MISSIONS
Le zèle pour les missions n’est ni nouveau , ni extraordinaire ; de grands saints en ont donné l’exemple; les évêques, en procurant ce secours, à leurs diotèses , ne font que suivre l’esprit de l'Église et les traces de leurs prédécesseurs ; les prêtres qui sc vouent à cet important ministère ont les droits les plus légitimes à notre estime et à notre reconnaissance.
C’est par les missions que la foi s’est établie et propagée ; sans remonter au temps de Jésus -Christ , des apôtres ou de leurs premiers successeurs, saint Augustin en
Angleterre , saint Iîonifacc en Allemagne , comme plus tard saint François Xavier dans les^ Indes , ne menaient -ils point la vie de missionnaires ? Saint Bernard , saint François d’Assisc, saint Bonaventurc, donnaient des missions. L'ordre entier des Frères -Prêcheurs (son nom l’indique assez ) leur était consacré. La vie de saint Vincent Ferricr ne fut qu’une longue mission en pays chrétiens. Saint Ignace en fit l’un des objets que devait remplir son illustre compagnie. Saint Charles Borromée et saint François de Sales pratiquaient
FORMÉES EN FRANCE DEPÜIS LE DIX -SEPTIÈME SIÈCLE
celte œuvre avec autant de succès que de zèle.
Mais , insistons seulement sur les temps postérieurs au dix - septième siècle.
On connaît la célébrité qu’acquirent les Jésuites en se livrant à ce genre de ministère ; le midi de la France révère surtout la mémoire de saint Jean -François Régis (1640), missionnaire dans les Cévenncs, le Vivarais elle Valais. Mais le sentiment et la pratique de saint Vincent de Paul , aux vertus duquel l’incrédulité même a été forcée de rendre hommage , sont peut-être plus capables encore de concilier aux missions le suffrage des hommes de bien. Sous les auspices de ce grand saint , des hommes distingués firent les premiers essais de leur zèle; Bossuet donna lui -môme, l’an 16158, à Metz, une mission dont Vincent l’avait établi le chef. Pour perpétuer cette œuvre , le saint établit une congrégation , et il voulut que le nom de Prêtres de la Mission rappelât sans cesse à ses membres le but de leur institution. I)u vivant même du fondateur, ses enfants donnèrent un millier de missions, non - seulement en France, mais dans diverses parties de l’Italie, en Corse, en Pologne, en- Irlande; les Lazaristes remplissent encore aujourd’hui cette belle vocation. Les généraux de l’Oratoire voulurent que leur congrégation rivalisât, sous ce rapport, avec les Lazaristes; le père Bourgoing composa môme, pour scs missionnaires, un livre intitulé :
Direction pour les missions qui se font par la congrégation de l'Oratoire, M. Olier, qui fonda celle de Saint- Sulpice; le Père Eudes, qui établit les Eudisles; Bourdoise, qui instituâtes Prétrcsde Saint-Nicolas-du- Cbardonnct; le Vachet, à qui l’on doit les sœurs de l'Union Chrétienne , s’appliquèrent tous aux missions. Les Pères de la Doctrine Chrétienne avaient pour objet principal le catéchisme et l'instruction des
ignorants. Boudon (1702), Viani (1706), étaient connus par leurs missions. Le cardinal de Grimaldi, archevêque d’Aix,le cardinal le Camus, évêque de Cahors,en donnaient de fréquentes à leurs diocèses ; ce dernier en fit une lui -même qui dura vingt-ileux mois consécutifs.
Au dix-huitième siècle, le Père Rridaine, qui n'appartenait à aucune congrégation , en donna deux cent cinquante -six différentes jusqu’à sa mort, l’an 1767. Les Lazaristes , l’Oratoire , les Eudistes , persévéraient dans leur zèle. Les Jésuites s'honoraient , en ce genre , des Pères de Tourncmine , Segaud, Perusscau, Dudon, Duplessis, Delmas, Ingoult, Perrin, de Ligny, Irlande.
Les Capucins étaient appelés pour le même objet dans plusieurs diocèses. Ces associations de missionnaires, celle que Grignion formait à Saint -Laurent- sur- Sèvrc, par exemple , s'établissaient dans les provinces. Parmi les prélats qui protégeaient ces missions, on cite M.M. deLuynes, de Belzunce, Langue!, de Saléon, de Pompignan, de Lamothe , de Beaumont , etc.
De son côté, l’Église encourageait les missions en béatifiant leurs fondateurs; en France, saint Vincent de Paul; eu Italie, Léonard de Port - Maurice, Franciscain, François de Girolamo, Jésuite, et Alphonse de Liguori.
Lorsqu’après la tempête révolutionnaire, le culte eut été rétabli en France, les missions se relevèrent aussi. Nous parlerons surtout des missionnaires du Saint-Esprit. On donna d’ailleurs , et aux frais du gouvernement de Bonaparte, îles missions dans les diocèses de Troyes, de Poitiers, de la Rochelle et île Metz. Il y eut même un projet de créer un corps de missionnaires; projet qui fut mis sous les yeux de Bonaparte, qui fut adopté par lui, et qui aurait reçu son exécution , si l’empereur, mécontent du pape, n’avait pas changé tout à coup
CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES D’HOMMES
de système, supprime plusieurs établissements, et manifesté contre le clergé une déüance et une irritabilité qui allèrent toujours en croissant. Les missionnaires furent obligés d’interrompre leurs travaux, pour ne les reprendre qu’à la restauration.
En 18115, plusieurs ecclésiastiques, et entre autres les abbés Legris-Duval, Rosan et de Forbin-Janson, vivement touchés de la privation des secours spirituels où la rareté des pasteurs laisse une partie de nos provinces, se réunirent pour faire un établissement , dont le but principal était de
donner des missions, et de former des missionnaires pour l’intérieur de la France; le grand aumônier se déclara protecteur de cette société, dont les statuts étaient approuves par l’archevêque de Paris. D’un autre côté , des sociétés particulières se formaient dans le même but , dans un grand nombre de diocèses. Enûn, le gouvernement , qui protégeait ces efforts , encourageait aussi le rétablissement des missions étrangères , en prêtant son appui aux Lazaristes , au séminaire de la rue du Bac , et à celui du Saint-Esprit.
SEMINAIRES.
Une des institutions qui ont le plus contribué à faire fleurir la religion, a été l’établissement des séminaires , où ceux qui se destinent à l'état ecclésiastique se forment aux connaissances cl aux vertus de leur ministère. Le concile de Trente avait particulièrement recommandé d'établir ces précieuses écoles ; c’est ce que firent les évêques , pénétrés qu’ils étaient de la nécessité de donner à l’éducation ecclésiastique une forme plus régulière. Saint Charles Borroméc fut un des premiers qui s’occupèrent de cet objet essentiel, et son exemple trouva surtout des imitateurs an dix -septième siècle. C’est alors qu’on vit paraître les Vincent de Paul, les Olicr, les Bourdoise,ctc. Le Vi décembre 1698, Louis XIV donna une déclaration pour l'établissement des séminaires dans les diocèses qui n’en avaient point encore; cet établissement se réalisa au dix-huitième siècle.
A la révolution , l’Église de France avait plus de cent soixante séminaires , où l'on admettait les jeunes aspirants au sacerdoce à un prix très-modique, quelquefois même sans pension.
Dans Paris seul, combien de maisons leur étaient ouvertes! Saint- Lazare, qui, outre la grande maison de ce nom, avait le séminaire Sainl-Firmin ; l’Oratoire, qui, parmi ses trois maisons , tenait un séminaire à Saint-Magloire; Saint- Sulpicc, Saint-Nicolas, les Trente -Trois , Saint -Louis, Saint- Marcel, le Saint-Esprit, les Missions-Étrangères, les Eudistcs, les Anglais, les Irlandais (qui avaient deux maisons, l’une aux Lombards, l'autre au Cheval-Vert), les Écossais... tous ces établissements étaient, pour le sacerdoce, autant de riches pépinières. La seule congrégation de Saint-Sulpice en possédait cinq, le grand et le petit séminaire, la communauté des philosophes, la petite communauté ou les Robertins , la communauté de Lisieux ou de Laon. Saint-Nicolas avait deux maisons, le séminaire et la communauté; c’était proprement le séminaire du diocèse : mais chacun pouvait choisir entre les divers établissements, qui étaient tous dirigés par des prêtres voués exclusivement à ce genre de fonctions , et formés eux-mêmes dans le soin de leurs congrégations respectives.
FORMÉES EN FRANCE DEPUIS LE DIX -SEPTIÈME SIÈCLE
Considérons maintenant les provinces.
Les Prêtres de la Mission, ou de Saint- Lazare, étaient ceux qui dirigeaient le plus de séminaires. Ils avaient ceux d’Agen, Albi, Amiens, Angoulémc, Arles, Arras, Avignon, Auxerre, Bayeux, Beauvais, Belley, Béziers, Bordeaux, Boulogne, Saint-Brieux, Cahors, Cambrai, Châlons-sur-Marne, Chartres ( où ils tenaient à la fois le grand et le petit séminaire), Saint-Flour, Saint-Pol-de-Léon , Pau, pour le diocèse de Lcscar , Luron , Saint-Malo ( diocèse où ils avaient deux séminaires, l’un à Saint-Méen, l’autre à Saint- Servan), le Mans, Marseille, Metz (où ils occupaient encore deux séminaires , celui de Sainte-Anne et celui de Saint-Simon), Montauban, Nancy, Narbonne, Noyon, Pamiers, la Rochelle, llodez, Saintes, Sarlat, Sens, Sistcron (diocèse où ils tenaient des séminaires à Manosque et à Lurs), Soissons(où ils avaient le grand et le petit), Toul, Tours, Tréguicr, Troyes et Vannes ; somme totale :
quarante -sept grands séminaires et deux petits. On ne sera point surpris du grand nombre des établissements confiés anx Lazaristes , en songeant qu’ils étaient les fils de saint Vincent de Paul, le premier qui ait établi des séminaires sur le pied où ils sont aujourd’hui; les Lazaristes se montraient dignes de cette filiation , et par l'esprit ecclésiastique qui régnait parmi eux, et par l’importance de leurs services.
Après la congrégation de Saint- Lazare, c’était celle de Saint-Sulpice qui avait le plus de séminaires. Elle dirigeait ceux d’Angers, d’Avignon, d’Autun, de Bourges, de Clermont, de Limoges, de Saint-Irénée, à Lyon, de Nantes, d’Orléans, du Puy, de Reims, de Toulouse (où, indépendamment du séminairediocésain, elle tenait celui de Saint- Charles , destiné aux jeunes ecclésiastiques des diocèses voisins, qui étudiaient en l’université de Toulouse), de Tulles et de Viviers. A ces grands séminaires étaient joints