‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 45 sur 113 · HÉRÉTIQUES · texte numérisé non relu

HÉRÉTIQUES

\Viclef(1324-î384), Jean Hus(1 373-1418), Luther (1483-1346), Henri VIII (1847), Calvin (1809-1864) s’autorisaient des prétextes dont nous venons de montrer le néant , pour provoquer la ruine de l’état monastique.

Le peuple, indisposé par les abus qui s’étaient multipliés pendant le grand schisme d’Occident, écoutait avec avidité ce qu’on lui disait contre le trafic des bénéfices , la vente des indulgences , l’abus des excom-

1 Témoin Henri VIII.

Le nom de ce monstre nous rappelle la belle conduite des deux religieux Peyto et Elstow.

Le premier, prêchant devant le roi à Greenwich , quelque temps avant son mariage avec Anne, et prenant pour texte le passage du premier livre des Rois , dans lequel Miellée prophétise contre Achat) , qui était entouré de flatteurs et de prophètes imposteurs, dit : «Je suis Miellée, que vous détesterez, parce que je suis forcé de déclarer que ce mariage est illégal ; je sais que je mangerai le pain de l’aflliction , et que je boirai l’eau de la douleur; néanmoins, puisque le Seigneur m'a mis cette vérité dans la bouche, il faut que je la dise.

munications, le payement des absolutions, les entreprises sur la juridiction séculière , la vie scandaleuse de la plupart des ecclésiastiques , les fraudes pieuses commises par les moines, etc., etc. Les princes surtout, à qui l’on offrait en perspective la riche proie des monastères , et la facilité de souiller le lit conjugal sous un voile légitime cédaient au double attrait de l’avarice et de la débauche.

Wiclef s’était acharné après les moines

Vos flatteurs sont les quatre cents prophètes qui, dans leur esprit mensonger , cherchent à vous tromper. Mais, en vous laissant séduire, prenez garde de subir le châtiment d’Achab, dont les chiens burent le sang. C’est un des plus grands malheurs des priuces que d’être continuellement trompés par les flatteurs qui les entourent. » Le roi ne parut faire aucune attention à ce reproche; mais le dimanche suivant , le docteur Curwin prêcha dans le même endroit devant le roi, et traita Peyto de chien , de calomniateur , de cil moine mendiant f de rebelle et de trailro , ajoutant qu’il s’était enfui de peur et de honte.

Alors Elstow , qui était présent et appartc-

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memfants ; Jean IIus ne distinguait déjà plus, et l’incendie de cinq cents monastère!, livrés aux flammes par scs sectateurs, présageait à l’état religieux les pertes immenses qu’il devait essuyer un siècle plus Urd.

L’orage du luthéranisme, formé dans la Haute -Saxe, s’étendit dans les pays de Lunebourg, de Mecklenbourg, de Brunswick , de Poméranie , de liesse , de Bade , dans les archevêchés de Magdebourg et de Brême, dans la plupart des villes riches, Hambourg, Nuremberg, Lubeck, Francfort-sur-le-Mein, W'ismar, Rostock,ct tout le long de la mer Baltique. Il passa même dans la Livonie et dans la Prusse, où Albert de Brandebourg, grand maître de l’ordre Teutonique, se fit luthérien. La Suède et le Danemarck n’en furent pas à l’abri ; et cette tempête, qui avait éclaté au nord, se prolongeant vers le midi , ravageait la Hongrie et la Transylvanie, quand ces pays entrèrent sous la domination catholique de la maison d’Autriche. Conformément à la doctrine de Luther sur la tyrannie des voeux

nait à la même congrégation que Pcyto , apostropha hautement Curwin , et lui dit : « Monsieur, vous savez bien que le Père Peyto est allé assister à un concile provincial de Cantorbéry, et que la crainte de vous ou de tout autre ne l’a pas fait fuir, car il sera de retour demain. En attendant, me voici, comme un autre Michéc, prêt à sacrifier ma vie pour confirmer la vérité de tout ce qu’il a avancé à l’appui des saintes Écritures ; et vous êtes le premier que je défie, pour soutenir ce combat devant Dieu et devant tous les juges impartiaux. Oui, c’est surtout à toi, Curwin , que je m’adresse, h toi, qui es un des quatre cents faux prophètes dont l’esprit mensonger s’est emparé , et qui , au moyeu d’un adultère, cherchent à établir une succession qui conduise le roi à la perdition éternelle, «

Stowe, qui rapporte ce lait dans sa Chronique } dit qu’Elstow s'échauffa à tel point, qu’on

monastiques , les religieux étaient exilés de leurs retraites, leurs biens sécularisés, leurs édifices consacrés à d’autres destinations. En France , Calvin bouleversa le royaume. En Angleterre, Henri VIII, se déclaraul protecteur et chef suprême de l’Église, envoya à l’échafaud ceux qui lui refusaient le serment de suprématie, et, poussant plus loin ses violences, ouvrit les maisons religieuses, s’appropria leurs biens, et des dépouilles des couvents acheta des complices et des plaisirs.

Mais Dieu punit les spoliateurs par l’endroit même où ils avaient péché.

Luther eut le temps de voir , avant sa mort, que ces biens, ravis aux monastères, n'avaient point enrichi les princes qui s’en étaient emparés. Il trouva même que l’électeur de Saxe cl ses favoris, qui avaient partagé la dépouille des moines , s’étaient appauvris. L’expérience, disait- il, nous apprend que ceux qui s’approprient les biens ecclésiastiques, n’y trouvent qu'une source d'indigence et de détresse. Il cite, à ce sujet; les paroles de Jeau Hund, conseii-

ne parvint à lui imposer silence qu’après que le roi lui-même lui eut ordonné de se taire. Le jour suivant, les deux religieux furent appelés devant le conseil du roi , qui les réprimanda , et leur dit qu’ils méritaient d’être mis dans un sac et jetés dans la Tamise. « Réservez ces menaces, s’écria Elstow en souriant , pour les riches et les sensuels qui sont revêtus de pourpre , font bonne chère et mettent leur espoir dans ce bas monde. Pour nous , loin d’en faire cas , nous nous réjouissons d’être chassés d’ici pour avoir fait notre devoir, et grâces à Dieu , nous savons que le Ciel nous est ouvert , soit que nous y allions par terre ou par eau. »

Voilà les caractères qui honoraient le eloitre ! En présence de si généreux apôtres , les passions ne pouvaient que frémir. Elles ont répondu à ces accents héroïques, eu supprimant les monastères. La destruction est Vultima ratio des méchants.

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1er de l’électerrr de Saxe , auquel il paraissait que les biens de l’Église, envahis par les nobles, avaient dévoré leur patrimoine.

Il termine par l'apologue d’un aigle qui, emportant de l’autel de Jupiter des viandes offertes à ce dieu , emporta en même temps un charbon qui mit le feu à son nid. Rc-* marque d’une justesse profonde ! D’avides courtisans , d'infidèles administrateurs ont dévoré les monastères, les abbayes, les hôpitaux ; eux et le prince, dont ils flattaient la passion, semblables aux harpies de la fable, n’ont fait, par leurs déprédations, qu’augmenter leurs besoins : tout s’est évanoui dans ces mains voraces.

Quatre ans après que le parlement eut autorisé Henri VIII à confisquer les petits monastères, ce prince se trouvait aussi pauvre que s’il n’avait jamais dépouillé de couvents; tant étaient avides ces pieux réformateurs! Se plaignant un jour à Thomas Cromwell de la rapacité de ceux qui sollicitaient ses grâces: «Par Notre-Dame! »

s’écria-t-il, «je crois que lorsque les cormorans auront dévoré la nourriture, ils avaleront aussi le plat. » Cromwell lui représenta alors que tous n’étaient pas encore venus chercher leur part. « Foi d’honnête homme,» reprit le roi, «tout mon royaume ne suffirait point pour étancher leur soif. » Néanmoins, il essaya bientôt après de le faire , en confisquant les grands monastères 1 . Mais en vain! Henri, habitué à recourir au clergé et aux moines pour se procurer de l’argent, se vit réduit à des extrémités où il regretta la poule qui pondait des œufs d’or,

1 Cobbutt. Histoire de la réforme protestante, etc., t. V, p. 140.

comme disait Charles -Quint, en pirlant des spoliations impolitiques de Henri VIII.

Une autre conséquence de ces mesure; fut la misère qui accabla des milliers de pauvres , que les aumônes des monastères et le travail qu'ils leur fournissaient aidaient naguère à subsister. Sous le règne d’Élisabeth , on fut obligé de passer jusqu'à onze bills pour assurer leurs moyens d’existence.

Ainsi , la première conséquence de l’hérésie , par rapport aux monastères , fut leur entière destruction. Par là , la morale publique reçut une profonde atteinte, car l’anéantissement de l’état monastique équivalait à une déclaration solennelle qu’on se jouait de la sainteté du serment. Par là, les sources de la prospérité publique et locale furent taries; les pauvres hypothéquèrent le trésor de l’État aux exigences de leur iniscrc , naguère prévenue ou adoucie par les bienfaits des moines. Par là encore les pays livrés aux hérétiques perdirent en peu de temps leur physionomie particulière : on détruisit de fond en comble de majestueux édifices, bâtis pour braver les outrages des siècles , ainsi que les jardins magnifiques qui en dépendaient, dans le but d’ôter au peuple toute espérance de voir revivre l’ordre de choses que l’on venait d’abolir, et pour l’engager à passer des baux avec les nouveaux propriétaires.

Par là, enfin, toutes les ressources religieuses, morales et intellectuelles se trouvant rétrécies , la somme des droits, des libertés, des richesses, du Iwnheur et de la gloire véritables, se trouvant diminuée, on peut affirmer que la ruine des monastères a entraîné la dégradation des peuples qui les ont supprimés.

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