‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 37 sur 113 · CARMES · texte numérisé non relu

CARMES

Il s’est introduit dans l’histoire de plusieurs ordres monastiques , des fables et des suppositions, fruit d’une imagination complaisante, qui, ne pouvant sc rendre exactement compte de l’origine de l’institut, crée des circonstances plus ou moins vraisemblables, et les adopte avec d’autant plus de plaisir qu’elles sont de nature à relever et à grandir, dans l’estime du lecteur, l’ordre dont on retrace l’histoire.

Les Carmes ont surpassé les autres religieux sous ce rapport; il est impossible de méconnaître, chez eux, une tendance toute particulière à interpréter les annales de la religion juive et du christianisme, de façon que ces annales fassent exclusivement ressortir l’antiquité de leur ordre. C’est là l'une des conséquences, au reste bien excusables, de l’esprit de corps. Une nouvelle règle est établie; quelle qu’en soit l’austérité , elle peut bien soutenir la comparaison avec les autres règles, mais elle ne l’emporte pas sur elles; pour décider l’avantage, on recourt alors aux fictions historiques, on

1 On nomme Dollandistcs de savants Jésuites

s’attribue le mérite de l’antériorité ; l’on dit à scs émules : Nous existions avant vous; nous sommes le type, vous n’ètes que nos imitateurs. Cette tactique, conseillée d’abord par l’amour-propre, à l’insu même de ceux qui l’emploient, accréditée ensuite par la crédulité de la foule, devient bien plus facile quand , au lieu de s’étre successivement développé dans le pays même et sous les yeux des générations auxquelles ou s’adresse , l’ordre, dont on vante l’antiquité, fondé dans une partie du monde, a été tout à coup , et déjà complètement organisé , transplanté dans une autre partie de l’univers.

Nous n’oserions affirmer que la sévérité de ces réflexions fût justement applicable

aux Carmes; mais ils sont passés d’Asie , leur patrie primitive, en Europe, leur patrie actuelle, en apportant, avec eux, des traditions, au moins douteuses, sur leur origine.

Suivant le Bollandiste Papebroch 1 , qui avait étudié cette matière à fond , la tradi-

d’Anvers qui sc sont occupés à recueillir les

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lion de l’ordre des Carmes , qui regarde les prophètes Élie et Éliséc , comme scs fondateurs, souffre beaucoup de difficultés par les contradictions qu’on y trouve depuis Élie jusqu’à Jésus -Christ, et depuis Jésus- Christ jusqu’au bienheureux Berlhold. Papebroch soutient, au contraire, que l'ordre des Carmes n'a commencé qu’au xti c siècle, appuyant cette proposition du témoignage de Jean Phocas, qui , dans sa relation d’un voyage qu’il fit en terre sainte l’an 1185, dit , en parlant du mont Carmel, qu'on y voyait la grotte d’Élie ; qu’il y avait quelques années qu’un moine, revêtu du caractère sacerdotal , vénérable par ses cheveux blancs , et natif de Calabre, étant venu sur cette montagne, y fit un petit retranchement autour d’un lieu où existaient encore les vestiges d’un ancien monastère; qu’y ayant bâti une tour et une petite église , il demeurait dans cette enceinte avec six religieux qui s’étaient joints à lui. Ce moine était Berlhold , valeureux chevalier de l’armée de Godefroy de Bouillon : l’époque où il se consacra à la vie monastique est celle de la seconde croisade.

En 1209, Albert, patriarche de Jérusalem , donna une règle , composée de seize articles, à la communauté naissante. Le premier traite de l'élection d’un prieur, et de l’obéissance qu’on lui doit rendre; le second parle des cellules des Frères, qui doivent être séparées les unes des autres ; le troisième leur défend de changer de cellules sans permission ; le quatrième prescrit l’endroit où sera située celle du prieur ; le cinquième ordonne aux religieux de rester dans leurs cellules, et d’y vaquer jour et

Actes et les Vies des Saints, d’après les auteurs originaux , et qui ont ainsi réussi à éclaircir plusieurs faits importants de l'Histoire ecclésiastique.

Le P. Roswcid assembla les premiers maté-

nuit à l'oraison , s’ils ne sont point légitimement occupés ; le sixième concerne les heures canoniales, que réciteront les Frères destinés au chœur, et les prières que diront ceux qui ne savent pas les heures canoniales; le septième interdit aux religieux d’avoir rien en propre; le huitième ordonne de bâtir un oratoire au milieu des cellules, où ils s’assembleront tous, le matin, pour entendre la messe; le neuvième parle de la tenue des chapitres locaux et de la correction des Frères; le dixième recommande l’observance du jeûne, depuis l'Exaltation de la sainte Croix jusqu'à Pâques, excepté les dimanches; l'abstinence delà viande, en tout temps, est prescrite dans le onzième ; le douzième exhorte les Frères à se revêtir des armes spirituelles qui leur sont proposées; le treizième les oblige au travail des mains; le quatorzième leur impose un silence étroit depuis vêpres jusqu’à tierce du jour suivant; le quinzième exhorte le prieur à l’humilité; le seizième engage aussi les religieux à respecter le prieur. Honorius III confirma, en 1224, cette règle donnée aux Carmes par le patriarche Albert; il est possible que la plupart de ses statuts aient été tirés des écrits de saint Basile; le seul point qu’il importe de remarquer c'est qu’elle était destinée à des ermites, qui habitaient dans des cellules séparées.

Mais, après la paix faite avec les Sarrasins, en 1229, les Carmes, qui enduraient beaucoup de persécutions, arrêtèrent le projet d’abandonner la terre sainte pour passer en Occident, et y chercher des abris où ils pussent se livrer, sans péril, à leurs

riaux de cc travail ; mais le P. Bollandus, adoptant un plan nouveau, les mit en œuvre. Ses continuateurs, qui lui empruntèrent le surnom de liollandixtcs , poursuivirent l’entreprise; le P. Papebrochen a eu la direction.

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pieuses pratiques. De l’ilc de Chypre et de la Sicile, où ils abordèrent dès 1238, ils vinrent bientôt en France et en Angleterre.

Partout on les reçut à bras ouverts , et il resta prouvé que, pour mieux réussir, il ne leur avait manqué jusqu'alors qu'un sol favorable. Saint Louis leur donna, l'an 1239, un couvent à Paris, d’où sortirent les Carmes de France et d’Allemagne. Mais le passage des Carmes d’Asie en Europe avait nécessité de grands changements dans leur organisation elleur manière de vivre. Aussi Innocent IV leur donna-t-il , en 1217, une interprétation de leur règle adaptée à leur nouvelle position. Leur vie érémi tique se modifia en vie cénobitique, et ils ne furent plus astreints à n’avoir des couvents que dans les solitudes; au vœu de l’obéissance, on joignit le vœu de chasteté qu’ils n'avaient pas fait d’une manière expresse jusqu’alors ; et, quoiqu’on jugeât convenable d’introduire plusieurs mitigations dans la règle, la sévérité des premiers statuts en forma toujours la base.

Les Carmes tinrent leur premier chapitre général en Angleterre, l'an 1213, et depuis lors, grâce à l’infatigable activité de leur général Simon Stock et à la protection d’innocent IV , l’ordre se répandit avec une rapidité surprenante. Malheureusement le sch§kmc qui divisa l’Église au xiv° siècle , le divisa aussi. Il se trouva, en même temps, deux généraux élus par deux partis opposés, qui ne choisissaient pas le plus digne, mais celui qui embrassait avec plus de chaleur les intérêts de la personne qu’ils reconnaissaient pour pape. Chacun de ces généraux, dominé par les circonstances, dispensait fréquemment scs religieux des austérités prescrites par la règle, et n’osait jamais les punir, de crainte qu’irrités de sa sévérité, ils ne se jetassent dans le parti contraire : d’ou il résulta un si grand désordre qu’on ne reconnaissait les Carmes quo

par l’habit, et non plus par leur exactitude à pratiquer la règle, qu’ils n’observaient en aucune manière. Ce fâcheux état de choses se prolongea jusqu’en 1430, qu’on traita, dans un chapitre général, du moyen de rétablir l’ordre dans sa première perfection.

Comme on jugea qu’il serait imprudent ou trop difficile de passer de l'extrémité du désordre à l’observance primitive, il fut résolu qu’on solliciterait du souverain pontife quelque dispense de la règle touchant le jeûne, l'abstinence de la viande et la demeure continuelle dans les cellules. Eugène IV permit aux Carmes de manger de la viande trois fois la semaine, de prendre leurs repas en commun, de ne pas garder un silence aussi absolu, de se promener dans leurs cloîtres et dans les autres lieux de leur clôture, aux heures convenables, c’est-à-dire quand les exercices de communauté et d’obéissance ne les occuperaient pas. Mais comme , Eugène IV n’ayant rien décidé touchant le jeûne, plusieurs supérieurs le faisaient observer aux jours même auxquels on mangeait de la viande, Pic II permit aux généraux, l’an 1439, d’en user à cet égard selon qu'ils jugeraient à propos, en ayant égard à la qualité des personnes, des lieux et des temps.

Toutefois, ces dernières mitigations ne furent pas reçues dans tous les monastères; il y en eut qui préférèrent de vivre conformément à la discipline et à la règle primitive, telles qu’innocent IV les avait agréées. Ceux-ci s’appelèrent Observants , par opposition aux Conventuels. En France et en *

Italie, le zèle pour l’austérité s'alluma au point qu’il s’y forma des congrégations, dont les efforts pour se séparer des Conventuels, devenus si indifférents, étaient encouragés par les papes. La plus remarquable (malgré le triste sort de Thomas Connecte, son fondateur, qui expia dans les flammes d’un bûcher la trop grande liberté de ses paroles )

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est la Congrégation de Mantoue; car nonseulement elle compta bientôt cinquante monastères, mais Eugène IV lui accorda la permission d'élire un vicaire général.

On ne tarda pas à s'apercevoir que les mitigations d’Eugène IV, comme toutes les concessions excessives, augmentaient le mal, en facilitant aux Carmes le moyen d'enfreindre impunément la règle primitive. Cette considération détermina Jean Soreth, vingt-sixième général de l’ordre, à entreprendre une seconde réforme de son institut, et à le soumettre à des pratiques nouvelles; mais, quoique le pape Paul III lui eût donné son approbation Pan MGG, ses efforts furent si mal accueillis par les religieux, qu'on lui donna à manger des mûres empoisonnées, ce qui causa sa mort.

I)u temps de Soreth, les religieux du chœur étaient vêtus de noir, et les frères-lais de couleur minime ou tannée : il quitta le noir pour se revêtir de couleur minime, tant parce que c’était l’ancienne couleur de l’institut qu’il rétablit dans scs constitutions, que parce qu’elle était affectée aux membres les moins estimes dans l'ordre.

Soreth, si malheureux dans sa tentative de réforme, le fut moins dans une autre.

Estimant, dit le I*. Louis de Sainte- Thérèse 1 , que c’était une chose indigne que les autres mendiants eussent des filles qui observassent leurs règles, et que le seul Carmel, institué pour honorer la sainte Vierge, mère des vierges, n’en eût pas dans son ordre , il obtint du Pape Nicolas V , l'an 14G2, les mômes privilèges pour la ré-

1 Dans son livre intitulé : la Succession d’Élic.

2 La nudité des pieds était déjà en usage auparavant, par exemple, chez les Franciscains; mais ce n’est qu’à cette époque, et surtout'par l’influence de sainte Thérèse, qu’elle fut généralement adoptée. Chaque ordre, à l’exception des Bénédictins , eut bientôt des religieux dé-

ception des couvents de religieuses, vierges, veuves et béguines, et il fonda cinq maisons de ces saintes filles.

C’est d’un de ces couvents de religieuses que sortit enfin la troisième et sans contredit la plus efficace réforme de l’ordre des Carmes : une femme a embrassé des austérités dont des hommes se seraient effrayés.

Thérèscde Cépède (î Ï>1 11-1 ü82), qui avait pris le voile à vingt-deux ans dans un monastère d’Avila , en Espagne, poursuivie de l’idée de soumettre son ordre à une réforme radicale , ne croyait pas que la règle du patriarche Albert, expliquée par Innocent IV, suffit à son but ; elle y ajouta un certain nombre de constitutions qui rendaient les observances encore plus austères.

Elle fit une loi inviolable de la nudité des pieds 2 , et on ne la vit jamais elle-même que les pieds entièrement nus. L’obéissance fut exigée avec tant de rigueur, qu’il aurait fallu essayer, en quelque sorte, l'impossible, si l’impossible avait pu être commandé, car la voix du supérieur, disait sainte Thérèse, est la voix de Dieu. La pauvreté était si scrupuleusement observée , que ces religieuses obtinrent un bref du pape pour ne posséder ni terres , ni revenus , mais pour vivre uniquement d'aumônes. Trois fois la semaine, elles prenaient la discipline de verges, au point presque de faire jaillir le sang, et un grand nombre sollicitaient encore la permission de la reprendre. Celle qui rompait le silence devait s’attendre aux plus sévères châtiments. Le jeûne, d’ail-

chnussés. Il ne faut pas eu inférer que leurs pieds fussent nus , à la lettre ; mais seulement que ces religieux se distinguaient «les autres en portant des sandales ou socques au lieu de souliers, ce à quoi répond exactement le mot déchaussé s. Toutefois il n’était pas défendu aux plus zélés d’observer la nudité des pieds daos le sens rigoureux de ces expressions.

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leurs, répété fréquemment, acquérait un double mérite par les mortifications accessoires dont on l’accompagnait volontairement. Sous leurs habits de vile étoffe, ces victimes de la charité portaient des cilices rendus plus gênants par les nœuds (et quelquefois par le plomb, comme à Valladolid) dont ils étaient garnis. Holocaustes vivants cl perpétuels , ces religieuses surpassaient aussi toutes les autres en austérité.

Les obstacles que sainte Thérèse avait rencontrés en voulant réformer les Carmélites, et qu’elle n'avait surmontés qu’après de longs combats , faisaient présager tous ceux qui s’opposeraient au projet qu’elle conçut d’établir la même réforme parmi les religieux. Elle exécuta cependant ce dessein. A sa mort, plus de dix -sept couvents de filles et quinze d’hommes observaient déjà cette réforme. De l’Espagne, où elle fleurissait avec éclat , elle s’étendit en Italie, en France, dans les l’ays-Bas, et dans toutes les provinces de la chrétienté.

I/inslitut des Carmes déchaussés de sainte Thérèse est divisé en deux corps : l’un , en Espagne, qui est plus austère que le second, et qui a son général particulier; l'autre hors de l’Espagne, dont le général réside à Rome dans le couvent de Notre-Dame delà Scala.

En France, l’introdution de ces Carmélites est due aux efforts réunis du cardinal de Bérullc et de madame Acarie, qui ensuite embrassa elle- même cet austère institut, sous le nom de Marie de /’ Incarnation . line colonie de six Carmélites espagnoles, obtenue après bien des sollicitations, vint s’établir dans des lieux claustraux, préparés au faubourg Saint-Jacques, à Paris (1604). Des personnes pieuses , de la première noblesse du royaume, n'allendaient que leur arrivée pour se vouer, avec elles, à la solitude du Carmel. Dès 1603, dit M. Picot. 1 , il fallut

1 Essai sur l’influence de la religion en

fonder un nouveau monastère à Pontoise , cl un autre à Dijon ; on en établit bientôt d’autres à Amiens, à Tours , à Rouen , etc.

En 1616, laduchcsssc de Longueville fonda un deuxième couvent du même ordre à Paris, rue Chapon , et dans la suite il s’en forma un troisième, rue de Grenelle, au faubourg Saint-Germain. En peu de temps les maisons sc multiplièrent en France, et il y en avait soixante-deux à la fin du siècle.

Clément VIII, par un bref particulier, avait nommé supérieurs pour la France les abbés de Bérullc , Duval et Callcmant , qui devaient se choisir des successeurs. De tels hommes étaient bien propres à conserver l’esprit de piété parmi les Carmélites; aussi n’y avait-il point dégénéré, et elles ont offert, jusqu'à ccsdcrniers temps, d’illustres exeinples de renoncement au monde, d’attachement à leurs règles, et de ferveur. Les successeurs des premiers supérieurs furent toujours des ecclésiastiques distingués par leur piété ; dans ce nombre furent les docteurs Chartin , le Gamachcs, Grandin, etc.

Le couvent de la rue Saint-Jacques continua d’être l’objet de la prédilection des reines cl princesses, qui concoururent à en décorer l’église avec beaucoup «le goût et de magnificence; celte église est au nombre de celles dont le génie de la destruction a privé la capitale. Outre les Carmélites dont nous avons parlé, et qui étaient dirigées par les successeurs de l’abbé de Bérulle, il y avait encore en France les Carmélites réformées de Lorraine cl du Cornlat, qui étaient soumises aux Carmes réformés, et les Carmélites mitigées de Bretagne et de Champagne, qui étaient sous la direction des Carmes de la place Manbcrt, à Paris.

Après notre première révolution , qui avait détruit tous les couvents , madame Camille «le Soyccourt rétablit à Paris des religieuses

France, pendant le xvn r siècle, tome I , p. 92.

Ancienne Religieuse Carmélite en France .

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Carmélites. Elles y ont aujourd’hui trois maisons ( rue de Vaugirard , rue Cassini et rued’Enfer) , d’où s’élèvent incessamment vers le Ciel des vœux pour la prospérité de la France. Les Carmélites sont, d’ailleurs, établies à Sens, à Nevers, etc., et à Pontoise, où elles possèdent les reliques de Marie de l'Incarnation.

Nous devons encore parler d’une institution toute particulière , et qui vit le jour en même temps que les fondations de sainte Thérèse. En souvenir de ceque les premiers Carmes furent des ermites qui vivaient sous l'inspection d’un supérieur, les Cannes déchaussés se sont fait une loi d'avoir , dans chacune de leurs provinces, un couvent auquel est annexé un ermitage , où puissent se retirer ceux qui veulent mener, pendant quelque temps, une vie entièrement recueillie. Celte maison ressemble assez à celle des Chartreux ; seulement l’enclos en est plus vaste , soit en jardins , soit en bois. La demeure en est interdite aux novices, aux jeunes profès, à ceux qui ont peu d’inclination pour les exccrcices spirituels. Le nombredes religieux de chœur qui habitent un désert ne doit pas excéder celui de vingt, et l’on ne peut y rester moins d’une année.

Toutes les études scolastiques y sont défendues; on ne doit s’y appliquer qu’à la prière et à la mortification. Quoique la vie de ces cénobites paraisse assez retirée , outre les cellules du cloître , ils ont dans leurs bois des cellules séparées , éloignées du couvent d’environ trois cents pas, où on permet aux religieux d’aller, les uns après les autres , pour y vivre dans une plus grande solitude et une plus grande abstinence, y remplissant en particulier les même exercices , et aux mêmes heures, que le reste de la communauté, et répondant, à chaque observance , par une petite cloche , à celle de l’église, afin d’annoncer qu’ils vont s'unir avec leurs frères. Ils y passent ordinaire-

ment trois semaines de suite ; puis ils rentrent chacun dans leur couvent. Les Carmes déchaussés de France, pour suppléer en quelque sorte au défaut d’un terrain assez vaste qui pût leur servir d’ermitage , avaient fait bâtir une petite Cellule dans leurs jardins. Mais Louis XIV leur donna le grand ermitage qu’ils possédèrent, jusqu’à la première révolution, près de la ville de Louviers , au diocèse d’Évrcux.

11 existe un tiers-ordre des Carmes, depuis 1477.

L’ordre des Carmes professe une dévotion spéciale envers la sainte Vierge; c’est là l’origine du scapulaire , qui est un signe et un mémorial de cette dévotion. Simon Stock, Carme anglais et général de son ordre, l’introduisit parmi les fidèles vers le milieu du xm° siècle ; scs confrères en ont pris occasion de prétendre que, dans uuc vision , la sainte Vierge lui avait donné le scapulaire , comme une marque de sa protection envers tous ceux qui le porteraient, qui garderaient la virginité, la continence ou la chasteté conjugale, et qui réciteraient le petit office de Notre-Dame. Suivant Mosheim ', les Carmes auraient public que la sainte A r ierge avait promis à Simon Stock que tous ceux qui mourraient avec l’habit des Carmes ou avec le scapulaire , seraient à couvert de la damnation éternelle. Mais, en admettant que le miracle fût douteux , l’auteur de cette dévotion est-il , responsable des erreurs que l’on a écrites sur son compte? D’ailleurs , en supposant que les Carmes aient publié ce que leur prête Mosheim, en résulte-t-il que les papes aient confirmé leur promesse?

L’office et la fête du scapulaire ont été approuvés par le saint -siège comme n’ayant rien d’opposé à la foi des chrétiens , et pou-

1 Itist. ecclés. du xiu^ siècle, 2<? part., eh. u,

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vaut, au contraire, contribuer à la piété et à la dévotion envers la sainte Vierge :

car c'est là tout ce que signifient ces sortes d’approbations, l’Église n’ayant jamais prétendu attester la certitude d’aucune révélation ou vision particulière , même dans les saints canonisés. Quant à la fameuse bulle Sabbathinc, par laquelle Jean XXII aurait accordé certaines indulgences aux (larmes et à leurs affiliés , c’est une pièce supposée , comme l’ont prouvé différents critiques, cl notamment le P. Papcbroch, qui l’a examinée avec autant de science que d'impartialité.

Les frères du scapulaire sont astreints à certaines règles qui n’obligent cependant pas sous peine de péché ; ils doivent porter un petit scapulaire au moins sous leurs vêlements, réciter chaque jour l’office de de l’Église ou celui de la sainte Vierge.

Ceux qui ne savent pas lire substituent à l'office sept Pater , sept Are, et sept Gloria Patri. De plus , l'usage de la viande leur est interdit les mercredis, les vendredis cl les samedis, ou , s’ils ne peuvent faire abstinence ces jours-là , ils sont obligés, pour y suppléer, de réciter sept fois le Pater, etc. Édouard I Pr , roi d’Angleterre, et saint Louis, roi de France, entrèrent dans la nouvelle confrérie.

L'organisation de l'ordre des Carmes est aristocratique, car le pouvoir du général est singulièrement borné par l’obligation où il se trouve, dans certaines circonstances importantes , de prendre l’avis des définiteurs, qui sont scs conseillers.

Il manquerait quelque chose à ce précis, si nous omettions de rappeler que les solitudes des Carmes enlevèrent à la cour la plus brillante de l’Europe, la fille de Louis XV.

Madame Louise de France ( 1758-1788), après avoir fait dans le monde un assez long essai des pratiques de la règle, prit le voile aux Carmélites de Saint-Denis, sous le nom

de Thérèse de Jésus de Saint-Augustin. Le spectacle attendrissant d’une jeune veuve (madame de Rupelinonde) , qui , à la fleur de son âge, quitta tout, en 17151, pour se consacrer au Seigneur, avait fait une telle impression sur le cœur de cette princesse, qu’elle avait conçu le projet de l’imiter un jour. Mais que d’obstacles à surmonter avant de pouvoir exécuter un tel projet ! Les liens de la piété filiale , ceux qui l'unissaient à scs augustes sœurs , tout , jusqu’aux préjugés du siècle , semblait devoir la retenir à la cour. Cependant, elle consomma le sacrifice, et, pendant dix -sept ans, elle édifia sa communauté par sa dévotion, ses austérités et son zèle charitable. C’est à sa sollicitation que les religieuses des Pays- Bas , expulsées sous le règne de Joseph II , furent accueillies en France. « Les fastes de l’Église , » dit un auteur , « nous offrent de fréquents exemples de reines ou de princesses qui se sont dérobées à l’éclat et aux délices de la cour , pour se dévouer à la solitude et aux austérités du cloître. Quelque admirables, quelque héroïques que fussent de pareils sacrifices , ils ont dù paraître moins étonnants, sans doute, dans ce temps où la piété était en honneur , où le monde payait un tribut public de respects et d’hommages à ces âmes nobles et courageuses qui se consacraient, dans la retraite, à la pratique des plus sublimes conseils de l'Évangile. Mais, dans un siècle tel que le nôtre, où de vains et orgueilleux raisonneurs, incapables de s’élever au-dessus des froids calculs de l’égoïsme , osent traiter de superstition et de faiblesse les victoires même que la religion remporte sur la nature ; dans un siècle où les demeures sacrées, qui servent d’asile à la vertu et à l’innocence contre les vices et la corruption de la société, sont devenues l'objet du mépris et de la dérision publics , et regardées comme des monuments du fanatisme et de l’imbécillité de nos aïeux;quand

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on voit la Hile du plus puissant roi de l'univers, supérieure aux faux jugements des hommes , préférer au faste du trône l’obscurité d’un monastère, s’arracher aux plaisirs et aux honneurs pour se livrer aux exercices de l’humilité et de la pénitence ; ce trait de grandeur d’âme est assurément

le plus beau triomphe de la foi sur l'incrédulité, et il semble que l’Être-Supréme réservait à notre siècle ce grand spectacle , pour lui montrer que la religion sait beaucoup mieux que la philosophie élever une âme au-dessus des passions et des faiblesses de l’humanité. »

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