‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 51 sur 113 · DES JÉSUITES AU XVII» SIÈCLE · texte numérisé non relu

DES JÉSUITES AU XVII» SIÈCLE

Le xvi° siècle semblait s’ètrc clos sous de si tristes auspices pour les Jésuites, que leur triomphe au xvu'duten paraître plus complet. Ce qui dépassa surtout leurs espérances, c’est que la France fut la première à les rappeler. Ils y avaient bien laissé, et en grand nombre , une foule de personnes pieuses qui s’affligeaient de leur absence ; l’impression produite par un arrêt que le parlement avait rendu dans un premier moment d'indignation contre le crime de Chàtci , s’était bien effacée, dès qu’on avait apprécié de sang-froid leur conduite; mais

1 Réponse de Henri IV aux remontrance s prononcées parle premier president de Harlay, en

1G03, au sujet du rétablissement des Jésuites.

« Je vous sais bon gré <lu soin que vous avez de ma personne et de mon État ; j’ai toutes vos conceptions en la mienne, mais vous n’avez pas la mienne aux vôtres. Vous m’avez propose des difficultés qui vous semblent grandes et considérables, et n’avez su que tout ce que vous avez dit a été pensé et considéré par moi il y a huit ou neuf ans, et que les meilleures résolutions pour l’avenir se tirent «le la considéra-

enfin , telle était la puissance de leurs ennemis , telle était la satisfaction qu’on éprouvait à les punir d’avoir pris part à la ligue, que les Jésuites ne comptaient peutêtre pas rentrer en grâce de sitôt.

Cependant, Henri IV connaissait l'injustice commise envers la Compagnie ; sa loyauté ne lui permit pas de différer la réparation. Il reçut avec bonté plusieurs Jésuites qui lui furent présentés à Ponl-à- Mousson, en 1605, et, la même année, il publia à Rouen l’édit de leur rétablissement. Connue le roi voulait être obéi 1 , le parle-

tion «les choses passées, desquelles j'ai plus de connaissance qu’autre <jui soit. On reconnut à Poissy, non l'ambition des Jésuites , mais leur suffisance (leur supériorité) ; et je ne sais comme vous trouvez ambitieux ceux qui refusent les dignités et prélatures, et qui font vœu de n’y point aspirer. Pour les ecclésiastiques «jui se formalisent d’eux , c’est de tout temps que l’ignorance en a voulu à la science, et j’ai remarqué «jue, <|uand j’ai commencé à parler de les établir, deux sortes de personnes s’y opposèrent , particulièrement ceux de la religion ( les protestants ) , cl les ecclésiastiques mal vi-

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ment, après quelques difficultés , l’enregistra. La victoire «les Jésuites en était une véritable pour la religion, mais il manquait à cette victoire la garantie qu’elle ne serait pas éphémère : le choix que Henri IV fit du Père Coton , pour son confesseur ,

vants , et c’est ce qui les a fait estimer davantage. Si la Sorbonne les a condamnés , c’a été sans les connaître. L’université a occasion de les regretter, puisque par leur absence elle a été comme déserte; et les écoliers, nonobstant tous vos arrêts, les ont été chercher dedans et dehors mon royaume * : ils attirent à eux les beaux esprits, et choisissent les meilleurs, et c'est de quoi je les estime. Je désirerais que l'on choisit les meilleurs soldats , et que nul n’entrât en vos compagnies qui n’en fût bien digne; que partout la vertu fût la marque et fit la distinction des honneurs. Us entrent comme ils peuvent; aussi bien font les autres, et suis moi-méme entré comme j’ai pu. Il faut avouer qu’avec leur patience et bonne vie, ils viennent à bout de tout, et que le grand soin qu’ils ont de ne rien changer ni altérer de leur première institution les fera durer longtemps. Quant à ce que l’on reprend à leur doctrine, je ne l’ai pu croire, parce que je n’ai trouvé un 6cul d’un si grand nombre de ceux qui ont été en leur collège, non pas même de ceux qui ont changé leur religion, qui ait soutenu leur avoir ouï dire ou enseigner qu'il est permis de tuer les tyrans ni d’attenter sur les rois. Barrière ne fut pas confessé par un Jésuite en son entreprise; et un Jésuite lui dit qu’il serait damné s’il osait l’entreprendre. Quand Châtel les aurait accusés, comme il n’a fait, et qu’un Jésuite même eût fait ce coup, duquel je ne me veux plus souvenir , et confesse que Dieu voulut alors m’humilier et sauver, dout je lui en rends grâces, faudrait-il que tous les Jésuites en pâtissent, et que tous les apôtres fussent chassés pour un Judas? S’ils sont obligés, plus étroitement que les autres, au commandement du pape , c’est pour ce qui regarde la convcr-

• Les colleges «les Jésuites avalent toujours été conserve* «lans le ressort «les parlements «le Toulouse et «le Bordeaux. {Voj'. p. 225.)

rassura les gens de bien sur le développement ultérieur de ses conséquences.

Directeurs des consciences, créateurs de congrégations pour les différentes classes de la société ', missionnaires zélés , habiles instituteurs , les Jésuites ne tardèrent pas

sion des infidèles, et je n’estime pas que les vœux d’obéissance qu’ils font les obligent plus que le serment de fidélité qu’ils me feront. Mais vous ne dites pas que l’on a trouvé mauvais à Rome que le cardinal Bellarmin n’a donné en ses écrits autant de juridiction et d’autorité au pape sur les choses temporelles, que les autres lui en donnent ordinairement. Il ne faut plus reprocher la ligue, c’était l'injure du temps; ils croyaient de bien faire, et ont été trompés comme plusieurs autres : je veux croire que c’a été avec moindre malice que les autres, et m’assure que la même conscience , jointe à la grâce «jue je leur fais, les rendra autant, voire plus affectionnés à mon service qu'à la ligue. L’on dit que le roi d’Espagne s’en sert ; je dis aussi que je m’en veux servir, et que la France ne doit être de pire condition que l’Espagne. Puisque tout le monde les juge utiles, je les tiens nécessaires h mou État ; et s’ils y ont été par tolérance, je veux qu’ils y soient par arrêt ; Dieu m’a réservé la gloire de les y rétablir par édit : ils sont nés en mon royaume et sous mon obéissance , je ne veux entrer en ombrage de mes naturels sujets; et si l’on craint qu’ils communiquent mes secrets h mes enuemis , je ne leur communiquerai que ce que je voudrai.

Laisscz-moi conduire cette affaire : j’en ai manié d’autres bien plus difficiles, et ne pensez plus qu’à faire ce que je vous dis. »

1 Ces réunions utiles, où l’on s’excitait mutuellement à la pratique de ses devoirs, n’existaient pas seulement pour la jeunesse et dans les maisons de Jésuites. Des hommes du monde, militaires, magistrats, fonctionnaires de tout ordre , négociants , sollicitaient l’avantage d’être affiliés à ces réunions, dont la piété était l’âme , et qui ajoutaient de nouveaux liens aux autres rapports d’état et de société. L’honneur d’en faire partie, le désir d’v conserver l’estime «le scs confrères , ont souvent prévenu «le là-

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à recouvrer leurs premiers avantages. C’est encore Henri IV qui leur fonda un collège à la Flèche , comme les estimant plus propres et plus capables que les autres pour instruire la jeunesse '.

Croirait-on qu’en présence de ces bienfaits , l’on a osé accuser les Jésuites d’ingratitude , les soupçonner même d’avoir dirigé le couteau de Ravaillac ? Mariana ( 11137-1621 ) , disent leurs accusateurs, avait bien osé enseigner sur le tyrannieidc une doctrine qu’on ne saurait trop condamner; or, il n’y a qu’un pas de la théorie à l'application. Mais, avant que le traité de Mariana , qui avait justement effrayé Henri IV, essuyât les llétrissures du parlement et de la Sorbonne , les Jésuites euxmêrnes l'avaient désapprouvé. « Notre Père général , dit Ilichcome 2 , étant adverti l’an HS99, commanda qu’il fût corrigé, et on n’en eût vu aucun exemplaire sans correction , si les hérétiques, qui pensoient faire leur prolit de ce livre, ne l’eussent aussitôt réimprimé. » Ainsi l’ordre des Jésuites repoussait cette doctrine : la faveur dont ils continuèrent de jouir sons les deux successeurs de Henri IV prouve surabondamment qu’ils ne l’ont pas appliquée , en trempant dans le crime de son assassin. Si les contemporains avaient ajouté foi à tant d’ingratitude, la confiance des gouvernements catholiques, non moins que les succès de leur méthode, n'aurait pas fait passer exclusivement dans leurs mains le dépôt de l’instruction publique. On n’accepte pas des monstres pour précepteurs; et si les Jésuites occupèrent successivement des

dieux écarts; on se souvient encore que le commerce se traitait avec plus de loyauté dans les villes qui possédaient ccs associations. Les ouvriers et les artisans avaient , de leur côté , des réunions semblables; elles maintenaient entre eux les habitudes domestiques et le goût des vertus privées, d’où dépend le bonheur des

collèges dans presque toutes les villes du royaume, c’est que « ils eurent le mérite d’honorer leur caractère religieux et -moral par une sévérité de mœurs , une tempérance, une noblesse et un désintéressement personnel , que leurs ennemis même n’ont pu leur contester. C’est la plus belle réponse à toutes les satires qui les ont accusés de professer des principes relâchés 8 . » Henri IV avait confié aux Jésuites l’instruction chrétienne de l’héritier du trône, et il voulut laisser à la postérité un dernier témoignage de son affection pour ces religieux , en ordonnant que son cœur fût déposé dans leur église de la Flèche. Aussi ce prince est-il regardé comme le principal fondateur des Jésuites en France.

C’est sous l'influence de ces réflexions qu’il faut considérer l’accroissement de la prospérité des Jésuites, pendant la régence de Marie de Médicis et le règne de Louis XIII.

L’éloignement de Sully* dont les croyances protestantes s’accommodaient mal d’aussi rudes jouteurs, est l’une des raisons secondaires de leur influence. La piété du roi, héréditairement transmise à Louis XIV , confirma de plus en plus cette influence méritée. Dans le fait , pourquoi nos rois auraient-ils hésité â l’accroftrc? Ils avaient dû être pleinement rassurés , touchant la doctrine des Jésuites sur la puissance des papes , par la conduite que ces Pères avaient tenue lors de la condamnation du livre de Santarelli, l’an 1626. L’avocat général Scrvin , ayant demandé au Père Coton , leur provincial , si . pour abréger la matière, il oserait bien lui -même donner

familles. Travailler pour la religion, de la part des Jésuites, c’était, comme on le voit, travailler pour les citoyens et pour l'État.

1 Lettre du Roi au cardinal d’Ossal, du 20 janvier 1G02.

2 Examen de l’Anli -Colon.

* De Dausset, Histoire de Fénélon, t. I«*r.

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trois lignes écrites de sa main, où il assurerait que le pape n’avait pas le droit de déposer les rois : C'est trop peu , lui répliqua le Père , que trois lignes sur ce sujet ; j'en écrirais un volume entier. D’un autre côte, la confiance de nos rois était justifiée par celle que les plus illustres magistrats , les Lamoignon , les Mole , se faisaient honneur d’accorder aux Jésuites. Kllc l’était encore par l’empressement de leurs sujets à

confier l’éducation de leurs enfants à la Compagnie. Dcscarles, Pierre Corneille, Bossuet, Crébillon, Voltaire, etc. , figurent au nombre de ses disciples. On se souvient de cette belle apostrophe de Bossuet , prêchant dans l’église de la maison professe de Paris : « Et vous , célèbre Compagnie , qui ne portez pas en vain le nom de Jésus , à qui la grâce a inspiré ce grand dessein de conduire les enfants de Dieu dès leur plus bas âge jusqu'à la maturité de l'homme parfait en Jésus-Christ, à qui Dieu a donné, vers la fin des temps, des docteurs, des apôtres, des évangélistes, afin de faire éclater par tout l’univers , et jusque dans les terres les plus inconnues, la gloire de l’Évangile, ne cessez d’y faire servir, selon votre sainte institution, tous les talents de l'esprit, de l’éloquence, la politesse, la littérature. »

Si le grand crédit de quelques Jésuites a excité des jalousies parmi leurs contemporains, <: la postérité doit se montrer supérieure à ces petites passions. Il était impossible que les confesseurs de Louis XIV ne blessassciitpas des intérêts particuliers : chargés de la feuille des bénéfices , ils devaient faire des mécontents, quand ils fermaient l’accès des dignités ecclésiastiques à l'ambition et à l'intrigue. C’est ce qui explique peut-être les reproches et les

1 Essai hist. sur l’influence de la religion en

France, pendant le xvn* siècle, t. II, p. 415. ‘

plaintes qui retentirent dans tant d’écrits contre les Pères de la Chaise (1624-1709 ) et le Tcllier (1643-1719). Le premier était cependant un homme doux , sage , modéré , soigneux de bons choix pour l’épiscopat, suivant le témoignage du duc de Saint-Simon dans ses Mémoires, et d’Aguesseau lui rend la même justice. Le Tcllier , qui a été encore plus maltraité que le Père de la Chaise, parait cependant n’avoir pas mérité les noires couleurs dont on l’a chargé à l’envi *. » La toute-puissance de ministres, tels que Richelieu, Mazarin, Louvois, dont les ennemis des Jésuites exaltent la prédilection pour la Compagnie, ne fermait pas la bouche à ses détracteurs.

Pascal (1623-1662), surtout, l’attaqua, dans ses lettres provinciales . avec un mélange de plaisanterie fine et de satire violente; mais. dit Voltaire 1 2 , « il est vrai que tout le livre porte à faux. On attribuait adroitement à toute la Société des opinions extravagantes de quelques Jésuites espagnols et flamands. On les aurait déterrées aussi bien chez les casuistes Dominicains et Franciscains, mais c’était aux seuls Jésuites qu'ou en voulait. On tâchait, dans ces Lettres, de prouver qu'ils avaient un dessein formé de corrompre les hommes ; dessein qu'aucune société n’a jamais eu et ne peut avoir. » Par ces erreurs du génie , de petits esprits, se sont crus autorisés à rendre les Jésuites responsables de la persécution des Jansénistes, des dragonnades, de la révocation de l’édit de Nantes, des coupables tentatives contre la vie du roi , etc. Pascal avait coloré le tableau ; scs émules en ont formé l'ombre.

En Angleterre, quand Charles II remonta sur le trône, ce prince, qui devait tout aux catholiques , les paya d'ingratitude ; sous

2 Siècle de Louis XIV.

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son règne, la présence, dans le pays, de quelques missionnaires cachés sous l’habit séculier , provoquait l’intervention de quatre mille hommes d’armes pour protéger l’Église protestante!! Entendre la messe dans une maison particulière, était regardé comme incompatible avec la sûreté de cette Église!! Aussi, n’est-ce que sous les auspices de Jacques II , prince ouvertement catholique, et qui, autant que la loi le lui permit, appliqua les principes d’une tolérance générale, que les Jésuites établirent, en Angleterre , quelques séminaires et quelques collèges. Restauration bien éphémère, car, la réforme anglicane ne s’accommodant pas de la liberté générale de conscience que le catholique Jacques II voulait accorder à tous ses sujets , appela l’usurpation à son secours pour maintenir un code pénal , où l’on lisait entre autres , 1° que tout précepteur catholique , public ou particulier, celui même qui n’était que sous-maftre d'un protestant, serait puni «le prison , de bannissement , et enfin traité comme félon 5 2° que les membres du clergé catholique ne. pouvaient rester dans le pays, sans se faire enregistrer ; parce qu’on les regardait comme des prisonniers , cl l’on donnait ( du revenu levé sur les catholiques) «les récompenses à ceux qui les découvriraient , savoir : 1»0 livres pour un archevêque ou pour un évêque, 20 livres pour un prêtre, et 10 livres pour un maître d’école ou un sous- maître!!! La réforme anglaise , du moins, aurait mauvaise grâce d’accuser l’Église catholique d’intolérance.

Lorsque Guillaume d’Orange vint prêter à cette infâme législation le secours de son épée, on comprend que le crédit des Jésuites cessa. Une compensation sembla s’offrir dans le Nord , quand la reine Christine de Suède (1626-1689) abjura le luthéranisme pour embrasser la religion catholique; mais l’abdication de cette souveraine ne lui por-

tait pas de protéger le zèle avec lequel les Jésuites auraient entrepris la conversion de ses sujets.

Le Portugal , en revanche , encourageait toujours leurs efforts. Le même système de calomnie que nous avons signalé plus haut , a porté leurs ennemis à leur faire honneur de la révolution qui chassa Alphonse VI du trône, sous prétexte que ce prince avait tenté de se soustraire à leur influence. Alphonse VI fut détrôné, comme imbécile, par sa femme, éprise d’amour pour don Pèdre, son frère cadet.

En Allemagne, les Jésuites n’avaient pu jusqu’alors que faire de temps en temps d’assez grandes brèches au protestantisme; mais leur action , quoique efficace , était locale. Tout à coup, l’espoir d’une restauration générale de la religion catholique en Allemagne, d’une restauration accomplie avec ensemble , et qui avait pour base les vertus de l’empereur Ferdinand II (1378- 1637), luit à leurs yeux. Ferdinand , roi de Rohéme en 1617 ,de Hongrie en 1618, fut empereur en 1619, à l’âge de quarante-un ans. Il n’entre pas dans notre plan d’indiquer, avec détail, les guerres que ce prince a soutenues , guerres dont le principe et les résultats s'encadrent dans un tableau de trente années; mais nous devons dire que , sans les puissants secours que la France et la Suède donnèrent aux protestants, la réforme eût été ruinée en Allemagne, et les diverses provinces de ce pays ramenées à l'unité catholique. Gela suflil pour que les sectaires et les philosophes des derniers temps déchirassent le nom de Ferdinand d’une manière indigne , le montrassent comme l'aveugle esclave des Jésuites , et traitassent de fanatisme les efforts qu’il fil pour réprimer les nouvelles erreurs. Nous ferons remarquer , à cette occasion , que le nom de fanatique n’est donné par nos prétendus sages qu'aux catholiques qui ont

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combattu pour Ja foi de leurs pères , pour la défense de leurs églises, de leurs sacrifices, de leurs usages. Charles -Quint, Philippe 11, le duc d’Albe, Ferdinand II, etc., sont des fanatique» ; Élisabeth, qui a fait nager l’Angleterre dans le sang pour y établir l’hérésie, est une héroïne. Gustave- Adolphe , qui a pillé et dégradé toutes les églises de l’Allemagne, et ravagé, en l’honneur de Luther, dix grandes provinces; Guillaume, qui détrôna son beau-père en faveur de la religion anglicane, etc., sont des héros. Qualité distinctive de la vérité; elle seule attire la haine et les malédictions de l’arrcur ! La guerre continua jusqu’à la paix de Westphalie, en 1648. Au grand déplaisir du saint-siége, du roi d’Espagne, et de l’empereur Ferdinand 111, qui en versa des larmes , les religions luthérienne et calviniste furent alors autorisées , et l’Église catholique frappée du plus grand coup qu’elle eût encore essuyé en Allemagne.

Du moins, les provinces orthodoxes de l'empire germanique, la Bohême et la Hongrie, à qui ces guerres avaient donné l’élan, et où les Jésuites employaient toute leur influence à entretenir la foi, ne cessèrent pas d’etfe attachées à l’unité catholique. On regagna du côté du zèle , ce qu’on n’avait pas réussi à regagner du côté du nombre.

L’existence des Jésuites, en Asie, fut compromise par les tracasseries que leur suscita l’esprit de contradiction religieuse des Hollandais, et surtout l’avidité et l’avarice de ces marchands. Les Hollandais, en faisant détester les Européens par les peuplesque les Jésuites allaient instruire, entra-

vaient la bonne volonté des missionnaires et empêchaient l’exécution de leurs meilleurs plans. De là tant de persécutions contre les chrétiens , dont les Jésuites étaient les premières victimes, mais qui ne parvenaient pas à éteindre leur généreuse sollicitude pour la conversion des indigènes.

Grâce aux circonstances favorables dans lesquelles les Jésuites se trouvèrent au xvm« siècle , leur nombre s’accrut au point que l’on en comptait dix -neuf mille, dans la Compagnie, épars sur tous les points du globe.

Nous placerons , à la fin de ce chapitre , un mot sur les Jésuitesses, dont la suppression est antérieure à celle des Jésuites.

Deux filles anglaises , venues de leur patrie en Flandre, formèrent cet institut, selon les avis et sous la direction du Père Gérard , recteur du collège d’Anvers , et de quelques autres Jésuites. Le projet des directeurs était d’envoyer ces filles en Angleterre pour instruire les personnes de leur sexe. Il se trouva bientôt, en Italie et en Flandre, des établissements de ces religieuses, qui suivaient la règle et imitaient le régime des Jésuites. Quoique leur institut n’eùt point été approuvé par le saint-siége, elles donnaient à leurs maisons le nom de collège et de noviciat ; elles faisaient, entre les mains de leurs supérieurs, les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance; mais elles ne gardaient pas la clôture, et se mêlaient de prêcher. Urbain VUI supprima, en 1630, cet ordre institué avec plus de zèle que de prudence.

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