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DES ORDRES MILITAIRES

Nous avons, à lafin du chapitre précédent, laissé tomber le mot de croisade; comme la chevalerie a commence pendant ces guerres saintes , il nous sera permis, par forme d’épisode, d’indiquer les principaux ordres militaires et d’exposer les motifs de leur institution.

L’ordre de Saint- Jcan-de-Jérusalein , qu’on appelle aujourd’hui l’ordre de Malte, et qui est le plus ancien de tous , naquit en Palestine. Il se composait originairement de religieux hospitaliers, institués par des marchands d’Amalfi, au royaume dcNapIcs, qui, faisant le commerce dans le Levant, obtinrent du calife des Sarrasins, moyennant un tributannuel, la permission de bâtir un hôpital à Jérusalem , et pour eux , et pour les pèlerins d’Europe. Leur église étant dédiée à saint Jean-Baptiste, les religieux qui desservaient l'hôpital furent nommés Hospitaliers de Saint-Jeun-ilc- Jérusalem. Ouand la villetomba, l’an 1099, au pouvoir dcGodefroy de Bouillon , ils reçurent de grands privilèges des princes chrétiens. Par reconnaissance, aux trois vœux de religion qui les consacraient à Dieu, ils en ajoutèrent,

l’an 1104, un quatrième, par lequel ils s’engageaient à défendre, des insultes des Sarrasins, les chréticnsqui visiteraient la Terre- Sainte. C’est ainsi que cet ordre, hospitalier dans son origine, devint militaire. Il prit pour symbole une croix à huit pointes.

Lorsqu’en ll87,Saladin enleva pour toujours Jérusalem aux chrétiens, les chevaliers de Saint-Jean se retirèrent à Acre, d’où ils furent chassés par les Sarrasins en 1291.

Ils allèrent s’établir dans le royaume de Chypre. L’an 1310, ils conquirent l’ile de Rhodes sur les infidèles. Après la prise de Constantinople par les Turcs, en 1433 , les chevaliers de Rhodes furent plus que jamais le boulevard de la chrétienté ; en 1480, commandés par d’Aubusson, ils défendirent leur lie pendant deux mois contre la formidable année de Mahomet II; mais, l’an 1322, la trahison du chancelier de l’ordre les obligea de céder à Soliman II, et ils se cherchèrent une nouvelle retraite, sous la conduite de Villicrs de l’Islc-Adam. Charles-Quint leur donna l’ile de Malte en 1330 ; c’est là que Jean de la Valette soutint, l’an 1363 , l’attaque de toutes les forces mahomélancs ,

pendant quatre mois. Une nouvelle trahison livra Malte à Bonaparte, en 1797 ; File appartient aujourd’hui aux Anglais , et les chevaliers dispersés attendent encore le rétablissement de leur ordre.

Les chevaliers de Malte font les trois vœux de religion, et ne peuvent, par conséquent, se marier. Les constitutions qu’ils observent sont tirées de la règle des chanoines réguliers de Saint-Augustin.

L’ordre des Templiers fut institué à Jérusalem, l’an 11 18, par sept gentilshommes, pour veiller à la sûreté des routes et protéger les pèlerins. Le nom de Templiers leur vint de ce que leur première maison se trouvait auprès de l’ancien emplacement du temple deSalomon. Ils furent confirmés, l’an 1128, dans le concile de Troycs , et assujettis à une règle que saint Bernard dressa pour les chevaliers. Ils acquirent, par la libéralité de plusieurs princes, des biens considérables, mais dont la possession enfla leur orgueil. Philippe le Bel, roi de France, résolut leur ruine entière. On les accusa de trahison et de plusieurs autres crimes énormes , d’où s’ensuivit la suppression de leur ordre par un décret de Clément V et du concile général tenu à Vienne, en Dauphiné, l’ail 1312. L’année suivante, leur grand maître, qui était Français, fut brûlé à Paris ; d’autres chevaliers furent aussi condamnés à mort. On ne peut douter que leurs ennemis n'aient beaucoup exagéré les crimes dont on les accusait, et que la proscription générale n’ait atteint des innocents. On donna une grande partie de leurs biens aux chevaliers de Rhodes.

L’ordre du Saint-Sépulcre fut établi, l’an 1120, pour garder le saint sépulcre, et le préserver de la profanation des infidèles.

Celui des chevaliers Teutoniques, ou de Notrc-Damc-dcs- Allemands, qui avait à peu près la même fin que celui des Hospitaliers de Saint-Jean et des Templiers , doit son

origine à quelques gentilshommes de Brême et de Lubeck, en Allemagne, qui l’instituèrent, l’an 1190, au siège d’Acre, en Palestine ; Calixte II l’approuva en 1192. Lorsqu’ils furent retournés dans leur pays , Conrad, duc de Mazovie et de Cryavic, implora leur secours pour se défendre contre les irruptions des Prussiens idolâtres, qui désolaient scs États ; il leur céda deux provinces et toutes les terres qu’ils pourraient conquérir sur les barbares. Ils bAlircnt les villes d’Elbing, de Marienbourg, de Thorn, de Dautzicketde Kœnigsberg. Albert, marquis de Brandebourg , leur grand maître , ayant embrassé le luthéranisme avec la plupart des chevaliers, l’an 1323, ce prince anéantit l’ordre dans la Prusse, qu’il laissa à la maison de Brandebourg. Depuis lors , les chevaliers tcutoniques ne possédèrent plus que quelques pauvres commanderics; leur grand maître résidait à Marienthal, en Franconic.

Les ordres militaires institués dans la Péninsule avaient pour objet de la défendre contre les Maures ou Barbaresqucs. Ceux d ’silcantara et de Cala Irai a , en Espagne , furent établis après la prise des deux villes de ce nom sur les infidèles; les chevaliers suivent la règledc Cltcaux, mais ils peuvent se marier une fois. L’ordre d 'Avis, en Portugal, suit aussi la règle de Clteaux ; il fut remis en honneur après la victoire remportée à Evora sur les Maures, et confirmé, en 1234, par Innocent IV.

Les chevaliers de Saint- Maurice sont beaucoup moins anciens. Araédéc VIII (1382-1431), duc de Savoie, ayant quitté la souveraineté, alla mener la vie éréinilique à Ripaille, lieu situé sur le bord du lac de Genève , et environné de bois et de rochers. Il fut suivi par six gentilshommes, tous veufs, et Agés chacun de plus de soixante ans. Il les enrôla soldats de Saint- Maurice, et s’appela leur doyen. Tous por-

taicnt des croix d’or sur la poitrine; leur habit était simple, et à peu près semblable à celui des pèlerins ou des ermites. Amédéc leur donna des règles , et fonda deux maisons, l'une pour eux, cl l’autre pour des chanoines réguliers, qui étaient gouvernés par un abbé, et chargés de faire l'office divin. Telle fut l’origine de l'ordre militaire de Saint-Maurice, dont le roi de Sardaigne est grand maître. Les chevaliers ne peuvent se marier qu’une fois sans dispense.

L’ordre, dans l’état où il est aujourd’hui, fut institué par Emmanuel Philibert, duc de Savoie, et le pape Grégoire XIII l’approuva et le confirma en 1S72.

Les ordres qui ont été fondés dans les autres Étals de l’Europe , sont de simples marques d’honneur, par lesquelles les souverains récompensent les sujets qui leur ont rendu des services distingués, soit dans les armes , soit dans toute autre carrière.

La date de l’établissement des ordres militaires prouve qu’ils ont pris naissance .à une époque où l’Europe n’avait que deux espèces d’habitants, les nobles, toujours

1 Le lecteur consultera avec fruit l'excellent et magnifique ouvrage de M. F. de Villcncuvc- Bargemont, intitulé : Monuments (les Crawls Mailros de l’ordre do Sa in l-Jean-de-Jôru sa le ni. On n’aecuscra pas notre sincère amitié pour

armés, cl les colons, toujours serfs, et où les premiers cherchaient à sanctifier le métier des armes par la dévotion. L’objet de leur institution était louable, car il s'agissait de défendre les chrétiens contre les attaques , les insultes et la violence des infidèles, soit mahométans, soit idolâtres; d’en prévenir les irruptions, d’en réprimer le brigandage.

Les chevaliers ont rendu d’abord de grands services. Les Barbares, en effet, étaient des animaux farouches; ils en ont fait des hommes en les domptant par la force, préparant ainsi la voie aux missionnaires qui devaient en faire des chrétiens par la persuasion. Dans l’intérêt des infidèles, comme dans celui des catholiques , les ordres militaires ont servi la cause de la raison et de l’humanité. Si quelques-uns ont ensuite dégénéré , c’est que c’est le sort de toutes les institutions humaines; retrempés à l'école du malheur, ils rendraient encore des services immenses. Puisse la bannière des chevaliers de Malle, relevée par les princes chrétiens , flotter de nouveau sur la Méditerranée 1 !

l’auteur de nous avoir dicté ce témoignage, car le jugement des critiques a devancé nos éloges.

M. de Villeneuve a traité, avec étendue, la question du rétablissement des chevaliers de Malte.

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