CLERCS RÉGULIERS
Quoiqu'il existât d’innombrables congrégations de Chanoines réguliers ', cependant le but de leur institution n’avait pas été complètement rempli , et l’assimilation de ces membres du clergé aux moines n’avait pas provoqué partout la réformation des mœurs. La preuve en est dans les constitutions des papes, qui cherchaient soit à suppléer à cette insuffisance, soit à combattre le relâchement. Ces constitutions étaient ou spéciales pour telle congrégation en particulier , ou générales , et elles embrassaient alors tous les différents corps de chanoines. La plus remarquable de celles-ci avait été faite, l’an 1339, par Benoit XII, et se composait de soixante-quatre articles. Quoi qu’il en soit, au xvi c siècle, le besoin de ramener le clergé à toute sa pureté primitive parlait si haut et si fort, qu’on tenta de nouveaux essais pour y parvenir; seulement, on changea les dénominations, et l’on établit des règles plus sévères. La vie des apôtres fut proposée comme modèle aux pasteurs des âmes, et celui-là seul qui, se reposant, à leur exemple, sur la Providence du soin de subvenir aux nécessités de tous les jours, se préoccupait uniquement de remplir sa vocation, en prêchant la foi et en administrant les sacrements, était jugé digue d’être admis au nombre des Clercs réguliers. Ces clercs sont distingués des chanoines réguliers, en ce que ceux-ci se sont astreints à des jeûnes et à des abstinences, aux veilles de la nuit et au
1 V. livre ch. vi, p. 40-42.
* Leur histoire est trop intéressante, pour
silence des moines; au lieu que ceux-là ne se sont imposé aucune austérité, mais seulement l’exactitude à remplir tous les devoirs ecclésiastiques. Ils ont jugé avec raison, et ils ont prouvé par leur exemple que la vie commune , l'assujettissement à une règle, la séparation d’avec les séculiers, les bons exemples mutuels , soutiennent la vertu, excitent la ferveur et préservent un ecclésiastique des écueils de la piété.
On connaît, eu Italie, huit congrégations de clercs réguliers : 1° les Thèatins, 2° les Darnabites , 3° les Jésuites 1 2 , 4° les Somasques, 3° les Mineurs, 6° les Ministres des infirmes, 7° ceux des Écoles pies, 8° ceux de la Mère de Dieu.
Mais la première et à la fois la plus remarquable ( les Jésuites exceptés ) congrégation de ces clercs, unis par des vœux pour s'acquitter des fonctions de la vie ecclésiastique, est celle des Thèatins.
Gaëtan de Thicnne s'unit, en 1324, avec trois autres ecclésiastiques, d’une naissance et d’un rang illustres, en une communauté religieuse, sans renoncer pour cela aux devoirs de son premier état, et ces clercs, surpassant encore les moines mendiants dans leur détachement des choses du monde, ne voulurent point avoir de revenus même en commun , persuadés que la Providence leur ferait trouver de quoi subsister dans les oblations volontaires des fidèles. C'est ce qui les fit appeler aussi ordre de la Providence. Toutefois, pendant le premier siè-
que nous n’en fassions pas l’objet de plusieurs chapitres à part.
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cle de leur institut , c’est volontairement qu’ils s’en privaient, car ils n’ont jamais fait de vœu spécial à ce sujet. Bien que cette résolution , qui semblait ne pouvoir s’accorder avec les lois ordinaires de la prudence , eût d’abord élevé des difficultés , Clément VII leur permit de faire les trois vœux religieux , sous le nom de Clercs réguliers , et d’élire le supérieur de leur communauté. Caraflc, sur qui tomba leur choix, ayant été archevêque de Théàtc, dont il portait encore le titre, ils reçurent, à cette occasion , le nom de Théatins . Ils ne se proposaient rien moins que d’instruire le peuple, d’assister les malades, de combattre les erreurs dans la foi , de rétablir parmi les laïques l’usage saint et fréquent des sacrements , de faire revivre dans le clergé l’esprit de désintéressement, de régularité et de ferveur, l’amour de l’étude de la religion, le respect pour les choses saintes, et surtout pour ce qui a rapport aux sacrements et aux cérémonies du culte divin. A ces occupations, ils joignaient des pratiques régulières : l’oraison mentale, la psalmodie de l'office au chœur. L’exécution de ce vaste plan fut tout à coup interrompue , quand l’armée de Charles-Quint , commandée par le connétable de Bourbon , qui avait quitté la France pour s’attacher à l'empereur, prit Rome d’assaut, le 6 mai 1U27. Dans ce désastre, les Théatins perdirent leur première et unique maison; mais ils se retirèrent à Venise , et travaillèrent à rétablir leur institut. De Venise, cet ordre se propagea dans plusieurs provinces d'Italie, et lorsque ('.aralîe ceignit la tiare sous le nom de Paul IV, le succès des Théatins ne fut plus un problème. Ils passèrent alors les frontières de l’Italie, se répandirent en France, en Espagne, en Allemagne, et jusqu’en Pologne.
La Bavière eut surtout à se féliciter de leur présence. Ils envoyèrent aussi des missionnaires dans les autres parties du monde.
Tant de mobiles, tant de motifs de réussite n’assurèrent pas, cependant, le complet accomplissement de leurs pieux projets.
Une foule d’ecclésiastiques se défendaient de se soumettre au joug de la vie religieuse; peu à peu le zclc des Théatins cessa de leur faire exécuter leur règle dans sa stricte interprétation. Survinrent ensuite les Jésuites , auxquels on tenta plusieurs fois de les réunir , pour ne former qu'une seule association : mais il se présenta toujours, de la part des uns ou des autres, des difficultés qui empêchèrent cette union d’avoir lieu.
Les Théatins se sont enfin trouvés dans la condition d’un ordre religieux , riche, mais moins actif aujourd’hui qu’il ne le fut d’abord : cependant , ils font encore beaucoup de bien , cl comptent plusieurs savants. C’est le cardinal Mazarin qui les a fait venir à Paris , où il leur acheta une maison sur le quai qui leur a emprunté sou nom. Les Théatins n’ont point eu de général pendant les soixante-quatre premières années de leur institut. On nommait les supérieurs dans les chapitres généraux.
Comme la congrégation s'étendait de jour en jour, Sixte V ordonna aux Théatins d’élire un général, qui pouvait d’abord être continué six ans : il est aujourd'hui triennal.
Les religieuses Théatines , fondées en lo85, présentent ceci de particulier, que la musique, même celle de l’orgue, n’est pas permise dans leurs églises; leur piété les porte à communier trois fois la semaine.
Les Somasques , ainsi appelés du nom de leur premier cloître, situé au village de Somasque, entre Bergame et Milan, furent établis, l’an 1830, par Jérôme Emiiiani, noble Vénitien, dont la charité avait éclaté , surtout, durant une famine et une maladie épidémique qui liront de grands ravages.
Touché du sort des orphelins, que ces fléaux privèrent de leurs parents, il se chargea de
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les élever. Son institut avait, et a encore aujourd'hui , pour fin principale , l’instruction des entants et des jeunes ecclésiastiques. Les Somasques ont été, pendant quelque temps, réunis aux Théalins. D’un autre côté, les Doctrinaires , fondés par César de Dus (1Î544-1G07), furent, depuis 1616 jusqu’en 1647, autorisés par Paul V à faire des vœux, et réunis aux Somasques, pour former avec eux un corps régulier sous un même général.
Les Bar nabites , clercs réguliers comme les Théalins, furent établis à Milan, l’an 1653, par trois ecclésiastiques italiens, et ils se répandirent en Italie, en France, en Autriche et en Espagne. Ils entreprirent la direction des consciences, l’éducation de la jeunesse , la prédication de la foi , des missions pour convertir les hérétiques ; outre les trois v<eux essentiels de pauvreté , de chasteté et d’obéissance , ces clercs en font un quatrième, de ne briguer jamais aucune charge au dedans ni au dehors de la congrégation, et de ne point accepter les dignités qui leur seraient offertes au dehors sans la permission du pape. Grâce à cette permission, beaucoup de Rarnabites ont occupe des évêchés. Leurs maisons s’appelèrent collèges , et il en subsiste encore un grand nombre : ces clercs, ayant été chargés de l'enseignement public dans plusieurs universités, comptent une foule de savants.
Le mathématicien Frisi(l728-1784), membre de presque toutes les académies de l’Europe , est le plus célèbre d’entre eux.
Zacharie Colomb, protestant converti, et qui s'était fait Rarnahilc à Milan, introduisit ces religieux parmi uous , lorsqu’il vint en mission dans le Béarn avec plusieurs de ses confrères, l’an 1608. Plusieurs évêques, satisfaits de leur zèle, en demandèrent pour leurs diocèses. En 16:22, les Rarnabites obtinrent des lettres patentes sous l’épiscopat de Henri de Gordi; ils s’établirent à Paris,
où ils occupaient encore le prieuré deSaint- Éloi , daus la cité , au moment de la révolution ; ils possédaient aussi des maisons à Montargis, à Etampes et dans d'autres villes.
Les Angéliques se rattachent aux Rarnabites, dont les fondateurs leur prescrivirent les règlements , qui maintiennent l’observance régulière dans leurs monastères. Fondées, l’an 1636, par Louise Torelli, comtesse de Guastallc , qui bâtit leur première et magnifique maison de Milan, ces religieuses n’étaient pas d’abord engagées à la clôture; elles sortaient de leurs monastères , et accompagnaient les clercs réguliers dans les missions qu’ils entreprenaient : ceux-ci employaient leur zèle pour la conversion des hommes, et les A/igéliques pour celle des femmes. Leur habit était semblable à celui des Dominicaines; seulement, elles portaient une croix de bois sur la poitrine ; au cou , une corde de chanvre de la grosseur d’un pouce ; sur la tête, une couronne d’épines (réservée ensuite pour les jours de cérémonie). Des institutrices, établies égafement par Louise Torelli, et qui s’appelent Guastallines , s’occupent de l'éducation des jeunes personnes dans l’intérieur de leur maison.
Les Clercs- Mineurs forment une congrégation, dont la destination, comme celle des autres clercs réguliers, est de remplir exactement tous les devoirs de l’état ecclésiastique. Elle doit son établissement à Jean- Augustin Adornc , gentilhomme Génois , qui l'institua , l’an 1588, à Naples, avec Augustin et François t^arracioli ; Paul V approuva leurs constitutions en 1603. Leur général réside à Rome , dans la maison de Saint-Laurent, cl ils ont aussi un collège, dans la capitale du monde chrétien, à Sainte- Agnès de la place Navone.
Les Ministres ou Serviteurs des infirmes ont de l’analogie avec les Frères de la Cha-
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rite, dont nous parlerons plus loin; car ils furent institués l'an 11591 , en Italie, par saint Camille Lellis (1S5I50-1614), pour soigner les hôpitaux et soulager les malades.
Sixte V, Grégoire XV et Clément VIII approuvèrent cet institut, digne des éloges de tous les gens de bien. On nomme aussi ses membres Crucifères, parce qu’ils portent une croix rouge sur leur soutane. C’est cet ordre, à ce qu’il parait , qu’on essaya d’introduire en France en 1821, lorsqu’une pieuse fille , qui avait rendu beaucoup de services dans les hôpitaux et les prisons , s’associa avec plusieurs femmes, sous le nom de Sœurs de Saint - Camille ; il y eut, en outre, un semblable projet d’établissement |)our les hommes. Mais cet essai n’eut aucune suite, et il n’est resté dans notre
mémoire qu’à cause du dévouement que montrèrent ces Soeurs de Saint-Camille, à l’époque de la fièvre jaune de Barcelonnc ; elles firent le voyage d’Espagne pour aller y soigner les pestiférés.
Les Clercs réguliers des Écoles pies, fondés par Joseph Calaznna ( léî8 ) , sont , comme les Somasqucs et les Rarnabites , consacrés à l’éducation de la jeunesse. Ils formèrent d’alntrd une congrégation de prêtres, que Paul V approuva l’an 1617 ; Grégoire XV l’érigea, quatre ans après, eu ordre religieux. Ces clercs s’obligent, par un quatrième vœu, à travailler à l’instruction des enfants, surtout à celle des pauvres.
Enfin, les Clercs réguliers de la Mère de Dieu furent institués à Lucques, en 1628.
VRSCLIRES.
Angèle de Presse ( 1470- 1840) forma , dans sa ville natale, une société de jeunes filles qui s’employaient à toutes sortes d’exercices de charité. Et comme l’ignorance et la corruption du temps contraignaient d’aller chercher les pécheurs dans leurs propres maisons, la fondatrice, s’accommodant à la nécessité du prochain, voulut que toutes ses filles demeurassent dans le monde, chacune en la maison de ses parents , afin de répandre plus facilement l’odeur de la grâce, et de profiter à toutes les classes par l’exemple de leurs vertus. Elle leur donna pour loi de chercher les affligés pour les consoler et les instruire, de soulager les pauvres, de visiter les hôpitaux . de servir les malades, et de se présenter humblement à tous les travaux auxquels la charité les appellerait.
!<eur vie était celle de Ticrtiaires au milieu du monde, ne s’en distinguant que par leur humilité et leur dévotion. Le peuple les ap-
pelait alors la Divine ComjHnjnie , et elles trouvèrent accès dans beaucoup de villes de France et d'Italie.
Mais le temps ayant apporté un notable changement aux mœurs des chrétiens, et l’Eglise ayant reçu de nouveaux moyens pour le secours du prochain, la plus grande partie de cette compagnie de vierges, après avoir ainsi vécu dans l’état de simple association, embrassèrent la vie commune dans des congrégations, et choisirent la solitude du cloître pour s’y renfermer le reste de leurs jours. Paul III confirma cet ordre, l’an 1841. Comme il avait été placé sous la protection de sainte Ursule, on s’accoutuma à appeler ces vierges Ursulines. La clôture modifia nécessairement le genre de leurs occupations : dans la retraite, elles se vouèrent exclusivement à l’éducation des jeunes filles , et celte éducation présenta aux familles des garanties d’autant plus grandes,
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que la piété éclairée de ces religieuses les engageait à veiller sur la pureté de la foi de leurs élèves.
L’ordre des Ursulines était d’une utilité trop pratique pour qu’on ne le vit point se propager avec une promptitude extraordinaire ; une circonstance contribua, au reste, à cet accroissement ; presque toutes ces religieuses s’étaient mises sous la conduite ♦les Jésuiteà, et le crédit des directeurs aplanissait les voies à leurs pénitentes. Les Ursulincà* pénétrèrent en Allemagne, dans les Pays-Bas, et même en Amérique. Toutefois, leur ordre s'est divisé en plus de vingt congrégations , qui ont chacune leurs constitutions particulières, et que des relations intimes n’attachaient pas les unes aux autres, car on a négligé, dès le principe, de soumettre ces religieuses à une organisation commune et à une même supérieure. La plupart suivent la règle de saint Augustin.
Le premier établissement des Ursulines, en France, se lit à Aix, l’an 1894, avec l’autorisation de Clément VIII. Kn 1608, deux de ces pieuses tilles vinrent pour former une maison à Paris ; elle y fut fondée , en 1611, par Madclaine Lhuillier, dame de Sainte- Beuve , et Paul V approuva cet établissement l'an 1612. La maison de Paris, rue Saint-Jacques, fut le berceau et le modèle de toutes celles qu’on établit ensuite dans le royaume ou ailleurs.
Lorsqu’en 1872, Grégoire XIII érigea les Ursulines en ordre religieux, quelques-unes de leurs communautés préférèrent, à ce qu’il parait , demeurer dans le même état dans lequel Angèle les avait instituées, et il y en eut qui s'établirent ainsi en Bourgogne. Ce qu’il y a de constant, c’est qu’en 1606 la mère Anne de Saintonge, de Dijon, en forma des maisons en Franche-Comté; on n'y gardait pas la clôture, on ne faisait vœu de stabilité qu’après un certain nombre d’années, on y portait le costume des veuves de la province , et l’on y tenait des écoles de charité.
C’est aussi la règle de saint Augustin que suit la congrégation de Notre-Dame , ordre de religieuses institué par le B. Pierre Fouricr, lequel en a dressé les constitutions.
Cet ordre a beaucoup de rapports avec celui dos Ursulines - il fut établi à la même époque pour l'éducation des jeunes lilles, et pour l'instruction gratuite des enfants des pauvres. En 1616, Paul V permit à ses membres de prendre l’habit religieux, d’ériger leurs maisons en monastères , et d’y vivre en clôture sous la règle de saint Augustin. Ces religieuses furent agrégées aux chanoines réguliers de la congrégation de Notre-Sauveur, par une bulle d’Urbain VIII, l'an 1628. Elles avaient un grand nombre de monastères en Lorraine, dans quelques autres provinces de France et en Allemagne.