‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 66 sur 113 · SÉMINAIRE DU SAINT - ESPRIT · texte numérisé non relu

SÉMINAIRE DU SAINT - ESPRIT

Le séminaire (lu Saint- Esprit est une des dernières institutions que le siècle de Louis XIV ait données à l’Église. Il commença en 1703 parles soins de l’abbé Desplaccs (1G79-1709). Cet ecclésiastique naquit à Rennes, d’une famille honorable. Scs parents le destinaient à la magistrature; mais le pieux jeune homme, qui aimait des ce temps à instruire les pauvres et les savoyards , ayant fait une retraite de quelques jours pour connaître ce que Dieu demandait de lui, résolut d’embrasser l’étal ecclésiastique , et vint à Paris achever ses études. Là, il réunit quelques écoliers pauvres avec lesquels il partageait ce qu’il possédait; il les encourageait dans leurs études, cl s’efforcait de leur inspirer le goût de la piété; sa charité et sa douceur attirèrent auprès de lui plusieurs jeunes gens. Ils louèrent d’abord une maison rue des Cordeliers ; leur séminaire était dédié au Saint-Esprit, sous l’invocation de la sainte Vierge conçue sans péché. I/abbé Desplaces s’associa deux prêtres de son diocèse, Vincent le Barbier et Jacques-Hya-

cinthe Garnier, qui furentses premiers coopéraleurs. Détail lié avec le pieux Griguion de Montfort , son compatriote et son émule dans une œuvre non moins méritoire. Déjà soixante -dix jeunes gens environ se formaient, dans la retraite et la pauvreté, aux vertus sacordotales , lorsque l’abbé Desplaces mourut à la fleur de l’àge. L’établissement survécut à cette perte; l’abbé Garnier (1710) succéda à Desplaces, et Louis Bouic à Garnier. Nommé supérieur par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, cet ecclésiastique acheva de donner une forme solide à l’établissement , qu'il gouverna pendant près d’un demi -siècle. Le séminaire était situé rue des Postes , et on y éleva depuis un beau bâtiment. Ses prêtres se distinguaient tant , par leur zèle , leur esprit de soumission et de désintéressement , ses élèves se consacraient avec tant de joie aux fonctions les plus pénibles du ministère, que les évêques et le gouvernement se plaisaient à le protéger. Le cardinal de llissy , évêque de Meaux, et Charles-François de

CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES D’HOMMES, ETC

de Drosmenil, évêque de Verdun, confièrent leurs séminaires aux prêtres du Saint- Esprit , qui obtinrent des lettres patentes en 1726. Un des premiers associés de l’abbé de Bouic fut Pierre Caris , du diocèse de Hennes , chargé pendant cinquante ans du temporel de la maison , et mort en odcurdc sainteté en 1757. DeM. Bouic la supériorité passa à M. Bccquct, du diocèse d’Amiens, et de celui-ci à Duflos, prêtre du diocèse de Boulogne , cl qui était supérieur au moment de la révolution. A cette époque, le séminaire avait encore quatre directeurs associés, dont deux seulement vivent encore, M. Bcrtout, supérieur actuel, et M. Boudot, chanoine et grand vicaire de la métropole de Paris. Tous refusèrent le serment.

Aprécions, maintenant, le but et les services de l’institution.

La congrégation du Saint-Esprit fut établie pour former à l’état ecclésiastique des jeunes gens peu aisés , mais dont la vertu et l’aptitude aux sciences promettaient d’utiles services. Ils étaient destinés aux emplois les moins recherchés et les plus pénibles, à la desserte des hôpitaux , aux missions. On ne leur demandait qu’une pension de cent francs , que plusieurs même étaient dispensés de payer. Cette maison comptait annuellement quatre-vingts à quatre-vingt-dix élèves, qu’on habituait à une vie laborieuse et frugale ; les fonds médiocres qui servaient à son entretien provenaient de la libéralité du prince ou du clergé, et de la charité des fidèles. Les bienfaits du gouvernement furent portés jusqu’à dix mille francs sur les fonds de la marine; il accorda encore au séminaire du Saint-Esprit une gratification de quatre cent mille francs sur les biens des Céleslins, au moyen de laquelle on construisit la majeure partie de la maison.

Cet établissement produisit un grand nombred’ecclésiastiquesquise vouèrentaux missions de la France, et à celles de la Chine et

des Indes , où plusieurs furent vicaires apostoliques ; d’autres s’occupèrent avec fruit de celles du Canada et de l’Arcadie, où ils conciliaient d’ailleurs au gouvernement l’affection des nations indigènes. L'ancien évêque de Québec, en considération des services que les missionnaires du Saint-Esprit avaient rendus à son diocèse, donna à ce séminaire, en 1761 , une maison située à Sarcelles et d’un revenu annuel de mille écus.

L’an 1776, la réputation dont jouissait le séminaire du Saint-Esprit , la capacité et la bonne conduite des élèves, leur zèle pour les intérêts de la France, déterminèrent le gouvernement à charger cette maison d’entretenir habituellement vingt missionnaires avec un préfet apostolique à Cayenne et à la Guyane française. Dans une lettre écrite, en février 1790, au supérieur général, le gouverneur de Cayenne, M. Bourgon , rendait hommage à la conduite et à la délicatesse qui leur avaient procuré l’estime et la considération de la colonie. Un certificat du commissaire général, ci-devant ordonnateur de Cayenne, M. Lescalicr , daté du 25 mars 1790 , s’étend avec plus de détails encore sur leurs services. Outre le soin des colonies , ces missionnaires avaient pour but de sc répandre parmi les nations indiennes, de les convertir à la foi , de les civiliser , d’où résultait pour les Français l’avantage d’étendre au loin leur commerce.

La congrégation du Saint-Esprit envoyait aussi des missionnaires à Corée, sur le fleuve Gambie, à file Saint -Louis, au Sénégal.

Ce dernier établissement ne redevint même propriété française que par leur zèle et leur prudence. Deux directeurs de ce séminaire partirent, en 1778, en qualité de missionnaires pour Cayenne. Ils firent naufrage près duCap-Blanc, sur la côte occidentale d’Afrique, tombèrent dans l'esclavage des Maures, qui leur firent traverser le grand désert de Zara, et furent vendus par eux dans les éta-

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lilisscnients du Sénégal, que les Anglais possédaient alors. Ces missionnaires se convainquirent que les habitants Français d’origine , et toujours attachés à la religion catholique, supportaient impatiemment la domination anglaise; de retour en France, ils en instruisirent H. de Sartinc, ministre de la marine ; et la guerre s’étant déclarée, une escadre sous la conduite de M. de Vaudrcuil, qu’accompagnaient les deux missionnaires , s’empara de cet établissement.

Les petites iles de Saint-Pierre et de Miquelon étaient aussi desservies par les missionnaires du Saint-Esprit, pour le service de ceux qu’y attirait la pèche de la morue.

La révolution surprit le séminaire du Saint-Esprit dans cet état. Au 2 septembre, jour des massacres, il s'y trouvait encore trente personnes, tant directeurs que séminaristes, et c’est par une espèce de miracle qu’ils ne partagèrent point le sort des victimes. Bonaparte apprécia l’utilité d’une telle institution; il la rétablit en 18015, sc proposant de la remettre en possession du séminaire situé rue des Postes, à Paris, et de faire servir à sa dotation des biens dans les colonies, qui n’avaient point été vendus. Mais , par un caprice bizarre , il la détruisit une seconde fois.

Il était réservé à la royauté de donner une nouvelle existence au séminaire du Saint- Esprit. Leroi le rétablit par une ordonnance du 5 février 1816, et lui accorda une pension annuelle de cinq mille francs. Dès les premiers moments, les supérieurs trouvèrent l’occasion de reconnaître cette munificence royale, en procurant plusieurs bons prêtres pour les missions de nos colonies , des religieuses pour Cayenne , et des Frères des écoleschrétiennespour l'instruction des

jeunes créoles. Du reste, ils sc proposèrent uniquement de faire revivre l'ancien institut, c’est-à-dire de donner l’éducation ecclésiastique à des jeunes gens peu favorisés des biens de la fortune, et de les former à la vertu et à la science, mais surtout à l’obéissance et à l’esprit de pauvreté. Le temps du séminaire dut être de six années , les deux premières consacrées à l’étude de la philosophie, et les quatre autres à celle de la théologie ; encore devait-on subir les chances d’un concours pour y être admis. Pendant plusieurs années le séminaire du Saint-Esprit n’occupa qu’un local provisoire ; l’école normale possédait son ancienne maison de la rue des Postes, et il ne recouvra qu’à la fin de 1822 ce bâtiment vaste et commode, auquel sont jointes une grande chapelle et une maison pour recevoir les missionnaires à leur retour des colonies. Le supérieur racheta , de plus, l’ancienne maison de campagne à Genlilly , en sorte que le séminaire du Saint- Esprit se retrouva à peu près comme avant la révolution, et offritaux jeunes gens et aux missionnaires les mêmes avantages.

Tous les ministres de la marine, M. Portai lui-même, tout protestant qu’il était, protégèrent le séminaire du Saint-Esprit, si utile pour soutenir la religion dans les colonies, et pour maintenir ainsi la subordination parmi les noirs. M. Decaze entra dans les vues de M. Portai, et voilà pourtant qu’après la révolution de 1830, les fonds accordés par le gouvernement à ce séminaire, et qui figuraient au budget de la marine, lui ont clé retirés ! Et voilà que, si les supérieurs ne peuvent désormais sc procurer des secours d’un autre côté , cet établissement sc trouvera fermé , et nos colonies manqueront des prêtres nécessaires!

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