‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 55 sur 113 · E LA FIN QUE SE PROPOSENT CES CONGRÉGATIONS · texte numérisé non relu

E LA FIN QUE SE PROPOSENT CES CONGRÉGATIONS

L’hisloirc des ordres religieux a présenté le développement historique de ces grands instituts qui ont toujours si puissamment secondé, et qui ont suppléé quelquefois l’action du clergé séculier. La solennité des vœux leur imprime extérieurement un caractère particulier ; en un mot, c’est l’ensemble deœes admirables familles de religieux qui constitue, à proprement parler, l’état monastique.

A leur imitation , sous des formes analogues , liées seulement par des vœux simples , quelquefois même sans vœux , se sont élevées des congrégations pour toutes les

nécessités morales , intellectuelles et matérielles des peuples. Ce sont toujours des applications du principe d'association qui est dans l’esprit et dans le droit de l’Église.

Mais les observances y sont moins strictes : hospitalières ou enseignantes, souvent même enseignantes et hospitalières à la fois , ces congrégations sont incessamment mêlées au peuple, qu’elles instruisent ou consolent.

C’est surtout depuis que saint Ignace eut fondé son immortelle société que ce genre de congrégations, encouragé et soutenu par les Jésuites , se développa d’une manière si

CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES D'HOMMES

étonnante chez toutes les nations , mais en France principalement , qu’il n’est aucun objet de l’enseignement catholique qui n’ait trouvé son organe , aucun besoin de l’humanité souffrante qui n’ait trouvé son remède. La règle de la plupart de ces congrégations est , au fond , calquée sur celle des Jésuites, qui en furent, sinon les auteurs directs, du moins les protecteurs constants.

La raison en est simple.

Les Jésuites étaient les advcrsaircs-nés du protestantisme, qui avait prétendu renouveler la société. Ces retoutables antagonistes opposaient la foi au libre examen, la charité à la tolérance et à la philanthropie ; et comme les protestants s’adressaient aux masses, aux classes inférieures, qu’ils séduisaient en flattant l’orgueil de l'intelligence et les passions du cœur, les Jésuites, à leur tour, cherchaient à renouveler les masses dans un esprit de foi et de charité.

Four cela, ils durent se créer des auxiliaires, des points de contact avec le peuple, cl les congrégations dès lors se multiplièrent à l’infini.

Gloire donc à la Société de Jésus ! Elle a été pour beaucoup dans le bien qui s'est opéré: elle doit être pour beaucoup dans notre reconnaissance.

Il n’en a pas été tout à fait des congrégations comme des ordres religieux proprement dits, à l’époque de la révolution. Il est vrai que la suppression prononcée fut générale; mais, tandis que les ordres religieux restaient sous le coup de la réprobation révolutionnaire, les congrégations, d’abord frappées , se relevaient successivement ; d’une existence de fait elles passaient tour à tour à une existence de droit, et il arriva même que, pour conquérir aussi le pouvoir de faire le bien avec liberté , d’anciens ordres religieux se réduisirent , extérieurement du moins, à l'étal de congrégations,

modifiant leur règle, ajoutant aux fins de leur institut celle d'instruire l’enfance ou de soulager le malheur.

L'utilité toute pratique des congrégations ne doit pas cependant être exaltée au préjudice des services qu’ont rendus et que rendent encore les ordres religieux ; il ne faut pas méconnaître la source pour ne se préoccuper que des filiations. L’esprit du siècle , tel que le philosophisme et la révolution, son ouvrage, l’ont perverti, s’accommode mal sans doute de l'état religieux, dont il ne comprend pas la nécessité et les miracles; mais il n’en est pas moins certain que les mofncs (ce mot nous plait, précisément parce qu’on le dédaigne) entrent dans l’économie de la société chrétienne, que leur existence se concilie avec les besoins de la société politique, et que leurs services passés autorisent à croire qu’ils formeront l’un des principaux éléments de la régénération qui se prépare.

Voyez ce qui se passe en France.

La révolution y a proscrit les moines , et l’histoire des ordres religieux montre qu’eu dépit des proscriptions révolutionnaires , des Chartreux , des Trappistes , des Capucins, des Frères delà Charité, des Jésuites, y ont repris racine.

Vous demandez à quoi bon des Trappistes et des Chartreux? Hommes de peu de foi ! vous ne savez donc pas quel baume la la religion verse sur les blessures du cœur?

Il faut des Trappes et des Chartreuses, parce qu'il faut des asiles où l'on puisse aller se consoler avec Dieu des mécomptes de la fortune. Et puis, sous le seul rapport matériel, quels avantages l'industrie ne retiret-elle pas du travail quotidien , de l'intelligente activité de ces ouvriers à bon marché ? Visitez les déserts de la Grande-Chartreuse, visitez , s’ils sont encore debout , les bâtiments de la Mcillcraic; vous verrez qu’ici les religieux , important d’Angleterre ses

FORMÉES EN FRANCE DEPUIS LE DIX -SEPTIÈME SIÈCLE

procédés agricoles, avaient déjà transformé leur monastère en ferme - modèle , où les provinces voisines envoyaient se former d’excellents agriculteurs; vous verrez qu’au fond du Dauphiné, des établissements non moins utiles vivifient une retraite où le travail fatiguerait votre paresse. Aussi ces pieux asiles se sont-ils multipliés, et s'il n'y a qu’une Chartreuse, on comptait déjà plus de douze Trappes en 1830; il doit en exister moins en 1851.

A quoi bon les Frères de la Charité ? Par pudeur, il aurait fallu nous épargner la réponse. Eh quoi ! ces disciples de saint Jcande-Dicu , rétablis depuis douze ans , pour soigner les pauvres malades , ne trouveraient pas grâce au tribunal de la philanthropie! Ce n’est pas là ce qu’ont voulu ces populations , plus chrétiennes qu'on ne pense, qui ont favorisé leur rapide propagation de Marseille jusqu'à Lille , de Lyon jurqu’à Nantes. Écoles chrétiennes, soin des prisonniers, service des hôpitaux, traitement des insensés, c’est-à-dire de la plus redoutable des infirmités humaines, voilà les œuvres auxquelles se consacrent les Frères de la Charité. Oh ! si ceux qui les repoussent sans les connaître avaient pu être témoins de leur dévouement à Montbrison, lorsque le typhus s’y manifesta en 1823!

C’était un spectacle touchant et déchirant à la fois de les voir , malades ou mourants , obligés de servir eux -mêmes les pauvres aliénés mourants ou malades. Le religieuxprêtre, atteint de l’épidémie à laquelle il succomba , s'arrachait de son lit de mort et se traînait la nuit comme le jour auprès des mourants, pour les consoler et leur administrer les derniers sacrements. La pauvreté des Frères venait encore aggraver leur affliction ; eux - mêmes et leurs aliénés manquaient des choses les plus nécessaires. Cependant, tandis que l’épouvante était dans la ville de Montbrison 'et que les autorités

délibéraient d'établir un cordon sanitaire , les Frères de la Charité des maisons de Nantes, de Paris, de Lyon, etc., se jetaient aux genoux de leurs supérieurs, et imploraient la grâce d’être envoyés au lieu du danger, au risque d’en être victimes... Admirables inspirations de la charité chrétienne, qui font qu’on s’oublie soi - même pour tendre à son prochain une main secourablc !

A quoi bon les Jésuites? Demandez - le à ces congrégations dont les membres , pris dans les divers rangs de la société, venaient se former sous leurs inspirations à la pratique de toutes les vertus; demandez-le surtout à celle jeunesse qui, chassée en 1828 des petits séminaires de France, reflua, pour suivre ses maîtres , à Sarragosse et à Fribourg. Il est vrai qu’on prétendit alors que les Jésuites ne convenaient plus à l’éducation dans Ie§ temps où nous sommes. Il y aurait eu plus de justice à dire , comme nous l’avons indiqué ailleurs l , que, seize années après leur rétablissement, les Jésuites , à défaut de ressources suffisantes , n’étaient pas en mesure d’opérer tout le bien qu’on exigeait d’eux et qu’ils réaliseront plus lard. Les éléments dont se composait la société étaient encore trop faibles, le nombre de ses membres était encore trop restreint, pour qu’elle pùt répondre à toutes les sollicitations dont on l’assiégeait, et pour qu’elle pourvût à toutes les améliorations désirables. Comment les Jésuites les auraient-ils accomplies avant d’en avoir réuni et disposé les moyens? La Compagnie de Jésus, dût celte opinion froisser un éclatant paradoxe, sent profondément la nécessité de se préparer à remplir sa mission. Eh! pourquoi tant d’expérience ne lui en ferait- elle pas comprendre toute l’étendue? Le livre des révolutions n’est- il pas ouvert à ses yeux comme aux autres? Est -ce bien à elle qu’il con-

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CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES D’HOMMES

vient d’adresser le reproche de ne pas étudier les besoins de la société chrétienne, ou de reculer devant les sacrifices qu’ils demandent? Son histoire n’est-elle pas là pour répondre? La Providence, soyez-en sùr, ne l’a soumise à des épreuves nouvelles que pour lui donner le temps de sc préparer mieux.

On peut remarquer la différence qu’il y a entre l’éducation qu’on donne aujourd’hui dans les couvents aux jeunes personnes du sexe , et celle qu’on leur donnait avant la révolution : là, l'éducation tout entière était à améliorer; il n’y avait qu’à ne pas se dissimuler les trop justes exigences du nouvel ordre social. Mais les Jésuites avaient précédemment un système auquel on applaudissait unanimement; dans tous les pays, dans toutes les opinions, môme chez leurs ennemis, on convenait qu’ils étaient les maîtres les plus habiles , et qu’eux seuls possédaient à un éminent degré le véritable esprit de cette fonction si utile , si essentielle à la société. Est- il étonnant que, reparaissant dans le monde après un demi-siècle d’adversités, réduits à un très-petit nombre de membres , n’éprouvant que des difficul-

tés à s’en procurer , appelés néanmoins eu mille lieux à la fois, n'ayant qu’une existence toujours menacée, et par conséquent toujours précaire, est -il étonnant que leur système d’éducation n’ait pas semblé dès l’abord, et surtout aux yeux de certains hommes , en harmonie , par ses progrès , avec les progrès du siècle? N’est-il pas admirable, au contraire, qu'ils nous aient rapporté et la vigueur de leur premier zèle et toutes leurs anciennes traditions?

Mais les Jésuites nous reportent naturellement aux congrégations religieuses, dont ils ont eu si à cœur de multiplier les établissements, parce qu’ils les regardaient comme les indispensables auxiliaires des ordres religieux et du clergé séculier.

Il demeure entendu que l’utilité des congrégations n'infirme en rien sur celle des ordres religieux.

Ce livre est spécialement consacré aux associations d’hoinmcs : service des missions intérieures ou étrangères , établissement des séminaires, instruction des enfants pauvres , voilà les principales fins de ces associations.

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