CHAPITRE III
CONSÉQUENCES DE L’ÜÉRÉSIE, PAR RAPPORT AUX MONASTÈRES, DANS LES PAYS CATHOLIQUES. — RÉFORMES D’ORDRES ANCIENS. ORDRES NOUVEAUX.
CONSÉQUENCES DE l'hERÉSIE, PAR RAPPORT AUX MONASTÈRES, DANS LES PAYS CATHOLIQUES.
Une grande partie du nord de l’Europe, en proie au schisme et à l'hérésie , avait , en conséquence de ces erreurs, chassé les moines, dont les établissements avaient été , cependant, et une source de prospérité matérielle ou littéraire pour le pays , et un sujet, presque perpétuel, d’édification pour ses habitants. Pendant que ces peuples, dans leur aveuglement, repoussaient ainsi leurs anciens bienfaiteurs, l’humanité, affligée de ce spectacle d’ingratitude , trouvait du moins à se consoler par d'utiles compensations. Exilés de l'ancien théâtre où s’était déployée leur infiucncc, exilés de l’Orient et du Nord , les moines tournaient leurs regards pleins d'espérance vers l’Occident , où un immense et riche continent venait de surgir, comme par magie , du milieu des mers. Fidèles à leur inisssion, et aux souvenirs historiques qui s’y rattachent, les voilà qui visitent le nouveau monde, y versant, avec la doc-
trine évangélique , ces bienfaits méconnus ailleurs, guérissant les plaies que l’ambition et l’avarice des conquérants avaient faites aux indigènes, portant la croix d'une main et de l’autre le flambeau de la civilisation; trois siècles s’écoulent, et chaque année, chaque jour de ces trois siècles, est marqué par de nouveaux services rendus à la cause de l'humanité, de la religion et des lumières.
Tandis que l'état monastique regagnait , au delà des mers , le terrain que l’hérésie lui avait enlevé sur l’ancien continent, des améliorations notables se réalisaient aussi dans les monastères d’Europe : car, plus la réforme entassait d’accusations contre eux, plus ils se retranchaient dans la pureté de leurs observances primitives. Les plaintes , les calomnies sur le relâchement introduit dans les cloîtres , exhalées d’abord par les hérétiques, avaient trouvé de l’écho chez les hommes crédules ou passionnés ; c’était
DEPUIS LE SCHISME DE LUTHER
comme un cri de guerre général ; il était donc naturel que les catholiques, rendus attentifs par ce déchaînement universel , prissent l’initiative des améliorations, et redressassent les écarts où certains religieux étaient effectivement tombés. La réformation des mœurs, sollicitée par le concile de Trente, qui avait spécifié les moyens de l’obtenir, et scrupuleusement surveillée par les papes, qui en appréciaient l'urgence, s’opérait dans toute la chrétienté; une foule de monastères, entrant avec ardeur dans cette carrière d’améliorations, s’imposaient, en silence et sans éclat, des changements efficaces. Les religieux des deux sexes avaient acquis la conviction que l’estime des fidèles était le plus solide appui de leur existence ; ils s’efforcaient donc de recouvrer cette estime, là où elle s’était évanouie, et de l’enchaîner par un surcroît de vertus, là où ils avaient eu le bonheur de ne jamais la perdre. On recommença à garder la clôture avec scrupule; on modéra le commerce, devenu trop fréquent, avec les gens du monde; on corrigea les mœurs relâchées; ou se fit une occupation sérieuse de l’in-
struction de la jeunesse et des œuvres (c la charité. Si la prétendue réforme pouvait se flatter d’un triomphe utile, ce serait lu changement dont elle fut peut-être l'occ»sion , et qui s’exerça sous son influence indirecte. Mais on ne doit pas perdre de vue que, toutes les fois que les protestants produisent quelque bien , ils sont par cela même catholiques à leur insu , et que les catholiques, au contraire, du moment qu'ils produisent le mal , deviennent protestants.
Le bien , qui n’est autre que la vérité , est nécessairement un patrimoine de l’Église; il n’est le partage que de ses enfants; les hérétiques ne le pratiquent donc que par une heureuse inconséquence à leurs principes erronés , tout comme les orthodoxes ne commettent le mal que par une fatale inconséquence aux principes catholiques :
la sévérité de mœurs des protestants , s'il était vrai que leurs mœurs fussent moins frivoles ou moins corrompues que les nôtres, serait un fleuron qu’ils auraient détaché de notre couronne , et nos vices sont un emprunt que nous avons fait à la leur.
RÉFORMES D’ORDRES AXCIE5S. ORDRES KOCVEAVX.
Les pertes subies par les anciens ordres religieux suggérèrent la pensée d’en former de nouveaux ; on plantait de jeunes arbrisseaux à la place où les vieux chênes venaient d’être à moitié renversés ; ces associations nouvelles, créées presque toutes
dans un but d'utilité pratique, devaient être accueillies avec faveur. Nous nous sommes occupés ailleurs des Capucins et des Minimes : il nous reste à faire connaître, dans leur rang chronologique, les autres instituts dignes de quelque intérêt.
AXROX8IADE8.
Quand Louis XII monta sur le trône de avec Jeanne de Valois, pour épouser la France, l*an 1198. il fit casser son mariage veuve de Charles VIII. Jeanne s’entoura, à
JUSQUES AUJOURD'HUI
Bourges, où elle s'était retirée, d’un certain nombre de jeunes personnes , à qui elle donnait l'exemple d'une touchante piété , et avec lesquelles elle fonda l'ordre de r Annonciation de la sainte Vierge, ou des dix Vertus de ISotre-Dame. La règle que Jeanne composa pour son institut, règle qui prescrit beaucoup de jeûnes et d’austérités, contient dix chapitres, dont le premier traite de la chasteté de Marie , le second de sa prudence , le troisième de son humilité, le quatrième de sa foi, le cinquième de sa dévotion , le sixième de son obéissance, le septième de sa pauvreté, le huitième de sa patience, le neuvième de sa piété, et le dixième de sa douleur ou compassion. Jeanne donna à ses religieuses toutes les instructions nécessaires pour imiter la sainte Vierge dans ces dix vertus, en se consacrant par le vœu perpétuel de chasteté , à son exemple ; en gardant le silence à certains temps, pour imiter sa prudence; en se soumettant à leur supérieure ( qui doit porter le nom d 'Ancelle ou servante ) , pour imiter son humilité; en ne recevant point de filles suspectes de quelques erreurs, pour imiter sa foi, etc., etc. La princesse, ingénieuse dans sa piété, donna à ses religieuses un costume dont les différentes couleurs rappelaient continuellement, dans leur mémoire, l’esprit de leur état et la sainteté de leurs obligations. Il consistait en un voile noir, symbole de dévotion ; un manteau blanc, symbole de pureté; un scapulaire rouge , mémorial de la passion de Jésus- Christ ; un habit brun, signe de pénitence. Un ruban bleu, d’où pendait une médaille d'argent, les invitait à élever leur âme vers le Ciel , qui était leur héritage. Une corde à dix nœuds leur rappelait les dix vertus de Marie, et les trois bouts de cette , corde la flagellation de Notre -Seigneur.
Enfin la fondatrice fit donner un anneau à scs religieuses , à leur profession , comme
une marque de la fidélité qu’elles devaient garder à Jésus -Christ, leur époux. Léon X confirma définitivement leur règle , l’au 11517. Mais, à l’exception des Pays-Bas, cet ordre n’était connu qu'en France, où il s’est éteint pendant notre première révolution.
Il n’y a rien de commun entre ces religieuses et les Annonciades d’Italie , que la couleur de leur vêtement a fait appeler célestes. Marie - Victoire Fornaro , illustre veuve de Gènes , les fonda dans cette ville l’an 1001, les assujettissant à un quatrième vœu d’étroite clôture. Elles ne pouvaient aller aux grilles, toujours couvertes d’un voile, plus de six fois l’année pour leurs parents; de ces six fois, il y en avait trois auxquelles on permettait aux religieuses, qui le désiraient , de voir à grille ouverte leurs proches des premier et second degrés; mais il était permis de s’interdire cette faculté par un vœu particulier. Toute correspondance avec l’intérieur était défendue, à moins que la supérieure n’cùt expressément autorisé à écrire. L'habillement se composait d’une robe blanche, d'un scapulaire, d’une ceinture et d’un manteau bleu; les sœurs du chœur portaient encore des pantoufles couvertes de cuir bleu, pour se ressouvenir que leurs actions devaient être célestes et non terrestres, dit Hélyot.
Le travail manuel des religieuses tournait au profit commun, et si le monastère était suffisamment renté et qu’il pùt se passer d’un semblable gain, les sœurs devaient s’occuper à filer du fil très-fin pour faire des corporaux et des purificatoires destinés aux pauvres églises. Les cellules cl la chapelle même n’annonçaient que la pauvreté.
Cet institut se naturalisa en beaucoup d’endroits , en France et en Allemagne également ; mais, comme les monastères se soumettaient partout à la surveillance et se plaçaient sous la protection des ordinaires, il n’y avait pas entre eux de lien qui les
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unit étroitement. A Saint -Denis , près de donneut au service cl à l’instruction de la Paris, des Daines Annonciades célestes s’a- classe indigente.