MONASTÈRES DE FILLES
Les monastères de filles ne se sont pas formés tout à fait de la même manière. Il y avait, dans la primitive Église, des vierges qui vivaient en communauté , et qui servaient les ecclésiastiques par motif de piété et de charité : on les nommait agapètes. On appelait diaconesses des femmes qui aidaient
les prêtres dans leurs fonctions , principalement quand le baptême se pratiquait encore par immersion. Mais ce ne sont pas là des religieuses. Pour le devenir, les femmes et les jeunes filles n'auraient pu , sans livrer
1 Alban Butler, Vies des Saints, t. I, p. 33.
JUSQU’A L’ÉTABLISSEMENT DES ORDRES MENDIANTS
leur réputation à la satire , se retirer dans les déserts ou dans les bois. Elles se contentaient probablement de mener , dans leurs propres demeures , une vie plus retirée , et de se dérober , par une sorte de clôture , au tourbillon du monde , jusqu'à ce que sainte Synclétique (234-318), contemporaine de
saint Antoine , et qui fut la mcrc des religieuses, comme celui-ci fut le père des moines, eût fondé le premier monastère de fdles. On s’aperçoit que nous la regardons comme plus ancienne que la sœur de ce patriarche, qui établit clle-mcmc un semblable monastère avant le règne de Constantin le Grand.
SARABAÎTES.
Mais loin que tous les anachorètes aient obéi à la voix de saint Antoine , il en est beaucoup qui préférèrent vivre, comme par le passé, dans un isolement absolu. La communauté même que saint Antoine avait fondée manquait toujours d’une police intérieure et d’un lien étroit de discipline. On y entrait et l’on en sortait à son gré; il n’y avait pas plus de difficulté à l’abandonner qu’à s’y faire admettre. Ceci fut la source indirecte d’un abus ; car la liberté de la vie monastique souriait à plusieurs , qui semblaient s’y consacrer, sans se résigner toutefois à ses privations. Errants et vagabonds, ils ne gardaient du solitaire que le costume, allaient de ville en ville, et, en vivant à leur discrétion , faillirent porter une sensible atteinte à la véuération qui avait jusqu’alors entouré la vie monastique. On les nomma Sarabaïtcs (de l’hébreu sarab , se révolter), et Giroragnes ; de bonne heure, on les distingua du reste des moines , comme des enfants indignes des déserts. Les protestants, ennemis déclarés de la vie monastique , ont
1 Mosheim, Uist. ecclés., iv« siècle, part. 2,
encore enchéri sur le tableau qu’en tracent Cassien, saint Jérôme et saint Benoit. Ils prétendent que les sarabaïtes vivaient en faisant de faux miracles, en vendant de fausses reliques, et en se rendant coupables d’autres fourberies de ce genre 1 ; mais, fait remarquer Bergier 2 , « il y avait assez de mal à dire de ces mauvais moines, sans forger contre eux des accusations fausses. Saint Jérôme dit qu’ils vivaient de leur travail, mais qu'ils vendaient leurs ouvrages plus cher que les autres , comme si leur métier avait été plus saint que leur vie; qu’il y avait souvent entre eux des disputes, parce qu’ils ne voulaient être soumis à personne ; qu’ils jeûnaient à l’envi les uns des autres , et regardaient le silence ou le secret comme une victoire, etc. Quand on pourrait leur reprocher d’autres vices, il ne s’ensuivrait rien contre l’état monastique en général ; ce serait la vérification de la maxime commune, que la corruption de ce qu’il y a de meilleur est la pire de toutes : Optimicorruptio pes situa. »
2 Dictionnaire théologique, v° Sarabaïloi.