CAPUCINS. — MINIMES
CAPrcurs.
Saint François n’avouait que les Franciscains, les Clarisses et les Tiertiaircs pour les rejetons légitimes de son ordre. Qui se serait attendu qu’après quelques siècles une branche nouvelle réussirait, non-seulement à leur être assimilée, mais à conquérir une indépendance dont les Tiertiaircs et les Clarisscs ne pouvaient se prévaloir? Ce qui est plus surprenant encore , c’est la manière dont s’est formé l’ordre des Capucins , l’un des plus nombreux et des plus laborieux de l’Église.
Mathieu-, surnommé de Raschi , à cause du lieu de sa naissance dans le duché d’Urbin, porta d’abord l’habit de saint François parmi les Observants; mais ce religieux, animé d’un esprit de ferveur et du zèle de la pauvreté, ayant vu le fondateur représenté avec un capucc pointu, en fit un semblable l’an 1323; il commença, la même année , à marcher avec cet habillement , et les pieds nus. Inquiété bientôt au sujet de cette nouveauté, il alla trouver le pape Clé-
ment VII, qui. verbalement, lui permit, et à un compagnon seulement, de porter ce costume et de vivre en ermites; le souverain pontife y joignit l’autorisation de prêcher partout, ne mettant à cette double grâce que la condition de se présenter au chapitre des Observants une fois l’année.
Cette réforme des Franciscains, arrivée, comme nous l’avons dit, en 1323 ou 1326, coïncide avec la réforme prétendue qui a désolé l’Église et qui éclatait alors à Wittemberg : rapprochement curieux , en ce qu'il montre une partie du remède à côté du mal ; car les Capucins ont merveilleusement contribué à prémunir les classes inférieures de la société contre le poison de l’hérésie.
Le provincial des Observances, profitant de la démarche que le pape avait imposée à Mathieu, le fit mettre en prison pour le punir d'être sorti furtivement de l’ordre : le religieux captif ne dut qu'à de puissantes interventions de recouvrer enfin sa liberté.
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Louis de Fossembrun et son frère , se dérobant aussi à l’institut des Observants, auquel ils appartenaient, allèrent trouver Mathieu; puis, de concert avec lui, ils obtinrent du pape, en 1528, la permission écrite de passer sous l’obéissance des Conventuels, de porter un habit avec un capuce pointu, de recevoir en leur compagnie tous ceux qui voudraient y entrer, de garder la barbe longue, de demeurer dans des ermitages ou en d’autres lieux, et d’y mener une vie austère et érémitique. Ainsi l’ordre des Capucins, qui reçurent ce nom à cause de leur capuce, commença l’an 11528.
Le grand nombre de conversions qu’opéraient les prédications de ces religieux, et les secours qu’ils donnèrent au peuple dans la maladie contagieuse dont l'Italie fut affligée à cette époque, leur attirèrent une estime universelle. Il leur fallut bientôt multiplier leurs monastères ; mais ces maisons se bâtissaient à peu de frais : on n’y employait ni pierre, ni chaux, ni ciment; on se contentait de bois et de boue , et tout y ressentait la pauvreté. En voyant les Capucins ne pas se borner à observer la règle de saint François dans toute la rigueur de son interprétation littérale, mais y ajouter encore des pratiques particulières; en les voyant jeûner tous les jours , s'administrer de rudes disciplines, aller pieds nus et la tête découverte ; en les voyant faire revivre la défense d’accepter de l’argent, en vigueur dans les premiers temps de l’institution des Frères-Mineurs, la foule s’attachait à eux.
Conventuels et Observants abandonnaient leurs congrégations . pour accourir dans leurs monastères ; en sorte que , dès 1529, ils tinrent leur premier chapitre , où Mathieu de Baschi fut élu pour premier vicaire général, ne reconnaissant au-dessus de lui que le maître général des Conventuels. Les Observants ne restaient pas inactifs, pendant ce rapide accroissement des Capucins :
ceux-ci , cependant , surmontaient et la calomnie et les persécutions. Clément VII, qui avait eu dessein de les supprimer, changea de sentiment, et Paul III, son successeur, se montrant toujours favorable à leur réforme , leur donna lieu de s’affermir davantage et de faire de nouveaux progrès.
La conduite, au moins singulière, des fondateurs , ne put ébranler l’édifice naissant. Lorsque les Capucins passèrent de la vie érémitique à la vie de communauté, une bulle du pape défendit expressément à tous ceux qui ne demeuraient pas dans les monastères soumis au vicaire général , de porter le capuce pyramidal : cette défense fut pour Mathieu de Baschi une pierre de louche, qui fit connaître que l’amour de l’indépendance avait été le principal mobile de sa conduite antérieure. En effet, quoiqu’il fut l’inventeur du capuce pyramidal, il n'hésita point à couper la moitié du sien, et à secouer le joug de l’obéissance en quittant les Capucins, sous prétexte de continuer scs prédications , conformément à la permission qu’il en avait reçue de Clément VIL De même, Louis de Fossembrun, qui avait été substitué à Mathieu de Baschi en qualité de vicaire général, quand celuici avait renoncé volontairement à cette charge, n’ayant pas été réélu en 11556, fit preuve aussi d’indépendance , et les supérieurs, approuvés en cela parle pape, le chassèrent honteusement de l'ordre. Le quatrième vicaire général des Capucins, Bernardin Ochin (1487-1864), donna encore un plus grand scandale. Prédicateur célèbre , modèle d’austérité , défenseur ardent de la suprématie pontificale, cet hypocrite apostasia depuis et embrassa le luthéranisme. Il prêcha la polygamie par ses discours et son exemple, et mourut misérablement à Plaucow en Moravie, après s’être rendu l’objet de l’indignation publique par l’horrible corruption de ses mœurs.
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On conçoit que de si dangereux exemples devaient faire ressortir les Observants , au préjudice des Capucins, et l’on comprend que la pensée put venir au pape de supprimer un institut où ces exemples étaient donnés. Cependant il n’était pas juste que tous subissent la responsabilité des actes de quelques-uns. L’heureuse étoile des Capucins brilla, après l’orage, d’un plus bel éclat qu’auparavant; ils sortirent, du feu de la persécution, purifiés par cette épreuve, se montrant sans crainte, parce que la plupart étaient sans reproche.
L’an 1573, Charles IX, roi de France, demanda des Capucins à Grégoire XIII, pour leur donner des établissements dans son royaume ; Paul V leur permit, en 1606, de recevoir les maisons qui leur seraient offertes en Espagne; ils passèrent même les mers pour aller travailler à la conversion des infidèles ; et , pendant qu’ils fondaient ainsi de nombreuses missions hors de l’Europe, ils réussissaient, depuis la fin du xvi° siècle , à se propager en Allemagne.
On fonda aussi des religieuses Capucines. Leur réforme fut commencée à Naples en 1338, par la vénérable mère Marie- Laurence Longa ; la duchesse de Mcrcceur les établit à Paris l'an 1(502. Nommées Capucines, parce que leur habit était semblable à celui des Capucins, ces religieuses n’en pratiquaient pas moins les observances rigoureuses de sainte Claire, dont l’austérité les fit appeler Filles de la Passion.
Grâce à leur influence, les Capucins parvinrent à se faire reconnaître solennellement comme r rais enfants de saint François, titre qui leur était disputé par les Observants. Paul V décida, en 1608, que les Capucins étaient véritablement Frères- Mineurs, quoiqu'ils n'eussent point été établis du temps de saint François. Ces dernières paroles rallumèrent la querelle. Les adversaires des Capucins en concluaient
qu'ils ne venaient pas en droite ligne du saint fondateur. Mais Urbain VIH la termina en décidant, par une bulle de l'an 1627, qu’il faut prendre le commencement de leur institution de celui de la règle séraphique , qu’ils ont observée sans disconlinuation.
Dès 1619, également, le lien d’obéissance , insensiblement relâche, qui les unissait aux Conventuels , avait été dénoue par Paul V, qui consacra la pleine indépendance de leur ordre et de leur général.
Une circonstance particulière nous semble avoir beaucoup contribué à concilier aux Capucins cette faveur extraordinaire , qui a si fort diminué l'influence et les droits du reste des Frères-Mineurs. Les Jésuites, dont la puissance se fortifiait chaque jour, avaient vu dans les Capucins les instruments les plus propres à réaliser leurs immenses et admirables projets, dans les classes de la société avec lesquelles ils étaient eux-mêmes moins familiarisés; simples et zélés apôtres de la foi , les Capucins l’inculquaient dans les rangs inférieurs, pendant que les Jésuites agissaient dans une sphère plus élevée; la religion ne fit que gagner à celte alliance morale et intime des Jésuites et des Capucins. Ceux-ci, en effet, rendaient des services d'autant plus essentiels que, par beaucoup de raisons , ils étaient chéris du peuple. Fidèles à leur destination primitive, les Capucins ne s’occupaient pas généralement de sciences transcendantes , et , quoique leur ordre compte des écrivains célèbres, tels que le P. Yves, Bernardin de Péquigny (1710). Athanasc Molé, Zacharie Boverius , cependant ils ne s’élevaient pas d'ordinaire beaucoup au-dessus du peuple.
Sympathisant avec lui par la simplicité de leurs mœurs, iis entraient dans sa manière de voir, se mêlaient à ses joies innocentes.
Étrangers aux délicatesses d’une vie raffinée, ils s’enveloppaient avec délices dans leur pauvreté, comme dans un manteau, dont
is
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l’humble et quelquefois repoussante apparence attirait le malheureux et provoquait ses épanchements.
On serait peut-êlrcétonnédcvoirquc des hommes distingués par le rang qu'ils avaient tenu dans le monde ne dédaignèrent pas l’iiabil grossier et l’humble nom de ces Capucins que notre siècle regarde comme obscurs et presque comme abjects. Nous ne parlerons pas, dit M. Picot *, d’Alphonse d’Esl, duc de Modène, qui, ayant renoncé à sa souveraineté, prit l’habit religieux chez les Capucins de Munich, en 1620, et persévéra pendant 18 ans, jusqu’à sa mort, dans les pratiques de l’abnégation , de l'humilité et de la pénitence. Un exemple, qui n’eut guère moins d’éclat en France, fut celui de Henri de Joyeuse (1008), frère du cardinal; il avait fait profession chez les Capucins ; mais , étant sorti de son cloître pendant les troubles de la guerre civile , il avait perdu de vue sa vocation, avait commandé les armées, et était meme devenu maréchal de France : le monde et les honneurs le retinrent quelque temps; mais il rompit enfin ses liens, rentra dans son couvent, et reprit le nom et les habitudes de frère Ange; c’était son nom de religion. On voyait avec étonnement cet homme, qui avait longtemps joué un rûle dans les affaires politiques, qui avait gouverné des provinces , et s’était formé un parti puissant, se borner aux humbles fonctions d’un simple religieux , et n’aspirer qu’à gagner des âmes à Dieu par ses instructions et par ses exemples.
Ange de Joyeuse prêchait soit à Paris, soit dans les campagnes, et persévéra jusqu’à la fin dans la pratique des vertus de son état.
Si la forme du capuce fut l’occasion première de la séparation des Capucins d’avec
1 Essai historique sur l’iufluencc de la religion en France, pendant le xvii» siècle, t. I , p. 115.
les Frères-Mineurs, l'esprit et le cachet de l'ordre consistaient moins, pourtant, dans cette différence de costume, que dans la manière d’observer la règle de saint François, dont les Capucins outre -passaient peut-être les intentions, s’il est vrai que certains usages, qui ne prouveraient, après tout, que l’excès de leur humilité, aient été réellement en vigueur dans leurs monastères. Les novices étaient soumis aux épreuves qui devaient révolter le plus la sensualité; et l’on comprend que l’homme qui a heureusement traversé les obstacles qu’on ne se fait pas scrupule de multiplier à cette école, puisse, pendant le reste de sa vie, maîtriser toutes ses répugnances et se livrer d’habitude à des pratiques dont les autres hommes se détourneraient naturellement avec dégoût. Plus qu'aucun autre institut, les Capucins faisaient usage de la discipline; plus qu'aucun autre, ils ont persévéré dans la pratique de la mendicité; plus qu'aucun autre, ils sont restés pauvres, dans la rigueur du mot. Cependant, il est des églises de leur ordre qui se sont remplies plus tard de vases précieux ; il est des monastères dans lesquels les greniers ont resserré des provisions, et les caves des muids et des tonneaux de vin, contrairement à la règle.
Ces taches légères n'obscurcissent pas les éclatants services rendus par les Capucins:
comme missionnaires, surtout, ils ont été d’une utilité inappréciable. En 1782, plus de vingt-six mille religieux composaient cet ordre.
C’est à l’occasion des Capucins , qui s’étaient, depuis 1814, rétablis à Marseille et à Aix , qu'a été agitée la question de savoir si, sous l’empire des chartes de 1814 et de 1830, des hommes peuvent s’assembler en communauté, et surtout se montrer, hors de leur retraite, avec le costume de leur ordre? Dès 1830, le tribunal de Marseille et la cour royale d’Aix avaient résolu
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cette grave question dans le sens de la liberté religieuse et individuelle; croirait-on que , le lendemain même de la révolution de juillet , qu'on disait accomplie dans les intérêts de cette double liberté , un commandant militaire ait voulu, par un ordre du jour , mettre arbitrairement de pauvres religieux hors la loi ?
Quant au délit d’association , le code pénal (art. 291) ne réprouvant que les réunions, non autorisées, de plus de vingt personnes non domiciliées, il suffit que les religieux Capucins , Trappistes, llédemptoristes, etc., ne soient pas en défaut à cet égard , pour qu’il n’y ait pas la plus légère objection à leur opposer.
La difficulté relative au costume n’est pas plus sérieuse. En vertu de la charte, chacun professe sa religion avec une égale liberté, cl obtient pour son culte la même protection. Or, professer une religion, c’est la pratiquer , en faisant tous les actes qui en constituent l'excrcicc. Dès lors, on ne sait pas comment on pourrait interdire à des Capucins, par exemple, de se vêtir comme bon leur semble , sans violer le principe de la liberté des cultes, qui a été consacré par le pacte fondamental , et dont les catholiques, apparemment, sont en droit de jouir comme tous les autres citoyens.
Et qu’on ne s’arme point , contre cette opinion, de la loi du 18 août 1792. Outre qu’elle pourrait donner lieu à de très-graves difficultés dans l’application des peines qu’elle prononce, elle a d’ailleurs disparu avec les circonstances malheureuses auxquelles elle a dû naissance ; elle n'est pas moins tombée en désuétude que les autres lois qui prohibent, en général, l’habit ecclésiastique; enlin toutes ces lois sont aujourd’hui inconciliables avec les dispositions de la charte, et ont été abolies par elle.
Les prétendus amis de la légalité, si susceptibles pour de pauvres religieux , ne
s’effrayent pas du tout de voir des Turcs et des Grecs circuler dans nos rues avec leurs vêtements bizarres , de voir des prêtres du rit grec conserver et leur longue barbe et leur robe orientale à Paris, comme à Marseille et à Aix. Gomment ce qui est permis à des étrangers serait-il défendu à des Français? Gomment des Arméniens , des Saints- Simoniens même, seraient-ils libres, d’après la charte , de s’habiller à leur guise, tandis que les prêtres catholiques, tandis que les ministres de la religion de la majorité des Français, conformément aux ordres du jour des commandants militaires , seraient forcés, à Nantes, de ne se montrer qu’en soutane , à Aix et à Marseille , de se raser régulièrement deux fois par semaine , et de sortir sans froc?
Les ordres du jour des commandants militaires sont des atteintes portées à la liberté religieuse et individuelle, nous l’avons prouvé; et les magistrats d’Aix viennent encore de le reconnaître, en rendant la liberté à deux religieux, l'un Gapucin, et l’autre Trappiste, qui avaient été illégalement arrêtés.
Vainemcnlaccusait-on ces religieux, nous ne dirons pas de vagabondage ( ils étaient l’un à soixante pas , et l’autre à quelques lieues, de leur domicile), mais de mendicité. Aucune loi, que nous sachions, n’interdit les donations manuelles, et les notables habitants de la ville d’Aix ont rédigé une attestation de laquelle il résulte :
« 1° qu’ils sont dans l’usage de faire des distributions aux frères quêteurs des ordres religieux catholiques, lorsque, revêtus de l'habit de leur ordre , on ne peut les méconnaître, et de leur recommander de désigner leurs maisons à leurs confrères; 2° qu’ainsi, en venant chercher à domicile ces distributions, les religieux chargés de la quête ne font que se conformer à leurs intentions, qui sont de donner pour l'entretien des éta-
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hlisseinents catholiques , précepte essentiel de la religion catholique, apostolique et romaine, que ces notables habitants professent, et dont nul n’a le droit de gêner l’exercice.)* Cette attestation est du 10 janvier 1831.
Les principes que nous venons d'indiquer ont etc éloquemment exposés dans une lettre du gardien des Capucins de la
1 Voici cette lettre, que l’histoire doit enregistrer :
« Monsieur le sous-préfet ,
» J’ai l'honneur de vous remercier de l’avis officieux que vous avez bien voulu me donner.
» N’étant pas militaire et ayant passé l’âge de la garde nationale, je ne vois pas comment M. le lieutenant général aurait inspection sur mon costume et le droit de me mettre aux arrêts s’il lui déplaît.
» Prêtre catholique , mes fonctions et mon habit ne dépendent que de mon évêque.
** Citoyen français , j’ai le droit de vivre libre, de me vêtir comme il me plaît, d’aller et «le venir de jour ou de nuit quand bon me semble.
» Domicilié et contribuable, je ne suis ni mendiant, ni vagabond, et l'autorité me doit protection et secours , bien loin de pouvoir m’arrêter.
» Des lois de sang et de terreur ont été jadis portées contre les religieux catholiques.
p Ces lois, réprouvées par l’humanité et la raison publique, étaient tombées en désuétude et dans l’oubli longtemps avant que la charte de 1814 les abrogeât par son article! 6; et la nouvelle Charte n’a sans doute pas voulu restreindre les libertés les plus naturelles et les plus innocentes, celle de vivre eu commun dans la retraite et la prière.
« La cour royale d’Aix a fait justice des tracasseries qu’avaient suscitées à mes comparons et à moi quelques autorités de Charles X, et un militaire n’a sans doute pas le pouvoir de sabrer un arrêt souverain qui uous déclare inattaquables.
» Nous avons fait à notre conscience voeu
ville d’Aix, au sous- préfet, qui lui avait transmis l’ordre du jour illégal du commandant militaire. Ce religieux a réclamé, avec la publicité que comporte notre gouvernement constitutionnel , le secours des magistrats contre le lieutenant général qui prétendait sabrer un arrêt souverain qui déclare les Capucins inattaquables
D’un autre côté les Uédcmptoristes du
d’humilité et de pauvreté volontaire ; vivant du travail de nos mains et des distributions que, sur l’ordre exprès de quelques personnes pieuses, nous al lous chercher à leur domicile , nousméprisons l’argent, et jamais il n’en passe par nos mains. Voilà peut-être , M. le préfet ', ce que notre réunion a de contraire aux mœurs de notre époque. Nous sommes ueuf, dont deux plus que sexagénaires. Ce rassemblement est apparemment moins redoutable que ceux de juillet , d’octobre et de décembre , et si l’on a fait à tout un ministère un crime capital de mettre Paris en état de siège au moment d’une insurrection, et d’opposer la force à la force, un simple oflicier général aurait-il le droit de faire peser cet état de siège sur notre demeure, et de lancer la force armée sur des hommes tellement inolfensifs, que leur nom en est passé en proverbe.
» En renonçant au monde , je n’ai abjuré ni les droits, ni les sentiments de citoyen français. C’est un devoir pour tous de résister à l’oppression illégale, et si la violence matérielle attentait de quelque manière que ce fût à ma liberté, je réclamerais hautement , et avec toute la publicité que notre gouvernement constitutionnel comporte, le secours des lois et des magistrats. Je me réclamerais de vous , monsieur le sous-préfet, et votre réputation de justice éclairée m’est un sur garant que vous ne me refuseriez pas la protection et le secours dus à tout honnête citoyen.
» Soubiban. <*
Puisque Dieu donne à la religion des hommes d’une trempe si forte, sa liberté n’a rien à craindre, et ses fers se briseraient, portés par «le telles mains.
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liischenberg , en Alsace, cités devant le juge d’instruction de Schclestadt, ont réclamé avec la même énergie contre un arrêté du préfet qui prononçait la dissolution de leur société. Ce juge, dans le cours des interrogatoires, a été amené à confesser que la loi n'autorise point un préfet à dissoudre la réunion de quelques prêtres vivant dans leur propriété. Pour venir à bout des Ilédemptoristcs , on s’est vu contraint
de solliciter leur interdiction de l'évèque de Strasbourg ! ! ! Mais le principe de la liberté d’association , à l’épreuve des mesures de l’arbitraire, n’en est pas moins resté victorieusement établi.
La liberté est écrite dans la charte; c’est la charte à la main que les catholiques doivent la réclamer, cl les tribunaux, nous l’cspérons, ne la dénieront à personne , pas même à des Capucins.
SIMM ES.
Vers l’époque où les Capucins s’établirent, et même quelques années auparavant, l’arbre de saint François produisit un jet nouveau, et dont la sève avait, suivant quelques auteurs, plus de force et d’activité que celle de l’arbre même d’où ce rameau venait de sortir. Nous devons dire, toutefois, que , bien que le vœu de la vie quadragésimale, à laquelle se soumettent les Minimes, rendent leur institut fort austère, néanmoins les ordres mendiants et les Chartreux luttent avec eux , et peut-être avec avantage, de pénitence et de mortification.
Avant de décider ce point, il faudrait avoir éprouvé l’abstinence de viande des Chartreux dans les plus grandes maladies, leur silence et l'usage continuel du cilice; il faudrait avoir expérimenté la grande pauvreté des mendiants, leurs voyages à l’apostolique, et la nudité des pieds.
Quoi qu’il en soit, saint François d’ Assise sembla revivre dans saint François de Paule (1416-1508).
Sa naissance avait été obtenue du Ciel par l’intercession du fondateur des Franciscains, dont il reçut le nom au baptême, et dont l'un des monastères s’ouvrit pour lui, dès sa treizième année. Le jeune François de Paule y passa un an dans les exercices
les plus austères; il s’interdit dès lors l’usage du vin et de la viande ; quoiqu’il n’eùt pas fait profession de la règle, il ne laissait pas que de la suivre dans tous ses points, y ajoutant même de nouvelles mortifications , et donnant à tous les religieux l’exemple de la plus rigoureuse pénitence. Cette vie ne satisfaisait pas encore son zèle. Au sortir du monastère , et après avoir accompli quelques pèlerinages, François de Paule se retira dans la solitude; il y renouvela, par l’austérité de ses exercices, les miracles de l’ancienne vie érémitique.
Des personnes pieuses se joignirent au jeune ermite. Dès 1435 , on le vit, dans les environs de Paule , entouré de disciples , à chacun desquels les habitants des lieux voisins bâtirent une cellule , avec une chapelle où ils s’assemblaient pour chanter les louanges de Dieu. On nommait cette petite congrégation les Ermites de Saint-François ( d'Assise , probablement ) , car on ne la considérait pas comme le noyau d'un nouvel ordre. Les temps de la vie érémitique étaient passés : toutes les cellules furent bientôt réunies dans une même enceinte et sous un même abri. La réputation du fondateur, dont ou publiait partout qu'il couchait sur le roc et qu'il ne vivait
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que d'herbes ou de racines, avait déjà contribué à propager son institut en Calabre et en Sicile 1 , avant même qu’il y eût une règle d’établie, lorsque Sixte IV lui donna, en 1474, l’approbation pontificale, et exempta cette congrégation de la juridiction des ordinaires. François de Paule en fut nommé, en môme temps, supérieur général ; mais il ne fit encore aucune disposition pour lui tracer une règle, convaincu qu’il était qu'un exemple vivant exerçait plus d’influcncc qu'une lettre morte.
Louis XI désira, en 1482, que le saint vint en France ; ce prince, sur l’esprit duquel la crainte de la mort faisait une vive impression , espérait que l'intervention de François de Paule , si puissante auprès de Dieu, prolongerait sa vie : le saint lui obtint une grâce beaucoup plus grande , celle de rentrer en lui-même, et de mourir avec des sentiments plus chrétiens. Ce voyage fournit à François de Paule l’occasion d'introduire son ordre en France : à Paris , on appela ses religieux Bons-Hommes , parce que Louis XI cl Charles VIII les nommaient ordinairement ainsi, ou plutôt parce qu'ils furent d’abord établis, au bois de Vinccnnes , dans le monastère des Grandmonlins, qu'on appelait les Bons-Hommes.
En Espagne , où François de Paule envoya des religieux du couvent de Plessislès-Tours, ils reçurent le nom de Pères de la Victoire , à cause de la prise de Halaga sur les Maures, que le roi Ferdinand V attribua aux prières de leur fondateur. Les disciples de François de Paule étaient comblés de marques de faveur par les princes :
c’est à la prière de l’empereur Maximilien, qu’ils s’établirent en Allemagne, l’an 1497.
Dès 1493, François de Paule avait enfin
1 Les Vies (les Saints, etc., I. III, p. 188, etc.,
ne s’accordent pas , sur plusieurs points , avec llélyot, dont uous avons préfère la narration.
écrit une triple règle : l'une {tour les religieux , l’autre pour les religieuses , et la troisième pour les personnes dites du tiersordre. On a aussi de lui un Correctoire, ou méthode d’enjoindre des pénitences : et , à ce sujet , nous ferons remarquer que le supérieur de chaque maison ne devait prendre que le titre de correcteur, et se souvenir sans cesse qu’il était le serviteur de tous les autres, conformément à ces paroles de Jésus-Christ : « Que celui qui est le plus grand parmi vous, devienne comme le plus petit 2 . » Cela prouve que l'humilité et la charité, aussi bien que la pénitence, étaient la base de la règle. Soit que , d’après ce , principe d'humilité , le fondateur voulut rabaisser ses religieux au-dessous des Franciscains , qui se nommaient Frères -Mineurs ; soit qu'il voulût faire allusion à cette parole du Sauveur: « Ce que vous aurez fait au plus petit ( ex minimis) de mes frères, vous me l'aurez fait à moi-même *, »
les disciples de François de Paule prirent le nom de Minimes, c’est-à-dire, les plus petits.
Il faut nécessairement qu'une inspiration de la grâce ait indiqué à ce fondateur un nouveau moyen de faire produire à son ordre de dignes fruits de pénitence, car ceux qui l’avaient précédé semblaient avoir épuisé tous les genres de mortification, toutes les manières les plus propres à édifier les fidèles. Jusqu’alors, des religieux, soit qu’ils vécussent en ermites, soit qu’ils partageassent la vie de communauté , avaient donné des exemples éclatants d’abstinence; mais ces exemples étaient individuels , et d'ailleurs celte abstinence avait soulTerl des interruptions. François de Paule est le premier qui ait songé à faire, de la vie quadragésimale, c'est-à-dire de l’observation d’un
2 Luc, xxh, 20.
5 Matth., c. xxv, v. 40.
carême perpétuel , la matière d’un quatrième v(bu ; le jeûne, disait-il , est comme une huile qui doit partout surnager. En conséquence de cette maxime, il fut interdit, non-seulement de manger de la chair, mais de manger rien qui tire son origine de la chair , comme les œufs , le beurre , le fromage, toutes sortes de laitages , et ce qui en est composé ou formé : on ne permit que le pain, l’eau et l'huile. La règle prescrit bien encore la pauvreté dans les vêtements, un profond silence, de fréquents chapitres où l’on s’accuse publiquement des fautes commises; mais, ce qu’elle prescrit par-dessus tout, c’est le jeune; et, dans le sens à la fois positif et figuré , c'est l'usage de l'huile, qui est le trait distinctif de l’ordre.
Les papes Alexandre VI , en 1502 , et Jules II, en 1506, approuvèrent les trois règles établies par le fondateur ; dans leur pieuse munificence , ils firent participer son ordre aux privilèges des quatre ordres mendiants. François de Paulc avait commencé de bonne heure sa pénitence; il atteignit un âge avancé, et lorsqu’il mourut, en 1508, dans sa quatre-vingt-onzième année, il eut la satisfaction de voir son ordre fleurir déjà dans cinq provinces. Dans la suite, cet institut eut jusqu'à quatre cent cinquante maisons.
Nous n’avons rien de particulier à ajouter sur les religieuses et sur le tiers-ordre des Minimes. Nous dirons seulement que les premières femmes qui embrassèrent les austérités prescrites par leur règle furent Marie et Françoise de Lucéna, Espagnoles, chez qui l’éclat de la naissance était encore effacé par l’éclat de la piété. « On les vit ,
1 Vies des Fondatrices d’ordres religieux , t. I, p. 190.
Ce petit ouvrage, plein de solides et édi-
dit M. Jubin 1 , avec autant d’étonnement que d’édification, renonçant aux avantages de la terre et aux pompes delà grandeur, pratiquer, sous la conduite d’hommes étrangers , un genre de vie bien au-dessus de leur sexe et de leur âge , et capable même de rebuter les hommes les plus robustes , lorsqu’ils ne sont pas soutenus par de vifs sentiments de piété. Mais l'exemple de ces saintes filles prouva bien par la suite qu’il n’y a pas de genre de vie, si élevé , si austère qu’il paraisse, qui ne puisse être embrassé par des personnes d’un âge encore tendre, ou d’un tempérament faible et délicat , lorsque Dieu nous en inspire la volonté, et que sa grâce, qui nous en prépare les voies , nous soutient et nous encourage par des consolations intérieures. Dieu n’abandonne jamais ceux qui fuient les délices et les plaisirs du monde pour suivre le chemin étroit et douloureux qui mène à la perfection. Marie et Françoise de Lucéna prouvèrent constamment les effets de la miséricorde divine, et elles furent toujours pour leurs sœurs, par leurs conseils et leurs exemples, un objet d’édification. »
L'habit des Frères , clercs ou laïques , doit descendre jusqu’aux talons, être d’une étoffe vile, de laine naturellement noire et sans teinture ; le chaperon , de même couleur ; la ceinture , de pareille couleur encore , est nouée de cinq nœuds. Celle des Frères -Oblats n’est nouée que de quatre nœuds, et leur habit est moins long que celui des autres Frères.
L’ordre des Minimes a donné aux lettres quelques hommes distingués, entre autres, le P. Mersennc, contemporain et ami de Descartes.
liantes réflexions, annonce, dans son jeune auteur , autant de sagacité et d'érudition que de piété.