‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 38 sur 113 · AUGUSTINS · texte numérisé non relu

AUGUSTINS

Le cadre des quatre grands ordres mendiants est complété par les Ermites de Saint- Augustin; mais, comparé aux trois autres, ce dernier institut n’a jamais rempli qu’un rôle secondaire. Cela provient , sans doute , de ce que les Auguslins n’ont pas su mettre leur ordre en relief, en lui imprimant un caractère particulier ou une destination spéciale. Pour occuper le premier plan , il ne leur suffisait pas d’avoir 1 honneur d emprunter leur dénomination à un grand évêque, Père de l’Église (l’Occident ; car , cet honneur , ils le partageaient avec les innombrables congrégations de Chanoines Auguslins, et d’ailleurs les doutes qu’on élevait sur la certitude de leur filiation immédiate, la leur faisait contester.

Saint Augustin (3ÏJ4-430) , après une jeunesse dissipée , après de nombreuses et graves erreurs professées en matière de foi , éprouva le besoin de se réconcilier avec l’Église, en expiant scs fautes passées dans la pénitence et les pratiques d’une vie ascétique. Avant donc qu'il fût élevé à l’épiscopat (393), i) se retira à la campagne, près

de Tagaste, y vivant, avec quelques amis et plusieurs disciples , dans un entier détachement de toutes les choses de la terre , dans la pratique de l’oraison , du jeûne et des autres exercices de la pénitence , méditant nuit et jour la loi du Seigneur, imitant les solitaires d’Égypte , observant la forme de vie et la règle établies du temps des apôtres, et bannissant de la communauté toute propriété.

Il est incontestable, d’après les idées (le 1 époque sur l'excellence de la vie monastique, que c’est à une vie de ce genre qu’Auguslin se livrait dans sa retraite. Mais , affirmer péremptoirement que les solitaires de I agasle ont reçu de ce Père une règle écrite, et que leur communauté a été le seul et vrai type des monastères qui se sont si fort multipliés depuis, ce serait là une assertion aussi peu fondée que l’est la prétention des Ermites de Saint- Augustin , quand ils veulent remonter jusqu’aux couvents de Tagaste ctd'Hipponc par une filiation non interrompue. S’il était certain que les moines du nord de l’Afrique, dispersés par l’irruption des Vandales, se fussent

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réfugiés en Italie et dans les autres pays , comment s’expliquerait-on cette rare obstination de Tbistoirc à garder , sur ce fait , un silence opiniâtre pendant plus de sept cents ans? Si les Ermites de Saint-Augustin sont vraiment les enfants de cet illustre docteur, pourquoi les papes ne leur ont-ils pas donné la préséance sur les ordres de Saint- François et de Saint-Dominique , qui n’ont paru qu’au xm° siècle?

Il est plus probable que les choses se sont passées ainsi.

A côté des ordres religieux existants et approuvés par l’Église, il s’était formé, pendant les xi* et xn c siècles, notamment en Italie, plusieurs associations d'ermites qui, la plupart, n'ayant point de règle fixe, se gouvernaient d’une façon arbitraire et se soumettaient à certaines observances. Les plus remarquables de ces associations étaient celles des Jean- Bonites, des Brittiniens, des Ermites de Toscane, des Pauvres Catholiques, des Frères du Sac ou de la Pénitence de Jésus-Christ 1 et des Guillelmites.

C’était une source de désordres dans l’Église que le grand nombre de ces associations , répandues en plusieurs provinces, vivant sous différentes observances, parce qu’il naissait chaque jour , au sujet de ces observances , des contestations nouvelles ; les Franciscains et les Dominicains avaient , d’ailleurs , occasion de se plaindre de ce que les Jean-Bonites, surtout, portaient un habit si semblable au leur, qu’il était difficile de les distinguer d’avec eux. Grégoire IX, pour assoupir ce différend , contraignit les Jean -Bonites, en 1211 à changer la forme cl la couleur de leur habit, à avoir toujours à la main des espèces de béquilles, et à dire

I A la recommandation de la reine Blanche, saint Louis fit venir des Sachets d'Italie; il les établit à Paris, à Poitiers, à Caen et ailleurs.

II y a eu aussi des religieuses Sachettcs , qui

de quel institut ils étaient en recevant les aumônes des fidèles.

Ce pape et Innocent IV donnèrent aussi la règle de saint Augustin à plusieurs de ces associations d’ermites. Celte règle . du moins telle qu’elle était observée, n'avait pas été directement composée par saint Augustin , docteur de l’Église : elle résulte de la combinaison (faite à une époque postérieure ) de deux de ses discours, de moribus clericorum, avec son épttrc 109 adressée aux religieuses d'iiipponc, et l’on avait joint à ce corps de préceptes quelques constitutions particulières.

Néanmoins les papes appréciaient toujours l’inconvénient produit par l’existence de tant de congrégations, indépendantes les unes des autres. Aussi, pour se conformer au principe qu’avait arrêté le concile de Lalran touchant la multiplication des ordres religieux, Alexandre IV ne prit -il aucun repos qu’il ne fut parvenu , dans un chapitre général, tenu à Home en 12iîG, à confondre ces différentes associations en un seul ordre , au moyen d’une incorporation à laquelle quelques-unes seulement, telles que les Guillelmites, échappèrent.

De cette façon naquit Y ordre des Ermites de Saint- Augustin, dont l'institution a ceci de particulier, qu’il n’a point, comme les autres, eu de faibles commencements et subi des accroissements successifs, mais qu'il consista , dès son principe, en quatre provinces, la France, l’Allemagne, l’Espagne, et l'Italie. Le nom d'ermites fut conservé à ces religieux , parce que les congrégations , qui venaient de s'unir, avaient d’abord pratiqué la vie érémitique; mais alors ces religieux se rassemblèrent dans des couvents ,

imitaient la vie des Frères de la Pénitence ; elles avaient une maison à Paris, près de Saint- André-des-Arcs, et elles ont laissé leur nom à la rue des Sachcttes.

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et ils auraient pu, tout aussi bien, être appelés des moines. Leur règle ne respirait point cet esprit de rigueur qtii anime d’ordinaire un ordre nouveau à son début; on y introduisit des adoucissements; le jeûne, par exemple , n’y était pas prescrit d’une manière tellement absolue qu'il les privât des mets dont la frugalité du cloître peut s’accommoder, et le vœu d’obéissance, luiméme, était limité aux cas où le sentiment naturel de justice et d’équité de chaque religieux n’était par froissé par le commandement.

Satisfaits de cette union, les papes accordèrent bientôt aux Auguslins des privilèges importants. Non-seulement ils eurent leur général ( et ce fut Latifranc Scptala qui remplit le premier cette dignité) , mais ils eurent un cardinal protecteur, chargé de soutenir les intérêts de l’ordre auprès du pape. L’ollice de sacristain de la chapelle du souverain pontife fut annexé à leur institut; il ne peut être conféré qu’à un Krmitc de Saint-Augustin, grâce d’autant plus importante que le titulaire de cet olïice est le curé de Sa Sainteté. On défendit aux évêques de procéder désormais contre les Augustins pour les obliger à porter des bâtons, leur déclarant qu'il fallait seulement contraindre ces religieux à porter des coules noires. Mais ce n'est qu’en 1367 que le pape Pie V mit leur institut au nombre des quatre ordres mendiants, ne leur donnant le rang qu’après les Carmes, et, à plus forte raison , après les Dominicains et les Franciscains, qui ont la préséance au-dessus des autres. La constitution des Augustins, comme celle des Carmes, est aristocratique :

les chapitres généraux doivent se tenir tous les six ans, et ces chapitres peuvent déposer, aussi bien qu'élire le général , dont l'influence, au reste, est très-liiuilée par les défini leurs.

On devait s’attendre avec raison que la

règle de saint Augustin, n'établissant point de prescriptions trop dures , serait par là mieux garantie contre l’infidélité et le relâchement. Cependant, dès le xiv* siècle , de grandes plaintes s’étaient élevées sur l’oubli de la discipline où tombaient les religieux, et cet oubli, excitant le zèle des réformateurs , donna lieu à l’établissement d’un grand nombre de congrégations, telles que celles de Carbonnièrc, de Pérouse, de Lombardie, de Gênes , de Monte- Ortono, de la Pouille, de Saxe , délia Claustra, de la Calabre extérieure et intérieure, de Centorbi, des Colorites, de Dalmatie, de Bourges. Nous glissons d’autant plus volontiers surces congrégations, que leurs essais pour le rétablissement de la régularité n’ofTrent rien de particulier : nous ne pourrions que reproduire un tableau retracé déjà, et à plusieurs reprises.

Parmi ces congrégations , celle qui l’emporte en austérité sur toutes les autres , est la réforme des Augustins déchaussés , que le P. Thomas de Jésus introduisit en 1532, non sans éprouver de grandes contradictions de la part de scs propres frères. Ce religieux, né à Lisbonne, était un grand serviteur de Dieu ; on lui doit un excellent ouvrage, intitulé : Les Souffrances de Jésus-Christ , qu’il composa lorsqu’il était en prison dans le royaume de Maroc. Il avait accompagné le roi Sébastien dans son expédition de Barbarie, et il eut la douleur de voir, en 1378, périr ce bon prince avec la fleur de la noblesse de Portugal , à la vingt -cinquième année de son âge, en combattant contre le roi de Maroc. Pour lui, il fut fait prisonnier, et vendu à un morabu ou moine mahométan, qui, n'ayant pu lui faire abjurer le christianisme par les voies de la douceur, employa, pour y réussir, les rigueurs de la prison. I/arabassadcur du roi Henri , son protecteur , le délivra des mains de ce maitre barbare. Mais il cm-

JUSQU’AU SCHISME DE LUTHER

ICO

ployait l’argent que la comtesse de Linarey, sa sœur, et les rois Henri et Philippe II lui envoyaient pour son usage, à racheter les autres esclaves. Au lieu de profiter de sa liberté, il resta dans la prison avec deux mille chrétiens de différentes nations, auxquels il procurait tous les secours du corps et de Pâme. Il ramena à la foi plusieurs apostats, et les exhorta à souffrir généreusement le matyre. II mourut l’an 1!>82, après avoir sanctifié les années de sa captivité par la pratique des vertus les plus héroïques. On conçoit que la réforme établie par un tel homme devait être austère.

Les Augustins déchaussés vont nu-pieds, s'imposent de grandes mortifications , et vivent dans un recueillement perpétuel ; ils se sont étendus en Italie, en France, en Espagne. Ceux d’Espagne ont dans chaque province , comme les Carmes , un couvent solitaire qu’avoisine un ermitage, où se retirent les religieux qui ont le désir d’une plus grande perfection.

Toutes ces congrégations ont procuré à l’ordre un avantage réel , en ce qu’elles ont singulièrement contribué à le propager ; car, lorsqu’un monastère, comme cela arrivait souvent, refusait d'accepter la réforme, on en fondait un nouveau à côté , ou bien l’on passait dans une autre contrée , et l’on y trouvait, dans un lieu ou dans un autre , le moyen d’établir des cloîtres.

Les religieuses Augustines pourraient , avec plus d’apparence de droit que les moines du même ordre, se glorifier d’une antiquité qui les rapproche du saint docteur, carl'épitre 109, à laquelle nous avons fait allusion 1 , est adressée à un monastère de filles dont sa sœur avait été supérieure, et il y trace, d’une manière tout à fait digne de lui, la règle qu’il leur ordonne d’observer dans leur communauté. Ccpcn-

1 Voyez page 1G7.

dant l’institution des religieuses de Saint- Augustin coïncide avec l’époque où les associations d'ermites se sont réunies, en Italie, pour former un seul ordre. La plupart de ces religieuses ne sont pas soumises à la juridiction des religieux ; elles dépendent , à peu d’exceptions près , des ordinaires des lieux où sont situés leurs couvents.

Le tiers-ordre que saint François d’Assise institua, sous le nom de la Pénitence , pour les personnes de l’un et de l’autre sexe qui voulaient mener une vie retirée dans leurs maisons particulières, fut d’une si grande utilité, que plusieurs ordres religieux imitèrent en cela le patriarche des Frères-Mineurs. On l’a vu, quand nous avons parlé du tiers-ordre des Minimes, des Dominicains et des Carmes. Les Augustins ont eu aussi des Ticrtiaires depuis 1101 :

on les obligea d’avoir un petit scapulaire noir avec une ceinture de cuir , d’un doigt de largeur, que les frères et sœurs devaient porter sous leurs habits séculiers.

Les Augustins, associés les derniers à tous les privilèges des ordres mendiants, sont aussi restés les plus faibles en crédit et en influence, quoiqu’à l’époque où leur ordre était le plus étendu , ils aient compté jusqu’à deux mille monastères. Tel est cependant le nombre des personnes illustres par leur science, les dignités de l’Église et les emplois qu’elles ont occupés, qu’il serait difficile de les citer toutes. Il faudrait parler d’un Onuphre Panvini , l’un des plus beaux ornements de l’ordre dans le xvi" siècle ; d’un cardinal Henri Noris , d’un Abraham de Sainte -Claire, d’un Louis de Léon, etc., etc., et d’une foule d’autres dont les noms seuls vengent l’ordre des Augustins de l’imputation d’infériorité que lui ont adressée des critiques injustes. Le seul, mais épouvantable malheur que cet ordre ait à déplorer éternellement, c’est qu’une

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de ses congrégations (celle de Saxe) nourrit dans son sein l’un des plus grands ennemis de l’Église, l’hérésiarque Luther, qui corrompit la foi de la plus grande partie des religieux dont celtecongrégation était composée. Le contre-coup de ce déplorable événement imprima aux Augustins une sorte

de défaveur que n’ont point effacée leurs travaux pendant les xvn* et xviii® siècles.

La sécularisation des derniers temps leur a causé aussi des pertes irréparables : ils ne jouissent maintenant d'une existence tranquille qu’en Portugal, en Sardaigne et dans le nouveau monde.

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