DÉVELOPPEMENT DE LA VIE RELIGIEUSE EN ORIENT
Les paroles et les exemples de Jésus- Christ sont le fondement de l’état religieux. Le Sauveur a fait l’éloge de la vie solitaire et mortifiée de saint Jean-Baptiste, qui, dès son enfance, se retira dans le désert et y vécut jusqu'à l’âge de trente ans 1 . Lui-méme il recherchait les lieux écartés pour prier, y passait les nuits entières, et y demeura
1 Matth., ch. xi, v. 7.
quarante jours avant de commencer à prêcher l’Évangile.
Avant la venue du Messie, Dieu retint Moïse, pendant le même espace de temps , sur le mont Sinaï. Élie passa une partie de sa vie dans les déserts, et saint Paul loue les prophètes qui s’y sont retirés 2 . Il est donc impossible de ne pas attri huer la naissance de
7 Hebr., c. xi, v. 58.
l’état rcligieuxaux inspirations de l’Esprit- Saint, de même qu’on ne peut s’en expliquer les miracles sans considérer, avant tout, les effets de la grâce.
dette idée a présidé à nos recherches.
Toutefois , il nous a paru utile «l’envisager aussi notre sujet d’une manière purement humaine. Nous allons donc repousser les incrédules avec leurs propres armes.
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Ce n'est pas seulement à dater de l’établissement du christianisme que sc répandirent les idées qui furent le principe et la base de la vie religieuse ; elles se rencontrent, d’une manière plus ou moins nette, dans les systèmes et les cultes des anciens peuples. Partout où la croyance religieuse, dominant les mœurs, tendait à leur conserver ou à leur rendre l’innocence et la pureté, on cherchait à renoncer aux jouissances des plaisirs sensuels, à se soustraire au joug des besoins terrestres.
Cela est vrai de l’Orient en particulier.
Un tempérament de feu y entraînait souvent à de coupables actions ; mais la faute y était immédiatement suiv ie d’un repentir extrême. Les froids procédés de la raison , bien moins que des moyens tentés avec l’ardeur du zèle, y ramenaient à la vertu. Par l'isolement, on se mettait à l’abri des influences d’un monde corrompu; par les jeûnes , les châtiments corporels , par de continuels exercices de la pensée et de pieuses contemplations, on se garantissait des séductions «le son propre cœur. Cet isolement, avec les prati«ju«!S que le repentir y avaitattachées, était-il interrompu ou rendu impossible par le bruit des villes? on n’hésitait pas à s’enfoncer dans les déserts , et les privations de toute espèce, inséparables «le ce nouveau genre d’existence, relevaient encore le mérite de cette résolution. Le respect du peuple pour ces victimes volontaires croissait à mesure qu'elles réussissaient
mieux , non-seulement à lui présenter l’admirable spectacle des désirs sensuels entièrement étouffés , mais à exciter chez lui le sentiment d’une pénible sympathie. Aussi a-t-il existé «le bonne heure, dans l’Inde , des pénitents et des solitaires ; aussi les mystères de la Grèce présentent- ils quelques traces d’expiations analogues à celles des cloîtres, et la doctrine de l’ythagorc, notamment en ce qui touche le culte extérieur, offre-t-elle quelque ressemblance avec les mœurs et les pratiquesdes moines chrétiens.
Les traits de celte ressemblance sont vagues et éloignés ; mais une association de Juifs a présagé d'une manière plus visible notre état monastique : nous voulons parler des Essêens ou Es simiens. D'après les conjectures les plus probables, celte association commença à se former quand les cruelles persécutions d’Antiochus Kpiphane forcèrent un grand nombre de Juifs à se retirer dans les déserts, comme dans un exil volontaire. Cette circonstance est d'autant plus digne de remarque, qu’il serait difficile de ne pas attribuer, en partie, à une cause semblable l’origine de la vie solitaire des chrétiens. Là, et principalement dans les déserts situés entre la Judée et l'Egypte, s'organisa peu à peu une agrégation d’hommes craignant Dieu, qui ne voulurent pas rejoindre, dans des temps plus tranquilles, la société qu’ils avaient fuie, et qui , réunis dans des espèces de monastères , y possé- «laient tout en commun. Ils avaient leur
JUSQU’A L’ÉTABLISSEMENT DES ORDRES MENDIANTS
année de noviciat, prenaient leurs repas ensemble, portaient des vêtements uniformes, et attachaient à la fréquence des prières une plus haute importance que le reste des hommes. Tous ne renonçaient pas au mariage, et pourtant ils estimaient que la continence était, méritoire '. Que si enfin on songe au serment formel par lequel chacun s’engageait, lors de son admission, à observer la loi , on ne pourra plus rejeter cette idée, que des institutions analogues à l'état monastique existaient même avant Jésus- Christ.
Néanmoins, pour prévenir les conséquences erronées qui pourraient être tirées de ce principe, nous devons ajouter que les institutions claustrales des siècles chrétiens
n’ont aucune connexion avec les mœurs et les pratiques des associations qui existèrent dans l'Inde, en Grèce et chez les Juifs; il parait que c’est donc sans fondement que des moines , dans le but de concilier à leur institut le préjugé d’une antiquité respectable, prétendent faire remonter l’origine de leurs monastères , par une succession non interrompue, jusqu’à ces établissements antérieurs au christianisme.
C’est avec aussi peu de raison qu’on transformerait les premières réunions des chrétiens, du temps des apôtres , en des associations monastiques, et malgré ce qu’on a dit, surtout de la règle que saint Marc aurait établie, l’histoire n’en reconnaît aucune dans le premier siècle de l’Église.