OBJECTIONS DES PROTESTANTS CONTRE L’ÉTAT RELIGIEUX
Lorsqu’on a médité l’histoire des ordres religieux, on est forcé d’en conclure que l’esprit de l’Église est éminemment un esprit û' association 1 , car c’est un esprit de charité, d’amour et de force. Or, il n’y a de force possible que là où l'on s’eulr’aide , où l'on se soutient l’un l'autre , où l'on est uni. C’est sur ce principe qu’est fondée la communion de l’Église triomphante avec l’Église militante, qu’est basée la hiérar-
1 ta Religion chrétienne a, sans doute , été l’origine des associations , dit M. de I.aboi'dc, dans son ouvrage sur Y Esprit d’association. Ce libéral célèbre a même donné pour épigraphe h
chic ecclésiastique, qu’est appuyée toute société politique et civile. En effet , il y a société de mérites et de prières entre les saints et les fidèles; société dans l’épiscopat, sous la direction du pape; société entre les prêtres, sous la direction de l’évêque ; aussi bien que société entre les citoyens, sous la direction du roi. 11 est donc démontré , en fait , que l’union constitue la force. Ce principe posé, on ne s’étonnera pas,
l’un de scs chapitres ces belles paroles de YEcclcsiastc (iv, 8, 10) : U nus est, et non habet secundum , et (amen laborarc non cessai... Eas soli, quia, cùm ceciderit, non habet sublevantein se !
DEPUIS LE SCHISME DE LUTHER
que, dès sa première origine , l’Église se soit préoccupée d’en multiplier les applications. Sou divin auteur avait dit : « Là où plusieurs seront assemblés en mon nom , je serai au milieu d’eux ; » elle a dù inviter scs enfants à se réunir, pour que le Sanctificateur fût toujours à leurs côtés. Ainsi se sont formés les associations ou ordres monastiques, qui sont des sociétés particulières dans la société générale de l’Église, et qui sont, comme on le voit, autant d’applications vivantesde cet axiome que l’union fait la force *.
Mais , point de société sans chef. L’être collectif, comme V individu, n’existerait pas sans un centre d’unité d’ou partent le mouvement et la vie, sans un moteur qui lui imprime l’action, sans un régulateur qui l’empêche de dévier, sans un médiateur au moyen duquel toutes les volontés particulières s’entendent pour se confondre en une volonté générale. Le pape est préposé à l’Église, l’évêque au diocèse, le général à l’ordre religieux.
Seulement, chez l’individu, le moteur est en lui : c’est sa raison, guide essentiellement sujet à l’erreur. Chez l’étre collectif, le moteur est en dehors de l’individu : c’est le principe d 'autorité, lequel est infaillible dans l’Église, puisqu’on dernière analyse, généraux d’ordres, ministres à charge d’âmes, évêques, représentent le pape, et que le pape, en ce qui concerne la règle de la foi et des mœurs, est l’organe de Dieu, c’est-à-dire, de la suprême vérité.
Aussi est-ce entre ce principe d’autorité et la raison individuelle que la lutte est établie depuis la chute de l'homme. Toujours l’orgueil a voulu substituer le libre examen à la foi, toujours il a opposé le simple tidèlc au pape, et de là toutes les hérésies.
1 Cette théorie , que nous ne faisons qu’indiquer ici , est développée avec une force de
Mais, nier le principe d’autorité, lequel, dans toute association, est la clef de la voûte, c’était implicitement nier ou détruire l’association. Point d’Église sans le pape; or, sans Église, plus d’épiscopat, plus de prêtres, plus d'ordres religieux.
Du moment que Luther , en Allemagne , Calvin, en France, Henri VIII, en Angleterre , sont devenus hérétiques , c’en a été fait des monastères partout où leur hérésie ou leur schisme a prévalu : car , nous le répétons, autant l’esprit de l’Église est un esprit d’association , autant l’esprit de l’erreur est un esprit de division : diviser pour régner, voilà sa devise. Autant l’Église appelle et protège les corporations, autant l’erreur suscite et encourage les individualités. La première, au sein de laquelle fermente une sève d’organisation, crée et maintient incessamment des rapports entre ses membres; elle les enlace, pour ainsi dire, dans ses combinaisons protectrices; elle les invite à un échange réciproque et perpétuel de prières et de bienfaits. La seconde, brisant violemment ces rapports , isole les individus, les abandonne à leur impuissance et à leurs passions, énerve l’énergie de leurs moyens personnels, dessèche les sources de la charité, et remplace l’amour par une philanthropie dont l’ostentation est aussi ridicule que la vertu en est stérile.
Les ordres religieux étaient donc, en principe, incompatibles avec la prétendue réforme.
Voyons par quels prétextes les réformateurs ont voulu colorer la spoliation et la suppression des monastères. Car l’erreur , ayant la conscience du mal qu’elle produit, sent toujours le besoin de sauver les apparences , et les passions ne sont jamais en retard d’inventer des prétextes.
logique admirable dans la Offense de Vordrc social, etc., ch. iv.
JÜSQÜES AUJOURD’HUI.
t)CE L'ÉTABLISSEMENT DES ORDRES RELIGIErX n’EST POIST «fl CALCUL DE I.’aSBITIO*.
L’occasion s’offre souvent , dans le cours d'une histoire des ordres religieux , de réfuter individuellement les reproches que les protestants adressent à l’état monastique. Maintenant que nous croyons devoir grouper ces reproches, pour les détruire d’un seul coup , le premier qui se présente à nos regards est cette éternelle et calomnieuse supposition, que les fondateurs d’ordres monastiques visaient à constituer, à leur proût, une espèce de souveraineté indépendante de la société civile , et que •es papes ne confirmaient leurs tentatives qu'afin d’avoir une milice toujours prèle à épouser les intérêts du siège de Rome , au préjudice des ordinaires et des princes temporels.
Les faits répondent à cette objection.
Presque toujours les saints sont devenus fondateurs d’ordres sans l’avoir prévu :
réfugiés dans la solitude, où ils n'avaient prétendu entraîner personne, le parfum de leurs vertus leur attirait des disciples, qui allaient les chercher dans leur retraite et se placer sous leur conduite ; c’est ce qui arriva à saint Benoit, à saint Bruno, etc. D'autres refusèrent d’être supérieurs généraux de leur ordre , ou se démirent de celte charge le plus tôt qu’il leur fut possible, se réduisant de préférence à la condition de simples religieux. D’autres encore ne devinrent chefs d’ordres, qu’en conséquence de la réforme sévère qu’ils établissaient, et qui ne se fût jamais consolidée, s'ils n’eussent donné, les premiers, l'exemple de l’obéissance. De bonne foi, cette conduite trahit-elle des sentiments d'orgueil et d'ambition ?
D’un autre côté, ce ne sont pas les papes
qui ont suscité les fondateurs, ni qui ont fait éclore de nouveaux ordres ; ils les ont seulement approuvés , confirmés ; souvent ils ont refusé cette approbation , pendant plusieurs années ; jamais ils ne l’ont accordée contre le gré des souverains , quelquefois, au contraire, ce sont les souverains qui ont fait solliciter les bulles à Rome.
Du moins, ajoutent les protestants, on ne niera pas les inconvénients du vœu d'obéissance , qui , enchaînant les religieux au pape, par l’intermédiaire du supérieur général, effaçait leur caractère et leurs obligations de citoyens? Mais aucun fondateur n’a établi pour maxime que l’obéissance, soit au supérieur spirituel, soit au pape, dispense les religieux d’être soumis au prince, aux lois, et aux magistrats civils : saint Ignace, tant calomnié, pas plus que les autres. Aucun fondateur ne s’est cru en droit de décliner la surveillance de l’autorité civile sur scs monastères; celle autorité elle- même a souvent invité les chefs d’ordres à venir propager leur institut dans ses États , et doté leurs établissements. Le double lien de la reconnaissance, comme donataires, et du devoir, comme sujets, attache donc les religieux au souverain.
Celui-ci a toujours été le maître de no leur accorder rien au delà de la liberté commune à tous les citoyens : nul prétexte n’autoriserait un religieux à lui désobéir.
Aussi , Portalis a-t-il également outragé la logique et l’histoire, lorsqu’il a dit que le pape avait autrefois, dans les ordres religieux, une milice tout à sa dévotion ; d’où il concluait que , celte milice étant par là même suspecte ou incommode à l’État, nos lois avaient pu la licencier.
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DE l'activité ET DE LA 8ALUTAIBE INFLUENCE DES ORDRES RELIGIEUX.
Accordons, réplique l’hércsie, que, l'histoire à la main, vous ayez fait justice du premier reproche ; comment établirez-vous qu’il y a quelque chose de louable dans l’état monastique? Point de services rendus à la société , une oisiveté criminelle , des encouragements à la superstition ; jamais il ne se lavera de cette triple accusation.
Point de service rendus! — Voltaire (et la philosophie n'est pas suspecte au protestantisme), Voltaire reconnaît que l'état monastique fut la source d'immenses bienfaits :
(i Ce fut longtemps une consolation pour le genre humain qu'il y eût de ces asiles ouverts à tous ceux qui voulaient fuir les oppressions du gouvernement goth et vandale. Presque tout ce qui n’était pas seigneur de château était esclave : on échappait, dans la douceur des cloîtres, à la tyrannie et à la guerre. Les lois féodales de l’Occident ne permettaient pas, à la vérité , qu’un esclave fût reçu moine sans le consentement de son seigneur ; mais les couvents savaient éluder la loi. Le peu de connaissances qui restaient chez les barbares fut perpétué dans les cloîtres. Les Bénédictins transcrivirent quelques livres.
Peu à peu il sortit des cloîtres plusieurs inventions utiles. D'ailleurs , ces religieux cultivaient la terre, chantaient les louanges de Dieu , vivaient sobrement , étaient hospitaliers ; et leurs exemples pouvaient servir à mitiger la férocité de ces temps de barbarie. On se plaignit que, bientôt après, les richesses corrompirent ce que la vertu et
< Essai sur les mœurs.
la nécessité avaient institué : il fallut des réformes. Chaque siècle produisit en tous pays des hommes animés par l’exemple de saint Benoît , qui tous voulurent être fondateurs de congrégations nouvelles *.
« On ne peut nier qu’il n’y ait eu dans le cloître de très-gratules vertus ; il n'est guère encore de monastère qui tic renferme des âmes admirables, qui font honneur à la nature humaine. Trop d'écrivains se sont fait un plaisir de rechercher les désordres et les vices dont furent souillés quelquefois ces asiles de la piété. Il est certain que la vie séculière a toujours été plus vicieuse, et que les plus grands crimes n'ont pas été commis dans les monastères; mais ils ont été plus remarqués par leur contraste avec la règle. Nul état n’a toujours été pur. Il faut n'envisager ici que le bien général de la société. Le petit nombre des cloîtres fit d’abord beaucoup de bien 2 . »
I.cs Chartreux, malgré leurs richesses, sont <c consacrés sans relâchement au jeûne, au silence , à la prière , à la solitude ; tranquilles sur la terre au milieu de tant d'agitations, dont le bruit vient à peine jusqu’à eux , et ne connaissant les souverains que par les prières où leurs noms sont insérés. » Prenant ensuite le parti de l’état monastique contre scs détracteurs : « Il fallait avouer que les Bénédictins ont donné beaucoup de bons ouvrages , que les Jésuites ont rendu de grands services aux belleslettres; il fallait bénir les Frères de la Charité. Le premier devoir est d’étre juste
Il faut convenir , malgré tout ce que l’on a dit contre leurs abus, qu’il y a toujours
2 Essai sur les mœurs.
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pu parmi eux des hommes éminents en science et en vertu; que, s’ils ont fait de grands maux , ils ont rendu de grands services....
» Les instituts consacrés au soulagement des pauvres et au service des malades n’ont pas été les moins respectables. Peut-être n’est-il rien de plus grand sur la terre que le sacrifice que fait un sexe délicat de la beauté et de la jeunesse, souvent de la plus haute naissance, pour soulager dans les hôpitaux ce ramas de toutes les misères humaines, dont la vue est si humiliante pour l’orgueil humain, et si révoltante pour notre délicatesse. Les peuples séparés de la communion romianc n’ont imité qu’imparfaitement une charité si généreuse
» Il est une autre congrégation plus héroïque, car ce nom convient aux Trinitaires de la Rédemption des Captifs 1 ; ces religieux se consacrent depuis cinq siècles à briser les chaînes «les chrétiens chez les Maures. Ils emploient à payer les rançons des esclaves leurs revenus et les aumônes qu’ils portent eux -mêmes en Afrique. On ne peut se plaindre de tels instituts 2 . » On ne se plaindra pas, non plus, des religieux pontifes du moyen âge, ni de ceux qui se dévouent à l’instruction des enfants pauvres.
Une oisiveté criminelle ! — Mais, si les religieux furent récllemcntoisifs, pourquoi, d’un autre côté, les représenter toujours agissant dans la société, cl occupés à y faire du mal? Les moines sont paresseux , dit Burke ; je le veux. «Supposez qu’ils n'aient d’autre emploi que de chanter au chœur , ils sont aussi utilement employés que ceux qui jamais ne chantent ni ne parlent; aussi utilement même que ceux qui chantent au théâtre; ils sont employés tout aussi utile*
* Et par conséquent, aux prêtres de la mission de Saint-Lazare, aux Capucius et à «l’autres religieux qui prennent également part à
ment que s'ils travaillaient , depuis l’aube du jour jusqu'à la nuit, aux innombrables occupations serviles, dégradantes, indécentes, indignes de l’homme, et souvent pestilentielles et destructives, qui existent dans l’économie sociale, cl auxquelles tant d’êtres malheureux sont obligés de se vouer.
S’il n’était pas généralement pernicieux de troubler le cours ordinaire des choses , et «l’arrêter, d’une manière quelconque, celle grande roue «le circulation , dont tous les travaux étrangers «le ce peuple malheureux dirigent la rotation , je me sentirais bien plus porté à arracher tous ces infortunés à leur misérable industrie, qu’à troubler avec violence le repos tranquille de la paix monastique. L’humanité, et peuf-étre la politique, me justifieront plutôt de l’un que de l’autre. C’est un sujet sur lequel j'ai souvent réfléchi , et jamais sans en être vivement ému. » Mais, si ce raisonnement justifie les religieux plus spécialement appliqués à la vie contemplative, ne sera- 1- il pas bien plus facile encore de venger du reproche d’oisiveté ceux qui s’occupent de la direction des consciences , de l’exercice du saint ministère, des travaux des missions, de l’éducation de la jeunesse? Ce sont là des services de tous Ic$ jours, de toutes les minutes.
Des encouragements à la superstition !
— Le peuple n’a jamais été aussi aveugle ni aussi imbécile qu'on le prétend; il a toujours su que les ecclésiastiques et les moines, étant établis pour son utilité, lui devaient l’exemple de toutes les vertus , et il a eu toujours les yeux ouverts sur leur conduite. Il était donc impossible de lui en imposer par une fausse apparence de piété. Mais, dit -on, si le fanatisme des
ccttc bonne œuvre, si digne «le la charité chrétienne.
2 Essai sur les mœurs.
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moines est une chimère, si la sincérité de leur piété est indubitable, pourquoi cette affectation à multiplier les rits , à créer des usages , à exagérer l’importance du culte proprement dit? D’abord, ce que l’on dit des moines s’applique aussi bien au reste du clergé; voici, d’ailleurs, la réponse péremptoire de l’Église romaine à l’hérésie. Pour nous , hommes tout extérieurs et grossiers, la religion ne serait rien sans un mémorial, c’est-à-dire sans le culte, qui nous la rappelle , qui la fait toucher à nos sens, qui l’introduit par tous les porcs.
Or, plus les néophytes des premiers siècles étaient préoccupés des rits innombrables du paganisme, rits qui les eussent, incessamment et presque à leur insu , reportés vers les fausses croyances qu'ils avaient abjurées, plus l’Église éprouvait le besoin d’opposer de pieuses pratiques à ces pratiques détestables, de rendre plus sensible le mémorial de la religion , d’agrandir son culte. Ainsi . quand, au v c siècle, les barbares du Nord envahirent l’Occident , ÿ apportant les erreurs et les usages d’un paganisme grossier, il fallut bien habituer les vainqueurs convertis à des pratiques pieuses et innocentes , pour leur faire quitter absolument leurs coutumes absurdes et impies. A la fin du vi° siècle, les missionnaires envoyés dans le Nord subirent la même nécessité, et leurs travaux apostoliques se continuèrent dans les siècles suivants. Au xiret au xm®, les Albigeois, les Vaudois, les Hcnriciens, etc., attaquant les cérémonies de l’Église, par les motifs que les protestants ont répétés depuis , on dut défendre ces cérémonies contre leurs sophismes. Au commencement du xvi°, avant la naissance de la prétendue réforme , lorsque des missionnaires allèrent, en Amérique et dans les Indes-Orientales, prêcher l'Évangile à d’autres idolâtres, ils n’auraient jamais réussi à leur inculquer un
christianisme purement spéculatif, comme l’a prouvé l’inefficacité des missions protestantes entreprises dans la suite : les cérémonies du culte furent leurs auxiliaires infaillibles. En dépit des fausses comparaisons des protestants, de leurs interprétations malignes, de leurs conséquences tirées sans fondement, reste donc cette vérité incontestable : que l’emploi des signes extérieurs est justifié par leur destination , et que ni le clergé en général, ni les moines en particulier, ne sauraient être accusés d’avoir encouragé la superstition , en faisant prévaloir de pieux usages pour remplacer les superstitieuses coutumes du paganisme. Toutes les fois que des croyances populaires ne nuisent ni à la pureté des mœurs, ni à la tranquillité publique, ni à l’intégrité de la foi , il serait dangereux do les détruire , il est prudent de les tolérer ; mais quand, loin de ne pas nuire à ces avantages , les croyances populaires y contribuent, elles ne sont plus assurément des superstitions , et il est bon de les encourager.
Pour nous résumer sur le triple reproche de superstition, d'oisiveté, d'inutilité, que les protestants élèvent contre l’état monastique, il nous suffirait de dire qu'on lui doit la renaissance des lettres, préparée par de si longs travaux, cl qui, en appelant la grande masse des peuples à participer aux jouissances intellectuelles, portait le coup de mort à la superstition véritable.
Les protestants ne songent pas sans doute à accuser les moines de suicide !
Ils songent moins encore à se prévaloir de V ignorance prétendue des moines, pour se placer plus haut que les catholiques dans l' échelle de V entendement , depuis que M. Cobbett ‘ leur a prouve , par un tableau
• Histoire de la réforme protestante en Angleterre et en Irlande, t. I, p. 30.
JUSQÜES AUJOURD’HUI.
comparatif des grands hommes des deux ignorants l'emportent, et parle talent et religions, postérieurs à la réforme ', que par le nombre, sur les élèves des ministres les élèves de ces moines superstitieux et hérétiques.
DE LA Ml’LTITUDB ET DE LA VARIÉTÉ DES ORDRES RELIGIEUX, ET DE LEURS COSTCJSES.
Après avoir établi que les ordres religieux furent institués dans l’intérêt général de la religion, de la civilisation et de l'humanité , et non dans l'intérêt personnel de leurs propres fondateurs ou des souverains pontifes ; après avoir mis hors de doute les services qu’ils ont rcudus , il est presque superflu de réfuter l’objection que les protestants tirent de la multitude et de la variété des ordres religieux.
Nous ne dissimulerons pas qu’il en est résulté, à plusieurs époques, des jalousies, des disputes, qui ont troublé et scandalisé l'Église ; mais cela ne prouve pas qu'il eût été possible qu’il n’existât, en Occident, qu’un seul et même ordre religieux.
Si l’Orient s’est contenté des deux ordres de Saint-Antoine et de Saint- Basile , c'est que ces instituts ne se sont consacrés qu’au travail des mains , à la prière et â la pénitence; au lieu qu’en Occident les fondateurs se sont proposé Y utilité du prochain , indépendamment de ces trois objets.
Or, comment un seul ordre cùt-il suffi à tous les besoins, et fourni des sujets pour remplir toutes les espèces de devoirs de la charité? Catéchiser les enfants du peuple, exercer le ministère ecclésiastique dans les villes, faire des missions dans Icscatn-
1 Ce tableau, qui n’embrasse que la France et l’I talie catholiques, comparées à l’ Angleterre protestante, présente 132 hommes distingués pour le royaume uni de la Grande-Bretagne ,104 pour l’Italie, et 070 pour la France. En tenant compte de la différence de la population, il reste encore aux Français 451 hommes ou femmes cé-
pagnes et chez les infidèles, travailler à la rédemption des captifs , soigner les malades dans les hôpitaux, enseigner les lettres et les sciences dans les collèges , ce ne sont pas là des œuvres assez compatibles pour qu’un ordre unique puisse s’en charger.
Pourquoi , d’ailleurs , les protestants , si amis de la liberté, prétendraient- ils ôter aux religieux celle de choisir entre les divers régimes auxquels on s’engage par des vœux? Tel qui embrasse les austérités des Chartreux, refuserait d’entrer chez les Chanoines réguliers ou chez les Bénédictins; tel qui fait profession dans un ordre mendiant, ne voudrait pas vivre chez les moines rentés : si l’état monastique est un esclavage, ne l’aggravez pas en restreignant ses limites.
Ne fallait-il pas, enfin, que les fondateurs d’ordres consultassent la différence des siècles , des climats , des pays , des circonstances? Celui qui fondait un institut en Italie, s'enquérait de ce qui peut mieux convenir au delà des monts, et non pas en Angleterre ; le fondateur Espagnol se préoccupait de l'Espagne , le Français de la France, etc. Au nord de l’Europe, on se gardait bien de soumettre les religieux à
lèbres coutre 132 Anglais; en sorte que, individu pour individu , ils ont eu trois fois et demie plusd'intelligenceetd’cspritque les anglicans, bien qu'ils aient été ensevelis, pendant tout ce temps-là, dans l’ignorance et la superstition des moines , et qu’ils n’aient pas eu de voisins protestants pour leur communiquer l’intelligence.
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la multitude et à la rigueur des jeûnes observés par les caloycrs grecs ou syriens.
En présence des Cathares, des Vaudois, des Frérots, etc., qui , par les dehors de la pauvreté, de la mortification , de l'humilité, séduisaient les peuples, saint François d’Assisc , subissant la nécessité des circonstances et la disposition des esprits, établissait le premier ordre mendiant, pour opposer des vertus réelles à l’hypocrisie des sectaires. De même, les papes, en approuvant les divers instituts, consultaient les besoins et Futilité de l’Église relativement aux temps et aux lieux pour lesquels les fonda leurs avaient travaillé. Le changement des circonstances, la transplantation d'un institut d’un pays dans un pays différent, la concurrence du nouvel ordre avec un autre plus anciennement naturalisé, et qui avait un objet analogue , pouvaient entraîner des inconvénients; mais fera-t-on aux fondateurs ou aux papes le reproche de ne pas avoir deviné l’avenir? Au reste, quand des instituts étaient ainsi transplantés, ce n’était jamais qu’à la sollicitation des prin- ■ ces, des seigneurs , des magistrats municipaux , et des peuples, déterminés dans leur demande , non par le caprice , ni par une fausse dévotion , mais par le sentiment du besoin , ou de la commodité que leur offrirait le nouvel institut pour satisfaire aux devoirs et aux pratiques de religion. I/exccs dans lequel on a pu tomber est donc l’ouvrage des peuples, plutôt que de l’Église, à moins qu’on ne connaisse assez peu le cœur humain pour soutenir que les religieux auraient dù résister aux facilités qui leur étaient offertes d’étendre leurs intérêts. ?Jous respectons la solidité des motifs qui dictèrent, en 121Ü et 1274, aux conciles de I.atran et de Lyon, la défense d’établir de nouveaux ordres religieux : qu’il nous soit seulement permis de rappeler que cette interdiction ne pouvait concerner saint Fran-
çois d’Assisc et saint Dominique , dont les instituts lui étaient ou antérieurs ou rigoureusement contemporains; les différentes branches de Frères -Mineurs, qui se formèrent ensuite, furent plutôt des réformes d’un ordre déjà établi que des ordres nouveaux.
Au surplus, la multitude et la variété des instituts monastiques est plus apparente que réelle. Un auteur profondément versé dans l’histoire ecclésiastique , réduit tous les corps religieux qui existaient à l’époque de la prétendue réforme, en trois ou quatre classes , en les considérant d’après le genre de leurs travaux et l’esprit de leur établissement '.
« Les uns , en effet, s’appliquaient à des recherches littéraires ou savantes, débrouillaient le chaos des antiquités ecclésiastiques et même de l’histoire civile, donnaient des éditions des Pères, des collections importantes, découvraient des monuments précieux, cl portaient le flambeau de l’érudition et de la critique sur les objets de leurs études.
Des corps religieux étaient éminemment propres à ces travaux; on y était moins distrait par les affaires et les embarras du monde, on y avait le secours des grandes bibliothèques, on y mettait en commun toutes les recherches, et les anciens religieux, en se faisant aider parles plus jeunes, les formaient à marcher dans la même carrière.
>» D’autres corps religieux se livraient à l’éducation , soit dans les séminaires , soit dans les collèges, et ce genre de services est un de ceux qui doivent le plus exciter la reconnaissance de la société. L’instruction de la jeunesse était presque entièrement confiée au clergé, et surtout aux congrégations. Elles s’en acquittaient avec ce désin-
1 Essai historique sur l'influence de la religion en France, pendant le xvn« siècle, t. I, p. 101.
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téressement et ce dévouement qui prennent leur source dans la religion. L'ambition et la cupidité n'entraient point dans leurs calculs; là on ne se proposait point de faire fortune, et on n'était point distrait par les soins d'une famille. Un religieux qui occupait une chaire importante, et qui enseignait un grand nombre d'écoliers , n'avait pas plus d’appointements qu’un autre; sa cellule, son habillement, sa nourriture n’en étaient pas plus recherchés; tout son temps se partageait entre l’élude et la prière. De tels hommes , entièrement étrangers au monde, qui ne mêlaient à leurs fonctions aucun intérêt humain, qui ne cherchaient manifestement qu’à former de bons chrétiens et à inculquer des connaissances graves et utiles, de tels hommes se conciliaient bien mieux l’estime, le respect et la confiance de la jeunesse, que nos professeurs modernes avec leurs salaires , leurs habitudes mondaines , leur vie dissipée, et leur désir d’arriver à des places plus lucratives.
» Une troisième classe de religieux est celle des ordres où on se livrait au ministère extérieur. Il en était plusieurs qui joignaient ces fonctions aux exercices de la vie claustrale ; la prédication , la direction des consciences , les missions , entraient dans l’esprit et le but de leur institut. Les pasteurs ordinaires se félicitaient d'avoir en eux des auxiliaires laborieux et dévoués, qui les soulageaient pour l’instruction des fidèles, et pour le ministère de la confession. On sait assez combien de religieux ont paru avec honneur dans les chaires chétiennes , et nous possédons encore des recueils de leurs discours qui montrent en eux autant de talent que de piété. Il y avait des ordres où l’on se proposait spécialement d’assister les pauvres , de visiter les malades , d’instruire les ignorants , d’exercer toutes les œuvres de miséricorde. Dans les temps de
calamité , on voyait des religieux affronter les dangers pour secourir leur concitoyens, tantôt adoucir par leurs soins les rigueurs d’une maladie contagieuse , tantôt arrêter par un travail infatigable les progrès d’un violent incendie. Qui n’a pas ouï parler du dévouement de ces religieux , que le monde affecte de mépriser , de ces humbles Capucins qui étaient renommés dans toutes nos villes pour leur ardeur, leur intelligence et leur courage, dans les occasions les plus périlleuses?
» Une dernière classe de religieux vaquait uniquement à la prière ; mais , pour quiconque a quelque sentiment religieux, une telle occupation n'est ni oisive, ni méprisable. N’est -il pas heureux qu’il y ait des hommes qui prient pour leurs frères , qui s’interposent entre le Ciel et nous, qui lèvent les mains sur la montagne, tandis que les autres combattent dans la plaine ; qui suppléent à la négligence de ceux-ci ou à la vie agitée de ceux-là; qui expient les fautes et les égarements de la multitude ; qui détournent la colère de Dieu , provoquée par nos passions, qui pleurent entre le vestibule et l’autel , et attirent sur l’Etat et sur les particuliers les secours et les grâces dont nous avons tous besoin? N’est-il pas heureux qu’il y ait des asiles où les hommes las du monde puissent se réfugier, échapper aux occasions qui leur ont été funestes, mettre une barrière entre eux et des séductions puissantes , repasser leurs égarements dans l'amertume de leur cœur, offrir à Dieu leurs privations et leur pénitence, se préparer dans le silence au dernier passage , et compenser par des sacrifices pénibles à la nature le temps qu'ils ont perdu à errer dans des voies coupables ? » Il n’y a donc réellement que quatre classes de religieux; les distinctions d’ordres, qui subdivisent ces classes principales, n’ont qu’un intérêt purement secondaire.
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Quant à la variété qui existe dans l’extérieur des différents instituts, variété qui a provoqué les railleries des protestants, Fleury 1 la justifie trop bien pour que nous ne le laissions pas parler lui-même. « Si les moines, dira-t-on, ne prétendaient que de vivre en bons chrétiens, pourquoi ont-ils affecté un extérieur si éloigné de celui des autres hommes? A quoi bon se tant distinguer dans des choses indifférentes? Pourquoi cet habit, cette figure, ces singularités dans la nourriture, dans les heures du sommeil, dans le logement? Kn un mot , à quoi sert tout ce qui les fait paraître des nations différentes répandues entre les nations chrétiennes ? Pourquoi encore tant de diversité entre les divers ordres de religieux , en toutes ces choses qui ne sont ni commandées , ni défendues par la loi de Dieu? Ne semble-t-il pas qu'ils aient voulu frapper les yeux du peuple pour s’attirer du respect et des bienfaits ? Voilà ce que
plusieurs pensent, et ce que plusieurs disent, jugeant témérairement, faute de connaître l'antiquité. Car , si l'on veut se donner la peine d’examiner cet extérieur des moines et des religieux, on verra que ce sont seulement les restes des ma'urs antiques , qu’ils ont conservés fidèlement durant plusieurs siècles, tandis que le reste du monde a prodigieusement changé.
» Pour commencer par l'habit, saint Benoît dit que les moines doivent se contenter d’une tunique avec une cucullc et un scapulaire pour le travail. La tunique sans manteau a été l’habit des petites gens , et la cucullc était un capot que portaient les paysans. Cet habillement de tète devint commun à tout le monde dans les siècles suivants, et comme il était commode pour le froid , il a duré dans notre Europe environ jusqu’à deux cents ans d’ici. Non-
1 Mœurs des Chrétiens, n. 54.
seulement les clercs et les gens de lettres , mais les nobles même et les courtisans portaient des chaperons de diverses sortes.
La cucullc marquée par la règle de saint Benoit servait de manteau, c'est la colle ou coule des moines de Clteaux ; le nom meme en vient , et le froc des Bénédictins vient de la meme origine. Le scapulaire était destiné à couvrir les épaules pendant le travail , et en portant des fardeaux.
» Saint Benoit n'avait donc donné à scs religieux que les habits communs des pauvres de son pays , et ils n’étaient guère distingués que par l'uniformité entière , qui était nécessaire, afin que les mêmes habits pussent servir indifféremment à tous les moines du même couvent. Or, on ne doit pas s’étonner si, depuis près de douze cents ans, il s’est introduit quelque diversité pour la couleur et pour la forme des habits entre les moines qui suivent la règle de saint Benoit, selon les pays et les diverses réformes; et quant aux ordres religieux qui se sont établis depuis cinq cents ans , ils ont conservé les habits qu’ils ont trouvés en usage. Ne point porter de linge parait aujourd’hui une grande austérité; mais l’usage du linge n’est devenu commun que longtemps après saint Benoît; on n’en porte point encore en Pologne , et parmi toute la Turquie, on couche sans draps, à demi vêtu. Toutefois , même avant l’usage des draps de linge, il était ordinaire de coucher nu, comme on fait encore en Italie, et c’est pour cela que la règle ordonne aux moines de dormir vêtus sans ôter même leur ceinture.
>• De même, à l’égard de la nourriture, des heures des repas cl du sommeil , des abstinences et du jeûne, de la manière de se loger, etc., les saints qui ont donné des règles aux moines , n’ont point cherché à introduire de nouveaux usages, ni à se dis-
JUSQU ES AUJOURD’HUI
tingucr par une vie singulière. Ce qui fait paraître aujourd’hui celle des moines fort extraordinaire, c’est le changement qui s’est fait dans les mœurs des hommes.»
On a prodigue, par exemple, les railleries au sujet de la dispute qui s’est élevée entre les Franciscains, touchant la forme de leur capuchon. Peut-être y a-t-il eu du ridicule
dans la manière dont la question a été agitée; quant au fond, les religieux n’ont pas tort de vouloir maintenir l’habit pauvre et simple qui leur a été donné par leur fondateur. La régularité ne gagne rien au changement ; ce n’est qu’après avoir perdu l’esprit de leur état que les religieux cherchent à se rapprocher des modes séculières.
Dr CÉLIBAT DES MOIXES.
Tous les historiens s’accordent à représenter Luther comme un homme perdu de débauche : sa conscience aurait pu lui suggérer la pensée de changer de religion; mais, à coup sur, elle ne put jamais lui suggérer les actions abominables dont il est reconnu coupable , d’après sos propres confessions. I)’un autre côté, tout est dit sur Henri VIII, ce tyran incestueux, à qui l'apostasie , l'assassinat et la spoliation ne coûtaient rien pour assouvir scs passions brutales. Il n’est donc pas étonnant que les sectateurs de ces monstres d’impureté aient réclamé contre le célibat des moines, qu’ils dépeignent comme illégitime et comme une cause de la dépopulation des Étals.
A cet égard, il y a solidarité de vertu entre les moines et le clergé séculier; aussi y a-t-il, de la part des protestants, solidarité de reproches. Cependant, la règle de l’Église catholique , qui impose le vœu du célibat à tous ceux qui se vouent de plein gré à la vie ecclésiastique ou monastique , cette règle, envisagée sous un point de vue religieux, moral, civil ou politique, est fondée sur la prudence et produit le plus grand bien sur la masse du peuple.
L’Église ne contraint personne à faire un pareil vœu , elle annonce seulement qu’elle n’admettra au sacerdoce ou dans les mo-
nastères aucun individu qui refuserait de le prononcer.
Le motif de sa restriction est que ceux qui ont des troupeaux à soigner , doivent , autant que possible, être libres de tous autres soins. Quel prêtre, chargé d’une famille , ne tournerait pas plutôt son attention sur elle que sur son troupeau ? S’cmpresscrait-il à secourir l’indigence avec la même cordialité que s’il n'avait pas de famille à soutenir? Ne serait-il jamais tenté de transiger avec son devoir pour procurer des protecteurs à scs fils ou à scs gendres ? Les inimitiés de sa femme ou de ses enfants avec quelqu'un de ses paroissiens n’ébranlcraient-elles pas son impartialité ?
Le prêtre marié volera-t-il , comme le célibataire, auprès de malades atteints d'un mal contagieux ? Comme individu , le ministre protestant ne craint pas plus la mort que le prêtre catholique ; mais il craindra de porter la contagion dans le sein de sa famille.
D’un autre côté , si le prêtre a une famille, que lui restera-t-il à offrir aux indigents de son troupeau ? La misère et la taxe des pauvres suivirent, en Angleterre, l’abolition du célibat du clergé. Quel évêque ne fera point de népotisme , quel prêtre, au lieu de réparer son église ou de se montrer charitable , n’épargnera pas son
DEPUIS LE SCHISME DE LUTHER
revenu, ne trafiquera pas de ses fonctions?
Sans le frein salutaire du célibat, imposé aux religieux comme au reste du clergé, quels ne seront pas enfin, pour les familles, les dangers possibles de la confession?
Les protestants, si opposes au célibat du clergé, ont voulu, plus d’une fois, par des vues d’économie politique, que la classe ouvrière s'abstint du mariage ; contradiction qui porte le double caractère de l’impudence et de la folie. Car, si le vœu du célibat exigé des prêtres et des moines est ridicule; s’il révolte de la part d’hommes que leur éducation et leurs austérités continuelles disposent pourtant à l'accomplir; s’il répugne dans un clergé, lié par un engagement solennel et dont la violation engendre l'infamie; que sera-ce donc, lorsque, pour réaliser les théories des économistes
anglicans , on contraindra de jeunes hommes et déjeunes femmes de la classe ouvrière à ne point se marier, sous peine de mourir <lc faim? Les politiques blâment le mariage des soldats; dans la crainte que l’État ne soit surchargé de veuves et d’orphelins laissés dans la misère : quelle charge nouvelle ne lui imposerait pas celui des ecclésiastiques! Enfin, recourez aux calculs de statistique; ils vous démontreront que le célibat du clergé ne dépeuple point les Étals. C’est une erreur de croire que les pays protestants fourmillent de bras, et la catholicité de déserts. Soleure est le plus peuplé «les cantons de la Suisse ; la Belgique, les riches républiques d’Italie étaient plus prospères que la Hollande au xv° et au xvi® siècle ; le Palatinal compte plus d'habitants que la Prusse , et la Lombardie que la Suisse.