‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 49 sur 113 · ORDRE DE LA V191TATI0X · texte numérisé non relu

ORDRE DE LA V191TATI0X

Les religieuses de l'ordre de la Visitation de Notre-Dame, quoique moins répandues et d’ailleurs plus obligées à la clôture que les Sœurs de la Charité, ont droit aux mêmes éloges.

Saint François de Sales (1«>67-1622), étant un jour en méditation , Dieu lui fit connaître qu’il établirait un ordre de religieuses, qui perpétueraient, dans la postérité, son esprit, ses sentiments et scs maximes. Cette prévision se réalisa lorsque , secondé par Jeanne- Françoise Frémiot de Chantal ( ÎU72-1641 ), il fonda l’ordre de la Visitation de Notre-Dame. I.e saint évêque donna à scs filles des règles qui devaient leur servir de modèle pour leur conduite. Il ne leur enjoignit la clôture que pour l'année de leur noviciat ; il ne changea point la forme de l’habit qu’elles portaient dans le monde, se bornant à prescrire qu’il serait noir , et conforme aux lois de la modestie ; enfin , il obligea à peu

d’austérités corporelles, mais bien à une vie intérieure et détachée de toutes choses de la terre. Soumises ainsi à des vœux simples , et ne gardant pas la clôture , les filles de la Visitation se livraient à des œuvres de charité , et visitaient les malades. Mais, Paul V les ayant érigées en litre de religion, sous la règle de saint Augustin, avec tous les privilèges dont jouissent les autres ordres religieux, le saint prélat leur dressa, en 1618, des constitutions qu’Urbain VIII approuva l’an 1626. Les monastères de la Visitation furent soumis au gouvernement des évêques. Il en existait déjà treize à la mort de saint François de Sales, et quatre-vingt-sept à celle de la mère de Chantal. Hélyot en signale plus de cent soixante , comprenant plus de six mille six cents religieuses , tant en France qu’en Italie, au royaume de Naples, en Allemagne et en Pologne. Dans quelques endroits, ces religieuses avaient le soin des

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pénitentes. En France , elles s’occupent maintenant de l'éducation de jeunes personnes.

On les partagea en choristes , en associées et en domestiques . L’oflice du chœur concerne spécialement les premières , et les emplois de ménage les dernières. Les associées sont, comme les choristes, aptes à toutes les charges du monastère, saut' celle d 'assistante, c’est-à-dire de directrice du chœur. La règle n’établit pas de grandes mortifications. L’habillement est noir, la robe en forme de sac, le voile d’étamine noire sans doublure; les religieuses portent sur le front un bandeau de même couleur, et au lieu de guimpe, une barbette de toile blanche sans plis , avec une croix d’argent sur la poitrine. Le monastère d’Annecy , berceau de l’ordre de la Visitation , a été établi en 1822 .

Nous dirons, à l’occasion de cet ordre, ce que nous aurions déjà pu dire au sujet des Annonciades célestes, des Ursulines, etc.

Nous dirons , avec M. Frayssinous 1 , que ces religieuses sont plus utiles encore que les Sœurs de Charité ; que si leur destination a quelque chose de moins touchant , elle est plus efficace pour régénérer les mœurs publiques des campagnes, comme des cités. « Une vérité devenue triviale à force d’être répétée , mais qui n’est pas moins pour cela une vérité , c’est que l’avenir de la France dépend de l’éducation des générations naissantes , et ce serait s’abuser étrangement que d’attacher à l’éducation des filles un médiocre intérêt.

Combien n’est-il pas important de préparer de loin de bonnes mères de famille , de les former d’avance à ces habitudes pieuses , douces, modestes, qui font le charme et le bonheur de la vie domestique ? Il faut bien

‘ Discours à la Chambre des Pairs, le 13 juillet 1824.

le remarquer : dans la famille, la première éducation est donnée par la mère ; c’est d’elle que l’enfant reçoit les premières impressions pour le bien ou pour le ma! ; aussi de très-illustres et très-doctes personnages n’ont pas dédaigné de s’occuper de la meilleure manière d’élever les enfants du sexe , et de les préparer à remplir un jour avec succès leur naturelle destinée dans la société ; témoin saint Jérôme, dans sa Lettre à la veuve Læta; et Fénélon, dans son excellent Traité sur cette matière.

» Sans doute, si par leurs qualités personnelles , leur instruction , leur capacité, leur position sociale , toutes les mères étaient dans le cas d’élever leurs filles, l'éducation domestique serait la meilleure ; mais on sait bien qu’il n’en est pas ainsi ; l’état actuel de nos mœurs et de la civilisation rend nécessaires les maisons d’éducation publique; or, où trouver pour les conduire des mains plus pures, plus sages et même plus habiles que dans les communautés ? Chez elles la leçon a plus de force, parce qu'elle est plus appuyée par l’exemple ; la vigilance est plus soutenue, parce qu'elle est plus éveillée par la conscience ; les soins sont plus maternels, parce que le motif en est puisé davantage dans la charité. Je le dirai sans vouloir flatter mon siècle ; mais pour rendre hommage à la vérité , l’éducation est mieux entendue dans les communautés qu’elle ne l'était autrefois : l'instruction religieuse est plus développée; on s’attache davantage à former les jeunes élèves à une piété solide et douce tout à la fois, éclairée, sage, qui associe les bienséances aux devoirs. Des leçons suffisantes de grammaire, d'histoire, de géographie , leur sont données : les ouvrages de main sont enseignés aux enfants avec un soin extrême, et plus d’une, fois portés par elles à un très- grand degré de perfection. Les arts d'agrément ne leur sont point étran-

DEPUIS LE SCHISME DE LUTHER

gcrs : chose bien précieuse ! je connais (les établissements où on les forme à l’économie domestique , à ce qui regarde l’ordre , les détails d'une maison bien tenue et bien conduite, et où l’on a le bon esprit de distinguer par des récompenses celles qui, sur cet objet, se distinguent de leurs compagnes. Nulle part vous ne trouverez des soins plus tendres, plus assidus pour la santé des enfants, pour cultiver les heureux penchants de la nature , comme pour corriger les vices de caractère. Je sais qu’il se trouve des esprits intraitables qui résistent à tout, aux insinuations comme aux reproches :

mais je pourrais bien invoquer le témoignage des pères de famille, et leur demander s’ils n’ont pas eu à se féliciter d’avoir confié leurs filles à ces pieuses communautés.

» Toutefois , les éloges que nous venons de prodiguer avec complaisance aux congrégations hospitalières et enseignantes, ne nous font pas oublier la justice due aux communautés qui se vouent uniquement à la solitude et à la prière. Mais nous ferons observer qu’en France, du moins, il en existe peu aujourd’hui de ce genre , et qu’elles sont peu nombreuses ; que même il en est parmi elles qui ont cru devoir modifier leurs anciens statuts , en travaillant à l'instruction des enfants des dernières classes du peuple.

» Et pourquoi, d’ailleurs, n’existerait- il pas des maisons assorties à tous les besoins, à tous les désirs , et ne pas laisser à chacun la liberté de suivre son attrait , et de chercher le bonheur dans la solitude , s’il croit l’y trouver? Dans toutes les choses qui peuvent occuper l'homme sur la terre , il se rencontre des âmes fortes, ardentes , infatigables, à qui rien ne sufiit, et dont on peut dire qu’elles croient n’avoir rien fait lorsqu’il leur reste quelque chose à faire ; il leur faut une carrière sans bornes. Voyez certains érudits : ils ne se contenteront pas

d’amasser un riche trésor de connaissances, ils se consumeront de veilles et de fatigues pour débrouiller ce que l’antiquité la plus reculée peut avoir de plus ténébreux. Voyez certains voyageurs : insatiables de découvertes, ils ne se borneront pas à parcourir facilement et sans danger de vastes et belles contrées ; il faut qu’ils montent jusque sur la cime des Cordillières, ou qu’à travers les sables brillants de l’Afrique ils aillent visiter je ne sais quelle ville incertaine. Eh bien ! voyez aussi certaines âmes pieuses :

c’est peu pour elles que les préceptes, elles aspirent à toute la perfection des conseils évangéliques. Loin de nous ici le dédain et le mépris; à côté de grands scandales il faut de grands exemples; les grands crimes appellent de grandes expiations. L'esprit du chrétien se repose avec confiance sur ces victimes solitaires de la piété, qui , loin d’un monde profane, semblent s’interposer entre le Ciel irrité et la terre coupable. Laissons des asiles au vice repentant comme à l’innocence alarmée. Que les Thérèse puissent s’y livrer en paix à toute l'ardeur de leurs pieux désirs, et les La Vallièrc y gémir sur leurs égarements. Souvent aussi qu’arrive-t-il? C’est qu’après les agitations sociales , ou les infortunes domestiques, ou l’expérience de la vanité et du néant des grandeurs humaines , un besoin immense de repos et de solitude se fait sentir : on veut fuir un monde qui a trompé tant d’espérances ou qui semble crouler de toutes parts; aussi, dans tous les temps, at-on vu des dames illustres quitter le fracas du siècle pour le calme de la retraite; témoin, au cinquième siècle, ces dames romaines célébrées par saint Jérôme, et qui descendaient des Scipion et des Paul-Émile ; sous le règne de Louis XIII, les Frémiot de Chantal 1 et les duchesse de Montmorency ;

1 Voyez page 212.

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cl de nos jours, les Louise de Ilourbon et qu'ont respecte tous les âges du christiales Louise de Condé. Sachons respecter ce nisme *. »

ORDRE DES RELIGIEUSES DE SOTRE-DAXE-DB-LA-IUSÉRICORDE.

L'ordre des religieuses de Notrc-Damcde-la-Miséricorde prit naissance à Aix. L’établissement en fut commencé par un pieux ecclésiastique, nommé Antoine Yvan, qui se rendit célèbre en Provence par sa vie pénitente et par son ardeur pour les bonnes œuvres. En 1650, la peste ayant attaqué la ville d’Aix, Yvan se dévoua pour secourir les malades, allant partout chercher des malheureux à soulager, et s'exposant à tous les périls dès qu’il pouvait être utile au prochain. Il y avait dans le même temps, à Aix, une pieuse fille nommée Madeleine Martin, qui y était née l’an 1612. Entraînée par un penchant surnaturel pour l’exercice de la charité, elle avait renoncé de bonne heure au monde et s’était mise sous la conduite du père Yvan. Il s’établit entre eux une communauté de prières, de zèle, et cette affection religieuse dont le but est la gloire de Dieu. Animés d’une ardeur infatigable, ils conçurent tous deux le projet d’un nouvel ordre, où l’on admettrait les filles pauvres, mais de condition honnête , qui , faute de dot , ne pouvaient être reçues dans les autres communautés; c’est ce qu’on appela la congrégation de Notre-Name-de-la-Miséricorde. On s’y proposait en outre de prier spécialement [jour l’Église et pour l’extirpation des erreurs.

C’est en 1633 que mademoiselle Martin commença son établissement à Aix ; de vertueuses filles se joignirent à clic. Yvan les dirigeait toutes, s'appliquant à les former aux exercices de la plus haute piété.

Des personnes riches favorisèrent ce projet, et l’on jeta, en 1637, les fondements d’un

monastère dont elles prirent possession l'annéesuivanle. L’institut naissant éprouva d'abord quelques contradictions; mais il fut ensuite autorisé «i Rome par une bulle , et à Aix , en 1639, par lettres patentes qu’enregistra le parlement de Provence. Les constitutions furent approuvées , en 1642, par Urbain VIII, et en 1648, par Innocent X.

Mademoiselle Martin , qui avait pris en religion le nom de Marie -Madeleine de la Trinité , fit des établissements à Marseille et à Avignon. Elle fut appelée à Paris par l'abbé Olicr, curé de Sainl-Sulpicc, qui désirait former un couvent de cet ordre sur sa paroisse. Les religieuses de la Miséricorde arrivèrent à Paris en 1649, et furent établies dans la rue du Vieux -Colombier, près de Saint -Sulpicc; elles occupaient encore cet emplacement au moment de la révolution. Le vicaire général de l’akbayc Saint-Germain bénit leur chapelle en 1651; quelque temps après, on commença la construction d’une église , dont la reine posa , en 1632, la première pierre, que bénit l'évêque de Genève. Yvan prit beaucoup de part à cet établissement; il fit lui-même le voyage de Paris; il mourut en 1633, dans la communauté des prêtres de la paroisse Saint- Sulpicc, qu’il édifia par son zèle et ses vertus.

Madeleine survécut longtemps à ce pieux fondateur; elle jouissait de l’estime d’Anne d’Autriche , qui lui demandait des conseils pour la direction de sa conscience. Elle

1 M. Frayssinous, Discours à la Chambre des Pairs, le 13 juillet 1824.

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établit des maisons de son ordre à Arles et à Salon, et recommanda, en mourant, à ses filles de conserver précieusement l’esprit de ferveur et de désintéressement qui faisait l'âme de l'institut. Madeleine finit scs jours, le 20 février 1678, à Avignon,

comme elle se disposait à se rendre à Rome pour y établir un couvent de son ordre.

Outre scs exemples, elle laissa à scs religieuses des avis et des règlements propres à les faire avancer dans les voies de la perfection.

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