‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 39 sur 113 · SERVITES · texte numérisé non relu

SERVITES

Sept riches marchands florentins, depuis longtemps membres d’une confrérie érigée à Florence sous le titre de Laudesi, et dont le principal objet était de célébrer les louanges de la sainte Vierge et de l’honorer par de pieuses pratiques , étant allés dans leur oratoire pour satisfaire à cette obligation le jour de l’Assomption 1233, furent tous les sept divinement inspirés de renoncer au monde, de vendre leurs biens et de les distribuer aux pauvres. Sept riches marchands, qui , pour obéir à cette inspiration de la grâce, abdiquaient leur fortune, se résignant à ne plus vivre que d’aumônes, offraient un spectacle trop édifiant pour qu’on y méconnut le doigt de Dieu; aussi, quand on les vit passer couverts de pauvres vêlements, les enfants même s’écrièrentils : Voilà les serviteurs de la Vierge Marie, d'où ces religieux retinrent le nom de Servi Mariœ Virginia, ou, par abréviation, celui de Serviles.

Troublés des visites fréquentes que leur

attirait la sainteté de leur vie, ils s’éloignèrent de Florence, se retirèrent à Montc- Senario,k deux lieues de cette ville, et, contents des racines et des herbes que leur fournissait la montagne, n’y buvant que de l’eau, y habitant de misérables cellules de bois, ils s’occupaient à chanter les louanges de la sainte Vierge. Ils avaient reçu de l’évèque la permission de demander l’aumône dans la ville et aux environs. Cette communauté, qui s’augmentait chaque jour, n’avait pas d'autre lien que l'émulation avec laquelle scs membres vaquaient à leurs exercices de mortification. Il y en avait qui gardaient un très-étroit silence pendant un long temps , d’autres qui passaient plusieurs mois dans des grottes affreuses , d'autres qui ne voulaient manger que des racines, etc. Cette différence dans les pratiques annonçait, assurément, un zèle méritoire , mais ce n'était pas une bonne garantie de durée.

Le cardinal Geoffroi de Châtillon , légat

DEPUIS L’ÉTABLISSEMENT DES ORDRES MENDIANTS

du pape, en Toscane, ayant visité ces solitaires, leur conseilla de se relâcher plutôt chacun sur la rigueur de sa pratique favorite , pour se plier tous à une même observance et à des exercices uniformes: c’était le moyen de propager plus sûrement un institutaussi édifiant. Ils profitèrent de cet avis, et s’adressèrent à l’évéque de Florence, à qui ils furent inspirés de demander la règle de saint Augustin et un habit noir, afind’honorer plus particulièrement le veuvage de la sainte Vierge, et en mémoire de la passion de son Fils. D’ordinaire, quand on instituait un nouvel ordre religieux , on s’occupait moins d’intéresser les évêques à sa prospérité, qu’à se dérober à leur influence directe au moyen d’exemptions; aussi, dit un malveillant critique, l'évêque de Florence, flatté de la démarche des Serviles, n'hésita-t-il point à leur donner solennellement l’habit qu’ils désiraient. Sans inventer un motif d’intérêt personnel , il eût mieux valu voir, dans la condescendance du prélat, une marque qu’il appréciait toute futilité du nouvel institut.

Tant que ces solitaires ne pratiquaient leurs austérités que dans le diocèse de Florence, il leur suffisait d'avoir obtenu l’approbation de l’ordinaire ; mais ils avaient à cœur de s’étendre au dehors , et alors se présentait un obstacle sérieux. La multiplication des ordres monastiques 11 e laissait pas que d’avoir quelques inconvénients pour les papes; leur surveillance était rendue plus difficile; la charité des fidèles était déjà sollicitée pour tant de motifs, qu’on craignait que les instituts nouveaux 11 e trouvassent plus de moyens d'existence assez assurés ; enfin l’émulation des différents ordres, dégénérant parfois en un autre senli-

1 Dans la querelle des Jésuites avec tes Carmes, au sujet de la succession du prophète Étie, Innocent XII ne pul , en 1CU8, qu’imposer un

mentionnait lieu à des scènes affligeantes, à des procès inextricables , que la parole , pourtant toute-puissante, du souverain pontife, ne pouvait pas toujours éteindre 1 . Au reste, l’Église avait, dans les ordres déjà existants, et surtout dans les disciples de

saint Dominique et de saint . François , de si fermes soutiens de sa gloire et de sa puissance , qu’il lui importait moins de se créer d’autres auxiliaires. Ces considérations déterminèrent le concile de Latran , en 1315 , à défendre l’établissement de nouveaux ordres religieux, afin d’échapper aux fâcheuscsconséqucnccs qui en résulteraient peut-être :

ceux qui se destinaient à la profession religieuse avaient le choix entre les règles établies. Cependant, ce décret du concile de Latran, renouvelé par un décret du concile de Lyon, en 1274, n’ayant pu lier les mains au pape, qui, pour le bien de l’Église, a le droit de s’élever au-dessus des résolutions des conciles , plusieurs ordres nouveaux furent fondés , même dans les dix ans qui suivirent la défense de Latran. Seulement , il devint moins aisé d’obtenir l'agrément pontifical, et les Serviles, qui avaient élu Bonfilio Monaldi pour leur premier général, dès 1231 , ne reçurent qu’en 1233 l’approbation authentique d’Alexandre IV.

Depuis cette époque, l'ordre se propagea, non-seulement en Italie, mais en Pologne et en Hongrie ; cette extension fut principalement l’œuvre de saint Philippe Béniti , élu général, en 12G7, et qui mourut l’an 1283.

Mais une autre tempête accueillit les Serviles sous le pontificat d’innocent V ; ce pape, qui avait pris la résolution de les abolir, leur fit défense de recevoir aucun novice et de vendre aucun bien appartenant à l’ordre , déclarant ces biens confis-

étcrnel silence sur ce point aux deux partis ; encore la crainte de l’excommunication n’cmpècha-t-ellc pas qu’on y revint de tempsen temps.

quès au profit du saint-siège. Innocent, qui avait , sur ce point, prêté l’oreille aux Dominicains , obéissait, à son insu, à une sorte de partialité. Après sa mort, qu’on n’attendit pas longtemps, beaucoup d’évéques continuèrent d’inquiéter les Serviles, jusqu’à ce qu’IIonorius IV eût déclaré, en 1286, qu’il recevait leur ordre sous sa protection.

Le nombre de leurs maisons s’accrut à vue d’œil, au point qu’on put les diviser en vingt -sept provinces : et ils sont toujours restés fidèles à cette vie contemplative et pauvre qu’ils pratiquaient en l’honneur de la sainte Vierge , dont la salutation angélique forme, pour ainsi dire, leur devise. Cette circonstance leur a fait donner, indépendamment des noms de Serviles et de Frères de lu Passion, celui de Frères de VA te Maria , parce qu’ils avaient toujours ces derniers mots à la bouche au commencement et à la lin du discours.

Dans le xv° siècle , les papes Martin V et Innocent VIII déclarèrent que les Servîtes étaient un cinquième ordre mendiant, quoiqu’ils possédassent des revenus et des terres, et ils les associèrent , à cet égard, aux prérogatives des Franciscains , des Dominicains, des Carmes et des F.rmilcs de Saint-Augustin. En conséquence, leur général a place dans les chapelles papales , comme les généraux de ces quatre ordres ; les Serviles prêchent , dans ces chapelles, pendant l'Avent et le Carême ; ils sont aussi intimés pour assister aux obsèques des cardinaux. Ces religieux, ayant oublié l'esprit de leur état, tombèrent peu à peu dans le relâchement. L’an 1893 , l’austérité primi-

tive fut rétablie dans les ermitages de Montc- Senario, et les réformés prirent le nom de Serrites-Enn ites. Le frère Paul Sarpi , trop connu par l'histoire qu’il a donnée du concile de Trente, était religieux Scrvitc, avant la réforme; Fcrrarius appartient encore à cet ordre.

Il veut aussi des religieuses Serviles qui observaient la même règle que les religieux : c’étaient des femmes pieuses qui voulaient servir Dieu dans la retraite.

Indépendamment de ce second ordre , un troisième admettait encore des religieuses. Saint Philippe Béniti les institua vers l’an 1288, et sainte Julienne Falconicri fut la première d’entre elles. On donna à ces filles le nom de Mantellates, à cause des manches courtes qu’elles portaient pour servir plus aisément les malades, et exercer d’autres œuvres de charité. Leur institut s’est étendu en Italie, où il est né, et en Autriche.

Le tiers- ordre des Serviles se glorifie à tort d’avoir possédé dans son sein Rodolphe, comte de Ilapsbourg, chef de la maison d’Autriche, qui fut ensuite empereur; car ce prince mourut l’an 1291 , et le tiers-ordre ne date que de 1306.

L’ordre des Servîtes , très-connu en Ita- . lie et ailleurs, quoiqu'il ait perdu beaucoup de maisons en Saxe, en Hongrie, etc., n’était pas établi en France; il ne faut pas le confondre avec l’ordre des Serviteurs ou Serfs de la Sainte- Vierge, dont les religieux ont été appelés à Paris les Blancs- Manteaux , parce qu’il portaient des habits et des manteaux blancs.

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