‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 40 sur 113 · EMITES DE SAINT - PAUL · texte numérisé non relu

EMITES DE SAINT - PAUL

Ce n’est pas seulement en Italie et en religieux; on en fondait dans d’autres pays. France qu’il s’établit de nouveaux ordres En Hongrie, deux congrégations d’er-

DEPUIS L’ÉTABLISSEMENT DES ORDRES MENDIANTS

mites, savoir, ceux de Saint- Jacques de Patache, et ceux de Pisilie, près de Zante, s’unirent au xm e siècle, et, après cette réunion qui les constituait en un même ordre religieux , cet institut choisit pour patron saint Paul, premier ermite, et lui emprunta le nom de Religieux Ermites de Saint-Paul, quoique la vie solitaire eût fait place à la vie cénobitiquc. Il se répandit avec une rapidilécxtraordinaireen Hongrie, secondé peut-être, dans ses progrès, par l’esprit national des Hongrois, qui aimaient à encourager un institut né dans leur patrie. Il fut également admis , et posséda des maisons professes , en Pologne et en Allemagne. Toutefois il ne fut pas aussi aisément reconnu à Rome, car ce n’est qu’au commencement du xiv® siècle que Jean XXII permit à ces religieux de suivre la règle de saint Augustin et approuva leurs constitutions; plus tard encore, l’an 1377 , Grégoire IX les exempta de la juridiction des ordinaires cl les mit sous la protection du saint- siège.

I/objet capital de cet ordre est de considérer la vie comme une préparation continuelle à la mort, et de la dépouiller de tous les charmes qui pourraient faire désirer moins l'instant suprême. Aussi mortifiaient-ils leur chair, au moyen du jeûne et. de la discipline, à un degré que n’atteignait peut-être pas le plus austère des autres instituts; ils allaient jusqu’à se priver de récréer leurs yeux en contemplant les couleurs, de flatter leur odorat en respirant l’odeur des fleurs ; leur vie ne devait être qu’une longue pénitence. On en jugera par la cérémonie de leur prise d'habit. Après qu’un religieux avait fait profession , et prononcé les vœux solennels, on le mettait dans un cercueil couvert d’un drap mortuaire, et, pendanlquc tout le chœur chantait le Deprofundis , les religieux, chacun

à son tour, lui jetaient de l'eau bénite , en disant: Mon frère, rôtis êtes mort au monde, rites pour Dieu; les psaumes achevés, le jeune profès, se mettant à genoux, étendait les bras en croix, pendant qu’on récitait d’autres prières. On le revêtait ensuite d’une robe de gros drap gris- blanc et d’un scapulaire noir, au milieu duquel était figurée une tête de mort avec deux os au-dessous en croix, pour lui rappeler sans cesse sa destination. Non -seulement l’habit, nonseulement la tête de mort placée dans chaque cellule et même sur la table' du repas, non -seulement cette grave invitation de songer à la mort , qu’ils se faisaient entre eux et qu’ils répétaient, hors du couvent, en saluant ou en demandant l'aumône, devaient familiariser ces religieux avec la pensée de leur dernière heure; mais toutes leurs occupations étaient de nature à la leur remettre en mémoire. Visiter les malades , assister les criminels au supplice, enterrer les cadavres, tel était le travail repoussant auquel se livraient ces Frères delà Mort. Ce coup d'œil incessamment jeté sur leur fin devait les purifier et les amender; on ne s’étonnera donc pas qu’il n’y eût point de châtiments de fixés pour les fautes , car , sous l’influence de ces grandes idées, des fautes étaient-elles possibles?

Les Ermites de Saint-Paul pénétrèrenten Portugal et en France; en Hongrie, où florissait la tige de l’ordre, ils possédèrent jusqu'à cent soixante-dix couvents ; celui de Saint- Laurent , entre autres , était si considérable qu’il y avait toujours cinq cents religieux qui y chantaient, nuit et jour , les louanges du Seigneur. S’il en existe encore quelques monastères en Hongrie et en Portugal, du moins l’ordre fut, suivant les apparences, supprimé en France parle pape Urbain VIII , et il ne s’y était pas relevé de cette suppression.

JUSQU’AU SCHISME ÜE LUTHER

HIÊK0XY.1HTES.

D’autres solitaires, qui choisirent la vie cénobitique , se placèrent sous la protection de saint Jérôme; c'est ainsi qu'à partir du xiv® siècle, il ne tarda pas à y avoir des Hiêronymite $ en Espagne, en Portugal , en Italie et en Allemagne.

Ce serait prendre une peine inutile que d’insister sur les circonstances de leur institution et de leur propagation ; le lecteur retrouverait, dans ce récit, ce qu’il a déjà vu dans les récits précédents. Le beau ciel de la Péninsule sembla plus particulièrement favorable aux Hiéronymitcs. Le célèbre monastère de Notre-Dame de Guadaloupe, dans l'Estramadure, avec ses innombrables trésors ; le magnifique Escurial , avec scs vastes dépendances et scs richesses littéraires; le couvent de Saint-J ust, avec ses imposants souvenirs de Charles V; enfin les monastères si vantes de Belem et de Mafra , eu Portugal, annoncent assez, par leurs noms seuls , à quel degré de splendeur se sont élevés les Ermites de Saint-Jérôme.

Les Hiéronymitcs d’Espagne doivent leur naissance au tiers-ordre de Saint-François , dont les premiers Hiéronymitcs étaient membres. Grégoire XI approuva leur con-

grégation eu 1374; il leur donna la règle de saint Augustin avec des constitutions particulières, et, pour habit, une tunique de drap blanc , un scapulaire , un petit eapuce et un manteau de pareille couleur , le tout sans teinture et de vil prix.

Ceux de l’observance de Lombardie , établis en 1484 par Loup d’Olraedo, au diocèse de Séville , suivent une règle composée des instructions de saint Jérôme, et que Martin V a approuvée.

Vers 1377, Pierre Gambacorti, dePisc, fonda une congrégation d’IIiéronymites , engagés d’abord par des vœux simples, mais à qui Pic V ordonna, l’an 1368, de faire des vœux solennels. Clément IX , cent ans plus tard, y réunit la congrégation, dite de Fiésoli, que Charles de Montcgranelli avait fondée vers 13G0, qu’innocent VII avait placée sous la règle et les constitutions de saint Jérôme, mais à qui Eugène IV avait ensuite donné la règle de saint Augustin. Comme le fondateur était du tiers-ordre de Saint-François , il en avait gardé l’habit; une discussion élevée à ce sujet occasionna la suppression de cet institut.

JÉSl'ATES.

Les Jésuates , institués par Jean Colombiui de Sienne, approuvés en 1367 par Urbain V, et mis par Paul V au nombre des ordres mendiants , ont prouvé par leur exemple le danger qu’il y a pour tout institut religieux d’acquérir de trop grandes richesses. On les appela Jcstiatcs, parce

que leurs premiers fondateurs avaient toujours le nom sacré de Jésus à la bouche ; à ce nom, ils ajoutèrent celui de saint Jérôme, qu’ils prirent aussi pour leur protecteur.

Ces religieux pratiquèrent d’abord la pauvreté la plus austère et une vie très- mortifiée , ils soignaient les malades, et, dans

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la plupart de leurs maisons , s'occupaient de la pharmacie. D'autres faisaient le métier de distillateurs et vendaient de l'eau -devie , ce qui leur lit attribuer, en quelques endroits , le surnom de Pères de l'eau- de rie. Comme ils étaient devenus riches ,

mais beaucoup moins fervents, Clément IX les supprima, en 1668, pour employer leurs biens aux frais de la guerre de Candie. Les religieuses du même ordre, ayant persévéré dans leur première ferveur, furent conservées en Italie.

CELLITES.

Les ravages énormes de la maladie contagieuse qui régna l’an 1548 et les années suivantes, qui désola l'Italie, l'Espagne, la l-’rance, l’Angleterre, l'Allemagne elles pays du Nord , et qui fut appelée la peste noire, engagèrent Clément VI à accorder des indulgences à tous ceux qui donneraient aux pestiférés les secours spirituels et temporels. De là l’origine des Cellites, qu'on appela aussi Mecciens et Lollards , ou religieux hospitaliers , qui avaient des maisons en Allemagne et dans les Pays- Bas.

Ils existaient déjà depuis plus d’un siècle, quand leur institut, qui observait la règle de saint Augustin, fut approuvé par Pic 11, vers 1460.

Les Cellites s’occupaient à soigner les malades , particulièrement les victimes de maladies contagieuses, à garder et à servir les insensés, à enterrer les morts, remplissant ainsi les humbles, mais utiles fonctions de Frères de la Charité. « Ainsi, » fait remarquer Bcrgicr ', « l'on n’a pas attendu au xvii c siècle pour faire , par motif de religion , des établissements utiles à l’humanité. Parmi un grand nombre d'instituts, dont nous ne voyons plus la nécessité, parce que les raisons qui les oui fait établir ne subsistent plus, il en est dont les services continuent toujours, et dureront aussi long-

1 Diction, thcolog., y» Cellites.

temps que l’on voudra se donner la peine de les protéger et de les favoriser. »

Indépendamment des ordres dont nous avons parlé , il s’en éleva encore un grand nombre durant les xiv" et xv° siècles , car l’approche ou la présence du danger, c’està-dire la secousse donnée par l'incrédulité et l’hérésie à la foi catholique, rendaient de plus en plus nécessaire qu’on en multipliât les appuis. Pour faire tcle à l’orage, pour entourer leur troupeau d’une ceinture de pasteurs qui le garantissent des atteintes des faux prophètes , il fallait bien que les papes, naguère disposés à maintenir les restrictions du concile de Latrau , courussent les risques que pouvait entraîner la multiplication des ordres religieux.

N’exagérons pas ces inconvénients , en disant, avec les protestants , que la diversité des règles engendrait un désordre semblable à la confusion des langues ; comparaison ridicule aux yeux de quiconque connaît l’admirable économie de l’Église, et sait que, dans son sein, les rouages les plus compliqués correspondant à un centre unique , il est impossible que le chef n’en domine pas toutes les parties. Mais , enfin , accordons que des inconvénients graves résultaient du grand ndmbre des instituts, que ces fondations successives donnaient naissance à des intérêts opposés, et que les religieux , se préoccupant parfois (le l’honneur et des avantages temporels de leur

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ordre , négligeaient la haute mission pour laquelle le pape les avait établis : toujours est -il que ces maux étaient accidentels et précaires, et qu'au contraire la cause de la foi , soutenue par les uns ou par les autres, suivant les temps, a triomphé, en dernière analyse , de scs ennemis. Toutefois , nous ne franchirons pas les bornes de cet abrégé , en traçant péniblement la nomenclature ingrate de tous ces nouveaux

instituts, qui d'ailleurs , à la dénomination et à quelques observances près, rentrent dans ceux dont nous avons analysé l’esprit et l’organisation. Beaucoup d’entre eux semblent ne figurer dans l'histoire que pour faire nombre, et, dans le fait, c’est le nombre précisément qu’il fallait. Le chapitre suivant traitera seulement de quelques associations de religieuses , dont la spécialité sollicitait cette exception.

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