pierre, c’est lorsqu'une administration, qui se croit fort éclairée, adjugeait à l'utilité publique ces maisons , que la volonté et les biens des fondateurs avaient consacrées à la retraite et a la vertu. C’est ainsi que Font-Évrauld et la demeure «le saint Bernard recèlent aujourd’hui des scélérats dont les habitudes contrastent si fort avec les habitudes des anciens colons. Cependant la cupidité, se modifiant dans quelques lieux , a exploité d’une autre façon les longues salles du couvent ; au lieu du chant des psaumes et des outils «les moines, on y entend aujourd'hui «les blasphèmes et le bruit des rouages «l’une mécanique. Un petit nombre, un très-petit nombre a été conservé intact.

Dans cette exception exiguë s’est trouvé Solémc; «lisons comment son cloître, condamné au silence pendant quarante années, vient d’entendre répéter le nom du Seigneur. L’acquéreur l'avait assez bien conservé, seulement un quatrième cûté du cloître a été détruit . Depuis longtemps , nous le savons , cette maison était l'objet «le pieuses convoitises, et il eût été facile probablement de l’acheter et de la mettre

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pucin. Cette congrégation avait en France vingt maisons, dont deux à Paris.

Dans le même siècle , la mère Mcctildc du Saint -Sacrement ( 1614-1698 ) donna aussi naissance à un institut de religieuses qui observèrent la règle de saint Benoit dans toute sa rigueur , cl firent vœu de V adoration perpétuelle du Saint-Sacrement.

on état. Cependant les anuées heureuses de la restauration s'écoulèrent, et tandis que quelques monastères tout en ruines , Bellefontaine, par exemple, recevaient de nouveaux colons, Solème restait inhabité. Enfin il allait peutêtre subir le sort dont les heureuses dispositions de son premier propriétaire l’avaient préserve. M. l’abbé Guéranger, ancien élève du collège d’Angers , venait de quitter le ministère qu’il exerçait à Paris, et rentra dans le diocèse du Mans. La Providence avait ses vues; il osa dresser un plan que la prudence humaine ne lui eût pas conseillé dans les circonstances difficiles où nous sommes ; mais il a suivi son attrait particulier, et il a bien fait. Les vues de Dieu ne sont pas toujours les vues des hommes. Autorisé , encouragé même par les supérieurs ecclésiastiques , il a fait l’acquisition de Solème, il s’est adjoint quelques hommes, comme lui pleins de feu et de foi , et dans ces jours d'impiété et d'indifférence où la vie monastique semblait destinée à fournir seulement des matériaux à l’histoire et un article de plus à la tradition, à une époque où le souvenir des congrégations savantes n’excitait plus de regrets que dans les hommes consciencieux , il a répété tout haut le nom de la société de Saint- Maur, et s’est déclaré Bénédictin. Ce nom vénéré a excité d'honorables sympathies, des témoignages glorieux sont venus encourager le généreux réformateur, déjà il reçoit de ses associés le doux nom de père, et il est cénobite avec eux. Le 21 mars 1833 , jour de la lète de saint Benoit, patriarche des moines d’Occideut, la première messe conventuelle fut célébrée à Solème, par un des ecclésiastiques destinés à la réédification de l'institut. Un autre prêtre, un diacre et un convers aspirant, habitaient provisoirement la maison où l’installation solen-

L’habillement deccs Bénédictines consistait en un voile noir, une robe et un scapulaire, de même couleur , et sur ce scapulaire , était attaché, avec un ruban noir, un petit soleil de cuivre doré. Le saint-siège confirma, en 1676 et 17015, les constitutions dressées par Mectilde. Dès 1687, les dames bénédictines de l’Adoration perpétuelle du

nellc ne se fit que le 11 juillet suivant , jour consacré à la translation des reliques de saint Benoit. L’édifiante cérémonie fut présidée par un des grands vicaires du diocèse, et l'auteur du pieux projet fut élu prieur par les suffrages unanimes de scs frères , et depuis lors la vie régulière y est en activité. C’est comme Bénédictins qu’ils s'annoncent, et même comme restaurateurs de la congrégation de Saint- Maur. Cependant , étant tous séculiers , ils n'ont adopté qu'un règlement provisoire, dont nous devons donner à nos lecteurs un léger aperçu. Personne n’y porte le costume religieux ; les ecclésiastiques ont conservé l'habit qu'ils avaient dans le monde ; à l’église ils portent le surplis à larges manches, comme on le portait en France il y a deux siècles, et non à manches rejetées, comme il est usité actuellement eu France cl en Irlande. Ils se lèvent en été à quatre heures, et se rendent au chœur pour y faire une demi-heure de méditation et pour y psalmodier matines et laudes. Suivant le rit de la fête ils chantent quelquefois le Te Deum , et quelquefois aussi les laudes , depuis le capitule. Plus tard ou psalmodie prime, et peut-être actuellement ont-ils pris la coutume, essentiellement monastique, d'aller au chapitre faire la lecture du martyrologe, et cette partie de l’ofiice appelée dans la liturgie : Officiant Capitulé. Les heures de la matinée sont employées à la célébration delà messe, aux exercices de piété et à l’étude. On se rend au chœur pour psalmodier tierce et sexte , entre lesquelles ou chante tous les jours la messe conventuelle. Plus tard on dit l'ofiice de noue. Dans l’après-midi, les vêpres, chantées aussi tous les jours. Le soir on psalmodie complies, après la lecture de piété usitée dans toutes les maisons religieuses. On n'ajoutc point à cha-

Saint - Sacrement eurent un monastère à Varsovie. Il leur reste aujourd’hui deux établissements à Paris , l’un rue Sainte- Geneviève, et dont une portion sert d’asile à des religieuses pauvres et infirmes; l’autre dans l’ancien local de la prison du Temple, où elles offrent leurs gémissements cl leurs prières en expiation des scènes lugubres qui s’y sont passées. C’est dans ce lieu, dispose par elle en monument expiatoire , que

que heure celle de l’ofiîce de liealA. On suit le rit romain. On n’y mêle point au Confiteor le nom de saint Benoit; on n’ajoute point , avant l’invitatoirc, le psaume Domine , quid mulliplicali sunt ; on ne dit pas, à la fin des vêpres, le Pater h haute voix, deux points importants de la règle, que les rubriques romaines ne permettent pas, il est vrai, mais que les supérieurs auraient pu autoriser. Aux grandes solennités, on chante l'oflicc ; alors on dit la veille matines et laudes. On ne garde l'abstinence qu’aux jours prescrits par l’Église, et le mercredi. L’austérité augmente pendant l’avent. En hiver, le lever est retardé d’une heure. Les religieux occupent «les cellules séparées, ne couchent pas tout vêtus et sc servent de matelas. I.cs intervalles de l'aprcs-dinée sont aussi donnés à l’étude. Le travail des mains n’y est nullement prescrit, et ce n’est que par récréation qu’on s’occupera, par exemple, à serrer les fruits après le dîner, dans la saison. Avec la permission «lu prieur, les frères reçoivent dans leurs chambres ceux qui les viennent voir.

Toutes les semaines, iis sc promènent ensemble , hors du couvent. Tel est le genre de vie • * ,

que suivent ces jeunes solitaires. C’est une espèce de noviciat , ou mieux de postulat , qu’ils font en commun, de la règle de saint Benoit et «les constitutions de saint Maur. Ils augmenteront et modifieront leurs règlements actuels, si la Providence, comme il y a lieu «le l’espérer, soutient cette œuvre naissante.

Quand la résolution des habitants actuels de Solêmc fut connue, il y eut presque unanimité <l’applau«lissements. Cependant, il faut le dire, <|uel«|ues antécédents laissèrent des craintes sur l’esprit «jui dominerait peut-être dans cette

Louise- Adélaïde de Bourbon-Condé (1757— 1821) a terminé scs jours, trop heureuse de précéder le dernier des Coudé dans la tombe, puisque Dieu lui a épargné de voir sa fin déplorable !!! Indépendamment de leurs exercices de piété, les deux maisons de Ilénédictines se vouent à l’instruction de la jeunesse.

Dans les derniers temps, les Bénédictins partagèrent le sort commun des ordres religieux, dont nous parlerons ù la fin de cet

maison ; des déclarations opportunes vinrent les dissiper ou les modifier. La suite apprendra sans doute que ces craintes étaient vaines; car, nous pouvons le prédire, si elles sc trouvaient justifiées, le pieux projet ne pourrait s’étcutlre, et l’on verrait bientùl crouler l’établissement. On a déjà fait ce rapprochement , qui frappera tout lecteur : ce fut un évêque du Mans qui envoya vers saint Benoit la députation qui amena saint Maur en France, et y fit connaître la règle du mont Cassin; c’est au diocèse «lu Mans que va probablement se consolider de nouveau la congrégation de Saint- Maur, qui s’étendra ailleurs : nous ajoutons, nous, c'est au diocèse «lu Mans que s'est formé le premier monastère «le Trappistes à l’heureuse époque où tout était espérance pour la religion , et c’est au «liocèse «lu Mans «pie l’on voit surgir un couvent de Bénédictins dans un temps où toutes les pieuses institutions craiguaient une ruine dont elles étaient menacées. La communauté compte déjà six prêtres et «juclques convers. Si quelques-uns de ceux qui avaient assisté au commencement de l’entreprise ont cru devoir suivre une autre vocation, ils conservent toujours, nous le savons, la plus grande estime pour l'établissement, pour le pieux projet et pour son auteur. Déjà plus de quarante admissions ont été ilemandécs, mais le prieur a jugé prudent de ne recevoir «l’abord qu’avec réserve. Espérons «juc cette solitude sc réjouira , et, surprise du nombre de scs habitants, demandera d'où lui peuvent être renus tant d’enfants «jui l'auront choisie pour mèredans un siècle d'indifférence et d’impiété. C’est le vœu «le tous les amis de la religion et des lettres.

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ouvrage ; mais nous ne nous en séparerons point sans leur consacrer un souvenir d’admiration et de reconnaissance, qu’ils méritent malgré quelques erreurs. Us ont fait beaucoup de bien, et les ordres qui les suivirent et les éclipsèrent n’ont pas , cependant, mieux prouvé les avantages de l’état monastique : avec les seuls bénédictins, la démonstration était complète. Cet ordre s’honore d’avoir produit vingt-quatre papes, et cinq mille saints canonisés par l'Église; pendant plus de six siècles, il couvrit seul avec ses rejetons tout l’Occident de scs moines et de ses monastères, et, à l'époque

où il était dans sa fleur, il compta jusqu'à trente-sept mille maisons. Les Bénédictins se glorifient avec raison de pareils titres , qui annoncent combien s’étendit leur salutaire influence ; mais nous ne devons pas relever avec moins d’empressement les mérites plus obscurs qui leur ont concilié jusqu'au respect des historiens protestants.

Toutes les fois que l’on essayera de faire ressortir les divers genres d'influence qu'exerça l’état monastique, ce ne sera que rendre hommage à la vérité que d’attribuer l’une des meilleurs parts de cette influence aux Bénédictins.

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