DES RICHESSES DES XOXASTÈRES
La prétendue réforme, qui a le privilège de réclamer en faveur des passions , non contente de briser le frein du célibat pour assouvir un penchant brutal , a fait parade d’avarice et de cupidité en s’élevant contre les richesses des monastères. C’était pour elle un sùr moyen de propagation, que cette double invitation à la débauche et au pillage.
Dans le fait, dirons-nous, avec Burkc, aux réformateurs, « Je ne vois pas comment les dépenses des moines , que vous voulez expulser, sont, parleur emploi, de nature à les rendre si odieux , cl comment ces dé-
penses sont moins avantageuses al Etat que ne le seront celles des personnes que vous allez introduire dans leurs maisons. Par quelle raison , vous ou moi , trouverionsnous si intolérable cette dépense d’une
grande propriété foncière , qui n’est que la dispersion du surplus du produit du sol, lorsqu'elle est employée à former de vastes bibliothèques, qui sont le dépèt île l'histoire, de la faiblesse et de la force de l’esprit humain ; à composer de grandes collections de titres, de médailles et de monnaies, qui attestent et qui expliquent les lois et les usages; à réunir des tableaux et des statues , qui , par leur imitation de la nature , semblent étendre les limites de la création ; à recueillir les fameux monuments des morts, qui prolongent au delà du tombeau les liens et les égards de la vie; à rapprocher en un seul lieu les échantillons de la nature entière; à en faire une sorte d’assemblée nationale, qui, parla réunion des règnes, des classes et des familles, rend la science plus facile , et qui , en excitant
JUSQUES AUJOURD’HUI
la curiosité, lui ouvre de nouvelles routes : si , par ces grands et permanents établissements , tous les objets de dépense trouvent un abri contre l’inconstance du goût, contre les caprices et les extravagances des personnes isolées, cela est-il plus fâcheux que si des individus épars se livraient aux mômes goûts ? )>
Aux corps religieux , propriétaires collectifs, substituez des citoyens isolés; et aussitôt les dépenses , qui avaient pour but le meilleur usage possible des richesses, auront pour objet toutes les sottises et les folies innombrables dans lesquelles l’opulence se plaît à dissiper sa superfluité. Ce parallèle entre les nouveaux individus et les anciens corps, continue Burkc, « est fait dans la supposition que ceux-ci ne pourraient être susceptibles d’aucune réforme. Mais , en matière de réforme , j’ai toujours pensé que les corps politiques, soit qu’ils fussent représentés par un seul individu ou par plusieurs, étaient bien plus susceptibles île recevoir, par la puissance de l'état, une direction publique pour
1 Chose singulière! La réforme, si amie des individualités, n'a jamais voulu édifier quelque chose , qu’elle n’ait recouru , malgré elle et comme par distraction , au principe d’association, en haine duquel elle est liée et dont elle a détruit les plus belles applications, quand elle a ruiné les monastères. Bâtes (/fora/ philos., p. 322) a rendu à ce principe un naïf, mais bien précieux hommage. « Il est à regretter , dit-il, que, pendant que les papistes établissent avec tant d’ardeur dans cc royaume des couvents de femmes et d’autres sociétés religieuses, quelqurs lions protestants tic soient pas portés à imiter leur exemple , et à créer des établissements pour élever et protéger de jeunes personnes d’un caractère grave et sérieux , qui , sans de pareilles retraites , seraient abandonnées de tout le monde, et qui y trouveraient un asile momentané où on les instruirait dans
l'usage de leurs propriétés, et pour le régime habituel et intérieur des individus qui les composent , que des citoyens isolés ne peuvent et ne doivent peut-être jamais l’être ; et ceci me parait être une considération fort importante pour ceux qui veulent entreprendre des choses qui méritent le nom d'une entreprise politique. »
Malheureusement, les passions ne raisonnent pas ; la cupidité conseillait le pillage aux novateurs , comme la volupté leur avait conseillé la violation du célibat; peu leur importaient donc , et l’usage honorable que la plupart des monastères faisaient de leurs richesses, et la possibilité d’une réforme pourccux qui en usaient moins bien.
Nous le répétons : la prétendue réforme était, en principe, incompatible avec l’état monastique ; il était dans sa nature de substituer les individus aux associations 1 ; seulement, elle avait cherché des prétextes pour sauver les apparences. Les passions répondirent à son appel : et aussitôt les monastères s’écroulèrent en Allemagne et en Angleterre.
les principes de la religion et dans les arts utiles et domestiques, de sorte que celles d'entre clics qui auraient quelque penchant à rentrer dans le monde, y rempliraient d'une manière pieuse et louable , les devoirs de la vie commune. C’est ainsi qu'em grand avantage de lu société , on pourrait assurer le bien-être d'un nombre considérable d'individus, et qu'on parviendrait à paralyser les efforts du papisme, en s’emparant du ses principes. « Les Hernhutes , ou Frères- Mar ares, dont les règles sont analogues à celles d'un institut monastique, ont réalisé une partie des vœux formés par Bâtes.
Celte remarque, relative aux protestants en religion, s’applique aux protestants en politique. En partant de leurs propres principes, ils réussissent merveilleusement à détruire; mais ils n’édifient jamais qu'en se rapprochant des nôtres.