‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 36 sur 113 · M. Alexandre de Laborde, Itinéraire de · texte numérisé non relu

M. Alexandre de Laborde, Itinéraire de

nouvclles auraient assez justifié Y inquisition , si ce tribunal n'avait outre-passé son nouveau pouvoir , en ralentissant les progrès de l’industrie dans tous les genres *. »

C’était aussi l’opinion de Burke : « L’inquisition », dit- il, « fait encore respecter le clergé... C'est la seule ressource qui reste, en Espagne, pour maintenir l’ordre et la tranquillité publique. Elle est, comme (naguère) à Venise, le principal instrument de l'État. Elle ne fait plus, comme autrefois, la guerre aux Juifs et aux hérétiques; son grand objet est de fermer Ventrée du pays aux préceptes des athées et des républicains. Tous les livres qui traitent de ces matières sont rigoureusement proscrits. >*

En rapprochant l’opinion de Burke de l’opinion, plus moderne encore, de M. de Laborde , on verra que l'inquisition d’Espagne est une sorte de conseil, à la fois royal et religieux, de la presse. C’est pour cela que le faux libéralisme ne la peut souffrir.

Nous ne prétendons pas justitier les fautes de l’inquisition, elle a dû en commettre, comme toute institution humaine ; mais ce serait faire preuve de peu d'intelligence que de ne pas reconnaître la nécessité de tribunaux , soit ecclésiastiques , soit mixtes, dans des temps et des pays où la religion était partie intégrante et fondamentale des institutions politiques.

Les Franciscains et les Dominicains croissaient dans le même temps, en puissance et en considération , sans que rien troublât d’abord leur bonne intelligence, car ils étaient engagés dans des voies trop différentes , pour avoir si vite occasion de prendre, les uns vis-à-vis des autres, une attitude hostile. Au contraire, on les voyait réunis pour combattre des adversaires communs; c’est-à-dire, non -seulement tous les autres instituts monastiques qui s’étaient

scriptif de l’Espagne, tom. V, pag. 1, 255 et 24.

DEPUIS L'ÉTABLISSEMENT DES ORDRES MENDIANTS

déclarés contre les deux ordres mendiants si prompts à se propager, mais encore, et surtout, le clergé séculier, naturellement indisposé contre des associations qui , librement et sans obstacles , empiétaient sur ses prérogatives, prêchant partout, entendant les confessions , administrant les sacrements L’opposition était si vive, que les Dominicains ne firent triompher, en quelque sorte, que par force, leurs prétentions sur les chaires des universités, et qu’ils n’auraient pas réussi à s’y maintenir, malgré l’ascendant de leur science , si la protection des papes n’avait enfin imposé silence à leurs adversaires.

Mais bientôt s’allumèrent, entre les ordres mendiants eux- mêmes, de sérieux combats , soutenus de part et d’autre avec vivacité. Nous ne parlons pas de plusieurs discussions fort animées , mais qui avaient un objet d’une importance secondaire , comme lorsque les Carmes et les Dominicains se disputèrent l’honneur d’avoir institué la célèbre dévotion du Rosaire. Toute notre attention se concentre sur les Frères- Mineurs et les Frères-Prêcheurs. Leur naissante rivalité se trahit d’abord par la complaisance avec laquelle les Franciscains répétaient que leur fondateur avait le mérite de la priorité dans l’institution des ordres mendiants ; en prodiguant ces éloges outre mesure à saint François d’ Assise, ils affectaient de reléguer l’autre fondateur dans l’ombre , comme dans la seule place qui lui convînt par rapport au leur. D’un autre côté, les Dominicains l’emportaient de beaucoup en savoir sur les Frères-Mineurs, et ils occupaient les chaires des universités et des écoles, avec l’applaudissement général ; les Franciscains n’obtinrent d’a-

1 Mathieu Paris nous a conservé les doléances du clergé, dès l’année 1243. Trois ans après, il présenta un autre tableau de la conduite des

bord quelque succès qu’en marchant sur les traces de leurs rivaux. Depuis longtemps, les Dominicains honoraient leur Albert le Grand et leur Thomas d’Aquin, surnommé le Docteur angélique, comme les plus beaux ornements de la science , tandis que les Franciscains ne pouvaient encore se prévaloir de personne qui fût digne d’approcher de ces illustres théologiens. Enfin parut le franciscain Duns Scot, qui entreprit de combattre la doctrine de saint Thomas d’Aquin ; dès lors les Thomistes et les Scotistes occupèrent le champ de bataille , se livrant des combats à outrance. Les deux partis croyaient de bonne foi s’occuper des plus chers intérêts de l’homme, et cependant ils ne s’exercaient avec tant d’ardeur que sur un sujet ingrat , en sorte que le résultat de la lutte ne pouvait être que de fixer l’opinion publique sur le plus ou moins d’habileté que chacun mettait à soutenir sa doctrine. L’an des principaux points de ces discussions était la conception immaculée de la sainte Vierge , que les Thomistes n’admet (aient pas. Les Franciscains, au contraire, qui s’en étaient déclarés les zélés défenseurs, gagnèrent beaucoup par là dans l’esprit du peuple; car, loin que celui-ci se fit scrupule de rien préjuger sur des matières aussi délicates , il écoulait avec édification les raisons à l’appui de l’un ou l’autre système. Du reste, la plupart des Dominicains se rangèrent sous l’étendard des Nominaux , et embrassèrent la doctrine du plus rigide auguslinianisme, au lieu que les ennemis des Frères- Mineurs les accusaient plutôt d’incliner vers celle des Scmi- Pélagicns.

Indépendamment des Dominicains que nous avons cités , et qui se sont distingués

moinC9 mendiants, qui ne leur est pas plus favorable que ces doléances évidemment exagérées.

JUSQU’AU SCÏIISME DE LUTIIER.

par leur savoir, l’ordre a produit un grand nombre d’hommes célèbres , tels que Jean Taulère (1389), l’un des meilleurs mystiques de son temps, et Fra- Bartholomeo , dont le nom ne sera jamais cité sans honneur. Las- Cases, l’ami des hommes, a prouvé que les plus nobles cœurs ont battu sous la robe des Dominicains. Savanarole, au contraire , s’en est montré indigne.

Le tiers -ordre de saint Dominique n’a rien offert de remarquable; destiné d’abord , sous le nrrtn de Milice Je Jèsus- Clirist, à combattre les hérétiques, il n’a pas tardé à se restreindre aux pratiques et aux exercices qui sont en usage parmi les Ticrtiaircs des autres instituts , et il s’est alors appelé Ordre de la Pénitence de Saint- Dominique.

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